La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Le froid arrive, alors pour vous réchauffer un peu, l’équipe de La Face B vous dévoile la première partie de sa 282e sélection des clips de la semaine.

Rouperou – FootClap
Vous vous êtes déjà demandé ce que deviendrait un épisode de Black Mirror si il était transformé en musique ? Ne vous posez plus la question, Rouperou l’a fait pour vous, et ce morceau s’appelle FootClap.
FootClap, c’est l’idée d’une intelligence artificielle qui part en vrille et c’est elle qui prend le contrôle de Rouperou dans le morceau. En résulte un morceau obsédant musicalement mais inquiétant dans ses thématiques, nous entrainant dans les pensées robotiques (pas si irréalistes au vu de l’époque actuelle) qui nous incite à nous concentrer sur la fierté, à évacuer toutes les émotions de notre esprit pour devenir un humain fonctionnel, puissant et au succès grandissant, même si celui-ci est basé sur des mensonges que vous ferez tout pour contredire avec le temps.
Ça a l’air flippant, mais ce qui l’est encore plus c’est que Rouperou arrive à transformer le tout en divertissement étrange, porté par une rythmique tout d’abord hypnotique mais qui accélère et évolue au fur et à mesure que la pensée dégueulasse de Footclap se diffuse dans nos esprits, comme un virus terrifiant qui s’écoule lentement dans nos veines.
En résulte un morceau hautement politique, évolution logique des obsessions du quatuor qu’on avait pu découvrir dans Dreamland, même si ici on est plus du côté du cauchemar.
Le tout s’accompagne d’une vidéo réalisée par Vincent Condominas qui elle aussi joue la filiation assumée avec la série anglaise. Angoissante au possible, la vidéo se concentre tout à la fois sur les regards et les visages de Rouperou, perdant peu à peu de leur humanité, rentrant dans un moule qui ne leur ressemble pas et qui les transforme en ce que cherche à accomplir Footclap.
La vidéo laisse apparaître aussi des images musicales et d’autres plus étranges et violentes par moment, comme si Footclap cherchait aussi à contaminer ceux qui regardent le clip.
Ambitieux, intelligent et actuel, le nouveau titre/clip de Rouperou montre tout le talent et la vision du quatuor normand avant de les retrouver au Trans Musicales le 4 décembre prochain.
Jonathan Bree – Live To Dance feat. Princess Chelsea
Deux ans après son dernier album, Jonathan Bree est de retour cette semaine avec Live To Dance, un morceau qu’il partage avec Princess Chelsea et dont la vidéo n’a pas échappé à la censure puritaine de Youtube.
Opposant sa voix caverneuse à la chaleur de celle de Princess Chelsea, Jonathan Bree nous délivre avec Live To Dance, un morceau à la beauté noire, au rythme languissant et moite qui cache dans son histoire des trésors cachés d’érotisme et de sensualité. Obsédant et d’une beauté sidérante, le titre parle de danse comme il parle d’amour, d’une relation qui s’embrase, qui se définit et qui se transforme. On écoute et on tremble, on se laisse embarquer par se doux venin qui n’a pas besoin d’en faire des caisses pour nous frapper en plein cœur.
La vidéo de Marc Swadel suit le même chemin. Alternant le noir et blanc et la couleur, le rêve et la réalité, le film et le spectateur, il nous entraine dans une histoire où les regards et les corps disent beaucoup, où les images suggèrent et charment.
On se retrouve dans cet univers qui ressemble tant à Jonathan Bree, remplit d’allusions, de références et de beauté.
Bien évidemment, l’apparition de corps dénudés, sans que cela n’est rien de choquant ou de provoquant, ralentira probablement la vision d’un des plus beaux clips du moment. Une histoire à l’image de notre monde moderne où tout et n’importe quoi est désormais disponible mais où il est plus facile de masquer ceux qui font de l’art plutôt que de faire taire ceux qui racontent des horreurs.
ENNY – Selfridges
Il y a deux semaines, la rappeuse ENNY a pris de court ses fans en annonçant son retrait du monde de la musique pour lancer son entreprise de nettoyage, Peng Black Girl Cleaning Service (en référence au titre Peng Black Girls, qui l’a fait connaître en 2020). Suite à une vidéo d’annonce postée sur les réseaux sociaux, elle a créé la page Instagram consacrée à son nouveau business, ne laissant pas de doute sur le sérieux de son nouveau projet.
Puis, coup de théâtre il y a quelques jours : tout cela faisait en réalité partie d’une campagne de promotion massive de son dernier single, Selfridges, et de son clip co-réalisé par l’artiste elle-même et Ivor Lawson-Adamah.
Le public a pu découvrir avec soulagement ce morceau léger et groovy, qui tire son titre d’une chaîne de grands magasins de luxe au Royaume-Uni. Le clip met en scène ENNY et la créatrice de contenu Face In The News, comme des employées de l’entreprise fictive de l’artiste. Elles nous embarquent dans une folle journée de shopping et de jeux aux frais d’un client ronchon ayant laissé traîner sa carte de crédit.
Selfridges respire l’insouciance, et l’histoire créée autour du single montre la créativité d’ENNY et sa volonté d’embarquer ses fans dans son univers. Il semblerait qu’un projet soit en préparation pour le début d’année prochaine – on a hâte de voir ce que l’artiste londonienne nous prépare pour l’occasion.
Avalon Emerson & The Charm – Eden
La productrice et musicienne américaine Avalon Emerson est de retour cette semaine avec Eden. Celle qui s’est d’abord fait connaître en tant que DJ, explore depuis son dernier album & The Charm sorti en 2023, un style musical différent, plus orienté vers l’indie-pop.
Eden est de la même veine : une pop, mêlée de touches électro et de sonorités teintées de funk, signature de son nouvel label Dead Oceans.
Avalon Emerson déclare à ce sujet : « Eden est né de ma première session studio avec Bullion après la dernière date de la tournée « & the Charm » fin 2023. Ce jour-là, à Londres, j’ai réalisé que faire ce genre de musique n’était pas seulement un détour par rapport au DJing et à la musique dance, mais l’entrée dans une grotte profonde, pleine de passages à explorer. ».
Nous voilà donc prévenus : l’incursion dans le monde de l’indie-pop risque de durer, ce qui n’est pas sans nous déplaire !
Le morceau est mis en images par Ben Burock, qui a mis en perspective des moments de l’intimité du quotidien d’Avalon Emerson (en train de jouer avec son chien dans son jardin, en train de faire de la musique, etc) avec un départ en urgence vers l’aéroport d’où elle doit décoller pour se rendre en Europe et assurer son prochain DJ set, illustrant ainsi les multiples facettes de la vie de l’artiste.
Avalon Emerson & The Charm sera de passage en France pour un concert dans la salle parisienne du Badaboum le 6 avril 2026.
Melanie Baker – Sad clown
C’est avec beaucoup d’enthousiasme qu’on vous parle cette semaine de Melanie Baker, toute nouvelle artiste indie-rock originaire de Newcastle, qui nous dévoile son premier single accompagné du clip Sad clown.
Le premier morceau d’un artiste est toujours émouvant à découvrir, car il est chargé en émotion et en symbole. Ici, Sad clown fait l’effet d’un uppercut. On est saisi par l’approche brute de l’artiste, qui mêle énergie rock des instruments basse – guitare – batterie, puissance du refrain et écriture directe. Un premier morceau introspectif dans lequel l’artiste se livre sans détour, et une pointe d’humour, sur la dépression, l’amour et l’épuisement.
« J’ai écrit cette chanson parce que j’avais l’impression de devenir une caricature de moi-même. J’essayais constamment d’être une meilleure version et, ironiquement, je me suis perdue dans le processus. […] Je veux dire exactement ce que je ressens. […] Je suis un clown triste. »
Sad clown est accompagné d’un clip réalisé par Ellen Dixon. Lumière rouge d’une chambre noire, avec au centre un vieil écran de télé sur lequel est annoncé Sad clown. Après une mire de quelques secondes, on quitte la chambre noire pour plonger dans un studio d’enregistrement où Melanie Baker – face caméra, sans maquillage – joue le morceau avec son groupe et le fameux sad clown qui apparaît et disparaît.
Un premier titre annonciateur d’un premier album chez Tambouthinoceros / Modulor attendu en 2026.
Yael Naim – Multicolor
Après Let it tranform you et Dream, Yael Naim poursuit sa mue artistique et dévoile cette semaine une autre facette de son nouveau projet grâce à Multicolor.
Embarquement immédiat pour le paradis de Yael Naim, peuplé de toutes sortes d’anges à l’image de la diversité du genre humain, réunis autour d’un moment de communion et de fête, sur fond de yin et de yang. Un rêve haut en couleurs et un manifeste en faveur du droit à la différence et de la tolérance : voilà ce que célèbre ce vibrant et incantatoire Multicolor.
Mi organique mi électronique, le morceau est teinté de très nombreuses influences à la culture hindoue chère à Yael Naim. A commencer par les pulsations, les percussions et les cordes, issues de sessions inédites enregistrées dans les années 2000 en Inde avec le duo mythique Laxmikant – Pyarelal !
La direction artistique du clip, réalisé encore une fois parYael Naim elle-même, évoque également l’Inde, notamment par les références de l’imagerie à Shiva, divinité hindoue symbolisant les pouvoirs de création et de destruction.
Pari réussi pour Yael Naim avec Multicolor, qui nous embarque dans son univers onirique, pacifique et politique. Un puissant hymne à la vie, à l’amour et à la tolérance dont le monde a bien besoin.
Clara Roy-Jensen – Les sentiers
Clara Roy-Jensen nous présente Les sentiers qui annonce un premier micro-album Divinité profane à paraître fin janvier 2026. Considérée comme l’une des voix montantes du Québec, Clara-Roy Jensennous emporte d’emblé dans sa singularité lumineuse, entre une guitare dénudée et des plaintes cosmiques de machines analogiques. Elle nous offre un vizualizer autant empreint de mystère, de douceur mais également d’une affirmation de soi que l’on ressent dans ses paroles et dans sa musique qu’elle définit comme pop lumineuse. Dans Les sentiers, elle s’interroge sur ce que l’on devient au delà des sentiers battus, qui est-on au delà d’une relation qui ne fonctionne plus?
« Mon cœur ne bat plus. Y a-t-il de l’espoir, de nouveau un inconnu ? Dis-moi, l’es-tu? Une ancienne histoire, prête à se revoir, ou suis-je rendue au-delà des sentiers battus ? »
CARENCES – ADIEUX
Composé de musiciens d’expérience de la scène underground montréalaise, Carences à lancé le 14 novembre dernier son album Violences, sous le label Duprince, ainsi que le clip Adieux, signé Stacy Lee, extrait de cet album, dans une complainte nihiliste qui nous donne une vérité implacable : pourquoi sourire quand demain n’existe pas? On y retrouve le groupe en performance, juxtaposé à des scènes de danses hypnotisantes et sombres. Adieux définit parfaitement l’album de Carences : un cocktail de rage, de contradictions et de blessures contemporaines, livré sous un post-hardcore moderne rarement vu en français.
On pourra retrouver le trio pour leur lancement à l’Esco le 12 décembre.
Marie Céleste – 2 goélands
Après un premier extrait La lumière en juin dernier, le quintet almalois nous fait découvrir cette fois-ci le second extrait 2 goélands de leur premier album à venir Tout ce qui brille, sortie prévue le 13 mars 2026 sous le label Bravo. 2 goélands, c’est l’histoire d’une relation qui a été mise à mal et rompue, c’est le récit de deux être fiers qui crachent contre le vent comme deux goélands, sans voir qu’ils sont dans le même bateau, dans la même souffrance. Ce titre, c’est ce qu’on entend bien souvent lors de nos confidences entre ami.e.s, quand aucune de deux personnes ne se remet en question et préfère bâtir un mur de silence que d’aller de l’avant.
Le clip, signé par Félix Simard-Tanguay, illustre parfaitement cette dichotomie entre deux mondes, d’un côté des portes qui se ferment, de l’autre des plumes qui volent en l’air, des spectateurs à la fois blasés et découragés d’assister à ces scènes de violences, et des mains qui se serrent. Porté par moult nappes de synthétiseurs, Marie Céleste nous livrent à la fois un morceau lourd de sens mais sur des compositions aériennes.
Upsilone – Feel Free
Le clip de Feel Free d’Upsilone nous transporte directement sur une côte américaine inondée de soleil, où l’ambiance estivale se mêle à une énergie résolument dance. Portée par un rythme vif et communicatif, la chanson donne immédiatement envie de bouger, rappelant les grandes heures des sonorités électroniques du début des années 2010. Cette esthétique rétro-électro s’accorde parfaitement avec les images lumineuses du clip, qui met en scène des moments de liberté, de mouvement et de légèreté. Entre nostalgie et vibes modernes, Feel Free réussit à capter l’essence d’un été sans fin : celui où l’on danse sans se poser de questions.
Sam Sauvage – Ne t’en fais pas pour elle
Alors que son EP éponyme s’accompagne d’une tournée à laquelle il prend plaisir, Sam Sauvage a d’ores et déjà annoncé son premier album Mesdames, Messieurs ! pour le 30 janvier prochain. Dans la foulée, le prochain grand rendez-vous de 2026 le concernant c’est son concert à la Cigale le 31 mars – on nous dit dans l’oreillette que c’est complet ! -.
Alors que son petit tour de France se poursuit, notre boulonnais préféré est déjà prêt à révéler quelques morceaux. Il suffit de zieuter un peu ce qu’il poste sur Instagram pour en déduire qu’il en a plein la besace. Cette semaine, il a déballé Ne t’en fais pas pour elle.
Pour son clip réalisé par Edie Blanchard, il s’offre la bonne compagnie de Clara Luciani dans un décor résolument vintage. Frais, pétillant c’est toujours avec plaisir qu’on découvre une nouvelle sortie de Sam Sauvage. Surfant sur la french pop des années 1980, Sam Sauvage s’empare avec talent de cette génération Frenchy but Chic en la remettant au goût du jour. Ne t’en fais pas pour elle compile les ingrédients qui font mouche dont les précieux synthés – la partition de cette section est notamment assurée par un certain… David Enfrein (aka TERRIER) ! –, la guitare rock et des textes tendres toujours teintés d’humour léger. Un morceau chaleureux au doux petit groove.
Si on le voit tenter la transformation pour une demoiselle qui ne lui rend pas la pareille, le garçon reste fidèle à lui-même. Parce que Sam Sauvage reste avant tout humain, conscient de ses limites et appréciant jouer avec l’espoir et la lucidité. C’est d’ailleurs comme ça qu’on l’aime !
Alex Rossi – Come stai
L’italo-français Alex Rossi apporte toujours un peu de soleil dans votre vie. Vous ne l’attendez plus, mais lui il débarque et ça rayonne. Dans Come stai on embarque dans une voiture des années 1970. Cap sur son Gers natal !
Avec Come stai, Alex Rossi signe un morceau mélancolique où s’entremêlent souvenirs et présent. Indépendamment du clip qui vous donne envie d’aller voir du pays histoire d’échapper au climat ambiant, Come stai contient quelques sonorités un peu retro qui viennent parsemer la pop italienne qu’Alex Rossi a toujours chéri et entretenu pour en faire sa marque de fabrique.
Come stai n’est pas une balade ni une piste dansante, juste un petit voyage suspendu dans le temps, un morceau pop-italo – ou italo pop ? On vous laisse choisir ce qui vous fait le plus plaisir à l’oreille -. Si vous nous le demandez franchement : così così.
Luke Bryan et Ella Langley – Winter Wonderland
Luke Bryan, figure majeure de la country américaine actuelle, vient de sortir sa version du classique Winter Wonderland, extrait de l’EP Luke Bryan Christmas sorti ce mois-ci. Avec cet EP, Bryan revisite des standards emblématiques de Noël, tout en affirmant son goût pour les arrangements simples portés par des harmonies chaleureuses.
Enregistrée en studio avec la chanteuse Ella Langley, la chanson est accompagnée d’un clip en noir et blanc réalisé parEvan Harney, qui met en scène les deux artistes qui se répondent et unissent leurs voix avec fluidité et complicité. Les lumières douces et plans rapprochés confèrent à la video une atmosphère authentique qui rappelle l’esprit simple et réconfortant des fêtes. La reprise, résolument country, préserve la nostalgie du classique tout en lui offrant une fraîcheur acoustique.