Les clips de la semaine #282 – Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Pour terminer la semaine en douceur, la team de La Face B vous propose la deuxième partie de sa 282e sélection des clips de la semaine.

Marlon Magnée – Nuage gris

Alors que son groupe La Femme annonce son dernier concert pour le 26 novembre à l’Accor Arena – après bien des dates en festival et aux Etats-Unis -, son cofondateur Marlon Magnée se lance dans une aventure en solitaire à son nom. Si Sam Sauvage a su s’emparer de la pop à la française façon dandy, bien avant lui la bande de Marlon Magnée l’a dépoussiérée avec tout autant de talent. 

C’est ce qui ressort dans le premier single Nuage gris où l’on trouve un cocktail d’influences très datées : rockabilly, punk et un peu de new wave. Vous secouez le tout et vous y ajoutez bien des couleurs, vous obtiendrez l’univers de Marlon Magnée. On en déduirait que La Femme c’est juste fini sous cette forme mais que Marlon Magnéeva faire vivre sa mémoire. Et rien que pour ça, merci Marlon ! Nuage gris certes mais dans un clip rock qui offre une explosion de couleurs vives.

MAKALA – HOTEL YOTSUYA 

Après une campagne de communication oscillant entre incompréhension et maladresse, une question se pose : toute cette mise en scène n’était-elle pas, au fond, une manière pour Makala de se moquer des codes promotionnels de l’industrie musicale ? Peut-être. Ou peut-être qu’on surinterprète. 

Dans tous les cas, dès que l’artiste a enfin donné signe de vie, l’attente n’a pas duré. HOTEL YOTSUYA est arrivé, et Makala y règle quelques comptes, fidèle à son énergie brute, celle qui a construit sa légende, sur scène comme en studio.  Autour de lui gravitent, comme toujours, ses fidèles acolytes, ceux que l’on hésite à présenter tant leur présence est désormais indissociable de son univers. Difficile toutefois de ne pas céder à l’enthousiasme lorsque résonnent les basses caractéristiques de Varnish La Piscine.La transformation physique de Makala, elle aussi, surprend. Tel un protagoniste d’animé ayant quitté son village natal pour s’entraîner loin des regards, il est prêt maintenant à déstabiliser ceux qui avaient cessé de croire à son retour. Le comeback est bruyant d’énergie, et ce n’est pas pour nous déplaire.

Dewey – Jinx 

Un vent de fraîcheur et de nouveauté est arrivé chez Howlin Banana et il s’appelle Dewey. Les quatres parisiens déboulent sur la scène rock indé française avec une esthétique nineties, tout ce qu’on aime ! Inspirés de groupes indie américains comme Slow Pulp ou WednesdayDewey apporte cependant des sonorités et productions modernes à leurs influences. 

Leur premier album est déjà prêt et sortira le 13 février prochain sur le label Howlin Banana Records. Pour fêter ça, Dewey a sorti cette semaine son tout premier titre : Jinx. Celui-ci est accompagné d’un clip, illustrant les musiciens dans un exercice peu naturel pour eux qui est celui de la promotion de leur musique ! Autodérision, talent et originalité sont les maîtres mots de ce titre qui ne quittera pas vos oreilles de la journée. 
Dewey est le nouveau groupe à surveiller de la scène indie rock française, et promet un album original et entêtant. Vous pouvez nous croire, on reparlera bientôt de Dewey 

Melissa Laveaux – salt water so sweet

Melissa Laveaux prépare la sortie de son prochain album, et pour l’occasion, elle vient de sortir un tout nouveau titre : Salt Water So Sweet

Attirée par la musique depuis ses plus jeunes années, la chanteuse canadienne d’origine haïtienne s’illustre dans une pop-folk poétique et rythmique. Son premier album, Camphor and copper, sort en 2008 et est reçu chaleureusement par le public français. Son succès l’amènera à faire des concerts aux quatres coins du monde…

Sur son dernier album sorti en 2022, Mama Forgot Her Name Was Miracle, Melissa Laveaux rend hommage à plusieurs figures héroïques féminines qui ont marqué et inspiré la chanteuse. Un album profondément engagé, qui explore des sonorités folk traditionnelles aux multiples nuances. Sa voix se transforme et évolue tout au long des morceaux, tantôt de velours, tantôt perçante, Melissa Laveaux interprète et incarne ses titres de tout son être. 
Le prochain album de Melissa Laveaux se tournera vers elle-même, et abordera les moments les plus secrets et difficiles de sa vie. Nous attendons avec impatience ce futur album autobiographique et profondément poétique ! Pour nous faire patienter, la chanteuse nous offre aujourd’hui Salt Water So Sweet, qui revient sur sa première crise d’asthme : “En Haïti, on dit que si on n’arrive pas à reprendre le souffle en sortant de la mer, c’est que celle-ci vous réclame”. Une légende énigmatique, qui représente bien ce titre à l’ambiance mystérieuse et presque inquiétante, on vous laisse le découvrir !

Piers Faccini & Ballaké Sissoko – A Take Away Show

C’est à l’orée du festival Les Suds, à Arles, que Piers Faccini et Ballaké Sissoka se retrouve. Les deux artistes partagent quelques morceaux. Une communion que La Blogothèque, accompagnée de Vincent Moon et N⌀ F⌀rmatcapturent.

Dans ce live de sept minutes, le Britannique et le maître de la kora dialoguent. Ils s’échangent des contes. Avec Mournful Moon, le premier morceau partagé, Piers Faccini chante : « Une lune mélancolique qui, de ses rayons d’argent, dérobe le temps pour brûler le jour. » Vient ensuite le moment d’écouter un second extrait. Le duo par leur titre Harbour, qui signifie en français « port », fait la métaphore de ce lieu comme celui d’échanges et d’attache et de sécurité. Ces deux morceaux proviennent de l’album commun intitulé Our Calling.

Heroe – Heureux

Heroe est le genre d’artiste qui écrit des chansons tristes, même lorsqu’il est heureux. À 32 ans, Mehdi Nacer, artiste franco-marocain installé à Paris, ose enfin franchir le pas et dévoile Failles, son tout premier EP francophone. Après deux mini-albums en anglais, il choisit de se livrer dans sa langue d’adoption, explorant ses failles sans plus se cacher.

Heureux, single viral de cet EP sorti le 13 novembre 2025, incarne parfaitement cette démarche. Sur une production pop indie vaporeuse signée Arthur Lacroix et Marc Le Goff, Heroe se projette dans un futur lumineux, tout en ancrant le morceau dans un présent mélancolique Cette tension entre espoir et désenchantement fait toute la force du titre.

Le clip réalisé traduit cette rêverie à travers un couple qui dialogue sur une plage, oscillant entre intimité fragile et projection vers des jours meilleurs. Une vidéo douce et contemplative, à l’image de l’univers mélancolique d’Heroe.

Summer Walker – FMT

Summer Walker revient FMT, un titre aux allures d’évidence brutale explorant sa lassitude face à un pattern amoureux répétitif. Loin de promettre une rédemption, l’artiste admet simplement combien la douleur devient ennuyeuse quand elle se perpétue, transformant l’accusation envers ses ex-partenaires en un regard impitoyable vers elle-même.

Le clip officiel, réalisé par Child transpose cette introspection en rituel spirituel. Dans un paysage aride et désertique, Summer Walker participe à un bain collectif entourée d’un groupe de femmes et d’aînées. Une voix d’aînée guide la scène : « Cette eau se souvient de ton premier cri, ton premier souffle, et elle connait le poids de mes bras quand ils t’ont tenue pour la première fois, et maintenant elle apprend à te laisser aller ». Cette imagerie évoque une renaissance symbolique, un regard rétrospectif sur l’histoire sentimentale de la chanteuse, qui confirme qu’elle mérite mieux et comprend désormais sa valeur. 

Maïcee – Let Me Leave

Avec Let Me Leave, Maïcee nous prouve une fois de plus qu’elle est une artiste hybride et talentueuse. Elle navigue entre rap, pop et électro avec une fluidité remarquable. 

On retrouve dans son style des influences qui vont de Lauryn Hill à FKA Twigs, mais Maïcee crée avant tout une identité qui lui est propre. Dans ce titre, elle mêle à merveille toutes les esthétiques qui la définissent. Le résultat est à la fois surprenant et délicat. Elle alterne rap en anglais, en français et chant avec une aisance impressionnante. Sa voix est d’une douceur hypnotisante et son rap est bien maîtrisé.

Le clip, quant à lui est plus brut, et peut même sembler dérangeant. Il montre la douleur d’une relation toxique à travers des images fortes : un corps immobile sur une bâche, un visage écrasé contre une vitre. Ces scènes traduisent l’épuisement affectif et physique. Sa magnifique chevelure, symbole du cœur brisé apporte de la poésie et de la douceur au clip.

Let Me Leave nous touche en plein cœur. Maïcee y transforme la douleur en une esthétique puissante et maîtrisée de bout en bout.

Large Mirage – Miss Okay

Il est tout de même étonnant que Large Mirage, actif depuis 2020, ne bénéficie pas de davantage d’attention de votre part. Il est grand temps de réparer cette injustice.

Après un EP très réussi paru en octobre dernier, Wings of Time, le groupe réapparaît telle une silhouette qui surgit de la terre pour laisser jaillir un titre inédit : Miss Okay. Avec un trait rock chic, vibrant et coloré, voici un morceau qui nous rappelle combien il est essentiel de ne pas courber l’échine sous le regard des autres, de refuser l’idée d’une perfection imposée pour mieux créer la nôtre, et la rendre inébranlable.

La joie, l’élan et l’exaltation des musiciens traversent ce titre de part en part, et il devient presque impossible de ne pas se laisser happer pendant quelques minutes. Miss Okay est comme une porte d’entrée idéale pour plonger plus profondément dans l’univers du groupe.

Maintenant que vous les connaissez, à votre tour de vous laisser accompagner, ou emporter, par Large Mirage.

Odezenne – Aïe aïe aïe

Teasé à la fin de leur précédent clip, Odezenne est de retour cette semaine et tout en animation pour la vidéo de Aïe aïe aïe.

En étant de grâce depuis un moment, il fallait un clip à la hauteur pour l’écriture surréaliste, poétique et politique de aïe aïe aïe, morceau atmosphérique et rassurant ici de DOULA (des couloirs des portières).

Aïe aïe aïe c’est une plongée dans les pensées d’Alix, un trip étrange où les idées, les histoires et les temporalités se percutent, le tout porté par un sens toujours aussi aiguisé de la punchline et de l’idée qui vise juste et qui percute (coucou la petite phrase sur Darmanin).

Il fallait donc beaucoup de génie pour transformer ce bouillonnement en trip visuel qui face sens. Rien de plus simple pour Vladimir Mavounia-Kouka, un habitué de l’univers des bordelais.

Apposant une nouvelle fois son sens des images et de la couleur, le réalisateur nous entraine dans un mode en mouvement dans lequel évolue Alix à travers le temps, l’espace et les lieux. Des images étranges qui prennent à corps le texte d’aïe aïe aïe se dévoilent devant nous.

Tout y est clair, évident, parfois rempli d’un certains non sens, d’humour mais surtout de poésie et d’amour. La vidéo transforme à la perfection cette idée de trip intime, de tendresse et de tristesse mêlées.

Une sorte d’énorme câlin après une crise de larmes, aïe aïe aïe, le titre et son clip, font un bien fou et continue de mettre Odezenne au somment parmi nos artistes favoris.

Future EXES – IDLE

Le 6 Mars prochain sortira le premier album des nordistes de Future EXES. D’ici (presque) le printemps, le chemin sera pavé de singles et on en retrouve aujourd’hui le deuxième : IDLE. On ne va pas y aller par quatre chemins : ça claque. Toujours dans la vague Punk Rock, le quatuor nous livre un propos qui déculpabilise l’oisiveté. De là, peut-on imaginer le band rejoindre les revendications du droit à la paresse et de la réduction du temps de travail ? On va dire que oui ! En tout cas, ça crie fort, ça pousse les amplis pour rappeler qu’être simple et tranquille, c’est bien aussi.

Côté images, IDLE illustre son texte par un roadtrip en Jetta Turbo (les connaisseur(euse)s apprécieront), comme un week-end entre potes accéléré. Chips, clopes, baignade en nature, gros sons, et puis Mamie pour chapeauter le tout (?). La réalisation est superbe, entre plans de culs au ralenti et scène de rock excellemment tournée. On recommande.

Coline Rio – Maison (live session)

Coline Rio a sorti son deuxième album Maison en octobre dernier. Souvenez-vous, c’était un chemin vers la lumière à la réalisation lumineuse, dont nous vous avions parlé dans une page de votre webzine préféré. La voici à nouveau, qui offre une version live de son titre éponyme. Elle est accompagnée par Laure Magnien (qui, si l’on ne s’abuse, troque ici le violoncelle pour la guitare), Mathieu Épaillard aux claviers, Martin Gamet à la basse et le frère de Coline, Lancelot Rio à la batterie.

Alors on observe, dans la vidéo tournée au studio Pigalle par Jules Perennes, ce morceau intensément personnel devenir œuvre collective. Ou comment la quête intérieure – celle de l’album, chemin de vie sinueux à la recherche d’une chaleur égarée – se transforme en joie partagée. À voir ces regards échangés au cours d’une version élégamment arrangée par Sage, on se dit que l’on tient là une suite logique aux 12 titres d’octobre. Ça n’est pas juste une version live d’une chanson de l’album, c’en est pratiquement, pour emprunter au cinéma, une scène post générique.

C’est qu’il y a un mois et demi, nous avions laissée Coline Rio reconstruite, confiante en la solidité de sa maison intérieure, toute réchauffée, tout près du cœur. Nous la retrouvons en novembre prête à y accueillir des présences affectueuses. À donner, à recevoir. À partager. Le chemin vers l’amour des autres est le plus beau. Et, force est de le constater, il commence par soi. 

Hannah Cohen – Summer Sweat

Le récit d’Earthstar Mountain continue d’être narré par sa créatrice, Hannah Cohen, plusieurs mois après sa sortie en mars dernier.

Au cœur d’une forêt, dans un habitacle composé de quatre parois de bois clair et rassurant, vivent plusieurs musiciens qui n’attendent que l’arrivée de l’artiste américaine pour laisser vagabonder un tissu harmonique des plus groovy et chaleureux. Summer Sweat ramène cette innocence et cet espoir qui ont pu parcourir les corps en ce début d’année, au milieu d’une atmosphère froide et neigeuse.

Cette mise en images conviviale invite encore à croire que le bonheur sentimental n’est qu’à portée de main, que les discours menant à cette poésie romantique ne sont pas réservés aux plus rêveurs ou aux insouciants. Cette magie, à la fois réelle et inimaginable, flotte toujours dans l’air et veille sur chaque âme qui souhaiterait s’en approcher.

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