Gildaa, artiste incarnée et réincarnée

On a pu rencontrer Gildaa au MaMA pour causer un peu de son prochain album, de son alter-ego et de son rapport à la scène. Découvrez cette artiste singulière dans cette entrevue !

© Romane Leo Marsault

La Face B : Bonjour Gildaa. Et comment ça va ?

Gildaa : Ça va, et toi ?

LFB : Ça va tranquillement. Déjà pour ceux qui te connaissent pas trop, qui es-tu ? D’où viens-tu ?

Gildaa : Je suis Gildaa, je viens de la France et du Brésil, d’une époque dont je ne me rappelle pas tout à fait. Et je fais de la musique, de la chanson entre soul, jazz et électro-acoustique.

LFB : Trop bien. Comment as-tu commencé la musique ?

Gildaa : J’ai vu Anne-Sophie Mutter, une soliste violoniste classique, à la télé. Trop bien. J’avais 5 ans. Et j’ai dit : « je veux faire ça ».

LFB : Trop cool. Et après tu as pris des cours ou tu étais autodidacte à 100% ?

Gildaa : Après j’ai pris des cours pendant 10 ans, avec un prof, un Russe, qui s’appelle Igor Ramos. Et après je suis rentrée au conservatoire, et là j’ai moins aimé parce que c’était plus… C’était plus chiant. C’était moins vivant. Igor avait une façon de m’enseigner la musique qui était vraiment sur le sentiment, on sentait qu’il y avait une passion. Il m’a transmis vraiment ça. Il me faisait jouer des choses qui n’étaient pas de mon niveau, mais du coup que j’arrivais à jouer parce qu’il me galvanisait. C’était beaucoup du mineur. Et après le reste, en revanche, c’était autodidacte.

LFB : Trop bien. Tu as sorti peu de projets sur les plateformes. Je suis allée voir un peu et je n’ai pas trouvé grand-chose, mais c’était trop bien ce que j’ai écouté. Je t’ai découverte au Printemps de Bourges et c’était trop bien.

Gildaa : Merci.

LFB : Comment se sont passés les iNOUïS pour toi ?

Gildaa : C’était génial. Moi j’étais coloc avec Adé, Adé the Planet, et c’était très drôle. Il y avait une ambiance assez magique entre tout le monde. Beaucoup d’amour. On a beaucoup rigolé, et il y avait beaucoup d’entraide. On était en même temps assez concentrés, mais en même temps on a déconné. C’était super. C’était une super belle expérience, franchement. Après voilà, il fallait rester bien concentré tout en faisant avec l’autour. C’est délicat parce qu’il y a énormément de gens pendant le festival et moi j’aime bien, en plus, aller voir les gens. Ça me gêne pas. Enfin ça dépend des moments. Aujourd’hui je suis plus concentrée. Il y a le concert, et je suis très traqueuse. Donc c’était une semaine super instructive.

LFB : Trop cool. C’est ça que c’était sympa. La sélection des iNOUïS était vraiment cool.

Gildaa : Grave. On a vu chacun des projets de ouf. C’était trop bien. En fait on est tous allés voir les projets de tout le monde, ça c’était trop bien. Sauf quand vraiment, je n’ai pas vu Adé car elle jouait juste avant moi.

© Romane Leo Marsault

LFB : J’étais allée à Radio France voir ma sœur chanter dans une chorale. Tu étais là, avec eux, et on s’était croisés trois secondes à la fin.

Gildaa : Ah mais je me souviens ! Je chantais, je disais un texte pour Billie Holiday.

LFB : En plus c’était trop cool, ça n’avait aucun rapport avec ce que tu faisais sur scène en tout cas.

Gildaa : Mais en vrai vachement de rapport en vrai. C’est génial qu’elle ait fait ces deux trucs. C’est drôle, tu as vraiment vu Billie, une des artistes que je porte à fond dans mon cœur. Tout le terreau du projet est inspiré par plein de personnalités différentes, pas forcément que des femmes, mais dans les femmes en général elles ont toutes pris des bons trains dans la tête, dans la tronche. Et Billie c’était ouf, quand ils m’ont demandé d’écrire pour ce truc-là, j’étais choquée. Trop bien que tu aies vu ça. C’était trop cool. Franchement j’étais émue. Anyway, c’est super qu’on se retrouve !

LFB : Du coup, t’es franco-brésilienne. Est-ce que tu penses qu’il y a beaucoup d’influences du Brésil et de la France dans ta musique ?

Gildaa : Oui. Oui, à fond. Les influences françaises, je dirais que c’est le goût de jouer avec les mots et de vraiment raconter des histoires. J’ai pas une énorme culture en chanson française, mais mon grand-père était musicien, il était parolier, chansonnier. Et donc, il y a ça qui coule un peu dans ma fibre, on va dire. Et après, côté brésilien, oui, énormément, dans les harmonies, les mélodies. Parce que les Brésiliens, ils chantent comme ils parlent, avec des nuances. J’aime bien faire des mélodies. En fait, je ne fais pas exprès, mais je me rends compte dans utopiste par exemple, la dynamique entre les mots est très inspirée du Brésil et je ne m’en rends pas compte directement. C’est genre, spontané. Donc ça, c’est une grosse part de l’influence. Et après, les percussions, énormément. La mélancolie, la joie, tout ça.

LFB : Trop bien. Le mélange des deux cultures et musiques. On les prend et hop, ça fait toi. J’ai vu dans l’interview que tu avais fait pour France Inter, je crois, que tu avais dit que Gildaa, c’était un peu un personnage. Est-ce que du coup, tu la différencies de toi ? Question compliquée.

Gildaa : Oui, question compliquée. Ça dépend des jours. Aujourd’hui, je sens qu’elle dort encore. Elle n’est pas encore arrivée. Et je sais qu’on va se retrouver juste avant de monter sur scène. Donc c’est un alter ego, un double, un ancêtre, une jumelle perdue. C’est beaucoup de choses. C’est aussi moi. En fait, au début, j’aimais pas quand on disait « personnage » parce que je me disais que ça faisait trop léger par rapport au sacré que je mets dans Gildaa. Et en même temps, la notion de personnage, en fait, elle est hyper noble. Et c’est juste que le truc est galvaudé aujourd’hui, mais c’est un personnage. Aujourd’hui, je suis super raccord avec ça. Elle a un peu un passé, elle a une histoire à elle toute seule. J’ai la sensation, l’intuition que Gildaa se réincarne depuis sept générations, toujours à peu près jusqu’au même point, tu vois. Qui est le point où j’en suis là. Et à chaque fois, il y a un truc qu’elle rate, un moment où la vie fait qu’elle s’en va, tu vois. Et là, j’ai la sensation qu’on est toutes les deux ensemble et qu’on s’entraide. C’est un peu flou, mais son histoire, c’est à la fois la conteuse des histoires qu’elle me permet de raconter à travers l’écriture. Il y a des choses qui sont inspirées de faits personnels, mais en fait, il y a plein de choses que j’ai pas non plus vécues, qui sont plus des choses de ma famille. Des fois, c’est des choses que j’écris, je sais pas d’où ça vient, et je découvre qu’en fait, c’est des vraies histoires. C’est très particulier, en vrai. Mais c’est quelqu’un de très simple et ordinaire, mais qui est en marge de la société, comme un clown. Comme quelqu’un qui fait partie de la société, mais qui l’observe et qui la dénonce, qui en parle, qui la sublime, qui lui rend hommage.

LFB : C’est trop intéressant. Parmi les titres que t’as sortis sur Spotify, il y en a trois : Tout pour plaire, Pas assez et Pensées diluviennes. Ces trois-là, tu les as pensés comme un triptyque ou elles sont indépendantes ?

Gildaa : Exactement, carrément. Pour moi, c’est vraiment trois satires sociales. Il y en a une qui est vraiment plus agressive, une qui est plus pathétique, et une qui est plus deep, plus profonde. Et pour moi, c’est une façon de présenter un bout des thèmes que j’aime et qui m’ont amené à rassembler Gildaa avec moi et à l’assumer un peu pour raconter ce qui va arriver dans l’album, qui est plus profond, plus intime encore plus.

LFB : Trop bien, j’ai hâte. Du coup, parfaite transition sur la question d’après, l’album qui sort bientôt. Tu as déjà les dates et tout ?

Gildaa : Là, on est pile poil en train d’en discuter en ce moment, mais a priori, c’est pour janvier. J’ai hâte. Ça fait longtemps qu’on travaille dessus. Ça fait quatre ans et demi.

LFB : Waouh, c’est vraiment une naissance, là.

Gildaa : Ah ouais, exactement. Il faut que ça sorte. Et en même temps, je suis en mode… « Ah bon ? ».

LFB : Je comprends le stress. Ça va être trop bien, même de voir les retours et tout.

Gildaa :  J’espère. J’ai trop hâte.

© Romane Leo Marsault

LFB : Comme je disais tout à l’heure, je t’ai découverte sur scène. Et c’était super touchant. Toi, tu la sens comment la scène ? Enfin, tu aimes bien ça ?

Gildaa : Oui.

LFB : Quel est ton rapport à la scène ?

Gildaa : J’ai très, très, très peur avant d’y aller. Et en même temps, j’ai vraiment besoin d’y être. C’est hyper bizarre. Parce que quand la peur arrive, c’est démentiel. C’est une peur… Je ne sais pas comment dire. C’est un truc… irrationnel au possible, parce qu’il ne peut rien m’arriver en soi. Et donc, la scène, c’est ma maison. C’est un bout de ma maison. Et en même temps, c’est un endroit un peu glissant, mais que j’aime bien. Et puis, c’est un point de rencontre avec le sacré et l’ordinaire. Genre, c’est la vie. On fait tous partie de la même vie. On va voir des concerts. Hop. Et en fait, tu es un peu élevé. Les gens t’écoutent. C’est une place particulière, importante. Ça demande pour moi une responsabilité de ce que tu vas dire.

LFB : Oui, c’est clair. Quand tu arrives sur scène, la peur, elle s’en va un peu ou elle reste toujours là ?

Gildaa : Elle s’en va. Elle disparaît. Là, il y a Gildaa qui arrive, normalement.

LFB : Tu es encore dans la maturation, je pense, de ta musique, vu que c’est encore un peu le début. Tu penses quoi pour l’avenir de ta musique, de tes shows, de ton personnage, tout ça ? Qu’est-ce que tu souhaiterais pour après ?

Gildaa : Ce premier album, je le vois comme une fresque avec plusieurs évocations de thèmes, d’époques et de styles différents. Et pour la suite, j’ai envie de zoomer un peu dedans. Tu vois, je n’ai pas beaucoup parlé d’amour dans cet album. Enfin, même un amour différent du moins. Et je pense que ça peut être une chose à explorer. En fait, je suis en train d’écrire une saga de 7 album. En gros. Celui-ci, normalement, c’est le dernier de la saga. Donc après, je remonte le temps. Donc oui, il va y avoir plein d’aventures encore. C’est vrai que c’est un album concept, sept albums concept. On verra si je le tiens sur la longueur. Mais en tout cas, c’est une idée qui persiste depuis… je dirais cinq, six ans. Donc pour l’instant, je n’ai pas changé d’avis.

LFB : J’ai l’impression que tout ce que tu fais, ça vient vraiment de… pas dans l’inconscient, mais un peu comme si ça venait à toi et que tu es en mode, ok, je vais le faire.

 Gildaa : Oui. Pas le choix. C’est juste, bon, comment on va faire ? Mais on va le faire.

LFB : C’est très incarné. Quel est ton morceau préféré que tu as écrit toi ?

Gildaa : Je pense à deux morceaux : Il y a un morceau qui s’appelle Soul Sister que je vais jouer ce soir, qui parle de le deuil d’une moitié, et justement dans le show c’est le moment où il y a comme une dissociation entre Gildaa et moi et qu’on voit un peu plus deux personnes quoi la lutte elle commence tu vois. Et après c’est la dernière de l’album qui s’appelle Avoue, elle m’a coûté cher à écrire mais je l’aime beaucoup.

© Romane Leo Marsault

LFB : Quelles sont tes inspirations musicales ? Soit tes grands classiques, soit les trucs qui t’inspirent.

Gildaa : Et ben là j’ai découvert un truc, je suis en boucle dessus. Jim Hall, je crois que c’est, Jim Hall, Concierto, de 1975. 40 minutes, mais c’est un seul énorme long morceau excellent, avec genre Paul Desmond, Chet Baker, Ron Carter, Steve Gadd, Roland Hanna, que des monstres magnifiques de la musique.

Sinon mes influences alors j’adore : Solange, Céleste, au Brésil j’aime beaucoup Cartola, sinon Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Nina Simone, Etta James. En plus récent j’adore Rosalia, et Beyoncé, toujours, toute la vie. Stromae, aussi

J’ai la chance de connaître Sophie Soliveau.

LFB : Est-ce qu’il y a des artistes émergents, vraiment en développement ou émergents que tu connais et que t’aimes bien ?

Gildaa : Ouais, Frieda, bientôt plus émergente quand même mais ouais Kelly Carpaye, justement Pierre et la Rose, à fond voilà Adé the Planet c’est génial j’adore ce qu’elle fait, ATOM the Storm je kiffe aussi ce qu’ils font.

LFB : Dernière question, instant promo ! As-tu des concerts prévus ? J’ai vu qu’il y avait une énorme affiche sur ton Insta avec toutes les dates.

Gildaa : Oui, plein !

LFB : As-tu hâte de certaines dates ?

Gildaa : Ouais. Pas toutes, mais je réalise pas. Mais purée, on est à la Cigale, c’est n’importe quoi.

Déjà, je vais retourner à la Cigale l’année prochaine, le 28 mai, les places sont déjà en ligne. L’Hyperweekend en janvier, j’ai hâte. Là, toutes les dates de tournée, c’est trop bien.

LFB : Merci beaucoup Gildaa !

Gildaa : Merci, c’était trop bien.

Retrouvez Gildaa sur Facebook et Instagram

Laisser un commentaire