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Ghinzu retourne l'Olympia

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Ghinzu, We Hate You Please Die
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Matthieu Foucher

Le 15 octobre dernier, nous étions dans la fournaise de l'Olympia pour la seconde date parisienne de Ghinzu. Après leur retour surprise sur scène en 2024, les rockeurs belges transforment l'essai et défendent enfin de nouveaux titres. Entre classiques explosifs et charisme impérial de John Stargasm, on vous raconte ces retrouvailles foudroyantes. 


Le Grand Retour du Rock Belge après Dix-sept Ans d'Attente

Après le triomphe de la tournée Mirror Mirror, Ghinzu s'est évaporé. Quatre ans de silence, brièvement rompus par une poignée de festivals européens. Les inconditionnels de John Stargasm y ont cru, mais que nenni : un petit tour de piste et puis s'en vont, disparaissant des radars pour huit nouvelles années. En 2024, l'électrochoc. Ghinzu déboule dans le line-up de Rock en Seine et retourne un Olympia moite en juin, s'offrant le luxe de lâcher un inédit en rappel : Forever, un slow épique et possédé. On pensait la machine relancée. Mais l'espoir fait long feu, l'expectative d'une suite rapide s'écrase, et le groupe replonge ses fans dans un hiver nucléaire qui semblait sans fin.

Il aura fallu attendre dix-sept longues années au total pour que la glace se brise. Mai 2026. Alors que la France suffoque sous une chaleur de fin du monde et baigne dans un crépuscule post-apocalyptique, Ghinzu sort enfin de son hibernation. Le missile W.O.W.A vient fendre cette atmosphère lourde, immédiatement suivi d'une salve de nouvelles dates. Et si un soleil en vélo de Stargasm est venu freiner un temps leurs ardeurs, l'essentiel est là : le thermomètre a explosé et les radiations belges sont de retour sur scène.

Les deux dates parisiennes des 14 et 15 octobre à l'Olympia ont très rapidement affiché complet ! Pour cette deuxième soirée, l'été indien est au rendez-vous : la chaleur ambiante fait parfaitement écho à celle des néons rouges de la façade culte. Sans grande surprise, le public ne s'est pas vraiment renouvelé après une si longue absence. Les jeunes fans d'hier sont aujourd'hui des darons, heureux d'être là, prêts à sauter, chanter et prouver aux Bruxellois à quel point leur musique a manqué.

Premiere Partie : We Hate You Please Die

Pour ouvrir la soirée, le trio rouennais We Hate You Please Die débarque sur scène et prouve d'emblée qu'il n'est pas là pour enfiler des perles en balançant Flesh, un titre stoner, lourd et entêtant, extrait de son dernier album Chamber Songs. Le choix de cette première partie est aussi aiguisé que bien vu : leur veine très Riot grrrl cueille une bonne partie du public, nostalgique des années 90, et rappelle irrésistiblement la puissance cool de Sex Bob-Omb dans l'intro de Scott Pilgrim vs. The World. Énergique et redoutablement efficace, We Hate You Please Die déploie une authentique rock attitude de cool kids, porté par sa chanteuse-bassiste Chloé Barabé, vraie Kim Deal des temps modernes.


L'Explosion Ghinzu

21h. C'est enfin l'heure des retrouvailles avec Ghinzu. Les lumières s'éteignent, le show peut commencer. Finies les entrées façon Star Wars en casque de Dark Vador : Ghinzu n'a plus besoin de ces artifices pour lancer la machine. Le groupe fait son entrée devant un fond de scène monochrome et attaque When Other Worlds Await (W.O.W.A pour les intimes). Crescendo, tout s'enflamme. Une bonne partie de la fosse connaît déjà les paroles par cœur, cueillie par la voix puissante, profonde et mouvante d'un John Stargasm moins exubérant qu'à ses débuts, désormais ancré dans un charisme pur. Plus besoin d'en faire des caisses ou de surjouer l'arrogance rock ; Ghinzu n'a qu'à être lui-même pour faire exploser le potentiel illimité de ses morceaux.

Quand une formation ouvre avec la puissance de ce qui s'apparenterait à un final en apothéose chez la plupart des autres, c'est qu'elle est redoutablement sûre de sa force de frappe. La fosse saute, danse, tape dans les mains, tandis que les balcons se lèvent pour communier sur Cold Love ou Out Of Control. Les nouveaux morceaux s'imbriquent à merveille avec les tubes d'antan, et l'incroyable Snow White transforme l'Olympia et son célèbre sol hydraulique en un véritable château gonflable !

Après une bonne demi-heure de cardio intensif, John Stargasm et sa bande gardent le rythme mais font retomber la pression avec Dragon, tiré de leur premier album, et Apologies. Ce changement de braquet permet aux premières notes de Dragster Waves de prendre encore plus d'ampleur, emportant la salle dans l'ouragan émotionnel de ce banger indémodable issu de l'album Blow. Impossible de ne pas finir hypnotisé.

L'intensité touche alors à son paroxysme : le groupe achève la première partie du set sur l'incontournable Do You Read Me et une version surpuissante de Mine aux allures de conclusion parfaite. Canette à la main, les Bruxellois quittent la scène, ne laissant planer aucun doute quant à l'imminence d'un rappel.


Rappels et Apothéose

Ils reviennent sur les planches avec la ferme volonté d'en découdre et balancent Mirror Mirror ainsi que Dream Maker. L'énergie est telle qu'elle pousse le guitariste à bondir de l'estrade de la batterie pour se rouler au sol, tandis que Stargasm finit le morceau debout sur son synthé à la stabilité pour le moins discutable... Mais Ghinzu ne se résume pas à un simple déferlement de puissance : c'est aussi une sensibilité, une mélancolie et une poésie qui résonnent magnifiquement sur Breathless Word, venant clore ce premier rappel en douceur.

Pour dire au revoir et fêter ces retrouvailles, le groupe prend le temps de dérouler tout le magnétisme de la chanson Blow, qui traverse pendant près de dix minutes autant de variations de sentiments que l'attente de leur retour. Tout est maîtrisé, et le groupe s'amuse à nous dépeindre la palette de tout ce qu'il sait faire. Le public a les yeux qui brillent et tombe totalement sous le charme des Belges.

Pour que la séparation se fasse en douceur, Ghinzu dégaine Forever, comme deux ans auparavant : une étreinte sucrée et douce comme un dernier soir d'été, comme la promesse d'un lendemain et d'une histoire faite pour continuer.

Article : Alex Blomme / Photos : Mathieu Foucher

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