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Les clips de la semaine #319 - Partie 1
La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, on vous invite à découvrir la première partie de notre 319ème sélection.

ROVSKI – Ravage
Il y a quelques semaines on vous partageait le grand retour du duo électro féminin Rovski et son appel à la pluie. Dans une rythmique insolente, Sonia et Olive nous font découvrir cette semaine un nouvel extrait d’Acqua Alta intitulé Ravage. Le ton est donné.
Associé aux bouleversements environnementaux et sociaux, Ravage porte en lui l’urgence. Ravage est autant l’idée d’une catastrophe intérieure qu’extérieure. Le duo mêle ici l’intime au politique. Le morceau joue sur le chaud brûlant et la recherche de fraîcheur lorsque les artistes expriment leur recherche d’air.
Dans ce clip s’entremêlent images catastrophistes et profondes respirations humaines. Si l’expression « ravage » est violente, Rovski joue toujours la bonne carte de la sensibilité, sans discours moraliste. On retrouve les ingrédients de l’accumulation et la tension pour toujours faire sentir des pulsations. On a hâte de les retrouver en live pour ressentir les vibrations engendrées par ces productions !
Bruit Noir – Kaddish
Ces derniers jours on entend beaucoup nos politiques parler du bruit et la fureur, il est venu le temps pour nous de parler de Bruit Noir. Vous savez l’anti-projet, l’anti-poésie de Pascal Bouaziz, le type qui chantait dans feu Mendelson. Il a décidé de revenir avec un nouveau morceau bien vénère : Kaddish.
Dans la tradition juive, le Kaddish c’est la sanctification, la glorification de Dieu. Pensez-vous vraiment Bouaziz ait tourné sa veste ? Bien sûr que non ! Si certains de nos artistes se disent engagés, les mots sont parfois encore timides, on n’ose pas dire le mot fâcheux : génocide. Bouaziz, il a le courage de se tenir encore debout, de ne pas mâcher ses dires, il les crache mais avec une classe singulière ; la sienne.
Accrochez-vous, ça envoie du très lourd et du très noir, du Bruit Noir pur jus en somme. Kaddish devient un chant de sirènes sonnant l’urgence, l’instru des machines de Jean-Michel Pirès est bien décapante. On nous dit dans l’oreillette qu’un nouvel album doit pointer son nez en janvier 2027, Non. Rien. Pascal, Jean-Michel, on est prêts !
PAMELA – Dancing on the edge
On ne se lassera jamais de la patte de celui qui se cache derrière le pseudonyme Jacques Frantz. Après le magnifique PEAK XV, les gars de PAMELA nous balancent Dancing on the edge qui donnera son nom à l’album attendu pour novembre prochain. Dans une mise en scène pleine de contrastes, le duo revient dans un univers graineux toujours plus cinématographique digne des films expressionnistes ! Le clip distord la réalité, joue avec les ordres de grandeur pour toujours plus nous épater.
Spontanéité et PAMELA fonctionneront toujours ensemble, c’est d’autant plus vrai que Dancing on the edge est né en une prise unique. Avec Dancing on the edge, on se laisse porter par une couleur pop électronique aux synthés super dansants. La voix de Sam Sprent s’inscrit dans un registre incantatoire qui ajoute une épaisseur au morceau et donne matière à entendre une mélancolie toute nuancée. A l’heure à laquelle des figures pop comme Harry Styles, Miley Cyrus, Charli XCX ou carrément Madonna se désespèrent en chanson qu’on ne danse plus comme avant, PAMELA nous rappelle que si, on danse mais en sachant pertinemment que le monde s’effondre. Et n’est-ce pas ce qu’il nous reste à faire ? Vous avez une vie pour répondre.
Willi Carlisle – Gas Station
Avec probablement le clip le plus délirant que vous verrez cette semaine (ou cette année !), on vous présente Gas Station de Willi Carlisle, un banger country à écouter en boucle lors de votre prochain road trip, ou simplement pour un coup de boost au moral !
Produit avec le ponte de la bonne country Tyler Childers, le morceau est extrait du double album The Universal Bubba, que nous attendons avec la plus grande impatience pour le 6 novembre.
Réalisé par Mike Vanata, le cinéaste qui se cache derrière l’excellente chaine YouTube Western AF, le clip met en scène Willi Carlisle et une bande de marionnettes, dont l’une à l’effigie de Tyler Childers, se rendant tous en voiture à la station-service pour manger des hot-dogs pour le dîner.
Pour Carlisle, cette chanson « résume toute [s]a vie » : Tout ce travail, ces longs trajets, ces heures passées à sillonner l’autoroute, à chanter pendant des heures, juste pour dîner à la station-service. »
Un vrai régal !
Provinz - Cry Baby Cry
Provinz revient avec Cry Baby Cry, un morceau mélancolique sur une histoire d’amour qui se termine et qui laisse en suspens des questions.
Et si l’amour avait suffi ? Et si les choses avaient été différentes ?
Mais le morceau aborde aussi l’envie de passer à autre chose, de recommencer à vivre sans rester prisonnier du passé. Le clip met en scène cette dualité, oscillant entre des plans des quatre membres du groupe, flânant dans les rues et du chanteur, seul sur son lit. Les moments de vie à plusieurs sont faits de lieux colorés, qu’il s’agisse des casinos, du carrousel ou même des lumières de la ville. Les moments seuls, au contraire, voient le chanteur amorphe sur son lit, laissant passer le temps. Finalement, même entouré, les pensées qui l’habitent ne disparaissent pas. On voit dans son regard tout le désarroi et la tristesse, que la pluie accompagne à merveille.
L’ensemble du clip est filmé d’une manière très naturelle, comme si l’on avait pris un caméscope pour filmer des instants de vie, ce qui accroît l’esthétique mélancolique et nostalgique de ce nouveau clip.
Camille Yembe, Lesley, Rapha, BRUANT, Génération Débrouille – Tout est facile
Tout est facile n’est pas juste une musique et pas juste un clip. Il s’agit d’un moment important, qui marque une histoire mais aussi qui permet de découvrir des talents. Tout le monde n’a pas la chance d’être vu. Tout le monde n’a pas le pouvoir de réussir. Car non, la méritocratie n’existe pas et le facteur chance est bel et bien là. Et ça, Camille Yembe l’a bien compris puisqu’elle le raconte merveilleusement bien dans son album.
Ici, l’idée est simple : mettre en avant des artistes émergents. Un appel a été lancé et plus de 750 artistes émergents ont envoyé leur projet. La récente gagnante du prix Joséphine a sélectionné trois artistes, Lesley, BRUANT et Génération Débrouille, pour leur donner de la visibilité et pour que leur talent soit vu par le plus grand nombre. Le public a eu la chance de participer à ce morceau en posant sa voix sur le refrain pour donner du sens au projet et avoir cette dimension 100% collective. Et c’est ce qu’on perçoit dans ce clip sincère et joliment brut, tourné à Bruxelles.
Le but est de montrer la diversité du public, toutes les personnes qui ont contribué à la naissance de cette musique et de ce clip. Et c’est le genre de projet qui donne un sens à la musique, qui nous fait comprendre que ce n’est pas si simple que ça et qu’on a besoin d’artistes qui aident d’autres artistes.
Un morceau à écouter en boucle et des artistes à découvrir à travers leurs nombreux projets.
SOAK - Decembers
Après quatre ans depuis son dernier album, SOAK fait son grand retour avec decembers, premier extrait éponyme de son quatrième album, attendu le 4 décembre 2026 chez Rough Trade Records. Un album né dans le silence forcé, alors que Bridie Monds-Watson combattait une maladie auto-immune qui l’empêchait de chanter. Cette absence de musique a finalement permis à SOAK de créer ce qu’iel considère comme son album le plus abouti, aussi bien dans le son que dans l’écriture. Un album comme un voyage qui nous emmène sur les routes américaines, dans les rues glacées de Dublin, jusqu’au Portugal avant de retrouver son Derry natal. Pour le décrire, Bridie Monds-Watson revient à une phrase de Thomas Wolfe dans You Can’t Go Home Again : « On ne peut pas retourner chez soi, retrouver sa famille, son enfance, l’amour romantique, ni ces formes et ces systèmes qui semblaient autrefois éternels mais qui changent constamment. »
Ça parle de quoi, decembers ? D’un retour inattendu d'un amour et des souvenirs qu’il fait remonter. Folk intimiste et mélancolique, le morceau avance avec douceur et tendresse, porté par la voix feutrée de SOAK et une instrumentation délicate qui laisse toute la place aux mots : une bibliothèque, des clés tombées au sol, de la glace qui coule sur un jean, des soirées, des voitures… Autant de fragments d’une histoire passée qui ressurgissent avant de laisser place à un vœu où la nostalgie se mêle au pardon : « I hope, I hope you’re still stubborn », « I hope, I hope I’m still on your mind ». Une chanson que Bridie Monds-Watson résume en quelques mots : « D’une certaine manière, je pense que decembers parle de pardon. »
Le clip, réalisé par Cuan Roche, est un visualizer à l’image du morceau : délicat, contemplatif et légèrement hors du temps. Plutôt que de raconter littéralement l’histoire de decembers, il accompagne SOAK dans sa descente douce le long d’une falaise, au cœur d’un chemin parsemé de verdure et de fleurs jaunes, tandis que les paroles défilent sous nos yeux. Une esthétique simple et lumineuse qui nous plonge au cœur du texte et renforce cette impression de voyage intérieur.
Le titre decembers prend alors tout son sens. Décembre revient chaque année, même lorsque nous avons changé. Les saisons, elles, n’attendent personne. Le temps, lui aussi, avance, les gens partent, reviennent parfois, et certaines blessures ou histoires finissent par devenir autre chose. SOAK sera en concert au Hasard Ludique à Paris le 24 février 2027 pour nous faire découvrir en live ce nouveau chapitre.
Fog Lake - Bogus
Tout comme un être aimé peut manquer à Fog Lake, la musique de ce dernier s’est, elle aussi, longtemps fait attendre.
Ce sont des nouvelles comme celles-ci qui redonnent un certain sourire au milieu des jours pesants. L’apparition, cette semaine, du nouveau single, Bogus, accompagnée de l’annonce d’un nouvel album, Hollowbody, prévu pour le 13 novembre, nous replonge avec bonheur dans une musicalité si singulière et fragile qu’elle semble presque appartenir à un autre temps. Il suffit de quelques notes pour retrouver cette atmosphère si particulière, faite de mélancolie, de douceur et d’une certaine forme de solitude.
Avec ce nouveau titre, le musicien dévoile un morceau plus entraînant, dans lequel sa voix semble davantage mise en avant que sur ses précédentes compositions. Une évolution qui apporte un souffle nouveau à son univers, sans pour autant rompre avec les bases acoustiques que l’artiste a patiemment façonnées au fil des années.Fog Lake avance sans renier ce qui fait la singularité de sa musique : cette fragilité, cette intimité et cette manière si particulière de faire naître l’émotion dans la simplicité
Koko - Fearless
La chanteuse Koko continue de s’affirmer. Après un premier single sous la forme d’un hymne à l’émancipation féminine, elle partage un second single. Fearless se chante en français et en arménien. Koko rend hommage à ses origines arméniennes. Plus précisément, à ce courage dans son ADN. Une force qui lui permet de se libérer, de « sauter dans le vide », pour porter des revendications. Car ce morceau se brode d’espoir pour un monde plus juste, plus égal.
Du passé, l’artiste ne balaye pas tout. Léo Desnoyelles réalise un clip tourné en Arménie, où l’on croise des grands-mères arméniennes, des montagnes enneigées et les roches mystiques de La Symphonie des Pierres. La musicienne Koko pose dans des vêtements contemporains entre les structures métalliques d’un radiotélescope soviétique.
Musicalement aussi, Koko parvient à mélanger avec fluidité les genres, en passant par des sonorités traditionnelles, électro urbaines et jazz. Koko aurait-elle inventé un féminisme arméno-futuriste ?