Interviews
Les entrevues cartes sur table - Épisode 5
Cette année, La Face B vous propose comme série de l'été les entrevues cartes sur table. Le principe est simple : l'artiste ou le band pioche une ou plusieurs cartes de tarot et nous donne son interprétation (on aurait aimé jouer les madames Irma mais on n'y connait rien). On lui demande ensuite de nous donner une musique à laquelle ça lui fait penser, de son répertoire ou non, et ainsi constituer votre playlist de l'été de vos artistes préférés.
Pour ce dernier épisode des cartes sur table, on a parlé aussi bien d’amour, d’aider les gens, de destin et de famille.
Vincent Khouni

Le 4 de bâton
Sur cette carte, il y a une sorte de château en arrière, deux villageois ou villageoises qui portent des bouquets de fleurs, comme une balance, et quatre bâtons en avant-plan qui forment une sorte d'arche.
Ça fait en effet résonner quelque chose. Aujourd'hui, on va jouer un nouveau morceau qui n'est pas encore sorti, que j'ai travaillé avec Jérémy Lachance. Pour l'instant c'est une petite démo, mais ça s'appelle Maison. Et du coup, ça me fait penser un peu à la maison, au château. Pas que je vis dans un château, mais ça me fait penser à ça. Il y a un côté festif aussi. Ça résonne un peu avec là où on est en ce moment, au FME, où c'est quand même la grosse fête. Après, j'avoue, je ne comprends pas trop les quatre bâtons. Mais ça a l'air d'être quelque chose comme un mariage, ou en tout cas une fête. Une fête de la musique émergente, par exemple.
Ça fait à peu près depuis mars que je tourne avec mon EP Accident, et là je sens que avec le festival Coup de cœur francophone en novembre, ce sera pas mal la fin du cycle. En même temps, il y a quand même une tournée européenne qui se profile, notamment en Belgique, ou en France même avec VioleTT Pi. Là ça va être un show hybride, je vais être tout seul avec sampler, drum machine, guitare. J'ai hâte de voir ce que ça va donner, parce que ça ne va pas être du tout comme ce qu'on fait en live. Après Coup de cœur francophone, peut-être quelques dates l'année prochaine, mais là je vais travailler sur le deuxième EP/LP. Le morceau que je joue ce soir, qui n'est pas encore sorti, va s'y retrouver. Il y a un processus d'album qui est un peu dans les tiroirs depuis longtemps, mais j'aime bien le format EP parce que c'est court, c'est facile à faire, ça prend moins de temps, et du coup je peux me permettre de travailler avec des nouvelles personnes. L'année prochaine, je ne sais pas encore ce qui va sortir, ça va être soit l'un, soit l'autre. Mais on va voir. On va dire qu’il y aura plein de célébrations et de petits châteaux dans cette année-là.
La chanson qui me vient en tête
C'est une bonne question. Comme ça, j'aurais peut-être envie de dire La Fête de La Flemme, étant donné que j'ai joué avec eux l'année dernière ici. Et en plus on va se revoir à Marseille quand je vais y aller. Donc il y a un côté « la boucle est bouclée ».
Le vœu à lancer dans l'univers
Je voulais dire trouver l'amour, mais c'est un peu cul-cul quand même. Non, ce qu'on peut me souhaiter, c'est juste d'avoir toujours du fun à faire de la musique, parce que je pense que parfois c'est un peu ce qu'on oublie. On est là à penser « ok, un single, il faut que mon projet sorte, avec qui je travaille… », et parfois on est plus à le penser comme un chargé de projet qu'un artiste. Donc ce serait pas mal ça, kiffer, m'amuser dans ce que je fais encore.
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N NAO

Le 6 de deniers
Le 6 de deniers ! Ça, c'est de l'argent, et c'est bon pour moi je pense, parce que j'en ai besoin. Je m'en vais faire un prochain album, donc c'est toujours bon de penser qu'on va avoir nos subventions pour notre création. Il y a aussi une forme de générosité dans la carte, parce que la personne centrale donne des sous. Donc il y a une forme de partage, une forme d'équilibre aussi avec la petite balance. Puis c'est drôle, parce que dans mon band on est trois, on va partager la scène ce soir, et c'est moi qui les paye [rires], je fais en sorte qu'ils payent leur loyer. Une arcane mineure aussi, c'est bon, parce que des fois c'est fun d'avoir un petit break. Les arcanes majeures, des fois, c'est comme la mort, c'est des gros trucs. Là, c'est un petit 6 de deniers, ça se prend bien, il n'y a rien de grave, rien de trop impliquant.
Le 6, je serais curieuse d'aller chercher ce qu'il veut dire, parce que je sais que les chiffres ont une signification dans le cycle. Et il y a de l'argent à gagner ce soir, c'est un concours. Ça dit que ça parle d'équilibre, de partage et de générosité, c'est quand même ce que j'ai dit. C’est aussi le juste retour des choses, l'argent ou l'aide qui circule bien entre les personnes. Ça veut aussi dire le partage d'abondance, que les comptes sont justes. On est sur une relation saine et équilibrée. En plus, dans mon band il y a mon chum, ça c'est bon, les relations sont saines. Je pense que pour ce soir, c'est un bon présent.
La chanson qui me vient en tête
Ça me fait penser à ma chanson Tout va bien. C'est une chanson sur le fait de tomber amoureux, et quand je la chante je me sens un peu voler. Quand j'en parle, j'ai un peu des frissons. C'est peut-être le coup de vent aussi. Mais oui, je pense que ce serait Tout va bien, une chanson associée à cet équilibre absolu.
Le vœu à lancer dans l'univers
Wow, c'est tellement une bonne question. C'est sûr qu'avoir du temps pour ma création, c'est une chose que j'ai envie pour le futur. Parce que j'ai tellement de projets en tête, je suis tellement inspirée. Pouvoir me concentrer, avoir une forme de paix, un endroit, un petit lieu où je puisse faire ma création.
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Marie Celeste

Le Mat, l'Étoile et la Tour
On est partis sur un passé, présent, futur. Le passé, c'est le Mat, le fou. Et c'est fou, parce qu'il y a littéralement un post Instagram où cette carte-là représente un membre du groupe (Philippe) : quand on a présenté Marie Celeste sur les réseaux, on a fait des cartes de tarot des cinq membres, et une des versions, c'était exactement ça. On a la preuve, c'est sur Instagram. Donc c'est comme les débuts du band. Au départ, on y va un peu à l'aveuglette, à tâtons, un peu comme un fou qui s'approche d'une falaise en regardant en l'air.
L'Étoile, c'est le présent, et c'est cent pour cent ce qui nous occupe en ce moment en tant que groupe : on tourne l'album Tout ce qui brille et on le présente aux gens. L'étoile en soi, c'est une bonne étoile, et c'est littéralement le symbole de notre album. Si vous regardiez la carte en ce moment, c'est nous en show. C'est quand même spécial.
Et le futur, c'est la Tour. Bon, écoutez, sur le coup ça fait un peu peur, tu vois le band se fendre. Mais ce n'est pas nécessairement négatif. Ce que ça pourrait vouloir dire de faire un prochain album, c'est peut-être aussi reconstruire ce qu'on pensait être. On a gagné de l'expérience, on a fait des albums d'une certaine manière dans le passé, et le prochain va forcément être fait autrement, il va aller ailleurs. Chaque album, artistiquement, représente un renouveau. Il y a un sentiment qu'on va se défaire de quelque chose, qu'on va changer des affaires, c'est sûr et certain. On ne pourra plus faire des albums exactement comme avant, parce qu'on vit des trucs, on est juste d'autres personnes. Faire un album dans un an ou deux ans, ça ne voudra plus dire la même chose. Tout le monde est en changement perpétuel, en évolution, on va être ailleurs. La Tour, cette carte-là, c'est presque obligatoire.
Cela dit, ce qui nous fait vraiment peur, c'est que les deux premières cartes sont à cent pour cent l'iconographie exacte du band, donc la troisième ne peut pas être fausse. Remarque, la tour nous ressemble un peu, et il y a un running gag là-dedans : on boit souvent des tours dans un bar un peu miteux à Montréal (ça fait l'équivalent de deux pichets), mais les deux personnes qui tombent ressemblent aussi à Philippe et Simon. Donc le mot d'ordre, ce serait presque de faire une thérapie de couple entre les deux, parce qu'ils sont tissés serrés et qu'on va s'aligner pour que ça marche.
La chanson qui nous vient en tête
Il y aurait une toune par carte. Pour l'Étoile, Tout ce qui brille, c'est sûr. Mais si on se fie au sens des textes, on dirait La lumière. C'est le genre de toune bien lumineuse, qui englobe les grands concepts qu'on aime aborder, le fait de grandir ensemble, de se voir vieillir. C'est un peu le thème de l'album en général. Et pour la Tour, dans une de nos chansons on dit « tomber, se relever », donc là on a le « tomber ». Pour le « se relever », il faudrait en piger une autre, ça sera pour notre prochaine entrevue ensemble !
Le vœu à lancer dans l'univers
Qu'on ne tombe pas d'une tour pour commencer, ce serait déjà une bonne affaire. Sinon, si on ramène ça à nous : qu'on soit capables de continuer. On sent qu'il y a une certaine montée dans la qualité de notre travail, dans la qualité des shows qu'on fait, et un minimum de croissance, quelque chose qui monte tranquillement à travers les années. On a une grosse chance de pouvoir partir à travers le Québec et qu'il y ait du monde à Rouyn-Noranda (au FME) qui vienne nous voir dans un centre communautaire. Si on pouvait continuer ça et l'extrapoler sur trente ans, ce serait débile ! Et surtout, ne pas tomber dans les pièges du band, parce que les exemples sont infinis, ne pas tomber dans les pièges de l’ego aussi. Il faut se rappeler pourquoi on fait ça, pourquoi on est ensemble, ce qui fait la magie de ce qu'on est depuis toujours. Il faut qu'on s'échappe du piège de la couronne géante, des royautés [des royalties !]. C'est ça qu’on se souhaite : ne jamais perdre le Nord, ne jamais perdre notre objectif, et rester ensemble.
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Spaghatt

L'As de bâton, le 7 de deniers et la Roue de fortune
Le groupe a pigé trois cartes, une chacun. Émile tombe sur l'As de bâton. Il y voit une main qui sort d'un nuage, des montagnes, un château et un cours d'eau à côté. Pour lui, c'est peut-être l'endroit où le band a eu son accident de char en Gaspésie : d'un bord les montagnes, de l'autre la mer. Et l'As de bâton, forcément, le char était manuel, donc à bâton. Tout est dans tout. La main qui sort du nuage, ajoute-t-il, c'est un peu comme Charlotte (leur fille avec Mel) qui est descendue du ciel dans leurs vies. Cela dit, tout le monde s'entend pour dire que cette carte aurait pu revenir à Zach (drums) : c'est lui, l'As de bâton, parce qu'il joue du drum, il a des bâtons dans les mains.
Xavier, lui, tire le 7 de deniers. Il note d'abord qu'il n'y a pas de titre dessus, donc déjà ça va bien. Il y voit un paysan bien accoudé, en train de pogner un coup de soleil, qui semble cultiver des étoiles. On dirait une phrase de Francis Cabrel, lui dit Émile. Xavier se reconnaît dans ce support qui pousse dans le dos quand l'autre ne regarde pas, le chum de la fille dans Elle écoute pousser les fleurs. Le personnage est au-dessus d'une étoile, en hauteur, mais il a solidement les deux pieds au sol, quoi que un pied dans l'eau, mais avec des bonnes bottes. La botte, ça, c'est Pat. Au dernier show, il avait préparé une blague qu'il n'avait dite à personne avant : “Mes amis m'appellent la botte, savez-vous pourquoi ? Parce que je ne prends pas l'eau.” Personne ne l'a comprise, ni sur le stage ni dans la foule. Xavier compte aussi sept étoiles sur la carte, un peu comme quand le band est en full band, parce qu'ils sont sept, même s'ils ne sont pas tout le temps au complet. Il conclut qu'il admire les autres fleurir depuis maintenant bientôt cinq ans.
Mel hérite de la Roue de fortune. Avec cette carte-là, dit-elle, elle se sent riche. Jouer dans Spaghatt, c'est comme du bonbon pour elle : c'est sa famille, ses amis, sa zone de confort d'être choriste sans la pression d'être la lead singer. C'est toute une chance de faire partie de ce projet. Ce qui fait aussi partie de sa fortune, c'est qu'ils font un show et que quelqu'un d'autre s'occupe de Charlotte, ce qui leur permet d'être ensemble dans le moment présent et de la voir parfois dans la foule, avec son petit sourire. C'est leur petit break parental de 45 minutes. Elle repère beaucoup d'éléments dans cette carte : la roue un peu posée sur le diable, des oiseaux, des nuages, des anges qui ont tous des ailes, sauf le diable, et un sphinx. Mais l'important, pour elle, c'est la roue elle-même. Cette année, c'est un peu ça : on peut la voir venir écraser le diable. C'est une année où le projet et le succès dans l'art leur permettent d'avancer et de laisser un peu leurs petits démons de côté.
La chanson qui nous vient en tête
Sur deux des trois cartes, le groupe a déjà nommé des tounes. L'As de bâton, avec les montagnes et la mer à côté, ce serait leur toune Perte Totale. Le 7 de deniers fait penser à Émile à Elle écoute pousser les fleurs de Francis Cabrel, parce que le gars regarde pousser des étoiles. Et la Roue de fortune évoque pour Xavier Return of the Grievous Angel de Gram Parsons, le bout sur Vegas.
Le vœu à lancer dans l'univers
Émile veut être capable de vivre de la musique d'ici les deux prochaines années. Xavier, lui, souhaite vivre de Spaghatt, plus spécifiquement sur le bras d’Émile. Et Mel espère surtout que le band arrive à ne plus nécessairement avoir besoin de travailler à côté, à avoir plus de temps pour faire ce qu'ils aiment, la musique, et passer du temps en famille. Que le travail à côté devienne un choix plutôt qu'un besoin, quelque chose qu'on fait si ça nous tente, plus quelque chose de stressant.
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