Chroniques
Cameron Winter et la souris
- Artiste
- Cameron Winter
- Album
- Live at Carnegie Hall
- Label
- Partisan Records
- Sortie
- 9 octobre 2026
Que faisiez-vous le 11 décembre 2025 ? À New York, un jeune musicien répondant au nom de Cameron Winter donnait un concert au sein du Carnegie Hall, un moment magique dont l'Histoire se souviendra très certainement. Pour apaiser tous ceux qui n'ont pas assisté à ce concert, et ceux qui souhaitent le vivre indéfiniment, l'album live est désormais disponible.

Avez-vous déjà souhaité devenir quelqu'un d'autre ? Changer de forme, glisser dans la peau d'une autre personne ou encore d'un animal. Récemment, j'ai souhaité devenir une souris, rétrécir considérablement et échanger les fibres de ma peau contre la fourrure grise de ce rongeur. Je l'ai souhaité avec une telle ferveur, non pas parce que j'adore le fromage et que je me demande quel bonheur cela procure aux rongeurs, mais parce que cela m'aurait sûrement permis d'assister à la prestation de Cameron Winter dans la mythique salle de concert new-yorkaise, le Carnegie Hall.
La consécration Heavy Metal
Nous étions loin, très loin, des rues bruyantes de la ville américaine le 11 décembre 2025. Pendant que nous dormions sûrement à poings fermés, quelques centaines de chanceux étaient confortablement installés sur les sièges en velours du Carnegie Hall, discutant entre eux en attendant l'entrée sur scène de celui dont tout le monde parle depuis la sortie de l'album du groupe dont il est le chanteur et guitariste, Geese, quelques mois plus tôt. Une sortie qui a mis la lumière sur le groupe, mais qui a permis à l'album solo de Cameron Winter de s'infiltrer dans les playlists du monde entier.
La renaissance d'Heavy Metal a obligé le chanteur à alterner entre les prestations acides et turbulentes de Geese et les instants de communion entre Cameron Winter et son piano, jusqu'à atterrir dans l'une des salles les plus renommées de sa ville où, bien des années plus tôt, un certain Bob Dylan, alors âgé de 22 ans, officialisait son statut d'icône. C'est sous une pluie d'applaudissements et dans le viseur des caméras de Paul Thomas Anderson et Ben Safdie que Cameron Winter est couronné le Bob Dylan de la Gen Z.
Quand la musique guide le musicien
Une fois installé sur le banc, c'est dos au public que le musicien dépose ses doigts sur les touches du piano et vient rompre le léger silence d'appréhension qui précède les moments les plus mémorables en jouant les premières notes du morceau It All Fell In The River. Un morceau connu du public, bien qu'il ne soit publié sur aucune plateforme. La scène semble bien vide avec seulement un piano et une silhouette sombre. Pourtant, lorsque cette silhouette fait résonner l'instrument et sa voix, tout l'édifice s'anime et les poils du public s'hérissent.
Une réaction physique qui se produit également sur mes bras qui tiennent fermement le volant de ma 208 en ce vendredi matin, et qui se poursuit pendant l'heure qui suit. La magie d'Heavy Metal ne m'était pas inconnue, j'ai joué l'album tant de fois que la voix unique de Cameron Winter m'est désormais intime. Malgré la familiarité de l'album paru un an plus tôt, la magie demeure intacte grâce au jeu de ce musicien qui s'amuse à presser la même note à plusieurs reprises sur le morceau Like a Rolling Stone, ce qui entraîne des ricanements dans la salle. De sa voix unique, Cameron Winter joue avec le public qui n'essaye même pas de le suivre en chantant les paroles de Love Takes Miles ou Try As I May, car aucune note n'est exactement celle de l'album, ni la même que celle du concert précédent. De même pour If You Turn Back Now en partie refaçonné lors de ce concert. Sur scène, Cameron Winter n'exécute pas un morceau studio, il lui offre une seconde vie en se laissant entraîner par ses humeurs et la musique.
À la fin de l'écoute, je maudis le ciel de ne pas avoir fait de moi une souris new-yorkaise, m'empêchant ainsi de vivre l'un des plus beaux moments de l'histoire de la musique. Car cet album n'est pas un Heavy Metal bis, c'est une toute nouvelle création qui confirme le statut de voix de la Gen Z de Cameron Winter.