Interviews
Protomartyr : "Nous nous contentons d'observer et de documenter ces cycles."

On a retrouvé Joe Casey de Protomartyr quelques jours après la soirée parisienne d'écoute publique de leur nouvel album Hotel USONA. De la dérive politique incarnée par JD Vance au spectre de la violence systémique, en passant par l’arrivée inédite des cuivres sous la houlette du producteur Dave Fridmann, le frontman de Détroit se livre sans détours sur les obsessions et les doutes qui traversent ce disque d'une poignante lucidité. Une rencontre à retrouver en français et en anglais.

La Face B : Salut Joe, pour commencer, comment vas-tu ?
Joe Casey : Très bien ! C'est une semaine tourbillonnante à voyager, enchaîner les interviews et faire la promotion de l'album. C'est assez ironique qu'on séjourne dans autant d'hôtels en ce moment, car cela correspond parfaitement au thème du disque.
LFB : C'est tout à fait l'ironie de la chose : vous fréquentez actuellement des hôtels.
Joe Casey : Exactement. J'ai l'occasion de visiter de magnifiques métropoles, tout en passant la majeure partie de mon temps enfermé dans des chambres d'hôtel. Mais c'est génial, vraiment.
LFB : Comment est venue l'idée centrale de cet hôtel miteux anonyme — ce lieu où l'on ne se croise jamais vraiment — comme cadre pour traiter de sujets aussi brûlants que le trumpisme, l'intelligence artificielle ou la violence systémique ?
Joe Casey : Eh bien, j'allais avoir un enfant, tout comme Alex (Leonard), notre batteur. C'était donc la première fois que Greg (Ahee) allait composer toute la musique seul pendant une longue période. Il nous a dit qu'il voulait vraiment se dépasser et expérimenter des choses inédites. J'ai pensé qu'il serait utile d'établir un concept fort dès le départ. Ainsi, quand j'écouterais sa musique plus tard, je n'aurais pas à chercher désespérément une direction créative. Notre disque précédent débordait de récits personnels.
En général, j'alterne : après un album intime, je préfère prendre du recul et observer le monde extérieur. Je savais que celui-ci porterait sur 'l'état du monde', mais je tenais à trouver une métaphore qui ne soit pas trop lourde. Écouter une suite de chansons dénonçant les travers de l'Amérique peut vite devenir indigeste. En revanche, dans le cadre d'un hôtel, l'auditeur comprend qu'on navigue d'une chambre à l'autre sans quitter le bâtiment. L'atmosphère générale reste cohérente, ce qui laissait à Greg une totale liberté musicale à l'intérieur de ce cadre.
LFB : Si toutes les chansons sont censées être des chambres de cet hôtel, j’ai l’impression qu’une était en réalité des toilettes, notamment le morceau Feed the Sewer.
Joe Casey : Tout à fait ! Cette pièce est censée être le restaurant, mais elle traite avant tout des égouts et des toilettes. (rires)
LFB : J'ai hésité un instant, me demandant si j'osais aborder le sujet !
Joe Casey : Tu as bien fait ! Au début, j'imaginais que chaque chanson mettrait en scène un personnage précis enfermé dans sa chambre, à la manière d'une pièce de théâtre. Mais j'ai réalisé que c'était trop rigide et que cela ne collait pas à la musique ; je forçais l'écriture.
J'ai donc ajusté mon tir : plutôt que de créer des personnages fictifs, les chansons capturent la sensation globale et la lourdeur psychologique d'être coincé dans cet hôtel.
LFB : Votre démarche reste de toute façon profondément humaine et accueillante.
Joe Casey : Merci. Nous aimons sincèrement les gens.
LFB : Auriez-vous écrit ce même album si Trump n'avait pas été réélu ? D'autant plus que Converts cible directement JD Vance, qui ne serait pas au pouvoir autrement.
Joe Casey : C'est difficile à dire. Mais je tiens à préciser une chose : la situation sous Joe Biden était loin d'être idyllique. Beaucoup pensaient que son élection ramènerait la normalité. Notre album Relatives in Descent, qui fêtera ses dix ans l'an prochain, traduisait le choc du premier mandat de Trump — cette stupeur générale : 'Je n'arrive pas à croire qu'on ait élu ce type.' Mais Trump a brisé cette illusion et révélé les faiblesses structurelles du système américain. On ne répare pas cela si facilement, surtout avec un dirigeant comme Biden qui n'avait grand-chose à proposer.
Ce nouvel album dresse le constat amer que nous avons récidivé : c'est exactement ce que le pays a réclamé. Il suffit de regarder l'accumulation des crises : la nourriture industrielle qui nous empoisonne, la hausse des carburants liée aux conflits, la tragédie à Gaza, les déportations contestables de migrants vers des pays tiers, le Venezuela... La liste est interminable. Nous avions réussi à nous extirper du gouffre une première fois, pour mieux nous y replonger la tête la première. Quelque chose au plus profond de l'âme américaine réclame ce chaos et cette criminalité. Nous ne sommes pas aussi élevés spirituellement qu'on veut bien le croire.
LFB : Sans entrer dans le débat partisan, je rejoins entièrement ton analyse sur Trump et la répétition de ces basculements politiques.
Joe Casey : C'est un éternel recommencement. Tout comme en Europe, où l'on observe ce mouvement de balancier perpétuel vers l'autoritarisme et le fascisme.
LFB : Les démagogues exploitent le vide politique, proposant le fascisme comme une réponse toute faite aux failles de la société.
Joe Casey : C'est exactement cela : 'Comment résoudre ces problèmes complexes ? Et si l'on retournait au fascisme ?' C'est un cycle terrifiant et récurrent. On se demande comment s'en extirper. Protomartyr ne prétendant pas avoir la solution, nous nous contentons d'observer et de documenter ces cycles.
LFB : En revenant à l'aspect musical : saviez-vous dès le départ que vous vouliez intégrer une section de cuivres aussi présente ?
Joe Casey : Oui, car Greg élabore toujours de grands concepts sonores. Comme il composait ses démos dans son appartement, il devait faire attention au bruit pour ses voisins. Ne pouvant pas enregistrer de guitares électriques à fort volume, il s'est mis à expérimenter des sonorités de cuivres et de claviers sur son synthétiseur. De ce fait, beaucoup de morceaux n'ont pas été pensés autour de la guitare. Très tôt, il m'a prévenu qu'il intégrait beaucoup d'arrangements de cuivres.
Greg adore les sonorités puissantes et lourdes, mais il refusait d'empiler cinquante pistes de guitares. Il cherche constamment de nouvelles façons d'exprimer cette puissance. Sur le disque précédent, la pedal steel jouait ce rôle inattendu ; cette fois, les cuivres apportent cette lourdeur inédite, chaleureuse et cinématographique.
LFB : Cela apporte une sonorité à la fois fraîche et chaleureuse.
Joe Casey : Tout à fait.
LFB : L'album a été produit par Dave Fridmann, célèbre pour son travail avec Nick Cave, The Flaming Lips ou MGMT par exemple. Qu'a-t-il apporté à la texture sonore et à cette dimension très cinématographique ?
Joe Casey : Tout d'abord, le courant est immédiatement passé entre lui et Greg. Dès l'écoute des démos, Dave a saisi la vision de Greg. Nous avions rencontré d'autres producteurs très motivés, mais Dave a été le seul à déclarer : 'Ce que vous avez ébauché sur ces démos est excellent, et je sais exactement comment le sublimer.' Ce fut un déclic majeur pour Greg.
Greg tenait absolument à travailler avec lui pour sa capacité à produire d'immenses arrangements symphoniques tout en leur conservant une texture brute et hargneuse. Notre batteur, Alex, était ravi lui aussi : il savait que Dave ferait sonner sa batterie de façon monumentale. Dave possédait la maîtrise parfaite pour nous emmener au-delà de nos habitudes. C'était incontestablement le meilleur choix pour cet album.
LFB : En se penchant sur des titres précis, Converts examine la conversion religieuse et la trajectoire politique de JD Vance. Qu'est-ce qui vous a poussé à lui consacrer une chanson ?
Joe Casey : Si Donald Trump reste une anomalie historique singulière, les opportunistes qui l'entourent et le soutiennent représentent un archétype politique extrêmement répandu. Pour moi, JD Vance incarne ces milliers de figures prêtes à prendre la relève. Ce sont des individus dépourvus de convictions profondes, qui se drapent dans une posture religieuse pour se prémunir de toute critique. Vance travaillait dans le capital-risque avant d'entrer en politique - soit le pire profil pour le service public -.
La politique est censée venir en aide aux citoyens, alors que la finance spéculative consiste à leur soutirer de la richesse. Il s'est revêtu de ce catholicisme traditionnel sur les conseils de figures comme Peter Thiel. Plutôt que d'écrire une énième chanson sur Trump, il me semblait primordial de braquer le projecteur sur les courtisans calculateurs qui maintiennent ce système en place.
LFB : D'autant que Vance s'opposait vivement à Trump avant de devenir son plus fervent allié.
Joe Casey : Exactement. Son opposition n'a duré que le temps qu'il croyait nécessaire à sa propre ascension. Il adoptera n'importe quelle posture pour garder le pouvoir. La politique américaine regorge de ces opportunistes capables d'endurer les pires humiliations personnelles — comme ces politiciens dont la famille a été insultée par Trump et qui font aujourd'hui joyeusement sa promotion. Cette servilité aveugle est le moteur même des régimes autoritaires, et Vance en est l'un des plus tristes exemples.
LFB : Cela semble découler d'une peur profonde de l'insignifiance.
Joe Casey : Absolument.
LFB : Ma question peut sembler saugrenue, mais en écoutant la première fois Exalted Eagles, j'ai cru entendre un écho mélodique d’Un jour mon prince viendra de Blanche-Neige dans la cadence du refrain.
Joe Casey : Ce n'est pas absurde du tout ! Je vois très bien ce que tu veux dire.
LFB : J'ai failli n'en rien dire, en me disant que ce n'était que mon imagination !
Joe Casey : Il y a une explication logique à cela. Greg s'est beaucoup inspiré de l'exotica des années 50, des arrangements hollywoodiens et des orchestrations somptueuses — la même époque musicale qui a donné naissance à Un jour mon prince viendra. J'ai sciemment adopté une pose de crooner des années 50 pour accompagner cette ambiance cinématographique. Ton intuition a donc vu juste.
LFB : Cela crée un contraste saisissant : associer cette nostalgie enfantine à une marche funèbre pour dénoncer la façon dont le patriotisme est instrumentalisé.
Joe Casey : C'est l'idée. Greg voulait que le morceau débute par une sonorité bon marché de synthétiseur pour enfant, puis s'amplifie jusqu'à devenir terrifiant et opératique. La chanson montre comment une vision édulcorée et fictive du patriotisme sert d'outil de contrôle social.
LFB : Dans Knife Dream, tu mets en scène des couteaux plutôt que des armes à feu pour explorer la violence primaire. Pourquoi ce choix alors que les armes à feu sont au cœur de la crise américaine ?
Joe Casey : C'est vrai — l'Amérique est tristement célèbre pour ses armes à feu, pas pour ses agressions au couteau. Le morceau est né d'une image mentale récurrente de couteau qui traversait mon esprit au moment de m'endormir.
En écrivant, je me suis interrogé sur l'histoire américaine : la crise actuelle est-elle inédite, ou la violence a-t-elle toujours été ancrée dans notre identité nationale ? Je lisais beaucoup sur l'histoire des Amérindiens entre la Guerre de Sécession et la Première Guerre mondiale — une période marquée par la destruction systématique des peuples autochtones et la fermeture violente de la frontière. La violence américaine contemporaine n'est pas un accident ; elle est fondatrice. Nous préférons le mythe rassurant des Pèlerins fêtant Thanksgiving, mais notre histoire s'est bâtie sur le massacre et la domination. Cette violence historique resurgit à travers les murs de notre hôtel. Les fusillades de masse sont devenues si quotidiennes que la société les intègre avec résignation.
LFB : Cela résonne avec d'autres histoires coloniales, comme le traitement des populations aborigènes en Australie.
Joe Casey : Exactement. En composant la chanson, je songeais à la manière dont le génocide des Amérindiens et l'esclavage ont fonctionné main dans la main. L'Amérique s'est construite sur la subjugation dès ses origines. Même si certains balaient cela comme appartenant au passé, nous devons faire ce travail de mémoire — ignorer ces traumatismes n'efface en rien leurs séquelles.
LFB : Alors que nous assimilons Feed the Sewer aux toilettes de l'album, Iggy Pop a qualifié l’album de wagnérien. Avez-vous été surpris par cette qualification ?
Joe Casey : Au début, je me suis demandé ce qu'il voulait dire ! Mais il a parfaitement raison Feed the sewer maintient une tension étouffante, presque comme une descente aux enfers. Avec la fin opératique d'Exalted Eagles, j'ai énormément apprécié sa critique car elle prouve qu'il a réellement pris le temps d'écouter et de méditer sur l'album plutôt que de sortir un commentaire générique.
LFB : Heureusement, Iggy ne se sert pas encore de l'IA pour écrire !
Joe Casey : Clairement pas !
LFB : Des morceaux comme Third Country ressemblent à des valses mélancoliques, tandis que Lavender Gospel installe une atmosphère de film noir. Est-ce que composer pour le cinéma est une ambition pour Protomartyr ?
Joe Casey : Absolument ! Nous adorerions composer la bande originale d'un long-métrage si l'occasion se présentait. Greg a déjà travaillé sur des courts-métrages et conçoit la musique de façon très visuelle, comme des scènes de film. J'adore l'enchaînement de ces deux morceaux.
Pour la petite histoire, Lavender Gospel est la seule chanson pour laquelle j'ai fourni le thème à Greg avant qu'il ne compose — d'ordinaire, c'est l'inverse.
LFB : Le morceau de clôture de 7 minutes, Checking Out, évoque la responsabilité de devenir père dans un monde en crise. Y a-t-il un lien avec Ellen, écrite il y a onze ans en hommage à ta mère ?
Joe Casey : Le lien est direct. Ma fille vient de naître et s'appelle Ellen, en hommage à ma mère. En écrivant Checking Out, j'imaginais m'enfoncer dans un épais brouillard — un parallèle saisissant avec Ellen, qui dépeignait l'attente sur une rive embrumée. Ce sont nos deux pièces les plus longues, et ces motifs subconscients les relient naturellement.
LFB : Comment allez-vous transposer ces arrangements de cuivres complexes sur scène lors de votre prochaine tournée ?
Joe Casey : En tant que chanteur, je laisse ce casse-tête à Greg ! (sourire) Nous accueillons un cinquième membre sur scène — Fred Thomas aux États-Unis - ainsi qu'un saxophoniste/trompettiste dédié. Autrefois, si un morceau était trop complexe à reproduire, nous l'écartions. Aujourd'hui, nous relevons le défi sans trembler.
LFB : Malgré tous ces constats, y a-t-il encore quelque chose qui vous rend fier d'être américain ?
Joe Casey : Oui, il subsiste une immense vitalité culturelle. Je suis fier de la diversité culturelle de mon quartier et ravi que ma fille grandisse dans cet environnement. Il y a ici une créativité et une résilience incroyables. Les tournées à l'étranger vous font apprécier votre foyer. L'Amérique compte son lot d'aberrations et d'individus détestables, mais elle abrite aussi d'innombrables personnes formidables.
LFB : Vous pourriez toujours déménager en Europe !
Joe Casey : Qui sait, je serai peut-être amené à le faire un jour !
LFB : Eh bien, une fois que l'on quitte l'hôtel ('checking out'), on est libre d'aller où l'on veut. Merci infiniment pour ton temps, Joe.
Joe Casey : Merci beaucoup à toi. Ce fut un réel plaisir.

ENGLISH VERSION BELOW
La Face B : Hello Joe, to start off, how are you doing?
Joe Casey : Good, very good! It's been a whirlwind week of traveling, doing interviews, and handling promo. It's actually quite ironic that we're staying in so many hotels right now, because it fits the theme of the album perfectly.
LFB : Indeed, that's the irony—you're spending all your time in hotels.
Joe Casey : Exactly. I get to visit these wonderful, major metropolitan cities, yet I spend most of my time inside hotel rooms. But it's great, honestly.
LFB : How did the central concept of the seedy hotel—this anonymous place where people don't really meet—come about as a framework to address such heavy issues as Trumpism, AI, and systemic violence?
Joe Casey : Well, I was about to have a child, and so was Alex, our drummer. That meant Greg would be working alone for a long period to write all the music. He told us he really wanted to push himself and try strange, ambitious things. I thought having a clear conceit or overarching framework would be helpful. That way, when I received the music later on, I wouldn't be searching endlessly for direction. Our previous record was filled with personal stories and intimate experiences. I usually alternate between albums: after something deeply personal, I like to step back and look outward. I knew this album would address the 'state of the world,' but I wanted a thematic vessel that wouldn't feel heavy-handed. If you listen to a succession of songs complaining about America's flaws, it can become overwhelming. But within the framing of a hotel, the listener understands that we're moving from room to room without ever leaving the building. The mood and tone remain cohesive, giving Greg complete musical freedom inside the narrative box of the hotel.
LFB : If every song are supposed to be rooms, I felt like one of the hotel rooms was actually a bathroom specifically for the song Feed the Sewer.
Joe Casey : Absolutely! That room is meant to be the restaurant, but it's fundamentally about the sewer and the toilets. (laughs)
LFB : I hesitated at first, wondering if I should bring that up!
Joe Casey : You were right to! Initially, I thought every song had to feature a specific character isolated in a room—almost like a theater play. But I realized that approach was too rigid and didn't fit the music naturally; I was forcing it. So I shifted focus: instead of character studies in every room, the songs convey the general impression and underlying psychological weight of being trapped in this hotel.
LFB : Your music always retains a welcoming, deeply human core regardless.
Joe Casey : Thank you. We genuinely love people.
LFB : Would you have written this exact album if Trump hadn't been re-elected? Especially considering that Converts targets JD Vance, who wouldn't be in power otherwise.
Joe Casey : It's hard to say. But I want to make one thing clear: things under Joe Biden were far from great. Many people assumed Biden's election would restore normalcy. Our album Relatives in Descent, which turns ten next year, reflected the shock of Trump's first term—that collective disbelief of 'I can't believe we elected this guy.' But Trump shattered the illusion and exposed the structural fragility of the American system. You can't fix that easily, especially with a leader like Biden who offered very little vision. This new album reflects the grim reality that we did it to ourselves again—this is precisely what the country chose. Look at all the compounding crises: poisoned food systems, soaring gas prices linked to foreign conflicts, the devastation in Gaza, the questionable practice of deporting asylum seekers to third countries, Venezuela... The list is endless.
We managed to pull ourselves back from the brink once, only to hurl ourselves right back into the chaos. Something deep within the American psyche craves this brand of disorder and criminality. We aren't as high-minded as we like to pretend.
LFB : Without diving too deep into partisan politics, I completely agree with your analysis regarding Trump and the repetition of these political shifts.
Joe Casey : It's happening all over again. Just like in Europe, where you see constant pendulum swings toward authoritarianism and fascism.
LFB : Demagogues capitalize on political vacuums, offering fascism as a simple remedy for complex societal flaws.
Joe Casey : Precisely: 'How do we solve these systemic issues? Let's turn back to fascism.' It's a terrifyingly recurring cycle. We keep asking ourselves how to break free from it. Protomartyr doesn't claim to have the answers, but we witness and document these cycles.
LFB : Turning to the sound of the record: did you know from the start that you wanted to incorporate a prominent brass section?
Joe Casey : Yes, because Greg always formulates ambitious sonic concepts. Since he was writing demos in his apartment, he had to keep the volume down to respect his neighbors. He couldn't record loud electric guitars directly into his computer, so he started experimenting with brass and synth textures on his keyboard instead. As a result, many songs weren't initially conceived around guitar riffs. Early on, he told me he was writing heavy horn arrangements. Greg loves massive, dense sounds, but he didn't want to stack fifty layers of guitars. He's always searching for fresh textures to express power. On our previous record, pedal steel played that unexpected role; this time, brass provided that new, warm, and cinematic weight.
LFB : It brings a sound that is both fresh and surprisingly warm.
Joe Casey : Exactly.
LFB : The album was produced by Dave Fridmann, renowned for his work with Nick Cave, The Flaming Lips and MGMT for instance. What did he bring to the record's cinematic texture?
Joe Casey : First off, he and Greg connected immediately. As soon as Dave listened to the demos, he understood Greg's vision. We met with other talented producers who were eager to collaborate, but Dave was the first to say: 'What you've built in these demos is right on the money, and I know exactly how to elevate it.' That was a crucial breakthrough for Greg.
Greg specifically wanted to work with Dave because of his ability to produce grand, orchestral arrangements without losing their raw, aggressive edge. Our drummer, Alex, was thrilled too—he knew Dave could make the drums sound thunderous and massive. Dave possessed the exact technical mastery needed to push us beyond our familiar boundaries. He was unequivocally the right choice for this record.
LFB : Focusing on specific tracks, Converts examines the religious conversion and political trajectory of JD Vance. What prompted you to write a song specifically about him?
Joe Casey : While Donald Trump is a singular historical anomaly, the opportunists who surround and enable him represent a very common political archetype. To me, JD Vance is emblematic of a thousand similar figures who stand ready to inherit power. They are individuals lacking genuine core convictions, who adopt a religious veneer as a shield against public scrutiny. Vance worked in venture capital before entering politics—arguably the worst background for public service.
Politics should be about improving lives, whereas private equity often focuses on extracting wealth. He wrapped himself in traditional Catholicism at the behest of figures like Peter Thiel. Instead of writing yet another song about Trump, I felt it was far more vital to illuminate the calculating sycophants who prop up the regime.
LFB : Especially given how vehemently Vance opposed Trump before aligning with him.
Joe Casey : Precisely. His opposition lasted only as long as he thought it served his ambition. He will adopt any stance to secure power. The political landscape is filled with sycophants who tolerate extreme personal humiliation—like politicians whose families were insulted by Trump, yet who still enthusiastically serve his press team. That extreme servility is precisely how authoritarian regimes sustain themselves, and Vance is a prime example.
LFB : It seems driven by a profound fear of irrelevance.
Joe Casey : Absolutely.
LFB : This might sound unexpected, but when listening to Exalted Eagles, I caught a melodic echo of Snow White’s Someday My Prince Will Come in the cadence of the title line.
Joe Casey : That's not crazy at all! I can definitely see why you hear that.
LFB : I almost talked myself out of asking, thinking it was just my imagination!
Joe Casey : There's a legitimate reason for that connection. Greg was heavily drawing from 1950s exotica, Hollywood arrangements, and lush orchestration—the exact musical era that produced songs like Someday My Prince Will Come. I specifically adopted a 50s crooner vocal style to match that widescreen, nostalgic atmosphere. So your intuition picked up on the right era.
LFB : It creates a fascinating contrast: pairing that childhood nostalgia with a funeral drumbeat to critique how patriotism is weaponized for control.
Joe Casey : Exactly. Greg wanted the song to begin with a cheap, toy-like synth sample, then gradually swell into something terrifying and operatic. It exposes how sanitized, cartoonish versions of patriotism are used to pacify and control the public.
LFB : In Knife Dream, you focus on knives rather than firearms to explore primal violence. Why choose edged weapons when gun violence is America's defining crisis ?
Joe Casey : You're right—America is notorious for gun violence, not stabbings. The track originated from a recurring mental image of a knife flashing through my mind as I drifted off to sleep.
As I wrote, I began reflecting on American history: is our current crisis unprecedented, or has brutal violence always been encoded into our national identity? I was reading extensively about Native American history between the Civil War and WWI—a period marked by systemic destruction and the violent closure of the frontier. Modern American violence isn't an anomaly; it's foundational. We prefer the comfortable myth of Pilgrims sharing Thanksgiving, but our prosperity was built on slaughter and subjugation. That historical violence seeps through the walls of our metaphorical hotel. Mass shootings have become so routine that society simply absorbs them and moves on.
LFB : It echoes other colonial histories, like Australia's treatment of Indigenous populations.
Joe Casey : Precisely. While writing, I reflected on how the genocide of Native Americans and the horrors of chattel slavery operated in tandem. America was built on subjugation from its inception. Even if people dismiss this as distant history, we must reckon with it—ignoring trauma doesn't erase its ongoing influence.
LFB : While we compared Feed the Sewer to a bathroom, Iggy Pop famously described it as Wagnerian. Were you surprised by his description?
Joe Casey : At first I wondered what he meant! But he's spot on: 'Feed the Sewer' maintains an intense, unrelenting tension, almost like a descent into the underworld. Coupled with the operatic conclusion of 'Exalted Eagles,' I deeply appreciated his review because it proved he actually engaged with the album deeply rather than generating generic PR copy.
LFB : Thankfully, Iggy isn't resorting to AI just yet!
Joe Casey : Definitely not!
LFB : Tracks like 'Third Country' feel like melancholic waltzes, while 'Lavender Gospel' builds a dark film noir atmosphere. Is scoring film music something Protomartyr aspires to do?
Joe Casey : Absolutely! We would love to score a feature film if given the opportunity. Greg has scored short films before and naturally thinks of composition in cinematic terms. I love how those two tracks pair together. Remarkably, Lavender Gospel was the only instance where I gave Greg the thematic concept before he wrote the music—usually, the music comes first.
LFB : The 7-minute closer Checking Out touches on the responsibility of fatherhood amidst a world in crisis. Does it connect to Ellen, written eleven years ago about your mother?
Joe Casey : Directly so. My newborn daughter is named Ellen after my mother. While writing Checking Out, I envisioned walking into a dense fog at the end—a striking parallel to Ellen, which pictured waiting on a foggy riverbank. Both tracks happen to be our longest compositions, so these subconscious motifs tie them together.
LFB : How will you translate these intricate brass arrangements to the live stage on your upcoming tour?
Joe Casey : As the singer, I get to leave that headache to Greg! (smiles) We're touring with a fifth multi-instrumentalist—Fred Thomas in the US and Freder in Europe—along with a dedicated horn player. In the past, if a track was too complex live, we simply skipped it. Now, we're embracing the challenge head-on without fear.
LFB : In spite of everything, is there still something that makes you proud to be American?
Joe Casey : Yes, rich cultural vitality remains. I'm proud of the vibrant diversity in my neighborhood and thrilled my daughter will grow up surrounded by it. There is incredible resilience and creativity here. Touring abroad makes you appreciate home. America has plenty of flaws and terrible people, but it also holds countless wonderful human beings.
LFB : You could always move to Europe!
Joe Casey : Who knows, maybe I'll have to one day!
LFB : Well, once you're 'checking out' of the hotel, you're free to go anywhere. Thank you so much for your time, Joe.
Joe Casey : Thank you very much. It was a pleasure.