Chroniques

Rodeorama, la pop-punk cinématographique de Metro Verlaine

Artiste
Metro Verlaine
Album
Rodeorama
Label
V2
Sortie
2 octobre 2026

Metro Verlaine, duo formé par Raphaëlle et Axel, se caractérise par cette énergie à la fois brute et sensible, déployant une pop sombre, abîmée, et un punk élégant. Leur dernier album, Pop Sauvage sorti en 2024, fêtait les 10 ans d’existence du groupe. Presque 3 ans plus tard, Rodeorama ouvre un nouvel univers et une nouvelle page pour le duo français.

Enregistré à l’hiver dernier, ce nouvel opus représente une période de transition, marquée par le deuil et la traversée du brouillard. Pensé comme un voyage intérieur, l’album se veut cinématographique, libérateur et intime. Rodeorama voit le jour en trois semaines, dans le studio Quicksilver de St Jean de Luz, entre deux sessions de surf. Une imagerie à l’américaine, et des compositions qui voient les choses en grand ! Dix titres puissants, construits pour affronter les épreuves ou pour accompagner nos virées nocturnes. 

Le besoin de s’échapper

Les guitares lointaines de Rodeo ne tardent pas à résonner dans les oreilles. Immédiatement, cet attrait pour l’inconnu, pour la liberté, s'empare de nous. Des riffs sixties irrésistibles, et cette voix qui nous raconte un réveil en pleine mer à bord d’un ferry, au lendemain d’une soirée d’excès. Regrets, colère, gueule de bois sont au rendez-vous. Au milieu de tout ça, ce besoin instinctif de fuir. 

Tu pogotes et tu pleures. Et tu sens doucement monter. Cette chaleur. Série noire raconte ce cauchemar qui ne veut pas se terminer. Pour combattre la peine, la rage et la douleur, un seul remède : la nuit et son ivresse. Une guitare en reverb nous enveloppe, nous hypnotise, on ne peut plus en sortir. Un rythme lent et sensuel nous balance d’un sentiment à l’autre, des larmes à l’oubli. 

Bye Bye Rimbaud nous offre les deux voix de Raphaëlle et d’Axel à l’unisson, entre clarté et profondeur. Deux tonalités opposées mais aux harmonies poignantes. Deux notes de guitares donnent la réplique sur les couplets, inlassablement, amplifiant l’ambiance langoureuse du morceau, aux côtés du magnifique texte. Un amour qui part, s’échappe, s’efface peu à peu. 

Affirmer son identité, son passé

Dans un autre registre, sur un air punk brûlant, Jaguar nous lance un coup de nostalgie dans la face. J'ai fait un rêve en VHS. C'était l'avion pour Chicago. Fin des nineties c'est la détresse. Pour accompagner la mélancolie, une pédale fuzz et un orgue surprenant. Un tourbillon rock à la fois léger et auquel les enfants des années 90 s'identifieront avec joie.

Peut-on vraiment se défaire du regard des autres ? C’est ce que Mon visage explore, dans une pop frontale et abrasive. Au-delà du regard de l’autre, finalement ce sont surtout les réactions, les jugements qui ne nous appartiennent pas, et dont il faut s’efforcer de se détacher.

Véritable hommage au pays basque, où l’album a été enregistré, le rythme ralentit sur Donostia qui est sûrement le titre le plus cinématographique de l’album,. Les cuivres arrivent, et le morceau prend une toute autre dimension. La production est ambitieuse, pleine de détails et de textures. La voix de Raphaëlle se veut plus sombre, traînante, profonde. Pour ma part, ce titre est un véritable coup de cœur pop ambiant.

Comment parler d’affirmation de soi sans parler de féminité. Conquérir sa place, particulièrement en étant femme aujourd’hui, n’a rien de simple. Arrêter de se poser trop de questions, n’avoir peur de rien, Metro Verlaine nous le chante dans Les Sirènes, sur un air qui fera penser à la pop française des années 80.

Accepter ses blessures, se reconstruire

Les cuivres de Dernier Jour viennent apporter chaleur et douce mélancolie pour accompagner cet hommage au deuil, à ceux qui restent après la perte d’un être cher. Une émotion palpable, qui aspire l’auditeur. Les accords de guitares accompagnent des paroles sincères 

Quand vient le dernier jour de ta vie

Ne crains-tu pas le froid et l'ennui ?

Ne t'en fais pas je viendrai aussi

Le deuil existe dans bien des formes différentes, la perte d’un proche en est une possibilité, mais en réalité faire le deuil d’un passé ou d’une ancienne version de nous même peut en être une autre. A l’Envers explore cette direction, démarrant en douceur par un brouillard puis des légères percussions, avant que la batterie et les guitares vaporeuses ne rentrent en jeu. Que reste-t-il de nos passions ? De nos rêves juvéniles ? Des maux d’amour si futiles ? Ce titre nous invite à passer le film à l’envers, de plonger dans nos souvenirs, de prendre conscience du temps qui passe et qui ne reviendra pas. Décidément, Rodeorama nous fait passer par toutes les émotions.

Mais fort heureusement, Metro Verlaine décide de clôturer l’album avec un titre empli d’espoir et de force : Tempête. Un titre au tempo dynamique, une voix forte et des guitares fuzz penchant vers le punk. Malgré les tempêtes, les orages traversés par chacun, le groupe nous invite à se battre, à bousculer les choses, à être plus fort que nos traumatismes. Telle une tornade, le morceau nous embarque dans une course folle, avant d’aussi rapidement nous laisser, pensif, en pleine reflexion face à tout ce que l’on vient d’écouter. Dans un chaos de batterie et de guitares se termine le titre et l’album Rodeorama. 

Metro Verlaine signe ici un album ambitieux, et vont un peu plus loin dans leurs expérimentations, tout en conservant leur identité propre : des paroles sincères, qui toucheront le plus grand nombre. Véritable poésie sur bande-son, Rodeorama vous promet divertissement et thérapie !


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