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Bleech 9:3 : " Ce n'est pas parce que tu es Irlandais que tu vas réaliser un album mémorable "

L'écran de notre téléphone affiche 16 h lorsque nous arrivons au point de rendez-vous. Derrière la porte vitrée de l'établissement, les membres de Bleech 9:3 nous attendent, un café à la main de quoi se réveiller et se remettre du voyage de la veille. Seulement quelques heures les séparent de leur concert au Supersonic Records, le premier de leur tournée à travers l'Europe, le Royaume-Uni et l'Irlande. Rencontre avec les membres du groupe Bleech 9:3.


English version down below

La Face B : Pour démarrer l'interview, pouvez-vous revenir sur la formation du groupe ?

James : Nous venons tous de Dublin. Nous avons commencé à faire de la musique ensemble car on aimait ça, c’était comme une evidence. Puis, nous nous sommes installés à Londres il y a un an et demi, peut-être plus.

LFB : Depuis que vous vivez à Londres, constatez-vous une différence entre la scène musicale anglaise et irlandaise ?

James : Ce sont deux scènes musicales prospères. À Dublin, nous faisions nos premières armes sur scène, c’était un bon endroit pour apprendre et gagner en expérience. Mais ça ne pouvait pas aller plus loin pour nous, alors nous avons emménagé à Londres. Puis, il y avait une nouvelle scène à découvrir et à explorer. Ces deux scènes sont aussi bien l’une que l’autre, mais Londres est une plus grande ville, plus de choses s’y passent. Cela nous a vraiment apporté beaucoup d’opportunités que, peut-être, nous n’aurions pas eues chez nous. 

Sam : On ne croit pas vraiment en l’existence de « scènes ». On est d’accord pour dire que, peu importe où tu te trouves, il y a des groupes qui méritent d’être entendus et d’autres moins. Évidemment, à Dublin, on est largement influencés par Fontaines D.C., cela a sûrement poussé des gens à s’emparer d’une guitare. Mais un bon groupe reste un bon groupe, qu’importe d’où ils viennent.

LFB : Pensez vous que des attentes se sont installées avec le recent succès d’artistes irlandais ?

Sam : Je pense que cette percée n’apporte que du positif. Si l’on met les attentes de côté, il arrive un point où, soit tu peux fournir ce qui est attendu de toi, soit tu ne peux pas. Il y a plus d’attentes et d’attention sur les artistes irlandais en ce moment, car beaucoup ont eu du succès récemment. Mais ce n’est pas parce que tu viens d’Irlande que tu vas réaliser un album qui va perdurer au-delà de ton vivant. Il te faut le lot de compétences nécessaires, ce que n’importe qui pourrait avoir, peut-être, d’où qu’il vienne. 

LFB : Précédemment, vous faisiez partie d’autre groupes. Est-ce qu’il y a eu un moment où vous vous êtes rendus compte que Bleech 9:3 était le bon ? 

Sam : Nous avons tous essayé de faire de la musique pendant un certain temps. Comme pour les emplois ou les relations, tu essaies des choses qui ne fonctionnent pas ou qui ne sont pas les bonnes pour toi. Nous avons eu la chance de nous trouver lorsque nous étions à Dublin et de réaliser que non seulement le groupe était le bon choix, mais que les chansons que l’on commençait à écrire fonctionnaient. Nous étions tellement plus fiers de celles-ci que de tout ce que l’on avait réalisé auparavant. C’était évident pour nous que c’était ici que nos cœurs étaient et qu’il fallait que l’on se concentre dessus.

LFB : Plus tôt dans l’année, il y a eu la parution de votre EP, puis le single Figure 8. Aujourd’hui vous êtes à Paris pour le premiere concert de votre tournée, d’ores et déjà complète, en Europe et au Royaume Uni. Comment vous sentez vous ? 

Rusty : On se sent très bien, même si nous avons déjà hâte du futur. Nous sommes en train d’écrire notre album et nous avons de grands projets pour l’année prochaine. Nous sommes reconnaissants pour l’année écoulée et nous savons déjà que la tournée sera formidable. Nous sommes à Paris pour notre premier concert en tête d’affiche, mais nous avons déjà hâte d’entreprendre une nouvelle étape de notre carrière.

James : C’est chouette de publier ces chansons et de pouvoir entreprendre la suite. Nous en sommes fiers, cela représente un tel travail.

LFB : Est-ce qu’il y a une ville où vous souhaitez jouer ?

James : Il y a tellement de villes autour du monde où nous aimerions aller. Mais nous sommes aussi attachés à l’Europe et nous aimons jouer n’importe où, c’est toujours l’occasion de jouer notre musique et de la partager avec le public. Peut-être que le public y réagira et l’aimera autant que nous. Chaque ville est une nouvelle expérience.

LFB : En parlant de la tournée, avez vous un budget dédiés au coloration capillaire ? À chaque nouvelle date, l’un d’entre vous a une couleur différente.

Baz : Je pense que l’on va conserver celle que l’on a actuellement encore une semaine de plus. Mais qui sait ? 

Sam : Ouais, on ne peut pas nous laisser sans surveillance. 

LFB : Vous avez dit dans une interview que vous aspirez à produire de la musique utile. Pensez-vous y être parvenu ? 

Baz : Je pense que oui. Récemment, lors d’un concert, après être descendu dans la foule, quelqu’un est venu me voir, au bord des larmes, pour m’expliquer qu’il venait de devenir sobre et à quel point notre musique l’avait aidé à trouver le courage. C’est une chose formidable. 

Sam : Ce n’est pas à nous de décider si notre musique est utile, mais au public.

James : Je pense que, dans un sens, c’est utile pour nous, c’est une bouée de sauvetage. Si nous n’avions pas la musique, nous serions tous malheureux. C’est génial que les gens puissent aussi avoir ça pour eux.

LFB : Ressentez vous de l’émotion en pensant à quel point la musique vous aide et désormais c’est votre musique qui aident d’autre personnes ?

James : Absolument, c’est au cœur de ce que nous faisons. C’est quelque chose de spécial. Parfois, tu joues sur scène puis en la quittant, tu as envie de pleurer parce que c’est quelque chose dont tu as toujours rêvé et pendant ces concerts, tu donnes le meilleur de toi-même.

LFB : Vous est-il déjà arrivé de pleurer sur scène ? 

James : Jamais sur scène. Peut-être ce soir, on ne sait jamais. 

Sam : Sur scène, le rôle du batteur est peut être le plus émotif. Quand tu y penses, Rusty n’est pas seulement celui qui donne le rythme, il est aussi le seul à entendre toutes les mélodies et à ne pas seulement se concentrer sur leur éxecution.


LFB : Etes vous d’accord ? 

Rusty : Absolument. Cette année, les larmes sont montées lors d’un concert au Truck Festival. Nous n’étions pas préparés au nombre de personnes qui allaient venir nous voir jouer. Arrivé à la dernière chanson, tout le monde s’est mis à entonner les paroles avant même que je ne commence à jouer de la batterie. C’était un moment si émouvant que je n’ai pu retenir les larmes. Heureusement, je portais des lunettes de soleil donc je ne pense pas que quelqu’un l’ai remarqué.

LFB : Pour en venir au sujet de votre parcours avec les addictions et la sobriété. Comment la guérison et la sobriété ont impacté votre processus créatif ?

Baz : À vrai dire, je me détestais complètement et je détestais tout ce que je faisais, je pensais que j’étais mauvais. J’en étais convaincu avec une telle ferveur qu’il m’était impossible d’être créatif. Tout ce que je voulais, c’était me détruire. Aujourd’hui, je suis assis ici grâce à la guérison et grâce au dieu que j’ai trouvé. Sans cela, je ne serais pas là. 

À l’époque, je pense avoir été capable d’écrire quelques morceaux, mais il s’agissait encore de travaux préliminaires. J’apprenais seulement, j’essayais, mais c’est seulement après plusieurs années que j’ai obtenues assez d’expérience et j’ai vécu assez de choses pour avoir quelque chose à dire et comment le dire.

Sam : J’avais l’habitude de me convaincre que mes meilleurs travaux étaient réalisés lorsque j’étais en gueule de bois. Je pense que c’était seulement une énième excuse. J’ai certainement négligé mes capacités musicales durant la période la plus difficile. 

En ce qui concerne la revisite des riffs de guitare ou de tout ce que j’ai écrit, j’étais beaucoup plus jeune à l’époque et j’ai l’impression d’avoir dépassé ce style de jeu. Cela ne me correspond plus, c’est la principale raison pour laquelle je ne revisiterai pas ces travaux. 

Avec l’addiction et la manière dont je l’ai vécu, mon affection pour la musique, mon entourage et mes relations, tout ça passent au second plan face à l’envie de boire et de consommer de la cocaïne. Il n’y aucune place pour les prioriser ou se concentrer sur eux de façon productive. Mes propriétés étaient seulement de me vider la tête chaque soir. 

LFB : Depuis que vous avez ouvert la discussion autour de l’addiction et de la sobriété, constatez-vous des changements dans le milieu de la musique ? 

Sam : J’espère sincèrement que nous donneront à tous ceux qui luttent contre la dépendance, qui veulent se lancer dans la musique, une chance de voir qu’ils n’ont pas besoin de tout ça pour faire de la musique. Mais encore une fois, ce n’est pas à moi de dire qui je peux influencer. 

LFB : Est-ce toujours pris au sérieux ?

James : Je pense que notre histoire a toujours été très bien reçu. Ce n’est pas comme si on mentait à ce sujet, on est juste nous-mêmes lorsque l’open parle. Les gens peuvent le réceptionner comme ils le souhaitent, si cela les fait rire, c’est qu’ils n’écoutent rien. 

LFB : Comment souhaitez-vous que l’on se souvienne de vous ? 

Baz : Je pense que tu as réussi ta vie si l’on peut écrire sur ta pierre tombale que tu as été un homme bon. Je pense que c’est le summum. Quoi que tu fasses de ta vie, tout est secondaire. Le plus important, c’est qui tu es, comment tu vis et comment tu traites les gens qui t’entourent.

Je pense que c’est la meilleure façon possible de vivre. Cela te guide quand tu affrontes la vie, qu’importe à quel point elle peut être difficile, il ne faut pas que cela t’atteigne. Être une bonne personne, c’est utile pour toi et pour tout le monde autour. Cela améliore la vie de tous, si tu parviens à faire cela, c’est déjà pas mal à mes yeux. 


English Version


La Face B : To start this interview, I was wondering how did the band came together ?

James : We’re all from Dublin, Ireland. We started making music together because we loved it, it was like a evidence. We moved to London, like maybe a year and a year and a half, maybe a bit more.


LFB : Now living in London, do you see a difference between the Irish and English music scene ?

James : They’re both very flourishing music scenes. I think in Dublin, we were cutting our teeth and it was a great place to learn and to practice. But I think it could only go so far for us, so we moved to London. And then there was a new scene to explore and to learn from. They're both very good but London is a bigger city, there’s more going on there. It's definitely given us a lot of opportunities that maybe we wouldn't have had back home.

Sam : We don’t really believe in scenes. I think we just agree that no matter where you are, there's bands worth listening to and there's bands not worth listening to. Obviously, in Dublin we're all massively influenced by Fontaines DC, so maybe that inspired more people to pick up guitar. But a good band is a good band, I don’t I don't think it matters where they're from. 


LFB : Do you feel like there’s expectations upon Irish artist with the recent success of Irish musicians such as Fontaines DC as you've mentioned ? 

Sam : I think it's only positive. Expectations aside, it's going to get to a point whether you can either deliver what's expected of you or not. Maybe there's more eyes on Ireland at the moment because of successful Irish acts. But just because you're from Ireland doesn't mean, you're going to write an album that's going to outlive you. You need you need the skills to do that, which anyone could have from any country.

LFB : You’ve mentioned once that you were in other band before bleech. Was there a moment when you realized Bleech 9:3 could be the one ?

Sam : Speaking on behalf of all of us, we all tried to do the music thing for a long time. Like jobs or even relationships, you try things and they don't work out and they're not the right thing for you. We were lucky enough that while we were in Dublin, we found each other and we realized not only was it the right thing for us, but the songs we began to write. We were so much more proud of than anything we'd done before. And it was very obvious to us that this is where our hearts were and this is what we need to focus on.


LFB : Earlier this year you released your first EP, then the single Figure 8 a few weeks ago. Today, you're in Paris for the first concert of your sold out headline tour across Europe, UK and Ireland. How do you feel about it ?

Rusty : Yeah, we feel good about it, for sure, it's safe to say that we're looking to the future. We're currently writing our album and we have big plans for next year. So very grateful and we've had an amazing year and it's still going to be amazing. We're in Paris, doing our first headline, but we're looking forward to the next step and writing more. 

James : It's great to get those songs out and to move into the next thing. We're very proud of those songs. And they really represent something that we worked hard for, so we're very proud.


LFB : Is there a city you'd like to play in ?

James : There's loads of cities like around the world where we'd love to go to. But we love Europe and we love everywhere we go because it's just another opportunity to to play and to show our music to people. Maybe those people will respond to it and love it the way that we do. So every city is a new experience.


LFB : Taking about tour, do you have a budget for hairdye ? Each time I see a picture of the band, one of you have a new color.

Baz : I think we're going to stick with what we've got for now, for at least maybe another week. Who knows ?

Sam : Yeah, we can't leave ourselves alone.


LFB : I’ve heard that you wanted to make useful music, do you think you've succeeded it yet ? 

Baz : I think so. We played a show recently, after I went down to the barrier someone came up to me and he had tears in his eyes explaining that he's an addict who just got sober and the music had really helped him so much. That's an amazing thing.

Sam :  It's definitely not up for us to say. Like Baz said, it's for the listeners to decide that.

James :  I think in a way that it's useful to us because for all of us, it's a lifeline. If we didn't have the music, I think we'd all be pretty unwell. It’s great that people can have that for them as well.


LFB : You ever get emotional thinking how music helps you and now you get to create songs that help people ?

James : Absolutely. It’s at the core of what we do. It's a special thing. Sometimes you play and you come off and you feel like crying because it's something you've always dreamed of, ans you're giving all of yourself. 


LFB : You ever cried on stage ?

James : Not on stage. Maybe tonight, you never know. 

Sam : On stage, the drums is probably the most emotional position to hold. If you think about it for Luke, he not only is he providing the heartbeat of the song, but he's the only one hearing all the melodies and not focus on playing them.


LFB : Would you agree ?

Rusty : Yeah, totally. Actually this year I probably did have a teary moment when we played our set at Truck Festival. We were unaware of the amount of people that we're going to turn up, we got to our final song and when everyone was reciting the lyrics before any drums come in, it was definitely a teary moment. I was wearing shades, so I was all good, but yeah, that's true.

LFB : In order to talk about your journey with addiction and sobriety. As you played music before, how did change your creative process ? 

Baz : Well, I really hated myself and I hated everything that I made and I thought I was shit. I was so extreme in that view of myself that it made it impossible to be creative at all. All I wanted to do was destroy myself. So absolutely, I'm sitting here because of recovery, because of the God that I found. Without that, I wouldn't be here.

I think I did manage to write some songs, but they were still very early pieces of work. I was just learning, just trying, but it was not until a few years after that that I had developed enough and lived enough that I had something to say and I knew how to say it.

Sam : I used to like bullshit myself so much and say that I did all of my best work hung over. I think it was just another excuse. I definitely neglected my musical abilities during the bad times.  

In regards to revisiting any guitar riffs or anything I wrote, I was a lot younger then and I just feel like I’m past that style of playing that I was in. That would be the main reason why I wouldn't revisit it. 

With addiction and the way I experienced it, love for music or people or relationships, that comes second to drinking and using cocaine. There is no place to prioritize them or focus on them in any sort of productive way. My priorities were just getting it out of my mind every night.


LFB : Since you’ve opened the talk around sobriety and addiction, do you see some change in the music community ?

Sam : I really hope we give anyone struggling with addiction, who wants to pursue music, a chance to see that you don't need to do that in order to do music. But again, I don't know if it's for me to say who I think I'm influencing.


LFB : Is it always taken seriously ?

James : I think it's always been received very well, you know. it's not like we're lying about it, we're just ourselves when we when we talk about these things. People can take it the way they like it and if they laugh, I think that's funny because they're obviously not listening.


LFB : To close this interview, there's a question I like to ask. How would you like te be remembered as ?

Baz : I think your life has been a huge success if they can write on your tombstone that he was a good man. I think that's the pinnacle. Whatever you do with your life, I think it's secondary. It's who you are, it's how you live, it's how you treat people.

I think it's living in the best way you can. It's how you confront life no matter how difficult it gets, you don't allow that to to kill your spirit. Because that's that is the most useful thing that you can do with your life. It's useful for you and for everyone around you. It makes everyone's life better. If you do that, that seems like a pretty good deal to me.



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