Les clips de la semaine #283 – Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la première partie de notre sélection 283 des clips de la semaine.

Macrowave – Emergence

Il y a quelques semaines déjà on vous parlait du duo français Macrowave qui mettait la barre de la darkwave très haut avec Imminent. Ils sont de retour cette semaine avec Emergence. L’intensité est fidèle au poste. Le duo alsacien frappe à nouveau très fort.

On retrouve une ambiance où la tension est plus que palpable. Leur son électronique vous glace et son univers graphique est très cinématographique. Il vous invite à recréer un espace mental qui empreinte à la science-fiction comme au thriller. Visuellement, on adore ce noir et blanc fort en contraste et ces moments colorés presque criards. En somme, un univers hyper immersif se déploie à chaque fois et nous fait plaisir à voir !

Emergence est dans la lignée de son prédécesseur, brutal et exigeant où le geste rythmique est constant, physique. La vitesse est folle, ne vous laisse aucun véritable temps mort si ce n’est à mi-parcours pour finalement vous faire rattraper par les nappes électroniques des synthés qui provoquent une espèce d’explosion lumineuse.  

Ulrika Spacek – Square Root of None 

Sur un fond énigmatique de langage programmatique, énoncés de problèmes mathématiques et d’images du groupe en session de travail, le quintet des british boys Ulrika Spacek continue de nous partager les nouveautés de son album à venir l’année prochaine. Après Build a Box Then Break itSquare Root of None a ainsi débarqué sur les plateformes cette semaine. 

Pour ceux qui ont aimé l’album Compact Trauma et plus particulièrement son titre éponyme, on retrouve les bons ingrédients qui ont su emballer nos oreilles. On se laisse bien convaincre par la tentation bruitiste à la limite de la cacophonie organisée et cette perpétuelle mélancolie mélodique qui semble être une marque sonore indélébile chez Ulrika Spacek. On adhère toujours plus à cette ambiance arty où le bidouillage devient le geste principal d’une œuvre totale.

Déstructuration et confusion se traduisent dans ces distorsions perdues dans des vagues de bruits. Dans les textes de la chanson se retrouvent les problèmes mathématiques insolubles évoqués par le titre même de cette dernière traduisible en « Racine carrée de rien », un concept sans solution logique, un vide. Très vite, les mots de Rhys Edwards s’échappent voire s’évadent comme pour fuir le sens. Et chaque auditeur s’imprègnera de cette recherche de l’impossible.

TTSSFU – Upstairs

Une voix mélancolique, miroir fragile d’une jeunesse emportée dans le tourbillon rapide et singulier où l’innocence se mêle aux premières certitudes.

Déjà maîtresse de nos oreilles cette année avec son EP Blown, la musicienne revient cette semaine, plus vibrante encore, avec son dernier titre : Upstairs. Elle y chante des notes d’insouciance et de joie, sur lesquels flotte un léger nuage de vérité. C’est dans cette brume douce-amère que la beauté se laisse saisir, perchée au sommet d’une colline où tremble la peur.

Il faut savoir graver au fer ces instants où la béatitude se tient tout près, presque palpable, tout en reconnaissant les traces que laisses-en nous, ou chez les autres, la part plus sombre de cette innocence qui parfois dévaste. Cruelle, peut-être, ou simplement lucide, cette idée ne nous empêche pas de goûter à la poésie organique qui nous enveloppe, et que des artistes comme TTSSFU capturent patiemment pour mieux nous l’offrir.

Snocaps – I Don’t Want To

Oui, tous les chemins sont bons pour parsemer, ici ou là, les plus beaux titres façonnés par Snocaps dans leur premier album paru cette année.

Un souffle paisible et doux s’en dégage ; nul besoin d’en demander davantage. Parfois, la musique suffit à accueillir sans détour les émotions les plus brutes, comme celles qui vibrent dans I Don’t Want To. Il y a là quelque chose d’à la fois universel et intime, une sphère sonore qui s’ouvre lentement, née de sentiments sincères et nobles, qui ne cherchent ni l’esbroufe ni la séduction, mais simplement à combler ce que l’essentiel a cessé d’infuser en nous.

Le duo entre Waxahatchee et Allison Crutchfield arrive comme une évidence dans cette longue autoroute musicale où les projets se succèdent et s’entrelacent. Une humble piqûre de rappel, légère mais persistante, qui nous pousse, à l’improviste, à regarder le quotidien plus loin, plus doucement, peut-être même plus vrai.

Notre Dame – Candy Cloud

Pour ce nouveau clip, Notre Dame déploie un clip animé à l’esthétique japonaise qui épouse parfaitement la douceur électrique de son morceau. Le décor flotte entre rêve et néon, tandis que les premières mesures mêlant piano et textures électroniques installent une atmosphère suspendue. On suit un jeune musicien solitaire, silencieux, presque fragile, qui chemine vers une scène éclairée comme un refuge.

Le moment clé arrive avec une précision presque narrative : le drop surgit exactement lorsqu’il commence à jouer. Ses notes se matérialisent en éclats d’énergie, comme si la musique prenait enfin corps. Mais cette lumière attire aussi l’hostilité : un groupe l’attaque, brisant la superbe tranquillité du clip.

Plutôt que de baisser les bras, le protagoniste s’ancre dans sa mélodie et la musique devient force vitale et bouclier.
Au final, Candy Cloud raconte la puissance intérieure que la création peut offrir et est un manifeste animé où l’art permet non seulement de se défendre, mais de rester debout envers et contre tout.

Caballero & JeanJass ft. Chilly Gonzales – ZUSHILEAKS

Aujourd’hui, chaque sortie de Caballero & JeanJass est presque un événement en soi. Alors, quand ils annoncent une collaboration avec le pianiste virtuose et captivant Chilly Gonzales, et qu’ils y glissent une référence aux Zushiboyz, impossible de rester indifférent.

Amoureux de musique sous toutes ses formes, Chilly Gonzales incarne l’ouverture artistique par excellence. Formé au jazz, le Québécois a construit son univers en effaçant les frontières entre les genres, apportant sa virtuosité là où son inspiration le mène. On l’a ainsi vu collaborer avec le trio de Légende Industries, livrer un passage mémorable chez Grünt, ou accompagner Théodora sur une version live de Ils me rient tous au nez. Sa logique est simple : créer avec celles et ceux qu’il estime talentueux.

Dans ce nouveau son, Gonzales propose une production incroyable, portée par un piano-signature faussement déstructuré mais résolument accrocheur. Face à lui, Caballero & JeanJass sont en totale maîtrise : JJ oscille entre références footballistiques, cuisine et techniques précises, tandis que Caba fait une entrée explosive avec un ego-trip millimétré et présence magnétique.

Le clip, en noir et blanc, installe un huis clos à la fois étrange et cohérent, comme une plongée dans un rêve inexplicable. Trois esprits libres de la musique se répondent, s’amusent et nous captivent autant par l’image que par le son. Un univers fascinant, sans excès, où chaque détail a sa place.

Le titre ZUSHILEAKS laissait planer le doute, mais l’énigme est désormais levée : Zushiboyz Vol.1 arrive officiellement ce lundi sur toutes les plateformes. Une mixtape attendue depuis des années, remplie de collaborations avec les proches du duo et de morceaux qui circulaient jusqu’ici comme de véritables trésors pour les fans.

Reste à voir si les trois volumes suivants seront publiés dans la foulée, dévoilant complètement cette mythologie musicale que Caballero & JeanJass ont patiemment construite.

Jeanne Côté – Chaque seconde [session live à La Pointe Sec]

Jeanne Côté nous offre une seconde live session tournée dans le cadre idyllique de La Pointe Sec (Gaspésie) lors de sa résidence, Chaque seconde, réalisée par Mariève Harel-Michon. Extrait de son album Nos routes pleines de branches sorti en février 2025, Chaque seconde est un hymne aux amours soudés et profonds, où “chaque seconde nous ressert l’un contre l’autre”. Entrecoupée d’images de paysages de Mont-Louis sublimés par la voix de Jeanne Côté, cette live session nous fait sentir les embruns sur le visage et le soleil sur la peau, et nous ferait presque oublier la neige qui tombe sur Montréal.

Colt – Sensible à retardement

Début novembre, le duo belge publiait sur Instagram un extrait d’un nouveau son avec DIEGO, rappeur émergent et frère de Coline. Dans ce format piano-voix, devenu récurrent sur leurs réseaux, frère et sœur se partagent les couplets pendant qu’Antoine est au piano. Ces quelques secondes de vidéo auront suffi à nous donner envie d’en entendre davantage de ce son alliant chant et rap, énergie et douceur le tout porté par une mélodie entêtante.

Nos vœux ont ainsi été exaucés avec la sortie de Sensible à retardement signé Colt, en featuring avec DIEGO. Une seconde collaboration artistique, six ans après Break up with Your Cellphone.

Dans une DA proche de la cover de Saveur cœur abîmé, dernier projet du duo, on retrouve la chanteuse et le rappeur saccageant un salon en plein milieu des champs. On assiste ainsi à une dispute entre les deux artistes, où chacun se livre à cœur ouvert sur sa sensibilité et ses émotions tandis que chaque élément du décor est malmené. « On n’ose pas se le dire en vrai alors on le fait en chanson », explique Colt sur ses réseaux.

Au moment où la situation semble s’apaiser, Antoine apparaît en combinaison de pompier pour éteindre les flammes qui consument le canapé. Pourtant il est trop tard, rien ni personne n’en sort indemne. Le décor aussi bien que les artistes ont subi les conséquences de cet « auto-sabotage » provoqué par les non-dits, la douleur et les remords. C’est ça, d’être sensible à retardement.

Jaymee – Tottenham

On a l’habitude de parler de Jaymee et du vent de fraîcheur qu’apportent toujours ses nouvelles sorties. Cette fois-ci, le voilà de retour après un passage obligé outre-Atlantique (New York) pour son freestyle dans le studio iconique du média On The Radar. Une étape presque rituelle maintenant pour les artistes en pleine ascension, et Jaymee en est ressorti avec un gain d’aura.

Tottenham, son nouveau titre, réclamé depuis quelque temps par son public, marque une évolution dans son parcours. Bien que presque seul dans son clip, il est tout de même épaulé par la présence d’un petit être aux formes géométriques : Stevie. Une manière de revenir plus fort avec un alter ego grincheux, à l’air sympathique mais irascible. Tottenham fait aussi le lien avec ses origines britanniques mêlées aux briques rouges lilloises, sa ville d’origine. On ne demande qu’une chose : bouger à Tottenham avec Stevie, ce drôle de compagnon qui risque bien de devenir un élément incontournable dans l’univers de Jaymee.

The Divine Comedy – All the Pretty Lights

Après le succès de Rainy Sunday Afternoon, Neil Hannon (et The Divine Comedy) termine l’année avec All the Pretty Lights. Dévoilé mi-novembre, un peu comme Noël avant l’heure, le titre ouvre une parenthèse lumineuse, un délicat conte hivernal où se mêlent mémoire, émerveillement et nostalgie. Une chanson feel good, presque une comptine, qui trouvera sans doute sa place dans les playlists de Noël. All the Pretty Lights est comme un souvenir d’enfant : un voyage à Londres un soir d’hiver, les vitrines éclairées, les taxis, et cette première sensation de magie dans une grande ville.

Ça parle de quoi, All the Pretty LightsC’est une rêverie tendre et étincelante, un retour aux joies de l’enfance filtré à travers le temps. Une véritable friandise musicale qui nous replonge dans la joie et l’excitation de Noël, vues à hauteur d’enfant. « Je revois les lumières de Londres comme si elles respiraient », confie Neil Hannon. « C’était la première fois que je sentais que le monde était plus vaste que ma maison, et j’ai voulu capturer ce mélange d’excitation et d’innocence. ». Sous son apparente douceur et son effet de boîte à musique, la chanson évoque aussi la façon dont les souvenirs se transforment, glissent, se floutent : « Je crois que nos mémoires d’enfance deviennent des mythes personnels. On ne sait plus ce qui est vrai, mais l’émotion, elle, reste intacte. »

Porté par une orchestration somptueuse cosignée avec Andrew Skeet, All the Pretty Lights déploie un univers de cordes chaudes, de cuivres doux et soyeux et de chœurs enveloppants. On a envie de chalouper, de chanter en chœur, de saisir ce fragment d’enfance qui sommeille encore en nous. La chanson avance comme une boule à neige que l’on secoue doucement : les paillettes retombent, et tout scintille. Cette comptine orchestrale transforme un simple souvenir en poésie hivernale.

Le clip, réalisé par Mathieu Persan et animé par Maéva Pensivy, est une merveille rétro, élégante et colorée. On y retrouve l’esthétique graphique inspirée de Miroslav Šašek, mêlée à une animation vintage évoquant Hanna-Barbera ou les introductions de séries adorées comme Ma Sorcière Bien-Aimée. Pendant un peu plus de trois minutes, on suit ce petit garçon dans les rues de Londres : façades illuminées, pluie légère, bus rouges, vitrines de jouets, silhouettes en manteau, taxis glissant sur l’asphalte mouillé. Chaque scène répond aux paroles, comme une illustration vivante tirée d’un album pour enfants. « Je voulais que le clip ressemble au souvenir d’un souvenir », explique Neil Hannon. « Quelque chose de chaleureux, d’imprécis, mais avec cette joie brillante qu’on ressentait à Noël quand on avait sept ans. »

Sous ses dessins doux et lumineux, le clip fonctionne comme un manège d’hiver : on le regarde avec cette sensation de froid dehors et de chaleur dedans. Entre nostalgie, douceur et magie hivernale, All the Pretty Lights devient une véritable histoire de Noël moderne.

Cardinals – Barbed Wire

Après l’enthousiasme suscité par leurs derniers singles — et alors que leur son résonne désormais jusque dans la soundtrack de House of Guinness, véritable vitrine de la culture irlandaise — Cardinals poursuivent leur ascension fulgurante avec Barbed Wire, nouvel extrait de leur premier album Masquerade, attendu le 13 février 2026 chez So Young Records.

Tendu, fiévreux, gothique et viscéralement ancré dans l’âme de Cork, Barbed Wire confirme la singularité du groupe : un lyrisme abrasif, une énergie brute, un flow saccadé et cette manière rare de mêler fragilité, violence, urgence et beauté. Un rock irlandais comme on l’aime — puissant, palpitant, rythmé. Porté par les guitares nerveuses, signature de CardinalsBarbed Wire surprend par ses frémissements d’accordéon — ce souffle singulier qui élève leur musique quelque part entre rock incisif, folk cabossé et romantisme noir. Tout y bouge sans cesse : montées abruptes, ruptures, flow saccadé, et mélodies aux fins en demi-ton. Un chaos maîtrisé, addictif – beau.

Barbed Wire est un poème nocturne, une errance entre désir, danger et confession. Le narrateur avance comme sur un fil, déchiré entre honte, attraction et vertige : « Once more like you really meant it / All fours and all six senses ». L’amour y prend la texture du fil barbelé : coupant et addictif. Les mots évoquent une relation magnétique, où l’ivresse — « Alcohol and ecstasy, Aperol and THC » — brouille la frontière entre lucidité et abandon. Mais au-delà de l’intime, la chanson déploie un paysage : celui d’un Cork réinventé, traversé de murs, de souvenirs et d’ombres mouvantes. « J’espérais évoquer des images de murs de ville et de clôtures de sécurité », explique Euan Manning. Le morceau devient alors une ville-fantôme, gothique et rugueuse, où chaque souvenir coupe comme un souffle glacé. 

Réalisé par Xander Lewis, le clip plonge dans un Cork fantasmé, filmé en un noir et blanc granuleux superbe. La caméra suit les membres du groupe errant dans une ville transfigurée, puis sur des hauteurs de nature brute, tels des chevaliers guettant un ennemi invisible. Chaque plan respire la claustrophobie d’un lieu hanté et l’adrénaline d’une fuite impossible. Ils finissent leur périple au bord d’un récif : malgré la grandeur du paysage, aucune échappatoire.

Avec Barbed Wire, Cardinals confirment l’étendue de leur ambition et annoncent Masquerade comme une véritable déflagration. Forgé dans l’amitié et le sang — les frères Euan et Finn Manning, leur cousin Darragh, et leurs complices Oskar Gudinovic et Aaron Hurley — le groupe s’impose comme l’une des formations les plus prometteuses de la scène indépendante irlandaise.

Passés par le Point Éphémère ce 25 novembre, Cardinals dévoileront Masquerade en tournée à travers l’Europe en 2026, portés par cette intensité brute et fiévreuse qui ne cesse de les distinguer.

Boy Golden – Cowboy Dreams (feat. Cat Clyde)  

Le musicien canadien Boy Golden revient avec panache dans la lumière avec le clip de son nouveau single Cowboy Dreams, un titre enregistré en duo avec sa compatriote Cat Clyde. Ce nouveau morceau s’annonce comme l’un des temps forts de son prochain album, Best of Our Possible Lives, attendu le 13 février 2026. 

Le clip de Cowboy Dreams évoque un univers entre rêve et cowboy-movie. Boy Golden explique avoir puisé son inspiration dans l’icône anglaise Sade, avec l’imagerie d’un cheval galopant — un choix visuel puissant, chargé de liberté et d’émotion. On y retrouve Boy Golden et Cat Clyde incarnant des amants, leurs voix mêlées incarnant l’idée d’un amour rêvé ou vécu dans un rêve, sur une instrumentation aux accents psychédéliques et roots.   

Cette odyssée visuelle et sonore, où amour, rêve et western s’entremêlent annonce une entrée en matière séduisante pour l’album à venir. 

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