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Les clips de la semaine #322 - Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, voici la première partie de notre 322ème sélection.


Gwendoline – Régis

« Je suis d’une génération désenchantée » nous chantait Mylène Farmer en 1991. Qu’en est-il de celle de 2026 ? Nos désenchantés magnifiques sont brestois, ils reviennent en force en février 2027 avec un nouvel album – au titre prometteur : Ni Fait Ni à Faire - très attendu pour cette année hautement inflammable, on vous parle aujourd’hui de Gwendoline ! Et qui de mieux que leur fidèle Aloïs Lecerf – dont on vous parlait déjà il y a quelques semaines pour son travail avec Championne – pour mettre en images ce nouveau single intitulé Régis ?

Avec humour et tendresse, le duo mesure sa chance de tourner autant sur la base d’un projet créée simplement pour déconner. Devenu un projet « Pour les 30 goths de Dieppe », Gwendoline s’affirme de plus en plus. Le succès ouvre des portes, il impose un rythme et des contraintes. Régis se révèle être une chanson qui avance au même rythme que les kilomètres, le son se fait plus nerveux, on met de côté la froideur des premiers albums, rien de superflu ni de place au hasard. Le texte rejette toujours autant la parole intime et la poésie sensible pour favoriser une parole brute quasiment parlée toujours aussi fédératrice. 

Dans Régis, l’envers du décor du quotidien routinier nous est montré à travers des images de leur dernière tournée « La course aux cachets »– qui n’est absolument pas terminée ! -. Les yeux d’Aloïs les ont suivi dans le van, dans le train, dans les stations-services, dans des espèces de salles de siestes où les garçons font leur nuit… PARTOUT ! Enfin, Régis c’est un doux clin d’œil au phare du duo. Celui qui veille à ce qu’ils aient les bières fraîches et qui derrière les cachets, les gares et les stations-service, c’est celui qui garde le cap, Régis, le héros discret qui ne monte pas sur scène. 

L’héroïsme de Gwendoline se mesure à la présence des 30 goths de Dieppe. Régis c’est une chanson pour se moquer affectueusement de celles et ceux qui se déplacent pour les voir – que penser de leur excursion improbable au Brésil ? -. Au fil des kilomètres, se tisse un lien étrange entre nous. Et si les concerts de Gwendoline étaient comparables à des cousinades ? De temps en temps, ça fait plaisir. S’ils sont prêts à faire des kilomètres pour les 30 goths de Dieppe, c’est que le voyage en vaut la peine… En tout cas, nous, on a pris rendez-vous au Grand Mix de Tourcoing le 30 novembre (et même à La Maroquinerie le 25 février pour la release party).

Sam Sauvage – Comme les grands

Présentée comme l’une de ses chansons lesplus personnelle, Comme les grands embrasse un thème très intime que représente l’absence d’une figure paternelle dans l’enfance. Une histoire qu’il évoquait déjà dans son album avec la chanson Roi du silence.

Comme les grands c’est l’expression de l’imitation de l’enfant des adultes et leurs codes mais c’est aussi la compensation, la contrainte de prendre sur soi et cacher un manque impossible à formuler. Grandir n’est pas qu’une transformation physique, c’est une action de construction mentale : mûrir, gagner en maturité. L’absence d’un parent créée forcément un manque aux multiples formes : manque d’affection et manque d’apprentissage pour se débrouiller seul.

Pour Comme les grands, Sam Sauvage choisit d’être accompagné de l’enfant qui sommeille en lui – ici personnifié par le jeune Angelo Montanaro -. Leurs corps agissent en miroir dans un décor très corporate : La Défense ! Fidèle à son costume à cravate, c’est soudainement la symbolique des conventions sociales qui apparait et posé sur l’enfant, c’est le projeter prématurément dans l’âge adulte. Si l’habit ne fait pas le moine, le costume ne fait pas l’adulte !

Sur le plan musical, Sam Sauvage prend le virage d’une pop plus électronique, non moins séduisante mais peut-être plus de son temps. Dansante, elle dispose de tous les atouts d’écriture qu’on reconnait à Sam Sauvage qui s’est par ailleurs entouré de deux figures bien appréciées de la scène musicale française – et de La Face B – pour les arrangements : Pierre Cheguillaume et … Simon Quénéa ! Comme les grands fait partie des 6 inédits de la réédition Mesdames Messieurs !! prévue pour une sortie le 13 novembre prochain. 

Vayli - Mauvais Penchants

Pas de chichi pour le dernier clip de Vayli. Pour Mauvais penchants, morceau éponyme de son EP, la jeune chanteuse nous livre une vidéo simple, rapide et efficace.

Entre deux plans où elle chante face à nous, elle enduit les murs de peinture rouge. Comme un écho aux paroles, elle sort du cadre sans même essayer d'y rentrer.

À quoi bon, si cela implique de lutter contre sa nature ? Fidèle à elle-même, Vayli choisit de nous montrer son vrai visage et de faire fi des diktats et de la bienséance!

Lambrini Girls – Spilt

Un nouveau morceau particulièrement réussi vient enrichir le répertoire des Lambrini Girls. Cette semaine nous l’aura confirmé : se libérer ne passe pas toujours par une énergie bruyante et débridée, mais peut également s’exprimer à travers une forme de béatitude et une nostalgie sonore plus enveloppante.

Des images brutes et intimes, capturées lors de leur dernière tournée américaine, accompagnent leur nouveau titre, Spilt. Un morceau qui révèle une nouvelle couleur musicale au sein de la palette du groupe, tout en mettant à nu une émotion et une situation particulièrement intenses. Les musiciennes nous rappellent que nos démons, même lorsque nous avons pleinement conscience de leur présence, peuvent continuer à s’accrocher à nous, faute de parvenir à trouver d’autres moyens de les affronter.

Cette balade fait la part belle à une poésie du quotidien, à ces instants de vie profondément organiques, parfois fragiles, dont la sincérité nous touche au plus près. Il s’en dégage une énergie douce, presque suspendue, qui nous invite à faire une pause dans un rythme effréné, parfois devenu irrespirable. Le groupe démontre une nouvelle fois, et avec brio, toute l’étendue de son talent, en explorant une sensibilité différente sans rien perdre de son authenticité.

Ce nouveau single n’arrive toutefois pas seul : si l’envie de vous défouler vous reprend, The Basement se fera un plaisir de prendre le relais.

The Lemon Twigs - Look For Your Mind

Les frères D’Addario nous offrent, en ces jours de tension, une piqûre de rappel salutaire, tant sur la splendeur de leur album paru en mai dernier que sur l’âme qui l’habite : rester lucide et fidèle à soi-même dans un monde de plus en plus instable et insensé.

Musicalement fidèles à leur identité sonore, les Lemon Twigs nous rappellent, avec Look For Your Mind, titre éponyme de leur dernier album, que la pop-rock baroque et lumineuse est une source de révolte, d’expression et, sans doute, de prise de conscience. Un bien fou nous parcourt le corps à l’écoute de ce morceau, au milieu du flot de nouveautés musicales qui déferle en ce moment. Une véritable invitation à retrouver cette béatitude qui émane du travail du groupe.

Leur dernier opus est un petit bijou sonore qui continue de marquer cette année 2026 de son empreinte. Un monde sans les Lemon Twigs serait sans doute encore plus triste. Alors, c’est presque instinctivement que nous nous tournons vers leur musique, dans l’espoir de rendre les jours à venir un peu plus lumineux et de les traverser avec davantage de force.

Billie - wuthering heights 

Grand jour pour les enfants un peu bizarres et silencieux au fond de la classe, qui ne juraient que par la littérature gothique et l’album Disintegration de The Cure. Après un début d’année aux allures cauchemardesques à cause de l’adaptation perverse du chef-d’œuvre Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë par l’effroyable Emerald Fennell, Billie vient nous sortir de cette torpeur avec son interprétation du morceau de Kate Bush.

Pas besoin de mentir, on sait très bien que vous avez toutes et tous tenté d’atteindre les notes aiguës de la chanteuse lors de vos soirées karaoké sans jamais parvenir à être justes. Heureusement pour vous, Billie vous prouve qu’il est possible de rendre grâce à ce morceau avec un timbre plus grave. Avec sa version, Billie garde le meilleur de Kate Bush tout en l’intégrant à son univers.

Ainsi, les harmonies deviennent plus suaves, portées par des arrangements dream-pop qui apportent un côté onirique au morceau. Le tout est soutenu par un clip en noir et blanc qui nous donne envie de danser au ralenti au milieu des champs de lavande à deux pas de chez nous. 

Ibeyi - Baba

Ibeyi nous révèle un clip tout en émotion avec Baba qui rend hommage à la culture cubaine mais surtout à l’enfance. Le clip est captivant et à la fois simple, ce qui ne lui fait en aucun perdre sa beauté bien au contraire. 

La production musicale est quant à elle rythmée et entêtante qui ne laisse en aucun cas de côté leur énergie touchante et sensible. Les harmonies vocales sont magnifiques comme toujours avec le duo iconique. 

À travers leurs mots, elles rendent hommage à une divinité importante de la culture yoruba et afro-cubaine nommée Eleggua. Baba est une chanson qui célèbre l’amour de soi mais surtout la guérison de son enfant intérieur. Et avec Ibeyi, une chose est certaine, vous en aurez toujours plein les yeux et les oreilles évidemment ! 

Do Nothing - Smile 

Accrochez votre ceinture au prochain virage, car le wagon s’apprête à partir ! En tête de chenille on découvre le projet Smile signé par le quatuor britannique Do Nothing. Ils nous offrent ici une sorte de plongée dans un rêve où l’on serait heureux d’être seul.e. 

Ce groupe de rock indépendant parvient à nous embarquer en quelques secondes dans cette histoire. On entre dans la boucle en balançant la tête de gauche à droite, à pleine vitesse mais sans le vertige. La grande roue de la fête foraine n’est pas qu’un lointain souvenir. Le clip, en stop motion, a été réalisé par George Haverson. Flashs de couleurs dans la nuit, en visionnant ces images j’ai beaucoup pensé aux superbes dessins de Brecht Evens. On retrouve ici les éléments emblématiques et l’imaginaire de la fête foraine, stand de chamboule-tout, pêche aux canards, palais des glaces, tape taupe ou tir à la carabine. Les signes et les lumières, ça clignote de partout, nous voilà de retour sur la chenille. C’est une sorte de déambulation dans notre imaginaire, un voyage coloré et solitaire. 

La boucle suit le rythme de la musique, on ne se lasse pas et on reprend un ticket pour le prochain tour ! Smile est extrait de leur prochain album intitulé Friend World qui sortira le 6 novembre.  

Being Dead - Man or Myth 

Parfois il en faut peu pour que le tableau se pare d’absurde, un hic, couac, une bizarrerie qui nous fait sourire, comme une passion un peu différente. Le quotidien est plein de surprises, toujours faut-il prendre le temps de le regarder. Munis de leurs jumelles, Being Dead nous propose un clip qui leur ressemble. On vous parle cette semaine de Man or Myth, leur dernier morceau. 

C’est pop, entraînant, une pointe de rock avec un petit truc en plus, un nœud papillon par exemple. Splash ! Oui là au milieu du lac ! Pour les connaisseurs et les moins connaisseurs, drifter, on dira plutôt gîter, c’est faire pencher son embarcation sur le côté de manière à ce qu’elle puisse tourner. Ce morceau est dédié au roi de la manœuvre, man or myth, qui se trouve devant leurs yeux. (Il s’agit de Marc Ornstein, oui cet homme existe.)

Que d’émotion, le public est en folie. Porté par ses envolées vocales, ce morceau possède quelque chose de frais et de surprenant, des paillettes dans une journée. Si on souligne le second degré, on relève aussi tous les petits détails bien soignés, la typographie qui annonce l’arrivée du champion, Savage River inscrit sur le canoë, mais aussi leur jeu d’acteur à en couper le souffle. Bref, ôde au canoë freestyle, à toutes nos passions et à notre art. On a hâte de suivre les prochaines aventures de ce trio. 

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