Chroniques
Body Horror et la rage en héritage avec At the nepo
- Artiste
- Body Horror
- Album
- At the nepo
- Label
- Barely Records
- Sortie
- 30 octobre 2026
Après avoir été contaminés par différents concerts de Body Horror, on attendait qu’une chose : pouvoir savourer les morceaux à plus long terme. Actuellement en pleine tournée, la bande emmenée par le gallois Gethyn Thomas est enfin parvenue à accoucher d’un premier EP intitulé At the nepo sorti ce 30 octobre dont on a décidé de vous parler aujourd’hui.

Après avoir parsemé des morceaux sur les plateformes, on a bien compris qu’intensité est sans doute le mot qui exprime le mieux l’univers sonore de ces quatre garçons. Issus de la scène underground londonienne, Body Horror sait faire cohabiter des sonorités oscillant entre rave et post-punk. L’énergie de la danse croise la colère, l’agressivité du punk.
Pensé en deux parties, At the nepo et The Nepo a go go est une virulente critique d’une observation du frontman ; le népotisme endémique de l’industrie musicale londonienne. Sur At the nepo, le temps d’une boucle Gethyn Thomas s’amuse autant qu’il s’agace sur les premiers vers “Like his father before and his father’s father before” (« Comme son père avant et le père de son père avant »). Il ne les chante pas, il les scande. Il décrit un lieu qui s’apparente à un club dans ce qu’il a de plus détestable dans sa programmation vraisemblablement. S’en suit un vers plus costaud « A womb with a view, the heirloom umbilical » (« Un utérus avec vue, le cordon ombilical familial »). Mais pour qui se prend Body Horror ? Ils ont parfaitement conscience de faire partie des privilégiés, rappelant leur appartenance occidentale. La boucle – pour sans doute mieux formaliser le cycle infini des systèmes de pouvoir critiqués - est également musicale avec des boîtes à rythme saccadées, des tonalités hyper corrosives quasi industrielles pour trouver un espace de confort. A eux deux les morceaux atteignent près de 7 minutes et agrègent tout l’art de Body Horror : l’abondance dans tous les sens, créer un sentiment puissant de tension malaxée avec le geste de l’urgence. On n’est clairement pas sur le genre de morceaux à écouter avant de se coucher mais quand les nerfs sont tendus, faites vous plaisir !
Beaucoup plus indus et rave, Sweet meats s’ouvre sur une percussion bien métallique, imaginez 5 secondes l’image de la plaque de tole frappée bien sèchement par un Dan Ahlstedt déjà bien chauffé. On ne dansera peut-être pas sur le morceau mais on sait déjà qu’on va se livrer à quelques sauts pour se mettre en condition, comme une préparation avant d’intégrer un round de boxe. La guitare sonne comme légèrement désaccordée pour créer une sensation d’hésitation, tout au long du morceau on est accompagnés d’un aspect disque rayé qui tourne malgré tout, les percussions s’emballent et les synthés viennent ponctuer des moments.
Crack of the whip nous entraine une espèce de backroom. Vous nous voyez venir parler de BDSM ? Par sécurité et avant toute interprétation excessive, on a préféré demander à Gethyn. Le garçon estime que ça « pouvait être sous-entendu. Mais il s’agit davantage d’une forme d’autoflagellation et d’apprendre à ne plus être aussi dur avec moi-même ». Spoken word rageur, hurlements distordus, tous les ingrédients invitent à une certaine perte de contrôle. Il en va d’une forme d’exorcisation avec la même énergie brute avec sa grande part d’immédiateté qui pose les fondements de l’identité Body Horror.
Avec ce premier EP, Body Horror ne fait aucun compromis et signe une première sortie frontale. At the nepo comme une adresse bien enragée, une volonté claire de ne pas ménager ses auditeurs. En quatre morceaux, Body Horror fait dans la décharge, l’exutoire mais aussi dans la confrontation tout en étant extrêmement lucide. At the nepo est une déferlante voire même une déflagration sonore dont on ne peut que recommander de vivre en concert parce que c’est là qu’elle s’exprime le mieux.