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Les clips de la semaine #324 - Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, voici la première partie de notre 324ème sélection.

PALES - Spit Blood
Quoi ? Vous ne connaissez pas encore Pales ? Alors arrêtez-vous quelques instants sur ces lignes, car vous êtes peut-être sur le point de découvrir l’un des groupes de noise punk français avec le plus de potentiel. Tout droit venu de Strasbourg, le groupe revient avec un nouveau single, « Spit Blood », qui annonce un album pour 2027.
« Spit Blood » est à l’image de la musique de Pales : un concentré de tension et de nervosité, orchestré par des guitares saturées, une basse et une batterie hargneuses, le tout porté par la voix d’une frontwoman charismatique. Le morceau est ponctué par un excellent bridge, plus progressif et planant, qui nous rappelle forcément un autre groupe de la région, venu d’une ville voisine : Last Train. La tension monte peu à peu, jusqu’à l’explosion. Difficile de ne pas s’imaginer au milieu d’un pogo, sous les flashs des stroboscopes.
Côté paroles, le morceau transpire la rage et le refus de plier. Pales évoque cette colère qui gronde sous la peau, cette envie de tout faire exploser, mais aussi la volonté de ne pas se laisser abattre : « I don’t bend, I don’t break ». Une véritable déclaration de résistance, qui prend toute son ampleur lorsque le groupe revendique son identité bruyante, chaotique et indomptable.
Le clip, quant à lui, est magnifiquement réalisé. Il nous plonge dans une atmosphère teintée de vert, qui reflète parfaitement l’intensité que le groupe, et Célia en particulier, dégagent à travers leur musique et leur attitude. Maintenant que vous êtes au fait de ce qu'est Pales, vous n’avez plus qu’à aller découvrir leur musique en concert !
Nous Etions Une Armée – Parle fort
Dans quelques semaines Nous Etions Une Armée donnera son premier concert à La Cigale en son nom – le 28 novembre - ! Tout en étant déjà sur les routes, le duo nous fait patienter avec un tout nouveau morceau et en plus, c’est clippé !
Parle fort est arrivé à point nommé et on est tentés de dire, à poings levés. Nous Etions Une Armée cultive une certaine vision de l’engagement, les textes de Léo Nivot au-delà de leur dimension poétique ont toujours eu une couleur politique. Parle fort s’inscrit dans ce sillage. Parle fort c’est autant une injonction à exister qu’à un appel à être entendu. C’est aussi ce que Léo Nivot a toujours fait dans ses chansons les plus intenses. Il en va du refus de se taire face à l’injustice générale.
Fidèle à son personnage, Léo Nivot bouscule avec sa voix frontale comme toujours sur un fil entre la survie et l’abandon. Nous Etions Une Armée signe avec Parle fort le beau sursaut ; celui qui nous fait nous sentir vivants, qui refuse l’extinction lente. Le morceau délaisse l’esthétique post-rock pour une couleur nettement plus rock. A la surprise générale, un batteur vient accompagner le duo ! Cagoulé, on ne saurait vous révéler son identité.
Visuellement si vous avez pensé à une certaine chaîne du groupe Vivendi, c’est que vous regardez un peu trop la télé… Après tout : toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite… Vous ne voyez vraiment toujours pas ce présentateur à lunettes ? Oh allez un petit effort ! Et dans son beau geste, Nous Etions Une Armée renverse la table au sens propre comme au figuré ! Faites vos jeux !
TeddyBear - Les Monstres
Alors que son premier album, Le plus beau, est sorti le 30 octobre dernier, TeddyBear revient avec un nouveau clip. Pour Les monstres, quatrième track de cet album brillant et émouvant, il nous propose un clip dont chaque détail est minutieusement soigné. Chaussures roses aux pieds, sauce tomate sur le tapis roulant du Teddy Market, date de naissance en guise de date de péremption sur la conserve. Tout a été pensé pour nous plonger dans un univers : le sien.
Tout le long du clip, on oscille entre des plans de TeddyBear, esquivant les dangers de la vie courante : l’électrocution, la nourriture périmée, les coupures… Et des plans d’un couple charmant, dans un intérieur bourgeois, qui dîne tranquillement.
On voit le jeune homme passer à côté des choses qui comptent à cause de la peur, comme de sa collègue Jeanne : « t’as pas peur toi de passer au grand amour? »
Le dénouement apparaît à la fin : l’homme doit quitter sa femme pour retourner au travail. Il enfile le costume de la grande faucheuse et rejoint TeddyBear, qui s’en sort finalement in extremis.
Alors que les crédits apparaissent, il nous offre une fin qui, à l’image du costume un peu ridicule de la mort, dédramatise la situation : le médecin et la mort, collègues qui partagent un repas rapide entre deux interventions.
Si le jaune est souvent associé à la joie et à l’énergie et le rouge à la violence et au danger, ici, c’est l’inverse. TeddyBear évolue dans un monde rempli de rouge, que ce soit sa veste ou l’uniforme du magasin. La mort, quant à elle, est entourée de jaune, de ses chaussettes à l’alerte qui l’envoie au travail. Comme si, ce n’est qu’en voyant ce que l’on peut perdre que l’on redevient en vie, que l’on saisit l’essentiel et qu’on est capable d’embrasser la vie : « Est-ce qu’avoir peur c’est être vivant ? »
Sufjan Stevens - On this Christmas (it only gets better)
Ce week-end, c'est un peu Noël avant l'heure avec Sufjan Stevens, qui nous offre une nouvelle chanson aussi délicate que mélancolique. Avec « On This Christmas (It Only Gets Better) », l'auteur-compositeur américain retrouve son univers folk intimiste, porté par une guitare réverbérée, une voix puissante et habitée, et une mélodie presque enfantine qui nous entraîne doucement dans un voyage musical tout droit vers Noël. L'amour de Sufjan Stevens pour les fêtes n'est plus à démontrer ( Songs for Christmas, Vols. 1-5 en 2006, puis Silver & Gold: Songs for Christmas, Vols. 6-10 en 2012) , mais il s'agit ici de son premier titre inédit de Noël, composé, produit et interprété par ses soins depuis près de quinze ans. Le morceau est extrait de Worst Christmas Ever!, une nouvelle compilation qui rassemble une partie de son immense répertoire consacré aux fêtes, disponible depuis le 6 novembre chez Asthmatic Kitty Records. Avec Worst Christmas Ever!, l'artiste replonge dans un répertoire qu'il construit depuis 2001. À l'origine, quelques chansons imaginées comme des cadeaux musicaux pour ses amis et sa famille. Vingt-cinq ans plus tard, ce sont près de cinq heures de musique et plus de 100 enregistrements consacrés à Noël qui constituent cette collection singulière.
Ça parle de quoi, « On This Christmas (It Only Gets Better) » ? C'est un peu comme une prière de Noël, entre mélancolie et pardon. Derrière son apparente douceur, « On This Christmas (It Only Gets Better) » est avant tout une chanson sur les regrets, le pardon et la possibilité de faire mieux. Dès les premiers mots, Sufjan Stevens pose le décor : « On this Christmas, I ask forgiveness / For all the funny things I've said and done ». Une demande de pardon qui prend des allures de confession personnelle, entre lucidité et autodérision. Le refrain vient apporter une petite lueur d'espoir. Et si i la Terre pouvait encore nous surprendre et trouver le chemin d'un avenir plus lumineux ?
Sufjan Stevens explique : « J'adore l'idée de l'existence d'excuses de Noël. Une fête caractérisée par le don et la réception de cadeaux pourrait être améliorée par le don et la réception du pardon. » Il poursuit : « “Je suis désolé” est le meilleur moyen de briser la glace lors d'un conflit ou d'une incompréhension. Essayons de nous améliorer cette année : plus d'amour, de pardon, d'accueil et de considération. Ce morceau est une prière, qui peut être un moyen d'atteindre la sagesse et la compréhension du pardon. Je crois que le monde y parviendra. »
Une belle manière de détourner les codes habituels des chansons de Noël. Ici, pas de liste de cadeaux ni de célébration idéalisée des fêtes, mais une invitation à faire la paix avec soi-même et avec les autres. Une chanson de Noël qui nous rappelle que le plus beau cadeau n'est pas celui que l'on déballe.
Musicalement, Sufjan Stevens joue sur les contrastes avec une simplicité efficace. La guitare, enveloppée de réverbération, installe une atmosphère aérienne. Sa voix, à la fois puissante et fragile, donne toute son intensité à des paroles empreintes de doute. La mélodie est telle une boîte à musique : elle tourne, nous berce et nous entraîne dans une parenthèse hors du temps. Il y a dans cette composition une douceur trompeuse. On pourrait facilement se laisser porter par sa dimension lumineuse sans remarquer la profondeur des paroles. Pourtant, derrière cette mélodie de berceuse se cache une chanson traversée par les regrets, la solitude et la peur de l'avenir. C'est précisément dans cet équilibre entre fragilité et espoir que réside toute sa beauté.
Pour accompagner ce nouveau titre, Sufjan Stevens s'est associé à Michael O'Neal et Cubby Graham pour réaliser un clip auquel a également participé Hannah Cohen. Ensemble, les quatre artistes ont peint à la main pas moins de 6 000 images fixes pour donner vie à cette création animée. Un travail artisanal minutieux, qui prolonge parfaitement l'esprit du morceau. Cette succession d'images peintes à la main donne au clip une dimension presque onirique, loin des productions lisses et léchées. On retrouve cette attention au détail et cette sensibilité qui caractérisent si bien l'univers de Sufjan Stevens.
Sufjan Stevens célèbre ainsi Noël à sa manière, avec ses contradictions, sa spiritualité, son humour et cette liberté de faire cohabiter le sacré et le profane. « On This Christmas (It Only Gets Better) » est une jolie illustration. Un peu de mélancolie, beaucoup de douceur et, surtout, une belle raison de croire que les choses peuvent encore s'améliorer.
Juste Shani – Y’a quoi
Sarah : Juste Shani nous dévoile un titre et un clip absolument renversants avec Y’a quoi.
La pochette d’album ne peut que vous faire penser à Dans ma bulle de Diam’s, une des références du clip de Juste Shani.
Juste Shani nous prouve encore une fois à quel point elle vise juste et qu’elle est à sa place. Tout le monde donne son avis sans arrêt, le racisme est systémique dans notre société et elle fait de sa musique un hymne.
En effet, elle démolit tous les préjugés. Nous donne une bonne leçon de liberté et nous prouve qu’il faut choisir la vie que l’on souhaite mener. L’avis des autres, c’est la vie des autres, non ?
Le clip est marquant par l’utilisation de la miniature qui nous rappelle Diam’s, les collages animés, mais aussi les zooms hyper rythmés qui donnent énormément d’énergie au clip.
Avec Juste Shani, on retrouve un package essentiel mais surtout révélateur de son talent. C’est une rappeuse destructrice du patriarcat qui mêle, dans ses morceaux, des productions hyper catchy, des refrains entêtants et des visuels originaux et percutants. Et Y’a quoi ?
Jeanne : Depuis quelques jours, Juste Shani distillait sur ses réseaux des teasers et des images de tournage. Quelques secondes suffisaient à piquer la curiosité. Le clip de Y’a quoi est enfin là, et il tient largement ses promesses.
Le titre est une réponse frontale : aux critiques, au racisme, à la misogynie. Juste Shani ne prend pas de gants et assume un ton direct et affirmé. Le refrain en donne la couleur avec ce « sale chien aboie », que le clip prend au pied de la lettre. Le chien du refrain devient ici personnage principal, installé aux platines et que l’on suit tout au long de la vidéo. L’ensemble mêle réalisme et surréalisme, avec des visuels volontairement étranges, qui donnent au clip une identité forte et immédiatement reconnaissable. Le symbole a aussi sa place. Dans une séquence, l’artiste passe la tête à travers un mur de papier pour observer une scène de l’autre côté. Difficile de ne pas y voir un clin d’œil à la pochette de l’album Dans ma bulle de Diam’s. Cette image peut aussi se lire plus largement : percer le décor et faire face aux maux de la société que la chanson met à nu.
Le clip est signé Steven Kali et Sacha Andres, habitués de la scène musicale française, de tous les horizons. On leur doit des projets pour Eddy de Pretto, Bertrand Belin ou encore Vald. Cette polyvalence se ressent dans la mise en scène, aussi à l’aise dans le soigné que dans l’étrange.
Y’a quoi confirme une tendance : les clips très artistiques reviennent en force dans le rap. On pense à Théodora, dont les visuels réalisés par Melchior Leroux ont été récompensés cette année aux Flammes tout comme aux Victoires de la musique. Les artistes misent de nouveau sur l’image comme prolongement à part entière de leur musique, et pas seulement comme support promotionnel.
Juste Shani impose ici une identité visuelle singulière et une voix engagée qui devient sa marque de fabrique. Entre humour, surréalisme et colère, le clip fait dialoguer les registres sans jamais perdre son fil.
Slayyyter - hey boyyy
Slayyyter vient de déposer sa demande de visa et ses papiers d’identité à la mairie du 19e, et elle risque d’avoir un retour de la préfecture avant nous. Dans son dernier clip, la pop-, non ! La rock star Slayyyter nous emmène, aux côtés d’un squelette doré tout droit venu du cours de SVT le plus cool du rectorat, dans une visite guidée de la capitale. Parce que oui, pour obtenir son visa, il faut suivre les démarches et entrer dans la peau d’une Parisienne. Mais pas n’importe quelle Parisienne… On ne trouvera pas Slayyyter vêtue d’une veste en velours couverte de pins avec le visage de Karl Marx dans un pub situé le long du canal Saint-Martin, tenu par un vieil homme blanc qui s’invente un passé de musicien superstar des bars de Manchester.
Non, Slayyyter fait partie de ces Parisiennes branchées qui remontent la rue de Turenne, doublant les « it girls » du mois qui sortent des boutiques, les bras chargés de sacs en carton dissimulant une énième paire de bottes à lacets. Dans le clip d’hey boyyy, le nouveau et sûrement dernier extrait de son prochain album, Wor$t Man In America, la chanteuse nous propose sa version de la Parisienne. Fidèle à elle-même, elle arbore une multitude de corsets pour déambuler dans les rues de la Ville de l’amour, le squelette à la main. Un compagnon qu’elle emmène ensuite boire un café en terrasse avant de s’offrir une virée en bateau pour admirer la tour Eiffel.
Une jolie aventure qui se termine comme elle se doit : par un baiser enflammé.
Star’s Revenge - Don't Worry Dynamite
Un premier opus éponyme sorti en 2024, le groupe fondé par Olive Faber (Sunflower Bean) et Emily Green (Geese) est de retour en cette fin d’année avec un second album, prévu pour le 27 novembre et sobrement intitulé : Star’s Revenge II.
C’est cette semaine que l’annonce a été faite, accompagnée d’un premier extrait : Don’t Worry Dynamite. Une sonorité assez familière à celle du travail de la guitariste de Geese. Avec ce single, c’est vers une identité sonore plus proche de cette dernière que semble se diriger l’album. Si cela se confirme, cela créera un contraste intéressant avec leur premier disque, qui musicalement se rapprochait davantage des compositions d’Olive Faber, sans pour autant tomber dans le simple copier-coller, bien entendu.
Ce titre laisse présager une belle promesse dans le paysage indie rock pour cette fin2026 qui, comme les précédentes, aura été riche en projets de grande qualité, les uns plus intéressants que les autres. Il ne reste maintenant plus qu’à prendre notre mal en patience avant de pouvoir en écouter davantage.
Jeremy Kapone - Libelula Ryde
Et si l’un des voyages les plus mystérieux, périlleux et formateur, se trouvait dans les méandres de notre esprit ? Cette semaine on embarque aux côtés de l’artiste Jeremy Kapone sur le titre Libelula Ryde, un morceau extrait de son dernier album au nom éponyme, Libelula. Un voyage solitaire habité par de nombreuses images. Le clip est magnifique, et mérite le détour. C’est maintenant à nous d’entrouvrir cette porte.
Sur un morceau pop et entraînant, cette animation est le fruit de beaucoup d’imagination, de poésie, mais aussi de travail. Elle a été réalisée par Stéphanie Desjeunes et Ppolygone. L’avatar de Jeremy Kapone traverse des mondes fantastiques et colorés à bord d’une libellule aux formes multiples. C’est une quête qui lui appartient, et pourtant on contemple ces images à travers nos yeux et notre vécu. Les plans sont extrêmement bien détaillés, et les transitions très réussies. Chaque nouvelle image est une surprise. La libellule est un rêve, une étoile filante dans la nuit, c’est elle qui montre le chemin. Proche du surréalisme, on visionne le film une seconde fois pour apercevoir toutes les créatures, tous les détails.
Aux antipodes de l’intelligence artificielle, c’est un vrai plaisir de découvrir des projets comme celui-ci. En ce dimanche, on saisit la main d’un autre pour quitter le réel. Ouvrir un livre, ouvrir grand la fenêtre, car une libellule devrait bientôt se poser en bas de chez vous.