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Nos concerts préférés de l'édition mythique de Rock en Seine (Partie 2)

Artistes
Mannequin Pussy, Lambrini Girls, Turnstile, Fcukers, Ecca Vandal, Slowdive, Wolf Alice, Gwendoline x Futur Composé, The Cure

S’il y a bien un événement qu’il ne fallait pas rater cet été en France, c’était Rock en Seine. Avec une affiche très alléchante  et dense, l’édition 2026 était remplie de têtes d’affiche rock aux genres variés chaque jour. Le bilan est par ailleurs très positif pour le festival puisqu’il atteint sa deux deuxième plus grosse affluence historique de son histoire avec 175 000 festivaliers en cinq jours soit l’équivalent de la ville de Saint-Etienne. Et sans contexte une victoire pour la programmation rock des trois derniers jours qui a réalisé un sans faute avec un solt out (ou presque) chaque soir malgré la pluie. La Face B y était et vous partage ses concerts préférés du samedi et dimanche de Rock en Seine 2026.

Pour ce week-end, le succès a été immense. On peine encore à comprendre pourquoi le samedi n'a pas affiché complet avec 38 000 festivaliers, alors que le dimanche a, lui, fait le plein.

Peu importe : la construction de la programmation a été remarquablement pensée, avec une montée d'excitation parfaitement maîtrisée au fil des concerts. Le samedi a finalement mis le punk féminin à l'honneur sur la Grande Scène grâce à l'enchaînement Mannequin Pussy, Lambrini Girls et Amyl & The Sniffers, dont le rock seventies n'a cessé de captiver la foule. Impossible de trouver un véritable moment pour souffler. Il était d'ailleurs bien plus facile d'observer les clips de BoursoBank que lors du 12 août dernier, tant le public avait les yeux rivés sur le défouloir rock et la consécration populaire de Turnstile.

Le dimanche a pris des allures de messe plus calme et familiale. La tension est progressivement retombée. La véritable déception est venue d'Interpol, malgré un excellent dernier album et une setlist très solide. Pourquoi ? Un concert qui sonne faux, mou, avec une guitare et une batterie qui semblent parfois ne pas jouer au même rythme, sans compter une puissance sonore faible. L'astre The Cure a ensuite attiré dans son orbite près des trois quarts du public, une heure avant son entrée en scène. Mogwai (notre meilleur concert de la Route du Rock 2026) et Black Country, New Road en ont subi les conséquences, tout comme DITTER, qui a dû jouer moins de  cent personnes. On ne lutte pas contre des légendes.

Au final, Rock en Seine brille par la variété des journées thématiques qu'il propose autour des différentes facettes du rock. Depuis son retour en 2022, le festival semble avoir trouvé la bonne formule, et cette édition 2026 en est la confirmation éclatante. On espère que cette dynamique se poursuivra dans les années à venir. 

Quoi qu'il en soit, nous avons vécu le meilleur Rock en Seine depuis dix ans. Il ne reste qu'à féliciter et remercier les équipes du festival. Aujourd'hui, les souvenirs s'entremêlent déjà et une douce nostalgie s'installe. Une légende raconte même qu'une épidémie de déprime a touché les festivaliers dès le jour de la rentrée.

Il est temps désormais de vous présenter nos concerts favoris de ces trois premiers jours de festival.

Mannequin Pussy

Samedi 29 août, 15h40 - Grande Scène

Ça pique un peu d'être dès 15h30 devant la Grande Scène, mais la récompense est là. Mannequin Pussy lance cette journée dédiée au rock alternatif, au punk hardcore et au métal de la plus belle des manières. Et ils brillent. Le charisme de Marisa Dabice est saisissant. Sa longue robe, qui laisse entrevoir le tatouage sur sa jambe gauche, défie le temps pluvieux. Ses cris mélodiques réchauffent nos frissons de froid. On plane sur les refrains avant de se castagner l'instant d'après : une sensation dont le groupe a le secret. On retrouve aussi ses nombreuses mimiques, comme si chaque mot était un engagement profond, presque théâtral.

Le groupe nous régale en alternant ses titres les plus lancinants, comme Drunk II et I Got Heaven, qui incarnent parfaitement ce tiraillement entre charme et colère. Les pogos sont lancés et on oublie déjà l'état désastreux de la fosse. Mannequin Pussy maîtrise aussi parfaitement la construction de son set. L'enchaînement Everything – OK? OK! OK? OK! – Romantic est une véritable furie punk qui nous entraîne dans le chaos. C'est aussi l'occasion de découvrir la voix grave et féroce du bassiste Colins "Bear" Regisford, qui nous assomme.

Mannequin Pussy est un groupe qui est parvenu à rendre le punk accessible, dansant et mélodique, sans jamais renier son engagement politique. Comme à chaque concert, Marisa se lance dans une longue tirade à la fois drôle et tranchante. Elle y affirme son opposition à l'impérialisme américain et aux discriminations envers les minorités. Le public est invité à pousser son cri le plus rageur avant de se dandiner et de se bousculer une dernière fois sur le final Loud Bark, dont la montée en crescendo installe une tension qui finit par exploser. Comme à chaque fois, le groupe punk américain a été fabuleux, fun et furax. Revenez vite avec un nouvel album.

Lambrini Girls

Samedi 29 août, 17h - Grande Scène

Il était important à nos yeux de mettre en avant le groupe riot grrrl anglais. Dans un contexte où la montée de l'extrême droite gagne du terrain un peu partout, les Lambrini Girls montent au front. À chaque date de leur tournée, elles affichent un message visant une personnalité politique de ce camp. À Saint-Cloud, la cible était sans équivoque : « FUCK MARINE LE PEN ». On espère que le message était aussi visible depuis les fenêtres des héritiers qu'il l'était depuis le pont de Saint-Cloud.

Au-delà de cette banderole, la polémique autour du festival a surtout révélé la pauvreté de certaines critiques. Noni, Rock en Seine n’a pas reçu de subventions publiques en 2026, comme de nombreux festivals. Non, cela ne rend pas l'art apolitique. Et oui, le riot grrrl est, depuis ses origines, un mouvement punk féministe profondément engagé. Les Lambrini Girls en reprennent tous les codes, avec une conviction qui ne sonne jamais comme une posture.

Leur son est abrasif, bruyant et violent. La mélodie n'est pas leur priorité : ici, tout est affaire de tension, d'urgence et d'impact. Elles déroulent sept titres de leur dernier album, Who Let the Dogs Out, dont les désormais cultes Bad Apple, Big Dick Energy et No Home. Les dégâts de la météo sont vite oubliés : mosh pits et wall of death s'enchaînent à l'appel de Phoebe Lunny, qui n'hésite pas à descendre au bord de la scène pour venir bousculer la fosse. Et que dire de Cuntology 101, devenu leur hymne et sans doute leur morceau le plus accessible ? On aurait aimé l'entendre avec le groupe au complet plutôt qu'en version sans batterie. Peu importe : les Lambrini Girls ont sonné l'heure du chaos, celle où le punk reprend tous ses droits.

Turnstile

Samedi 29 août, 21h45 - Scène Boursobank

Le concert phare aura indubitablement été celui de Turnstile. Et on est prêts à parier que la majorité du public de Saint-Cloud avait fait le déplacement ce jour-là, ne serait-ce que pour (re)découvrir la folie baltimorienne. Programmé à 21 h 45, le groupe pouvait pourtant compter sur un public au rendez-vous bien avant l’heure. En effet, quand bien même nous sommes arrivés près de trente minutes avant le début du concert, il nous a été difficile de nous frayer une place aux premières loges, tant une bonne moitié de l’espace de la Scène BoursoBank était déjà pleine. Il faut reconnaître ici le succès évident du quintette américain : lorsque l’on repense à son dernier passage entre nos murs, en 2023, on était alors bien loin de se sentir à l’étroit. Aujourd’hui, la scène est bien trop petite pour l’accueillir, et le choix continue de nous étonner.

Vient enfin l’heure du chaos tant attendu, lancé par l’intempestif BIRDS, un choix que l’on qualifierait d’audacieux, mais non moins réjouissant. Là où le morceau intervient généralement plus tard dans les concerts du groupe, le placer en ouverture ne laisse que très peu de place à la mise en bouche. Les gobelets consignés à deux euros volent de tous les côtés, la foule, tout sourire, se bouscule, et les pogos se suivent sans se ressembler, tant les mouvements du public semblent incontrôlables. Le tout dans une bienveillance sacrée, que l’on tient à souligner tant elle peut se montrer rare, d’autant plus lorsque la majorité du public est masculine.

D’ailleurs, comme chez les Cure, les générations se rencontrent, et Turnstile ne le sait que trop bien. Le groupe laisse ainsi régulièrement place à l’accalmie et à la mise en lumière de quelques jeunes enfants aux goûts déjà très affûtés. Et c’est beau, réconfortant, puissant. Les morceaux défilent (DON’T PLAY, HOLIDAY, BLACKOUT…), l’énergie est au rendez-vous, les sourires éclatent et la joie prend tout l’espace, jusqu’à la conclusion sur le précieux T.L.C. (TURNSTILE LOVE CONNECTION).

Notre seul regret aura été de constater un passage quelque peu expéditif, entrecoupé d’interludes étonnamment longs, pour un concert qui peine à atteindre l’heure promise. Mais si notre satisfaction devait s’arrêter à cela, on n’irait pas très loin. Du grand Turnstile, comme toujours, inégalable en la matière.

Gwendoline x Futur Composé

Samedi 29 août, 21h45 - Scène AXS

Gwendoline x Futur Composé
Gwendoline x Futur Composé

On aurait pu rester sur le souvenir doux du premier concert au Point Ephémère. Mais vivre dans le passé n'est pas toujours la meilleure idée alors on a foncé pour revoir cet événement exceptionnel. Dieu sait que faire des choix en festival est un véritable crève cœur. Mais pour rien au monde on aurait manqué ce nouveau rendez-vous d'une beauté rare.

Si le public s'est massivement dirigé vers Turnstile - on ne vous juge pas, on comprend aussi -, sont restés quelques curieux qui progressivement ont formé une foule compacte.

La joyeuse bande de Gaspard, Raphaël, Pierre et Micka nous auront encore arraché 2-3 larmichettes. La setlist du Point Ephémère n'a pas bougé d'un cil et les chansons - écrites par le jeune poète Rudy Meskine dont on ne peut que vous recommander la lecture des recueils C'est prendre position et C'est un cas de conscience -nous ont toujours plus touché au cœur. L'espoir de les voir un jour posées sur un EP qu'il soit digital ou physique ne nous quitte plus - la bande l'espère aussi, on ne fait que la jouer collectif -. La confiance était une nouvelle fois de mise ce soir et le public s'est émerveillé de cette création exceptionnelle où entre 2 reprises marquées par les années 80, la bande de potes a fait preuve d'une générosité scénique bluffante. Le show se clôture sur le désormais classique Audi RTT des bretons repris par un public plus qu'enthousiaste.

Fcukers

Samedi 29 août, 23h30 - Scène AXS

Il a été particulièrement ingénieux de programmer un groupe de musique électronique pour refermer cette journée dantesque. Fcukers apporte cette légèreté dansante qui donne immédiatement envie de prolonger la soirée en after. Le duo new-yorkais fusionne la house, l'UK garage, le rock et le trip-hop avec une facilité déconcertante. Au chant, Shanny Wise cultive une nonchalance presque agaçante, cachée derrière ses lunettes de soleil du lendemain de cuite, version Dior.

Et la formule fonctionne, de mieux en mieux. On a pu mesurer leur évolution entre le Trabendo fin 2025 et le Bataclan en mai 2026 : Fcukers se bonifie de concert en concert. Shanny est désormais virevoltante sur scène, dansant et arpentant la scène de long en large. Le groupe ne choisit pas non plus la facilité : malgré le départ du batteur Ben Scharf, parti reprendre ses études, Fcukers continue de tourner avec des musiciens et surtout un batteur. Un détail qui change tout, tant il apporte de la puissance à des morceaux aussi enivrants que Play Me, I Like It Like That  dont le public reprend déjà le refrain entêtant, ou encore  L.U.C.K.Y.

Et mine de rien, au bout de 45 minutes, on réalise que Fcukers possède déjà une tracklist solide, accrocheuse et terriblement dansante. Le groupe nous réserve même une dernière gourmandise avec un invité de luxe : ni plus ni moins que Beck, venu jouer le mythique riff de guitare de Devil's Haircut, samplé sur Homie Don't Shake. Un moment passé presque inaperçu pendant ces cinq jours de festival, alors qu'il était tout simplement unique. Difficile de conclure autrement qu'avec le titre de leur morceau final : Bon Bon.

Ecca Vandal

Dimanche 30 août, 14h20 - Scène Boursobank

On apprécie le geste. Les programmateurs tenaient absolument à avoir l'artiste australienne dans leur besace. Bien que son dernier album, LOOKING FOR PEOPLE TO UNFOLLOW, soit quasiement inclassable, il lorgne clairement du côté du punk. Et sa prestation aurait d'ailleurs parfaitement trouvé sa place le samedi. Tant pis : il est 14h20 et son concert fait office de dernier moment d'exutoire avant une journée qui s'annonce beaucoup plus planante.

Elle débute comme il se doit avec l'outro de l'album, avant que EYES SHUT ne vienne nous exploser les tympans dès le réveil. Le public, qui n'a manifestement rien perdu de son énergie, se remet déjà à pogoter. Ecca calme légèrement le jeu en bifurquant vers des morceaux plus hip-hop, voire aux accents latinos, comme BLEACH. Et le latino n'a jamais paru aussi stylé ni aussi fun : elle nous entraîne naturellement dans quelques pas de danse.

Consciente de l'enjeu d'un set de seulement 40 minutes, Ecca Vandal enchaîne presque sans interruption ses titres les plus féroces. D'abord avec BLEED BUT NEVER DIE, où elle vient directement alpaguer le public au bord de la scène. VERTICAL WORLDS conserve toute la puissance de son punk incandescent, tandis que MOLLY évoque une Avril Lavigne passée sous stéroïdes. On retiendra surtout CRUISING TO SELF SOOTHE, morceau ravageur à la cool attitude contagieuse, qui déclenche un mini mosh pit dans une fosse déjà conquise. Bonne humeur, puissance et énergie communicative : il faudra définitivement compter sur Ecca Vandal dans les années à venir.

Slowdive

Dimanche 30 août, 16h25 - Grande Scène

Si, le dimanche, la grande majorité du public était venue avant tout pour The Cure, elle semblait tout aussi sensible à l'esthétique de Slowdive. Une foule immense patientait déjà devant la Grande Scène. Et comme à chaque fois, après l'outro Deep Blue Day de Brian Eno, une forte émotion s'empare de nous. On s'enferme dans sa bulle et on se laisse guider par les maîtres du shoegaze. Impossible aussi de ne pas admirer le parcours du quintet de Reading, malmené par la presse au début des années 1990 avant de connaître, enfin, la consécration qu'il mérite sur la Grande Scène de Rock en Seine.

Le riff de Neil Halstead sur Star Roving ouvre ce voyage onirique. La scénographie accompagne parfaitement ce son contemplatif et profondément émotionnel, laissant les membres du groupe presque immobiles. Les décibels atteignent un niveau peut-être légèrement excessif, mais tellement agréable qu'ils nous engloutissent encore davantage dans l'abîme de leurs morceaux. Le vent souffle de face, le drapeau pirate de la Grande Scène s’agite fortement mais rien ne semble pouvoir affaiblir ce mur du son. La setlist reprend sans surprise leurs plus grands classiques. Rachel Goswell s'impose comme une maîtresse de cérémonie discrète, toujours souriante, portée par une voix cristalline d'une douceur presque angélique. À ses côtés, Neil Halstead conserve ce timbre vaporeux et mélancolique, sans jamais lâcher sa casquette. Ces deux voix se mêlent avec une grâce infinie sur Souvlaki Space Station puis sur le magnifique Slomo, qui fera couler plus d'une larme.

Le public réagit avec une infinie retenue, presque figé dans le temps. Sugar for the Pill, Kisses, Alison… comment résister à un tel enchaînement de classiques, aussi sublime que apaisant ? Et impossible de se lasser de la puissance sonique de When the Sun Hits, portée par Nick Chaplin, impressionnant avec sa basse portée très bas sur les hanches et son t-shirt « Sombr Is a Homewrecker ». Fan de Sombr, Nick ?

Le concert s'achève sur 40 Days avec un pincement au cœur. Slowdive refermait à Rock en Seine la tournée européenne de Everything Is Alive, entamée il y a trois ans. Il ne reste plus qu'à s'accrocher au discret « See you next time » glissé par Neil Halstead avant de quitter la scène.


Wolf Alice

Dimanche 30 août, 17h25 - Scène Boursobank

À quel point le plaisir est grand lorsque l’on s’apprête à retrouver nos Londoniens adorés de Wolf Alice. Il y a chez eux une esthétique qui leur est propre, une aura unique et captivante qu’ils cultivent depuis plus d’une décennie. En cette fin d’après-midi, Ellie Rowsell et ses compagnons de scène débarquent sur une scène habillée d’un fond drapé de gris scintillant, ponctué d’une étoile géante qui met en lumière la chanteuse du groupe. Les festivités sont lancées sur le très efficace Bloom Baby Bloom, une interprétation live qui confirme une nouvelle fois la puissance vocale de la frontwoman.

Il faudra cependant attendre les trois quarts du set pour retrouver l’énergie fulgurante et le rock signature du groupe. En effet, avec la sortie de The Clearing il y a un an, Wolf Alice semble avoir laissé une partie de son rock aux vestiaires (sans pour autant nous déplaire) pour le troquer contre des sonorités 70s plus pop et folk, baignées d’une douceur presque contemplative. C’est ainsi que Yuk Foo, issu de l’intemporel Visions of a Life, fait son apparition, suivi de notre éternel coup de cœur, Play the Greatest Hits, puis de Smile, avant de conclure plus tard sur le tubesque Don’t Delete Kisses.

Un choix de setlist audacieux, qui laisse d’abord un public timide avant de le voir enfin se transformer au cours des vingt dernières minutes, presque possédé par les notes explosives des titres cités plus haut. De notre côté, on salue le choix, et l’on en ressort toujours plus amoureux de cette musique qui nous accompagne depuis notre adolescence, et qui continue de vivre et de vieillir avec nous. Alors merci, Wolf Alice, pour ça.

The Cure

Dimanche 30 août, 20h55 - Grande Scène

Par où commencer… Tant ce que l’on a vécu le 30 août dernier faisait partie de ces moments précieux, uniques, qui restent gravés dans la mémoire et que l’on se vantera de raconter aux générations futures.

Pour clore leur tournée estivale, The Cure a décidé de revenir à Rock en Seine, sept ans après son dernier passage à Saint-Cloud. Alors on le savait, on le voyait : le public était là, toute la journée durant, arrivé dès l’ouverture des portes et s’empressant de se placer devant la scène, parfois même cinq heures avant le début du concert. Car The Cure est un groupe générationnel, capable de réunir tous les âges, tous horizons confondus. Une ferveur qui nous aura condamnés à nous retrouver en haut d’une butte, côté scène, apercevant entre deux branches d’arbre l’énigmatique et inégalable Robert Smith. Tant pis : les oreilles, elles, se sont régalées de la beauté de l’instant.

20 h 55, l’heure est venue pour les Britanniques de prendre place, devant les yeux de près de 40 000 festivaliers, rien que ça. Une entrée sur fond d’Alone, titre d’ouverture de près de sept minutes issu de leur dernier album en date, Songs of a Lost World, un album sur le deuil, mais pourtant bourré de vie. C’est planant, méditatif, de ces morceaux qui prennent à la gorge et rendent l’émotion palpable dès les premières secondes. L’occasion de retrouver l’iconique Robert Smith qui, durant la partie instrumentale, et avec toute l’humilité qui l’habite depuis toujours ainsi que la sympathie qu’on apprécie tant chez lui, salue son public dans sa globalité avec une sincérité sans pareille, d’autant plus remarquable pour un groupe de cette envergure.

Cinq minutes de concert, et déjà les larmes coulent sur notre visage. Deux heures et trente minutes de set durant lesquelles nos dix doigts ne suffisent plus à compter les classiques qu’ils ne cessent de nous envoyer. Envoyer, oui, car le choc est total : Robert Smith et sa belle bande n’ont rien perdu de leur superbe. Du haut de ses presque soixante-dix ans, sa voix n’a pas bougé, toujours aussi fidèle à celle des disques, et c’est fascinant. Il en est de même pour ses compères de scène, qui jouent avec une précision folle. Et jamais, non, jamais, un concert n’aura si bien sonné sur la Grande Scène. C’en est émouvant, car tout est si juste, si puissant, si imperturbable, à la fois riche et fort. La beauté du moment présent n’aura jamais été aussi bien saisie.

La générosité est de mise. On se réjouit d’entendre enfin de nos propres oreilles ces morceaux qui ont tourné en boucle sur nos platines : Fascination Street, A Forest, Pictures of You, Lullaby…, et la gorge est nouée, très fort, la plupart du temps. Autour de nous, le public chante à plein poumons, paroles connues par cœur, sans jamais faiblir. De notre côté, notre reconnaissance n’en est que plus grande d’avoir vécu ce moment d’anthologie musicale. On aura conclu ces cinq jours de fête de la plus belle manière qui soit, réalisé quelques rêves au passage… Et on le sait déjà : il sera très, très difficile de faire mieux l’année prochaine.

À moins d’espérer le retour des frères Gallagher, dix-huit ans plus tard ? Juste une idée, comme ça.


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