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Mogwai, chest. et (surtout) Fontaines D.C. ont marqué la Rock du Rock 2026
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- Fontaines D.C., chest., Mogwai

L’un des temps forts de cet été se déroulait à Saint-Malo. Le festival breton avait dans sa poche une tête d’affiche unique sur le territoire français : Fontaines D.C. De retour sur scène pour la sortie de son cinquième album, le groupe irlandais a attiré une foule immense, permettant au festival d’afficher complet sur cette journée avec une aisance déconcertante. Cette édition 2026 a également pu compter sur une programmation cohérente, où chaque soirée montait en intensité et où chaque artiste semblait se sentir comme chez lui.
La Route du Rock peut ainsi être vue comme le showcase des plus grands festivals. Cette 34e Collection Été a signé un record de fréquentation depuis douze ans avec près de 30 000 festivaliers présents.
Si le festival malouin a affiché complet, l’événement reste souple dans son organisation. Il garde la vocation de défricher les grands groupes de demain, comme Muse, Weezer ou Fontaines D.C. Pour les organisateurs, l’objectif est avant tout de remplir deux soirées sur trois. Ils parviennent aussi à se démarquer par leur programmation unique et cohérente, où chaque soirée montait en intensité et où chaque artiste semblait se sentir comme chez lui.
Mercredi 12 août : Une première soirée dans la sueur
Direction La Nouvelle Vague pour démarrer avec Elias Rønnenfelt, venu défendre son dernier album aux sonorités folk. L’ensemble manque d’entrain, ou est-ce simplement l’humidité de la salle qui finit par nous fatiguer ? Just Mustard prend la relève pour un set plus musclé. On apprécie surtout le single Frank, impressionnant, mais on comprend vite la mécanique du groupe. Son principal défaut reste ce manque de charisme qui empêche vraiment le set de décoller. Seul le guitariste, véritable leader du groupe, impressionne par la puissance de son jeu et sa voix rugissante, presque féroce.
Puis Gurriers débarque et balaie tout sur son passage. C’est une tornade de titres soniques et bastonneurs qui s’enchaînent sans laisser de répit. Le seul point négatif reste la batterie, dont le jeu paraît trop similaire d’un morceau à l’autre. Pour le reste, le chanteur Dan Hoff s’élance devant la foule tel Joe Talbot, venant alpaguer son public dès les premières secondes. Il se permet une incursion dans la foule, appelant à la révolte et donnant le ton d’un set physique et dansant.
L’enchaînement du milieu de concert avec Das Goblin et Nothing Happens Twice est complètement fou. La fin l’est tout autant, mais laisse davantage de place à une certaine mélancolie. Les 45 minutes passent forcément trop vite, mais elles suffisent largement pour se défouler et rendre le moment intense. Mention spéciale pour l’avant-dernier titre, Approachable, toujours aussi hypnotique, qui s’élance comme un rollercoaster. On termine en sueur dans cette salle qui aurait bien mérité un espace de fraîcheur.
Jeudi 13 août 2026 : DITZ et Peaches viennent brusquer une programmation molle
Ce jeudi débute de manière plutôt insipide et ennuyeuse. Smerz s'en sort le mieux avec sa pop psyché et mielleuse, portée par un ventilateur aussi puissant que les basses sur scène. Mais le duo norvégien n'avait pas les armes pour dynamiser une programmation folk et planante qui s'étire ainsi pendant près de six heures. En revanche, on attendait beaucoup des vétérans de The Divine Comedy, mais la proposition manque de justesse et semble dépassée par son époque. On apprécie les démarrages en douceur, un peu moins les odyssées sans péripéties. À moins que tout cela n'ait eu qu'un seul but : nous brusquer avec le premier concert vraiment heavy de la journée.
Et le réveil est brutal. La formation de Brighton n'a pas besoin de forcer pour convaincre. Les deux morceaux d'ouverture de Never Exhale libèrent enfin une excitation trop longtemps contenue chez les fans, venus en nombre ce jeudi. DITZ propose un équilibre parfait entre son dernier album et The Great Regression. On reste marqué par Four, accueilli par des cris et des pogos. Un mélange savoureux de tension diabolique et de puissance se prolonge au fil des morceaux, sans nous laisser le moindre répit dans cette folie sonore. Cal Francis ne déroge pas à sa réputation avec sa voix grave, puissante, et sa démarche nonchalante. Caleb Remnant se prend pour le guitariste d’un groupe de métal
Le groupe est finalement puni par un son trop fort sur le dernier tiers du concert, lorsque la basse située à gauche de la scène lâche. Sur le finish, et peut-être un peu tardivement, DITZ rend hommage à Peaches en jouant un titre iconique, pourtant absent de la setlist de la Canadienne : Fuck the Pain Away. C'est ce genre de connexion entre les artistes qui rend le moment plus marquant et grave le passage du groupe de noise rock dans les mémoires.
Tout comme Merrill Nisker, venue mettre, tout simplement, du fun. Peaches reprend les codes du drag sur scène, dans la danse, le chant comme dans les décors. Il y a bien une bande-son, mais c'est clairement du live : elle vient poser toute la puissance de sa voix. On regrette seulement l'absence d'un groupe ou même d'un simulacre) sur Boys Wanna Be Her.
Peaches débarque sous un costume entièrement recouvert de pénis, à la fois hilarant et terrifiant. Puis elle se dévêt sur Fuck Your Face et danse de manière sensuelle et provocante avec ses deux danseurs. Merrill mélange performance artistique, surréalisme assumé et sexualité décomplexée, sans laisser le moindre doute sur le propos de son dernier album, No Lube So Rude.
Le sommet du concert arrive avec cet énorme sexe féminin gonflable qui la propulse dans un slam de la scène jusqu'à la régie son, avant qu'elle ne replonge dans la foule pour finir littéralement aspirée par ce ballon. La scénographie est incroyable et accompagne parfaitement ses nouveaux titres aux sonorités EBM et glitch. Le show passe à une vitesse folle et l'on se dit finalement une seule chose : on s'est enfin bien amusé.
Vendredi 14 août 2026 : Mogwai réalise une performance inoubliable, Marie Davidson : on t'aime
On a attendu bien moins longtemps pour être emporté par cette journée. Il faut dire que Alicia Costelloe propose une folk douce et apaisante qui s'accorde parfaitement avec un début de festival. MOIN apporte ensuite sa touche arty et expérimentale, très prenante, en brouillant les frontières entre post-punk et textures électroniques intrigantes. Le trio surprend par son jeu non linéaire, capable de basculer à tout moment vers des instants post-hardcore. Une programmation intelligente, qui sert de rampe de lancement à l'un des plus beaux moments de cette Route du Rock 2026.




Et pourtant, on n'aurait peut-être pas parié sur eux. Les Écossais ont trouvé un public rempli d'admiration, happé par cette musique qui ne part de rien pour finir en un mur de son gigantesque. Le groupe, qui souhaitait jouer à Saint-Malo depuis plusieurs années, a fait honneur à cette invitation. Mogwai a concocté une setlist qui rend hommage à toute sa discographie et qui fera forcément plaisir aux fans. Des morceaux iconiques issus de sept albums différents ont été joués, de leur dernier disque The Bad Fire jusqu'à Ten Rapid, sorti en 1997, avec un Summer porté par son irrésistible batterie instable.
Ce mélange rend le concert captivant, sublimé par une scénographie mystique surplombant un décor de montagnes enneigées. Parmi les temps forts de cette heure de concert, on retiendra le shoegaze de Ritchie Sacramento, la montée frissonnante de How to Be a Werewolf et surtout Mogwai Fear Satan, joué pendant seize minutes... ou du moins, c'est ce qu'on nous dit, tant la notion du temps avait disparu. En jouant entre le crépuscule et les premières heures de la nuit, Mogwai est parvenu à créer une émotion unique, gravée dans nos mémoires.




Après une pause de trente minutes, Baxter Dury débarque sur la Grande Scène, on retrouve l'Anglais en pleine forme. Fini le survêt : le dandy débarque en costume et chemise, comme s'il n'était pas déjà assez séduisant. Le chanteur livre un concert énergique, où il râle comme un rockeur énervé. Après tout, c'est la Route du Rock… Ce qui les classiques comme Cocaine Man ou I'm Not Your Dog très tendus. Le climax arrive sur le tube Albarone, rallongé pour l'occasion. Le moment est incroyable : tout le monde danse avec ivresse et joie. Baxter nous reprend dans ses pièges mélodiques, toujours aussi enivrants. Sauf que le fils d'Ian Dury nous coupe net avec un « I need to calm down », suivi de cinq longues minutes de pause. Mais pourquoi ? On était tellement lancés.




Il revient tout de même pour une sorte de rappel qui rappelle le dernier quinquennat de François Hollande. Certes, le final sur Baxter (These Are My Friends) reste magique, mais l'adrénaline était déjà redescendue. Attendait-il Marie Davidson pour le remix de Schadenfreude, finalement joué en rappel ? On ne le saura jamais. Ça me fera au moins un point commun avec Baxter : l'artiste canadienne n'a pas pu honorer les demandes d'interview non plus, puisqu'elle est arrivée sur le site du festival à minuit.
Parce que Madame avait fait la fête la veille au Silencio, le club parisien réservé aux noctambules, pour un DJ set. Oui, j'aurais bien aimé y être aussi… Évidemment, on espère qu'elle assume l'enchaînement des dates. Mais pourquoi en douter ?
Marie Davidson est un diamant de la musique électronique qui réinvente son art chaque soir. Son énergie est folle. Elle mêle l'intensité d'un DJ set à la rage de son chant sur ses meilleurs morceaux. Le live s'enchaîne ainsi avec Demolition, Sexy Clown, Work It, puis Renegade Breakdown. On est gâtés.
Il est légitime de se demander s'il s'agit d'un live ou d'un DJ set, tant le plateau est composé de deux platines Pioneer et d'une table de mixage. Pourtant, chacune de ses pistes est retravaillée pour que chaque drop et chaque pont conservent une tension furieuse, qui n'a rien à envier à celle du très bon concert de SPRINTS un peu plus tôt. Cette mécanique parlera à tous les DJs et rappelle que cet art est celui d'une vraie musicienne.






Au bout d'un concert physique et dansant, Marie Davidson nous libère de ses ondes, qui continuent pourtant de se propager jusque dans les afters du camping ou des Airbnb. Je viendrai au Silencio la prochaine fois.

Samedi 15 août 2026 : un final en apothéose
L'affluence est d'ailleurs impressionnante. Une file d'attente s'étire sur près de 200 mètres, les navettes sont surchargées et tout le public porte le merch d'un seul groupe. Il faut se rendre à l'évidence : Fontaines D.C. est devenu l'un des plus grands groupes de rock de cette décennie, tant sa popularité est inédite. Et c'est mérité après un sans-faute sur ses quatre premiers albums.
Mais il va falloir s'armer de patience avant de les voir. Malheureusement, les premiers concerts nous laissent plutôt indifférents. La déception vient d'Ulrika Spacek, qui, à l'image de The Divine Comedy, propose un set manquant de justesse et de conviction. Kurt Vile & The Violators ne bénéficie donc pas d'une vague d'intérêt beaucoup plus importante. Car les stocks de boissons et de nourriture affichent déjà presque complet : il est urgent de se ravitailler.




La prestation de l'artiste américain met malgré tout à l'honneur son jeu de guitare, toujours aussi clair et envoûtant. Le final avec Pretty Pimpin puis Walkin On A Pretty Day se déguste par cet instant tendre et magique où le soleil commence enfin à se coucher. En parallèle, Friko embraye de manière beaucoup plus brute. Les Américains ont la lourde tâche de jouer juste avant les stars de la journée. Une grande partie du public préfère rester devant la Grande Scène. Quelle erreur.
Leur indie rock oscille entre moments mélodiques et explosions sonores. La voix théâtrale et expressive du chanteur Niko Kapetan se renforce à chaque frappe du batteur Bailey Minzenberger. Chaque morceau libère une émotion différente et les mélodies s'impriment immédiatement. On chiale devant Still Around, Seven Degrees ou Get Numb To It. C'est encore plus brutal et pénétrant sur Something Worth Waiting For, qui bénéficie d'une envolée magistrale. Friko reviendra encore plus fort dans deux ans. Préparez-vous.





Enfin ! Ils sont de retour, seulement un an après leur dernier concert à Rock en Seine. Qui dit succès dit aussi fans insupportables. Et il y en a eu pas mal. Mais on ne se décourage pas pour autant : difficile de ne pas vibrer devant cette machine à tubes. Sur cette nouvelle tournée, Fontaines D.C. avance avec des certitudes : frapper fort d'entrée avec Boys in the Better Land puis Here's the Thing.
Cette entame chauffe instantanément le public avant des morceaux plus pop comme It's Amazing to Be Young, déjà devenu un classique, puis Roman Holiday avec Kurt Vile en invité à la guitare. L'artiste américain avait d'ailleurs inspiré les Irlandais sur ce titre. Comment dire ? La Route du Rock a vécu un moment unique et innattendu, qui a immédiatement fait le tour des réseaux. Bravo.
Les fans de A Hero's Death garderont malgré tout un peu de frustration. Le deuxième album reste encore boudé par le groupe, avec le seul Televised Mind au programme. En revanche, ceux de Dogrel sont rassasiés. Le quintet enchaîne l'explosif Hurricane Laughter, accompagné d'un visuel sanguinaire, avant le mélancolique Roy's Tune. Clairement, l'un des moments forts du festival.
Enfin, si Fontaines D.C. conclut toujours par le duo I Love You – Starburster, le groupe présente aussi deux nouveaux morceaux. Le premier, Marianne, vous l'avez probablement déjà tous entendu à l'heure où ces lignes sont publiées. Cette ballade synthwave reste immédiatement en tête, même si son refrain paraît un peu paresseux.
La vraie sensation s'appelle Six Shot Morning. Ce long morceau est une montée progressive, remplie de noirceur, qui se désinhibe lorsque Grian Chatten répète « Always ». On frissonne devant ce synthé paradoxalement lourd aux notes pourtant légères. Une atmosphère angoissante et planante s'installe tout au long du titre. Fontaines D.C. vient peut-être de moderniser la bande originale de Twin Peaks. Bien sûr, le set a encore quelques imperfections à corriger, mais le groupe se prépare peu à peu à jouer dans des stades. Il n'y a plus vraiment de doute : ce sont les géants du rock de cette décennie.















Du côté français, on n'a pas à rougir. chest. doit embrayer juste après la célèbre chenille du festival. Pour son premier grand festival, la formation ne tremble pas. Mieux encore : elle épate près de 6 000 spectateurs restés jusqu'au bout. Le groupe, qui sortira son premier album le 16 octobre, défend aussi bien ce nouveau disque que son premier EP. On sent déjà une évolution majeure entre les deux. chest. s'oriente vers des tonalités plus électroniques, ce qui n'est pas pour nous déplaire. Ils commencent d'ailleurs par Cor, mettant immédiatement tout le monde d'accord. Les slams jaillissent et les pogos font trembler les remparts du fort.
Le quintet affiche un plaisir évident d'être sur scène et semble libéré de toute pression, surtout quand on voit les regards complices et souriants entre le batteur Thibaut et le guitariste Pierre-Louis. Ou encore Nico, qui bondit sur scène malgré sa très grande taille et s'offre un riff avec une bouteille de bière à la main. Le chanteur Elliot Selwood ne cesse de remercier La Route du Rock et de répéter sa joie d'être présent au festival. Encore un groupe qui le dit !
Les morceaux se diversifient au fil du concert. La montée rugueuse et rageuse d'Again est saisissante avant une fin toute en maîtrise. chest. conclut sur son classique Going Clear dans un immense nuage de poussière et signe une prestation monstrueuse. Le groupe s'en va en nous laissant The Rhythm of the Night de Corona. Peut-on rêver meilleure fin ? Eh bien si.







En aftershow, BIG WETT vient conclure le festival sur une note sexuelle jamais cachée et totalement assumée, comme en témoignent son haut « 69 », son gode-ceinture et ses fesses volontairement mises en avant. Elle nous fait rire autant qu'elle attise notre curiosité avec son show olé-olé. Pas que nous soyons coquins... quoique. Mais l'artiste australienne surprend toujours par ses idées provocatrices, qui viennent questionner la virilité masculine. Le set est musclé : les morceaux électropop qui virent au clash s'enchaînent à toute vitesse. Derrière cette vitrine tape-à-l'œil, BIG WETT propose un vrai show énergique qui n'est pas dénué de sens.
La Route du Rock 2026 s'achève ainsi. La programmation de cette année est l'une des meilleures depuis 2019, autant par sa progression que par la diversité des artistes et le choix des talents de demain. Finalement, le festival se révèle être l'antichambre parfaite de Rock en Seine. Les festivaliers qui foulent pour la première fois le Fort de Saint-Père en ressortent rarement déçus. Vivement l'année prochaine !