ADN #1075 : Coeur Kaiju

ADN : Acide du noyau des cellules vivantes, constituant l’essentiel des chromosomes et porteur de caractères génétiques. Avec ADN, La Face B part à la rencontre des artistes pour leur demander les chansons qui les définissent. A l’occasion de la réédition de leur EP éponyme, Coeur Kaiju nous confient aujourd’hui leurs influences musicales.

Tears For Fears – The Working Hour

Tim Placenti (Auteur, compositeur, chant, guitares, claviers, arrangements) : Honnêtement, quasi tout commence avec Tears For Fears. Je connaissais bien sûr leur musique pour avoir grandi avec parce que Songs From the Big Chair a beaucoup tourné chez mes parents, mais c’est après avoir replongé dedans sérieusement, comme dans une sorte de pèlerinage d’enfance que je me suis vraiment repris la claque. Il était donc possible de faire une pop dont la mélancolie est dansante et cela avec une production d’une intelligence rare… Rien d’artificiel, tout à fleur de peau. Pour les classiques, bien sûr, allez vers Everybody Wants to Rule the World, la chanson est pour moi absolument parfaite ! The Working Hour est quant à elle une sorte de masterpiece de « fausse » ballade hyper intense. L’écriture est extrêmement subtile et le chant est désarmant de sincérité. Et les paroles ! « This is the working hour / We are paid by those who learn by our mistakes ». L’image est immédiate, la mélodie tout pareil, la tournure intelligente, et le sens plein de vertige.

Blondie – Rapture 

Tim Placenti (Auteur, compositeur, chant, guitares, claviers, arrangements) :
Je ne saurais même pas par où commencer ! Pour moi on est sur une sorte de classique absolu. L’écriture et la production sont exceptionnelles (ces cloches!). Debbie Harry crée des lignes de chant tellement parfaites que tu as l’impression qu’elles ont toujours existé. C’est hyper inspirant d’avoir cette écriture ultra forte sur des couplets, sans avoir de véritable refrain, seulement une sorte de « lift » assez fou. La track est un morceau qui s’éloigne un peu du pop-punk-rock des débuts pour une sorte de disco-funk avec un interlude rap complètement dingue, mélangé à un moment purement instrumental dans la tradition disco de l’époque. Le groupe s’approprie le style « du moment » sans aucun opportunisme, mais pour mieux y injecter sa personnalité dans une jubilation musicale et stylistique ambitieuse et dansante à souhait. Quand tu écoutes chaque partie, chacun groove monstrueusement.

The Cars – Hello Again

Tim Placenti (Auteur, compositeur, chant, guitares, claviers, arrangements) : The Cars est un groupe américain qui n’a pas connu en Europe un succès aussi important que chez eux, où ils font clairement partie des « grands groupes » des 80’s. A part peut-être le single « Drive », qui est une sublime ballade mais qui a pu faire croire ici à des « one hit wonders »  alors que leur discographie est assez parfaite. Ils ont réussi à travers leurs albums à créer une sorte d’hybride de classic rock 60’s avec de la new-wave, très sincèrement et instinctivement. Efficace à souhait et chacun des musiciens est assez virtuose, sans en faire jamais trop. Hello Again est un parfait exemple. C’est aussi un groupe que j’ai en commun avec Jérémy et qui nous rassemble. On en a très vite discuté lorsqu’on a commencé à évoquer les directions qui nous stimulaient.

Jérémy Cuvelier (basse, chant) : Hello Again résume très bien le côté ludique et unique du son des Cars, qu’ils arrivent à faire cohabiter avec des compositions de qualité sans jamais leur faire perdre en efficacité. On peut écouter de nombreuses fois la chanson avant d’en saisir toute la subtilité des arrangements. Bref, un combo gagnant qui influence tout naturellement Coeur Kaiju.

Talking Heads – Born Under Punches (The Heat goes On)

Tim Placenti (Auteur, compositeur, chant, guitares, claviers, arrangements) :
Ce qui est dingue c’est qu’on m’a parlé de Talking Heads à propos de mon écriture et de David Byrne pour mes dynamiques scéniques avant même que je tombe dans la marmite. C’était vraiment dans l’année juste avant la création de Coeur Kaiju, quand on testait des trucs sur les cendres de mon précédent band avec Jérémy. Quand j’ai ouvert la boîte de pandore-groove du groupe du coup je ne m’en suis pas remis. C’est un groupe dont la discographie est une œuvre mouvante, imprévisible et dont l’hybridation des styles et les influences de musiques africaines et latines sont aussi au cœur de ce qui nous intéresse dans l’écriture de nos nouveaux morceaux. Lorsque on s’est enfin retrouvé à trois avec Thomas, c’est vraiment ce type de vibes de « chansons dans lesquelles on peut se laisser vivre » qui nous a interpellés. Toute la disco de David Byrne en solo, son album en collab avec St-Vincent ainsi que Tom Tom Club, le groupe de Tina Weymouth (basse) et du batteur Chris Frantz est aussi à prendre. Cette chanson ouvre leur classique Remain In Light et annonce les couleurs, nombreuses et toutes uniques.

Earth Wind & Fire – The Changing Times

Tim Placenti (Auteur, compositeur, chant, guitares, claviers, arrangements) : On ne peut pas ne pas parler de toute la scène disco funk des 70’s / early 80’s. Jouer cette musique, c’est physiquement jubilatoire. J’ai pu voir Chic à Hyde Park (avec Duran Duran, what a day !), et franchement j’avais le smile pendant les 50 minutes du set !

Thomas Berthelot (batterie) : Carrément, Good Times de Chic super exemple, tu vois pour moi, il y a une vraie « science » derrière des grooves simples et joués en boucles, comme celui-ci, qui donne une envie spontanée de bouger et de scander les paroles ou les riffs. 

Tim Placenti (Auteur, compositeur, chant, guitares, claviers, arrangements) :
Ici The Changing Times on est déjà en 1981 pour EW&F, et tu sens que musicalement on est déjà en train de bouger. La chanson a des beaux solos de guitares plutôt atypiques pour le style mais franchement c’est ce riff de dingue qui débarque sans te prévenir à la 38ème seconde qui pour moi est gravement dans l’ADN de Coeur Kaiju. En 1981 on est aussi 2 ans après la Disco Demolition Night (rassemblement raciste et homophobe d’autodafé de vinyles de disco dans un stade…) et cet événement a beaucoup bousculé aussi les artistes sur le « comment » exprimer ce groove viscéral, avec cette haine extérieure soudaine d’un style musical dont la base est pourtant juste l’amour, le partage, la danse, la communion. Leur tube planétaire Let’s Groove de la même année annonce doucement la fin d’un style en prenant en compte les prémices de la décennie à venir. Et The Changing Times, elle est life-changing 🙂

Thomas Berthelot (batterie) : Il y a une sorte de nervosité dans ce titre (et d’autres comme Boogie wonderland), qui crée une sorte d’urgence à se lever et danser !! Encore une fois, c’est viscéral, mais c’est une vraie prouesse de placer le curseur à un si bon endroit entre le groove et la tension. C’est aussi dans l’ADN de Coeur Kaiju de chercher à recréer cette sensation.

 

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