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Les clips de la semaine #324 - Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la seconde partie de notre 324ème sélection.


Tim Dup & Les Intranquilles - Intranquilles

Presque 4 ans et un livre plus tard, Tim Dup est de retour cette semaine mais pas en solitaire puisqu'il nous présente son nouveau collectif : Les Intranquilles.

Autour de lui, des musiciens chorégraphes, vidéastes et photographes pour mettre en marche une musique qui sent la révolte et l'insoumission autant qu'un retour bienvenue à la nature pour porter un besoin de transformation, d'humanité et d'urgence face à un monde qui déraille.

Tout ceci se cristallise autour d'un tout premier titre, forcément nommé Intranquilles. En clair-obscur, laissant autant vivre la colère que la tendresse, Tim Dup et son collectif nous offre un chant à mi-chemin entre le chant révolutionnaire, l’œuvre cinématographique et la comédie musicale.

Des synthétiseurs d'un autre temps se confrontent à la voix de Tim, la tension monte, alors que le rythme grimpe comme une plante folle et indomptée et que les chœurs viennent se mélanger aux sonorités électroniques. Et puis l'explosion, les cris qui frappent l'orage et la tranquillité qui s'évapore dans un chant de plus en plus puissant.

Avec ce titre, Tim Dup & les Intranquilles ouvrent une nouvelle aventure qui prend tout son sens sous l'objectif d'Hugo Pillard. Partenaire de longue date du musicien, Hugo capte l'énergie du morceau mais aussi du lieu où il a été créé.

Dans cette vidéo c'est l'idée totale du projet qui se dévoile : de la musique, une chorégraphie, un lieu que l'on explore, qui inspire et qui se laisse approprier. Autour de lui les âmes changent et les luttes prennent corps, le réel se transforme et la solitude s'évapore au profit du collectif bienveillant et fertile.

Comme une manifestation qui avance et une énergie qui monte et gronde, Hugo Pillard filme Tim Dup et son collectif dans les lieux, dans leurs changements, dans leurs danses pour capturer les effluves et les forces de cette insoumission en marche.

Intranquilles, c'est la joie et la vie qui prend corps et qui permet de se retrouver, de vivre comme on le souhaite car c'est ensemble que l'on trouve la force et le chemin vers le mieux.

Stella Plage - Stella, en secret

La musique de Stella Plage a quelque chose d'intemporel et les histoires qu'elle raconte aussi. Stella, en secret raconte l'amour interdit, les rendez-vous cachés, la honte qui en ressort et l’inéluctable destruction à venir.

Bercé par des nappes synthétiques et une ligne de basse ronde et délicieuse, Stella, en secret navigue entre les saisons, dilue le temps dans la musique, et laisse des traces sur le sable dur de l'hiver. On se laisse emporter par la voix d'Amandine qui chante ce morceau comme un souvenir tranchant qui peut rassurer autant que blesser.

Un morceau de pop délicieux qui se transforme en mini-film sous la caméra de Florimond Debove & Amandine Laczewny.

On se retrouve dans une histoire en plusieurs temporalité, entre un mariage qui dérape et des souvenirs qui ressurgissent.

Les couleurs des invités contrastent avec la froideur d'une relation déjà gâchée, les sourires figés disparaissent rapidement et la fuite vers l'ailleurs se transforme en dérapage sans retour.

Il y a dans la musique de Stella Plage une volonté cinématographique assez importante et le clip qui l'accompagne le prouve bien. Parfaitement mis en scène, on se plonge dans ces histoires d'amour et de tentation qui finissent souvent mal. Alors on ferme les yeux et on laisse une petite larme couler, en espérant que le cœur se répare un jour.

Anton - Serpent des villes

Tôt ou Tard c’est le nom d’un label mais c’est aussi le nom de l’EP d’Anton à venir chez Icy Cold Records. Dans son nouveau single Serpent des villes le garçon nous entraine dans un Paris loin de celui des cartes postales, un Paris d’automne bien gris. Si le garçon annonce changer sa direction artistique, on ne s’attendait pas à passer de la coldwave à la pop non plus… Les couleurs ne sont donc pas criardes, ne déconnons pas s’il vous plait !

Les fans de Taxi Girl se réjouiront de cette nouvelle arrivée, la bande magnétique d’Anton est passée dans les studios et avec Serpent des villes on retrouve des ingrédients nostalgiques. Les mélancoliques des grandes heures des années 80 françaises ont trouvé un refuge : Anton.

Avec Serpent des villes, Paris fascine toujours autant. Anton est bien décidé à rappeler que la capitale est une ville qui exerce – parfois - une force destructrice. Il faut le dire : elle broie, elle agresse et épuise. L’écriture d’Anton est profondément romantique, elle est résolument désabusée mais porte en elle une vraie poésie. C’est dans une vidéo comme tournée au caméscope « à l’ancienne », qu’Anton se met en scène en solitaire dans un parc de la ville sous la pluie. Il se fait reptile dans son cuir qui survit au milieu du béton.

Jäde - Mon sac 

Jäde revient avec le clip de Mon sac, dévoilé vendredi dernier, le jour même de son passage au Grünt Festival. Une journée chargée pour l’artiste, qui signe ici un retour visuel aussi léché que sa prestation scénique.

Les influences des années 2000 se font sentir dès les premières images. Jäde ne copie pas l’époque, elle la réinterprète : esthétique fin des années 90, début 2000, filtrée par un regard d’aujourd’hui. Cette nostalgie se retrouve dans la production comme dans la mise en scène. Le clip suit un fil narratif en plusieurs temps. Une séquence en salle de bain montre les retouches maquillage entre amies, vient ensuite la descente de voiture sous les flashs et les cris de fans, un moment à mi-chemin entre egotrip et esthétisme. Le clip se termine sur un défilé de mode, toujours très Y2K, où des juges font face aux participants. On passe ainsi de l’intimité des coulisses à l’exposition publique, comme une journée de star en accéléré.

Le sac est partout, comme dans le titre. Jäde se baigne dans une mer de sacs, s’en sert de balançoire, et on retrouve même sa tête à l’intérieur de l’un d’eux. L’objet n’est plus un accessoire, il devient décor, jeux et refuge. Ces plans surréalistes et décalés illustrent les paroles au pied de la lettre, tout en s’amusant avec l’imaginaire de l’époque. Dans les années 2000, le sac était l’accessoire roi, porté par la plupart des stars et popularisé par des figures comme Paris Hilton, Britney Spears ou Nicole Richie. Le it-bag de la it-girl, c’est exactement ce que le clip met en scène, avec une bonne dose d’autodérision.

Derrière cette mise en scène très travaillée, le clip reste assez intime. Plusieurs proches de l’artiste y font des apparitions : son ami Nelick, avec qui elle a collaboré et dont les travaux communs les ont fait connaître, sa manageuse Nicole Schluss, ou encore ses producteurs, Kofi Bae et Sutus. Ce casting familial donne au clip une chaleur qui contraste avec le glamour affiché, et rappelle que ce monde de paillettes est aussi celui d’une bande.

Entre nostalgie Y2K, surréalisme et clin d’œil à la culture des it-girls, « Mon sac » fait d’un simple accessoire un vrai terrain de jeu visuel. Un clip qui prend le glamour au sérieux sans jamais s’y enfermer.

The Strokes - Lonely In The Future

Hier soir, le SNL accueillait The Strokes pour son émission. Les new-yorkais ont profité de ce passage pour nous offrir une surprise supplémentaire : le clip de leur titre Lonely In The Future.

De notre humble avis, Lonley In The Future est sans aucun doute l'un des meilleurs titre de Reality Awaits, le dernier album des Strokes. Rythmique imparable, superbe énergie et ironie mordante dans le texte, le morceau a tout pour plaire.

En effet, entre diss-track et ego trip, Lonely In The Future permet à Casablancas de régler certains comptes. Critique de l'industrie musicale moderne, remise en question du manque d'originalité de l'art et petite balle perdue contre un certain Anthony Fantano, Lonely In The Future cache aussi en lui une certaine mélancolie cachée derrière un humour bien senti et un autotune qui aura tant fait parler les "puristes".

La vidéo réalisée par Warren Fu et produite par Partizan semble quant à elle suivre la veine politique qui habite Casablancas et ses camarades depuis un moment déjà.

Réalisée avec des marionnettes animées (dont celle de Nick Valensi) et sans IA, la vidéo, remplie de références à d'autres clips des Strokes, est une charge bien sentie contre la politique américaine, la censure de certains journalistes politiques et la violence appliquée à certaines révoltes justes ainsi que la main mise de "puissants" sur l'état du monde actuel qui sont ici tournés en ridicule avec une représentation digne d'un méchant d'Inspecteur Gadget.

En plus de ça, elle permet de mettre en avant certains héros du groupe qui ont été jugés trop vite par une critique rageuse (Lou Reed & Stanley Kubrick) et permet une nouvelle fois à Casablancas de remettre un coup derrière la tête à Anthony Fantano.

La vidéo est limpide, politique et superbement réalisée, tout en contenant une bonne dose de cynisme et une vision du monde qu'on ne peut que partager.

L'apparition de Rick Rubin en grand gourou à la fin enfonce le clip d'un des meilleur clip de ces derniers mois.

Car l'Art c'est surtout ça : prendre des risques, développer un point de vue et le faire avec amour et passion. Même si on se retrouve un peu seul dans le futur.

Charlotte Adigéry & Bolis Pupul - From Healer to Dealer

Cette semaine, Charlotte Adigéry & Bolis Pupul annoncent l'arrivée de leur second album, Mainland Madinina, pour février et en dévoile un nouvel extrait : From Healer to Dealer.

Et c'est une sacrée pièce qu'ils nous révèle. En effet, on se retrouve face à un morceau massif de plus de 8 minutes qui commence par un titre enjoué, superbement produit et ironique et se transforme en son milieu en conversation remplie de non sens, qui pointe du doigt la culture du bien être et de la fausse bienveillance en se transformant au fur et à mesure en échange agressif pour revenir à une dernière partie plus aérienne et perchée.

Dans ce nouveau morceau, on retrouve toute l'ironie mordante, le sens de la formule et de l'histoire du duo ainsi que cette façon d'envisager la musique comme un véhicule pour zoomer sur des sujets sociétaux et les transformer sur le dancefloor en petites bombes de cynisme.

Le clip réalisé par Lennert Madou est à l'avenant. On retrouve ainsi Charlotte et Bolis en pleine séance de yoga méditatif, enchaînant des poses de plus en plus délirantes avant que la seconde partie du clip ne s'amuse en un zoom étrange sur leurs visages déformés par l'effort ou autre chose ... On regarde la vidéo qui embrasse complètement le sens de l'absurde et l'étrangeté percutante de leur musique avec un plaisir non dissimulé.

Namaste à toustes et pour le reste, rendez vous en février pour l'album et en mars pour les concerts prévus au Grand Mix et à l’Élysée Montmartre.

Blasé - Best of It

Après un premier album, BLABLABLA, remarqué chez La Face B et à peu près partout ailleurs, Blasé lance l'aventure d'un second album à venir pour 2027 avec un nouveau morceau : Best of It.

Dans une époque moderne remplie d'angoisse, le musicien franco-américain choisit lui le chemin vers la lumière avec ce morceau rempli de douceur et hyper apaisant.

Best of It est un morceau qui se dévoile lentement, une montée d'émotion qui fait du bien au cœur, porté par une vibe plus organique que les précédentes production de Blasé. On se laisse emporter par les sonorités, par le chant si particulier de l'artiste et cette rythmique basse-batterie absolument parfaite qui tient la fragilité du morceau sur ses épaules.

Le clip de Juana Wein choisit lui aussi la lumière et la douceur et nous entraine dans le sillage de deux jeunes filles dans une belle journée d'été.

Ici, tout est léger, rien ne semble plus compter que le fait d'être ensemble et de se laisser découvrir une nature qui se dévoile. Des rires, des regards, des sourires et des échanges pour un monde où le merveilleux garde toute sa place et le bonheur est palpable.

En regardant la vidéo et en écoutant le morceau, on se dit qu'on est face à ce que l'on souhaite pour 2027 : de l'apaisement, de la douceur et de la beauté.

auto.moto - seasons

Parfois, la musique est une histoire d'expérience et de sensations, de se laisser porter par quelque chose que l'on arrive pas forcément à quantifier tout de suite, qu'on laisse nous entrainer dans l'inconnu, nous guider là où elle veut nous emmener pour nous surprendre et nous bouleverser.

Né de la rencontre de Simon Sockeel (La Houle) et Wilfried Thierry (Ego Twister, Modulisme), la musique d'auto.moto est une aventure qui a décidé de ne pas choisir, qui préfère transforme les contours du réel en quelque chose d'abstrait et d'intangible. La preuve avec leur première pièce nommée seasons, portée par une ligne de basse et la voix de Simon, structure et ligne directrice d'un monde musical qui dérive autour d'elles, des sonorités qui s'envolent, qui apparaissent et disparaissent et qui nous bousculent.

C'est parfois ça que l'on cherche dans la musique, ce petit truc qui électrise, qui dérange et qui foudroie par instant. En presque 8 minutes, seasons fait tout ça et beaucoup plus.

C'est aussi le cas pour la vidéo de Wilfried Thierry qui nous entraine tout d'abord dans deux univers parallèle qui vivent l'un à côté de l'autre en split screen avant qu'ils ne se rejoignent pour vivent ensemble. Des éléments étranges qui viennent prendre place dans notre réalité, mais est-ce vraiment notre réalité ? On ne sait pas trop et on se laisse bercer par ce doute, par ces images qui s'effacent pour laisser place à d'autres et pour au final pousser à réflechir.


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