FKA twigs semble avoir trouvé l’accès à un univers cybernétique et envoûtant. Là où EUSEXUA comportait certains instants de latence, sa jumelle, non pas une simple version deluxe, mais bel et bien un projet autonome, EUSEXUA Afterglow, parvient à maintenir sa pertinence. À l’image d’une seconde partie de film qui, contre toute attente, rivalise aisément avec l’original, voire le surpasse sur plusieurs points.

On sent pourtant que FKA twigs pagaye un peu dans la mer agitée de sa promo. Les ambiguïtés se sont multipliées quant au statut d’Afterglow. Peu après la sortie d’EUSEXUA, l’artiste avait teasé une version deluxe, il se révèle finalement être un projet distinct. La confusion se renforce lorsque, le jour même de la sortie d’EUSEXUA Afterglow, l’artiste dévoile également une véritable édition deluxe d’EUSEXUA, comprenant plusieurs remixes, dont une relecture de Striptease en collaboration avec Eartheater. Sans nuire à l’appréciation de ces nouveaux morceaux, ce geste complexifie néanmoins la lisibilité de l’ensemble. Pour plus de clarté, il semble donc judicieux de distinguer strictement EUSEXUA et EUSEXUA Afterglow.
Un after pas comme les autres
On en vient ainsi à comprendre qu’EUSEXUA était un disque qui incarnait l’instant présent, l’état physique et mental lors d’une rave. Afterglow, à l’inverse, évoque l’amorce de la descente, cette zone trouble où les perceptions et les sens se brouillent, où les effets (aussi bien de l’euphorie ou de toutes sortes de substances) s’estompent. C’est précisément l’atmosphère que laissait présager le premier single du projet, Cheap Hotel, morceau mélancolique porté par des percussions trip-hop et des effets vocaux conférant une grande fragilité à Twigs. Presque comme si l’artiste avait choisi de commencer par la fin, lorsque que la fête ne bat plus son plein.
L’univers d’Afterglow entretient bien sûr quelques affinités avec celui d’EUSEXUA, mais il s’affirme surtout comme un espace plus introspectif. Wild and Alone et Lost All My Friends témoignent d’un retrait du monde, tandis que Love Crimes explore une passion amoureuse poussée jusqu’au vertige. Une énergie féminine y circule, puissante mais délicate, rappelant parfois l’aura assurée de Caprisongs, ancienne mixtape de l’artiste.
Un rapport au corps particulier
Depuis l’effet boule de neige d’EUSEXUA, Twigs semble en pleine redécouverte de ses propres super-pouvoirs corporels. On a presque l’impression qu’elle découvre ses propres capacités en même temps que nous dans l’exploration de la danse, qu’elle exprime aussi bien sur scène que lors de défilés de mode. Elle le formule d’ailleurs explicitement dans Love Crimes : « That body so flexible ».
Ce qu’elle accomplit aujourd’hui en danse contemporaine est une véritable création intemporelle, où ballet classique, pole dance et voguing s’entrelacent et forment un langage inédit. Cette fusion trouve un exemple particulièrement éloquent dans le visuel de HARD, où notre protagoniste explique que cette performance lui a permis de se reconnecter avec son « moi danseuse » de sa jeunesse.
Pas de côté et brin de folie
Cette fois-ci, Twigs semble avoir donné naissance à l’essence même de ce qu’elle maîtrise le mieux. Il y a près d’un an, Striptease dans EUSEXUA avait déjà été chaleureusement salué, et l’élan de folie créative qui l’animait se voit ici pleinement amplifié dans Afterglow.
Le véritable sommet de ce nouveau projet réside sans doute dans l’euphorie qu’il déploie. Twigs semble livrer sa performance dans son état le plus pur, sans retouche superflue, comme si elle s’abandonnait à la création sans jamais revenir en arrière. Rien de surprenant, au fond, lorsque l’on observe l’hyperproductivité qui caractérise actuellement l’artiste (deux projets en moins d’un an). On note également un hommage appuyé à la culture ball, notamment grâce à un sample de Precious, commentatrice iconique de cette scène underground, sur Sushi. Tous ces dialogues entre les communautés et les esthétiques façonne donc bien son identité artistique.
EUSEXUA Afterglow nous tiraille dans tous les sens, entre l’appel irrésistible des bras de Morphée et cette pointe de dopamine qui murmure encore : « une dernière danse et je rentre ». Voilà un beau bébé que FKA twigs vient de faire naitre.