Chroniques

Howlin Jaws perfectionne son art dans Living The Dream

Artiste
Howlin Jaws
Album
Living The Dream
Label
Bellevue Music

Les talentueux Howlin Jaws sont de retour en ce début d’automne avec un album, qui sonne plus comme une promesse : Living The Dream. Leur dernier long format en date, Half Asleep Half Awake, ouvre les portes d’un rock psychédélique, version garage-pop sixties. On y perçoit des notes orientales, notamment grâce à l’utilisation d’instruments comme le djura ou les sagattes. Vous l’aurez compris : Howlin Jaws présente un rock haut en couleurs, caféiné. Pour ce nouveau chapitre, la formation parisienne monte d’un ton en fondant leur propre cocon, le Studio Griset, à Paris, où les fondations de l’album seront construites.



Howlin Jaws, c’est tout d’abord une histoire d’amitié, Djivan Abkarian (chant, basse), Lucas Humbert (guitare) et Baptise Leon (batterie) se connaissent depuis leur plus tendre enfance, et partagent une même passion : le rockabilly. De leurs premiers pas dans le rock à l’américaine et partisans de l’esthétique fifties, les Mâchoires Hurlantes se vêtent de blousons en cuir et se coiffent au gel. Leur amitié leur permet une liberté créative et une osmose parfaite, qui se ressent à l’écoute et en live. De nombreuses harmonies vocales se retrouvent dans chaque projet, qui résonnent parfois comme un quatrième instrument. Du rockabilly de Burning House en 2018 au punk psyché de Half Asleep Half Awake en 2023, la formation a parcouru du chemin et semble avoir trouvé la bonne formule. Un rock bouncy, dynamique, tantôt vaporeux, tantôt incisif. 

Living The Dream se démarque, tant par les thèmes abordés que par les choix artistiques. Le son se veut moins instinctif, plus travaillé. Les trois artistes ont peaufiné leur travail, avec davantage de méthodologie. Loin de se satisfaire de leur studio parisien et leur zone de confort, ils ont décidé de traverser la mer pour rejoindre le Svenska Grammofon Studion de Kalle Gustafsson Jerneholm. Au commandes de plusieurs projets de têtes du rock indé comme Foals ou The Hives, le producteur suédois aide nos parisiens à entrer dans chaque détail de leurs compositions. “Avec Kalle, on a plutôt multiplié les prises pour se laisser plus de possibilités au mixage, à la manière d’un long marathon”.


La traversée du désert

Howlin Jaws nous partage dans cet album des thèmes douloureux et intimes comme le deuil, notamment sur Troubled Mind qui sonne comme une invitation à ne pas se laisser submerger par ces émotions difficiles. Parfait pont entre ce nouvel album et le précédent, on peut percevoir quelques notes orientales et toujours ce rythme sautillant et ce refrain pop acidulé. Ce thème est également abordé dans la conclusion de l’album, That Kind Of Pain, dans un tout autre registre, beaucoup plus spectaculaire, théâtral, dans lequel nous n’avions jamais entendu Howlin Jaws. Des cordes jouées par l’Orchestre Philharmonique de  Stockholm finissent de sublimer la composition, apportant une grandeur au titre. Des éléments électroniques à la French touch apportent les touches de couleurs finales au titre et à l’album. 

Sur un tempo plus doux, Miss You décrit l’histoire d’un homme seul, affalé au comptoir d’un bar et détruit par une rupture amoureuse. Coincé dans une tempête qui ne semble pas s’arrêter, l’être aimé lui manque sans cesse. “I miss you, please get out of my head”. Des sentiments universels, rassembleurs, sublimés par des guitares sixties et un omnichord, variante électronique de l’autoharpe. 

So Sorry, avant dernier titre de l’album, sonne différemment. Les premières notes nous le confirment immédiatement, plus distordues, les riffs se font plus sombres, le chant plus suspendu. On a presque l’impression d’écouter une musique épique d’un jeu vidéo. Le groupe y aborde des sujets comme la séparation, la rancoeur, sentiments fortement présents dans leurs vies à ce moment-là. 

Ne jamais se laisser abattre

En réponse aux douleurs, Howlin Jaws propose le mouvement et la liberté comme échappatoire. Le plus évident, Time Has Come, l’ouverture du disque. Des notes vaporeuses, rêveuses, ouvrent la danse. Écouter sa voix intérieure, enfin se mettre en mouvement, assumer ses envies, voilà l’ambition du morceau. Les synthés et les riffs rappelleront une atmosphère à la Pink Floyd. Nous pouvons ici capter toute l’ambition du groupe : construire un narratif, un univers, de poser un décor le temps de 42 minutes. 

Do What You Gonna Do est le premier titre travaillé à leur arrivée en Suède. On retrouve leur esprit rock psyché, ce groove qui fut longtemps leur recette. Mais cette fois-ci, Howlin Jaws a choisi d’aller plus loin, en jouant encore davantage avec la batterie. Le titre laisse la place au lâcher prise, à reprendre sa vie en main, à s’assumer enfin. Comme remède à la douleur ? Les amis et la fête ! Terminal Buzz oeuvre dans cette vibe disco festive et offre une atmosphère orientale, un écrin vivant et dansant qui nous aspire dans un tourbillon hypnotisant, comme un remède à nos maux.

Après la fête vient le silence, le temps à la contemplation, voire la mélancolie. Up On The Roof nous offre cette pause et de moment de recul nécessaire. Laisser défiler le paysage sous nos yeux, pour mieux se retrouver. Djivan met cette fois-ci de côté sa fidèle basse pour expérimenter sur la guitare de Lucas. une douce parenthèse expérimentale qui permet de reprendre ses idées ; “up on the roof, I see the truth”. 


Le rêve désenchanté

Troisième titre de l’album et également éponyme, Living the Dream envoie un riff endiablé qui vous fait vous lever de votre siège instantanément ! Elle dresse le portrait d’un homme successful dans son entreprise, gravissant les échelons, faisant fortune… Bref ayant coché toutes les cases sauf celle du bonheur. On reconnait la patte du groupe, son dynamisme et ses harmonies vocales très reconnaissables. 

Maximum Speed est sans conteste la pièce maîtresse de l’album. Son histoire est assez spéciale et fait office d’heureux accident ! L’ordinateur fait une erreur et déstructure totalement le deuxième couplet. Ce qui donne un résultat magnifiquement bordélique, ultra dynamique façon boogie années 60. Un clip accompagne cette pépite groovy, déjanté, façon adolescence des années 2000 et été entre potes, la vie en vitesse maximale “I wish I could ride in the air”. Un titre qu’on a envie d’écouter et de scander en live, mention spéciale pour le riff final version garage rock apportant une densité sonore parfaite pour clôturer le titre.

Après la fête, il y a le lendemain de soirée, parfois brutal… Surtout quand on se retrouve au lavomatic pour laver nos méfaits de la veille. Sunset Laundromat décrit ces lieux un peu à part, où se croisent humblement toutes catégories sociales, des étudiants aux jeunes parents, des hommes d’affaires aux artisans. Le temps d’une machine, on se raconte nos vies, avant de repartir chacun de son côté. Musicalement, le groupe décrit le titre comme l’enfant de Dolly Parton et de Tame Impala. Et on comprend vite pourquoi : une légère country pop un peu brumeuse, légère et en suspens. 


Living The Dream semble être la formule idéale pour nos trois parisiens. En quelques années, Howlin Jaws aura exploré de nombreux genres musicaux, et s’est laissé sur ce deuxième album studio la liberté d’expérimenter, de s’entourer de professionnels pour se donner les moyens d’aller encore plus loin. Il en ressort une maturité nouvelle, il ne s’agit pas de taper fort sur une batterie et de crier très fort pour faire du rock, nous voilà convaincus. Howlin Jaws explore le rock psyché sous toutes ses formes et ses nuances, tout en jouant la carte de la sincérité dans leurs textes. Les artistes auront su envelopper dans un même projet des influences de chacune de leurs précédentes œuvres, afin de les perfectionner.


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