Chroniques
« Effets secondaires » : Lisa Pariente transforme ses failles en chansons
- Artiste
- Lisa Pariente
- Album
- Effets secondaires
- Label
- Wagram
- Sortie
- 9 octobre 2026
Lisa Pariente livre son tout premier album : Effets secondaires. Quatorze titres, entre variété française et pop, où chaque chanson se présente comme la trace laissée par une épreuve traversée : santé mentale, violences sexistes et sexuelles, emprise, quête de sens. L'artiste transforme la cicatrice en chanson et tient une promesse simple, avant sa tournée et son passage à l'Olympia le 21 mai 2027 : que chacun s'y reconnaisse.
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Les cicatrices de l'enfance et de l'adolescence
C'est sans doute le socle le plus personnel de l'album. Dans Frêle et cruelle, Lisa Pariente revient sur le harcèlement scolaire et sur cette manière qu'on a, des années plus tard, de vouloir en tirer une leçon héroïque : "ça m'a rendue plus forte". La vérité est souvent plus amère : ces épreuves fragilisent, tout simplement, et il n'y a pas de honte à l'admettre.
Premier choix prolonge cette introspection en évoquant l'angoisse scolaire et le besoin viscéral d'exister aux yeux des autres, quitte à être moquée plutôt qu'ignorée. Le morceau bascule ensuite vers l'âge adulte, où cette quête de validation ne s'adresse plus aux garçons mais aux femmes qu'elle admire. Une preuve que le besoin d'être reconnu ne s'éteint pas avec l'enfance.
Comme un looser, en featuring avec Léman, reprend ce fil du décalage : ce sentiment de ne jamais tout à fait trouver sa place, y compris auprès de ses proches, quand le chemin des autres semble tout tracé et le sien, flou.
Et Les bonbons vient éclairer ce triptyque d'un jour nouveau : le besoin d'attention n'est pas une faiblesse honteuse mais un besoin humain qu'il faut apprendre à assumer. Le titre, empreint d'anxiété affleurante, résonne presque comme un appel à l'aide pudique.
Le corps, la nourriture et l'acceptation de soi
Deux titres se répondent ici en miroir. Kilo par kilo aborde de front le rapport au poids et à l'alimentation, sujet trop souvent minimisé qu'on se sente "trop" ou "pas assez" nourri. Lisa Pariente y décrit cette guerre intérieure jusqu'à la rupture avec son propre reflet, pour mieux rappeler qu'on ne peut fuir un problème qui nous colle à la peau : il faut l'affronter.
Quelque chose à aimer offre la réponse, ou du moins un chemin : apprendre à se voir avec les yeux des autres, comprendre qu'on peut être aimé pour mille raisons différentes. Une note d'apaisement après le combat.
Emprise et amour sous contrôle
Gourou dissèque avec une lucidité troublante les mécanismes de l'emprise : la peur de perdre l'autre qui pousse à tout accepter, jusqu'à lui céder les rênes de sa propre vie. La formule "comment t'en vouloir quand j'ai créé ton trône" résume à elle seule l'ambiguïté du sujet. La responsabilité de l'emprise n'est jamais à sens unique.
Dans un autre monde poursuit sur le terrain sentimental, mais change de registre : c'est le regard rétrospectif porté sur une relation révolue, le jeu des "et si" qui n'aboutit à rien sinon à une critique en creux de la façon dont sa génération vit l'amour aujourd'hui : dans la crainte et sans démonstration.
Violences faites aux femmes et solidarité
Le cœur politique de l'album se love dans deux titres complémentaires. Ruelle sombre dénonce le viol, en insistant sur une réalité trop souvent tue : l'agresseur n'est pas toujours l'inconnu du fantasme collectif, mais parfois un proche insoupçonné. Le titre a depuis suscité une vague de témoignages sur les réseaux sociaux, offrant à de nombreuses femmes le courage de parler et la certitude de ne plus être seules.
Femmes répond à cette chanson comme un chant de ralliement : la production s'efface au profit d'un message limpide de sororité et de force collective.
Vivre ensemble
Enfin, Qu'est-ce qu'on se ressemble se détache des thématiques intimes pour porter un message plus universel. Portée par des sonorités orientales, cette chanson sur le vivre-ensemble prend une résonance particulière venant d'une artiste française, juive et d'origine tunisienne, dans un contexte international marqué par les tensions et les fractures.
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Effets secondaires tient sa promesse : celle d'un album où l'intime devient collectif. Lisa Pariente ne cherche jamais l'effet ni le pathos facile. Elle nomme, avec une sincérité désarmante, ce que beaucoup taisent : le harcèlement qu'on minimise, le corps qu'on n'accepte pas, l'emprise qu'on n'ose pas nommer, les violences qu'on croit isolées. En quatorze titres, la chanteuse dresse le portrait d'une génération façonnée par ses failles autant que par ses combats, et parvient à en faire une matière commune, presque thérapeutique. Un premier album qui n'a rien d'un coup d'essai : c'est une déclaration, celle d'une artiste qui a fait de ses vulnérabilités une force d'écriture rare.