Chroniques
Somaya : Entre vérité et quête identitaire
- Artiste
- Somaya
- Album
- LAYALI
- Label
- Indie Montreal
- Sortie
- 28 août 2026
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Après s'être imposée discrètement mais sûrement sur la scène montréalaise depuis 2024 grâce à des pièces phares telles que Rhinestones et Mary, l'autrice-compositrice-interprète Somaya franchit une étape décisive avec la parution de son tout premier album intitulé LAYALI, paru le 28 août 2026.

Libéré de tout genre et de toute structure traditionnelle, ce projet laisse l'émotion pure prendre le dessus. Il crée un ensemble où le chagrin d'amour, la solitude et la quête de soi cessent d'être des fardeaux pour devenir des ouvertures.
Au cœur du projet réside une célébration poétique de la féminité sous toutes ses coutures. Somaya démontre que la fragilité peut devenir une source inépuisable de beauté et d'émancipation. Dans un paysage musical encore largement façonné par les hommes, l'artiste réclame un espace pour la nuance, l'expression des sentiments bruts et l'affirmation de l'intuition féminine. Cette quête d'authenticité passe aussi par une réconciliation profonde avec ses origines nord-africaines. Ne parlant pas arabe, Somaya utilise la musique comme un langage universel capable de transmettre ce que les mots ne peuvent parfois pas dire. L'album bâtit ainsi un pont naturel entre sa culture occidentale et ses racines, faisant dialoguer les codes du R&B alternatif et de la néo-soul avec la majesté des sonorités orientales.
La voix de Somaya est vraiment unique et magnifique; grave mais sensuelle, réconfortante mais puissante, feutrée mais habitée. C’est comme un murmure qui revendique son identité: une voix douce et intime qui n’a pas besoin de crier pour s’imposer pour faire entendre sa vérité. C’est cette étincelle dans le noir qui a le don de vous faire ressentir chaque émotion au plus profond de vous-même. C’est cette même chaleur qu’on ressent les nuits fraîches au bord du feu, les yeux fermés.

L'architecture sonore de LAYALI se distingue par une richesse atmosphérique et une ampleur presque cinématographique, où l'on retrouve le timbre intime du oud, des percussions traditionnelles et des arrangements de cordes inspirés par l'univers de l'icône égyptienne Umm Kulthum.
L'album s'ouvre sur RED SUN, une entrée en matière atmosphérique aux teintes crépusculaires qui pose d'emblée la signature esthétique du projet. Ce morceau plonge l'auditeur dans une ambiance contemplative où les textures R&B se marient à des nappes enveloppantes, symbolisant la transition vers le monde de la nuit.
Sa chanson RHINESTONES est une des chansons qui se démarque le plus. Il s’agit d’un véritable pivot de l'album où l'artiste dissèque les illusions et la superficialité des relations modernes sous le vernis des apparences. J’ai particulièrement apprécié le groove R&B presque reggae et la guitare épurée.
MARY s'impose comme une ballade d'une sobriété poignante. L'instrumentation aérée laisse toute la place à une interprétation vocale vulnérable, explorant le doute et la solitude avec une délicatesse désarmante.
Au centre de l'œuvre se trouve EL HENNA (avec Mama), le cœur émotionnel du disque. En intégrant directement la voix de sa mère, ce morceau matérialise l'hommage intime de Somaya à sa famille et aux figures féminines qui ont façonné son identité, tout en faisant une grande place au oud. C'est un moment suspendu où les récits familiaux et la musique se fondent pour célébrer la mémoire et la transmission intergénérationnelle.
L'album se clôt sur MOONCHILD, un final hypnotique et apaisé qui célèbre l'aboutissement de ce voyage intérieur, laissant résonner la promesse d'une artiste qui a su apprivoiser ses ombres. Les sonorités orientales modernes cinématographiques sont du jamais vu.
En puisant dans son passé, ses origines et ses fragilités, Somaya signe une œuvre majeure où la vulnérabilité devient une armure, et où la douceur s'affirme haut et fort comme la plus grande des puissances. Elle propose un son si unique et précieux qu’il est difficile de la comparer.
Don’t walk, run!