Alice On The Roof : « On peut être introvertie et quand même être sur scène »

A l’occasion de la sortie de son 3e album Alice, nous avons eu l’immense plaisir de discuter avec Alice On The Roof. Un entretien sincère, touchant et drôle, à l’image d’Alice On The Roof, au cours duquel on a parlé process créatif, collaborations, courage, amitié, kayak et lave-vaisselle ! Tenez-vous prêts, on vous dit tout.

Crédit : Sara Bastai

La Face B : Comment ça va ?

Alice On The Roof : Super ! Franchement, écoute, ça va très bien ! Je me sens un peu comme si j’avais mangé du chocolat aphrodisiaque cette semaine. Il y a eu beaucoup de choses qui se sont passées. Le sentiment d’enfin libérer les chansons de mon ordi et de les partager, franchement, c’est agréable. C’est très agréable. Donc ça va bien.

La Face B : Top ! Justement, avec cette sortie d’album, tu es dans quel état d’esprit ? Là, tu disais à l’instant que tu étais soulagée, mais est-ce qu’il y a aussi un peu d’excitation ou d’appréhension ou un mélange de plein de choses ?

Alice On The Roof : Il y a eu un petit mélange, mais j’ai eu le temps d’accepter ce sentiment-là parce qu’on a sorti trois chansons avant de sortir l’album. Et déjà, la première chanson, c’était déjà une grosse étape pour moi parce que c’est vraiment un texte très personnel. J’ai déjà ressenti un peu ce shoot d’adrénaline. Et puis, j’ai eu ça il y a deux ou trois jours avant la sortie de l’album parce qu’on a sorti la chanson 15 ans qui était aussi pour moi le fait de lâcher ça… Alors que typiquement, ce sont des sujets dont je ne parle pas du tout dans la vraie vie.

Donc effectivement, il y a un tout petit peu d’appréhension à ce niveau là, ne serait-ce que même pour ma famille, tout compte fait, ou des amis proches. Ce sont des choses dont je ne parle pas nécessairement. Pour l’instant, les retours que je reçois me font plaisir et je trouve que ça va dans un sens que je fantasmais un peu, d’avoir des gens qui me disent « Je me retrouve ».

La Face B : On lit souvent à ton sujet que tu es quelqu’un d’assez timide dans la vie. Et moi, ça me turlupine parce que tu as choisi un métier dans lequel tu es très exposée. Et je me demandais finalement ce qui t’avait amené à faire ce choix-là, qui est quand même peut-être un peu difficile pour quelqu’un de timide ou de réservé, d’aller volontairement s’exposer comme ça et dévoiler des choses de soi.

Alice On The Roof : Je ne sais pas t’expliquer comment ça se fait que je me retrouve dans cette situation ! Je l’ai cherché ! Il y a une dizaine d’années, je me suis inscrite en Belgique au casting de The Voice, donc c’est que quelque part, j’avais envie de chanter devant des gens. Mais c’est vrai que parfois, au début surtout, il a fallu vraiment me faire violence parce que mon naturel, c’est quand même plutôt de rester chez moi, de ne pas avoir autant d’interactions. Et puis surtout, quand on est sur scène, c’est quand même très particulier. J’ai mis du temps à trouver comment être, vraiment.

Au début, j’avais l’impression qu’il fallait jouer la pop star et faire des petites chorégraphies, et dire « Hello, tout le monde, ça va bien ? Vous êtes chauds ? » Et tout ce truc-là. Et en fait, je ne me retrouvais pas tellement dedans. Maintenant, j’ai appris qu’on peut faire autrement, il n’y a pas de problème, il n’y a aucun problème. Tant qu’on est dans son propre tempo, ça fonctionne. Ça ne fonctionne que comme ça, en fait, quand on fait les choses à son rythme.

Il y a une chanson qui parle un peu de ça sur l’album, elle s’appelle Broken. Je trouve que c’est quelque part ce qui me pousse, ce qui me porte vraiment, ce qui me fait plaisir, c’est que j’ai l’impression que le fait d’avoir un naturel un peu introverti et pas sûr de moi et tout le temps avoir un peu peur du regard des autres, mais de quand même y aller, j’ai l’impression que ça envoie un message quand même léger.

Je ne le revendique pas non plus avec un drapeau, mais je me dis, bon, peut-être que ça ouvre la porte aussi à d’autres personnes de dire, on peut être introverti et quand même être sur scène, et quand même assumer ce qu’on dit, et quand même prendre la parole, tu vois ? Je fais mon petit bonhomme de chemin comme ça, et vraiment, l’écriture de cet album-ci m’a aidée.

La Face B : C’est un peu ce qui a guidé ton écriture justement de cet album ? L’idée finalement d’assumer, de dévoiler un petit peu tes failles et puis de montrer qu’en fait on avance malgré tout et on s’en sort par le haut ?

Alice On The Roof : J’ai eu vraiment cette impression. J’ai eu beaucoup de chance : pendant l’écriture de l’album, je faisais en même temps en Belgique une tournée acoustique au piano. Et donc ça, ça m’a vraiment permis de tester les chansons en temps réel. Ça m’est arrivé d’en écrire une avec d’autres personnes. J’écris très rarement toute seule les textes. Et de la tester le week-end. Et en faisant ça, j’ai eu des retours encourageants.

La première chanson que j’ai chantée comme ça, c’était Miroir, miroir. Et c’est vrai que c’est une chanson où il y a la phrase « Pourquoi je m’aime pas ? ». C’est un peu personnel ! Mais en fait, la chanter, ça m’a fait du bien. Ça permet de mettre un peu de distance, ça permet de prendre ce qui était un peu défectueux ou un peu cassé dans ma vie et d’en faire quelque chose. Le fait de pouvoir en faire quelque chose, c’est une chance absolue, vraiment. Et tu vois, je n’aurais probablement pas été aussi loin dans la démarche si j’avais continué à chanter en anglais par exemple. Le français, ça a permis d’aller gratter un peu plus loin ce que j’avais vraiment sur le cœur.

La Face B : Et finalement de faire quelque chose qui peut-être te ressemble vraiment à 100 %.

Alice On The Roof : J’ai essayé de faire ça. Honnêtement, c’était long de faire cet album. J’aurais pu le sortir plus vite, mais j’ai testé plusieurs trucs et j’ai mis du temps à trouver qui le réalisait en fait, l’album, parce que justement je ne voulais pas quelque chose de trop conventionnel. Bien sûr, ça reste des chansons plutôt pop, ce sont des mélodies simples, ce n’est pas du jazz.

Mais je voulais que dans les arrangements, on ressente quand même ce que j’avais commencé un tout petit peu à faire dans mon concert. C’est-à-dire que j’étais toute seule au piano, mais je faisais des petites percussions en tapant sur des boîtes en carton. Je loopais ma voix, des trucs comme ça. J’avais envie qu’on ressente une touche un peu artisanale sur la production. Et c’est Albin de la Simone qui m’a vraiment aidée à faire ça.

Je n’avais pas une référence. Je ne me suis pas dit « je veux un album à la manière de ». Ou même dans la réalisation des chansons, on ne s’est jamais dit, on veut une chanson comme ça. Tu vois, c’était à tâtons. On a essayé et à la fin, ça a donné ça.

La Face B : Vous vous êtes laissés porter finalement par la dynamique, l’énergie, la personnalité des morceaux.

Alice On The Roof : Exactement, et des rencontres aussi, des gens avec lesquels je les ai faites.

Crédit : Sara Bastai

La Face B : Alors justement, c’est quelque chose qui m’a frappée. Pour moi, ce n’était pas forcément très intuitif de me dire qu’un album aussi intime que celui-ci, tu avais pu en même temps le travailler avec un très grand collectif d’artistes. J’aurais plutôt tendance à me dire que les choses très personnelles, on les travaille un peu dans son petit cocon. Et toi finalement, tu n’as pas du tout fait comme ça. Tu as travaillé avec plein de gens différents et pour autant j’ai eu le sentiment que tu avais réussi à explorer vraiment des choses très personnelles dans cet album.

Alice On The Roof : Ça me touche, ce que tu dis. En fait, j’avais déjà fait dans le passé l’expérience des camps d’écriture. On est avec plusieurs personnes dans une pièce, on part de rien et à la fin de la journée, on doit avoir fait une chanson. Ça existe pas mal. Ça correspond très bien à certaines personnes, moi j’ai détesté faire ça. Ce n’est vraiment pas mon truc parce que je suis un peu une éponge. Quand je suis avec quelqu’un dans une pièce, je vais avoir tendance à être très à l’écoute et très admirative des idées qui viennent de l’autre personne et moi à m’effacer.

Donc vraiment, le truc impératif pour écrire, ce qui a fait que j’ai pu trouver ma place dans les chansons, c’est qu’elles sont toutes nées de moi seule. J’ai vraiment tout commencé toute seule au piano. Il y a deux chansons que j’ai faites avec Zazie. Moi, j’ai composé, mais je n’ai vraiment mis aucun mot dessus. C’est Zazie qui a tout écrit. Ça n’empêche que je m’étais creusé la tête sur le fond de ce que j’avais envie de raconter sur toutes ces chansons là.

Et deuxième chose, j’ai eu la chance de ne rencontrer que des personnes, pour la réalisation de cet album ci, qui m’ont poussée très fort. J’avais besoin d’un peu d’encouragement, de gens qui me poussent. Elles m’ont déjà consolidée sur les idées que j’apportais. Et elles m’ont encouragée très fort à faire le plus possible moi-même. Et en plus, comme c’était très bienveillant et ouvert, et ce sont des gens qui rebondissaient vraiment sur ce que je faisais, en respectant à fond l’impulsion originale.

À la fin, j’étais vraiment à l’aise. Par exemple, les deux dernières chansons que j’ai écrites dans l’ordre chronologique, c’est 15 ans et la chanson Émilie. J’étais dans la pièce avec Ambroise, parce que maintenant, on se connaît bien. Et à la fin, j’étais à l’aise. J’ai vraiment assimilé ce processus. Je prends quelque chose de personnel, une expérience qui est restée là et qui me fait de la peine. Et hop, on fait le petit mélange et on en fabrique quelque chose.

La Face B : Donc finalement, c’est quelque chose qui t’a fait évoluer aussi dans ta manière de travailler ?

Alice On The Roof : Vraiment, oui. Les premières chansons, je les ai écrites pendant le confinement. Les dernières, c’était il y a moins d’un an. Donc, c’était long, effectivement. J’ai appris beaucoup de choses parce que j’ai eu la chance de côtoyer des gens exceptionnels.

La Face B : C’est vraiment un casting incroyable. Tous les artistes qui ont bossé avec toi sur cet album, c’est magnifique. Je me demandais comment ces collaborations étaient nées ?

Alice On The Roof : Toutes les rencontres ont pris un certain temps. Le temps que tout le monde soit disponible, le temps d’écouter le lien SoundCloud… Par exemple, Albin, qui a été vraiment une rencontre super déterminante : lui, je l’ai invité à venir voir mon petit concert. Et il m’avait proposé de faire sa première partie au Trianon il y a peut-être deux ans.

J’ai la chance d’être dans la même maison de disques que lui, donc il a dû voir passer mon nom ! À ce moment-là, je n’avais pas encore trouvé avec qui réaliser l’album. Souvent, quand c’est comme ça… Il faut avoir assez peu d’égo. Je demande, si on me dit non, je ne le prends pas pour moi, ce n’est pas grave. C’est qu’il ne fallait pas aller par là, mais il faut toujours essayer. Et en fait, j’ai fait ça à chaque fois avec les personnes. Et surtout, j’essaie de ne pas mettre de la pression. On teste une chanson, si c’est bien, on verra. Je ne viens pas avec les douze chansons d’un coup. « Tiens, bam ! Voilà, tu en as pour six mois de travail. » Je ne fais pas ça !

Et Albin, par exemple, comme il a vu le petit spectacle, et qu’il y avait déjà pas mal de chansons de l’album, ça lui a permis de se projeter très vite. Il a fallu le temps de se rencontrer, mais une fois que c’était fait, ça a été très vite. On s’est vraiment très, très bien entendus. Chaque jour, on se voyait, on faisait une chanson et ça me plaisait énormément.

J’ai eu la chance aussi de rencontrer sur cet album beaucoup de gens qui partagent mes goûts. Donc ça évite tout un tas de discussions qui peuvent ralentir le processus. Et puis alors j’ai rencontré Zazie aussi, ça, c’était génial ! Elle est venue en concert en Belgique. Au micro, elle a dit « Voilà, il y a une chanteuse belge que j’aime bien qui est dans la salle » ! À ce moment-là, ça devait être en 2022, j’avais vraiment des chansons en yaourt. Je me suis dit « ma fille, il faut y aller » ! J’avais travaillé sur un concert hommage à Bashung avec sa guitariste qui a écrit La Nuit je mens.

La Face B : La nuit je mens, waouh ! Elle est incroyable cette chanson !

Alice On The Roof : Elle s’appelle Edith Fambuena et c’est une complice de Zazie. Grâce à elle, j’ai pu la recontacter. Elle m’a invitée dans son studio, on a écouté plusieurs maquettes et elle a choisi quelques chansons sur lesquelles elle avait plus d’accroche. Et quelques jours plus tard, vers 4 h-5 h du matin – parce qu’elle travaille la nuit ! Je ne sais pas comment elle fait ça, c’est son secret – Zazie m’a proposé deux titres, deux chansons complètes qui étaient magnifiques.

Elle avait réussi à mettre en paroles, de manière super construite, ludique, rigolote, sensible, un vulgaire thème que j’avais mis sur un mail. C’est magnifique. Et alors, elle m’a dit plein de fois, parce qu’elle est tellement classe, « tu peux tout changer, c’est tes chansons, n’hésite pas ». Mais c’était parfait, il ne fallait rien changer, évidemment.

La Face B : Il y avait Tyrannosaure et l’autre ?

Alice On The Roof : Today.

La Face B : Ok. Est-ce que tu as des petites anecdotes à nous partager sur une de ces collabs avec les artistes qui t’ont accompagnée, qui t’ont aidée à construire, à sublimer cet album ?

Alice On The Roof : Évidemment, la session de studio avec Catherine Ringer, c’était dingue de vivre ça. On l’a fait plusieurs fois, mais c’était en une prise. Et ça, c’était dingue. Donc, c’était avec Albin au piano, Sage qui a réalisé l’arrangement, moi et Catherine. Le matin, on était en studio, on préparait pour que, quand elle vienne, il n’y ait plus qu’à poser sa voix. Même eux qui sont plutôt à l’aise dans la vie, je voyais qu’ils étaient un peu dans leurs petits souliers ! Elle avait énormément préparé. C’est une vraie, une très grande chanteuse. Elle connaissait tout par cœur, elle était tellement investie. Elle a chanté comme si elle était à l’Olympia. C’était magnifique. Magnifique.

Sinon, écoute… J’ai écrit Si peur pour nous avec Noé Preszow. J’adore cette personne qui écrit super bien. En plus, il est adorable. Donc, on a écrit ensemble deux chansons, dont une qui s’appelle Si peur pour nous. Et alors, on s’est rendus compte, il y a deux semaines, que pour lui, ça parle d’un couple. Et pour moi, pas du tout ! Ça parle plutôt de son rapport de soi à la société.

La Face B : Ah oui, c’est rigolo !

Alice On The Roof : Et en fait, je lui ai dit, « tu sais, c’est drôle, quelqu’un a cru que ça parlait d’un couple« . Et il me dit, « mais ça ne parle pas d’un couple ? » Mais c’est chouette, tant mieux, ça me fait plaisir que chacun puisse le lire comme il veut !

La Face B : C’est ça aussi le côté universel des morceaux ! Et alors justement, est-ce que tu as un morceau préféré sur l’album ? Et si t’en as un, pourquoi c’est ton préféré ?

Alice On The Roof : Il y en a un qui me touche très, très fort, c’est la chanson Dansons le Parkinson. Elle est née suite à une personne dans mon entourage, je vais dire ça comme ça, qui a eu cette maladie. Ça m’a rendue très triste pendant quelques semaines, et après je me suis mise au piano et cette chanson là est venue.

J’ai commencé toute seule et puis j’ai eu la chance de bénéficier du talent de Clou qui a écrit la suite avec moi. Elle a écrit cette chanson là et Maman debout avec moi, qui sont deux chansons qui sont forcément très proches de ma vie. Je suis très heureuse de l’avoir rencontrée. Cette chanson là me parle tout particulièrement parce qu’elle a aussi un peu réparé quelque chose, par rapport à ma relation avec cette personne. Elle nous a fait du bien, quoi.

La Face B : Je trouve que cette chanson, elle fait émerger de la poésie d’une situation triste.

Alice On The Roof : J’avais raconté l’histoire à Clou, et elle m’avait dit, tu sais quoi, t’as de la chance parce que Parkinson, ça sonne bien. Je dis, oui, c’est vrai. Elle dit, oui, c’est une maladie, tu sais, on dirait le nom d’une danse, ça fait américain. Je dis, oui, c’est vrai. Et donc, je trouvais ça rigolo de faire une chanson qui ne soit pas… Le but, c’était que ce ne soit pas trop triste, quoi. Qu’on en fasse une célébration.

La Face B : Ok, je trouve que l’objectif est atteint !

Alice On The Roof : Oh, merci, c’est adorable !

Crédit : Sara Bastai

La Face B : Il y a d’autres choses qui m’ont frappée dans cet album. J’ai trouvé qu’il y avait un certain lyrisme dans ta voix, sur plusieurs morceaux, notamment dans Comme je t’ai aimé ou dans Émilie. Et ce n’est pas quelque chose que j’avais trop entendu dans ta voix jusqu’à maintenant, en tout cas pas de façon aussi prononcée. Et je me suis demandée si c’était quelque chose que tu avais toujours eu en toi et que tu t’autorises un petit peu à faire, si peut-être ça annonçait des évolutions dans ta manière d’interpréter les morceaux, un petit peu plus de lâcher-prise ?

Alice On The Roof : C’est adorable ! On ne m’avait jamais posé cette question. Oui, oui, complètement. Écoute, déjà, je pense que ce qui a fait que je me suis peut-être un petit peu plus aventurée comme ça, c’est que j’ai composé les chansons. Donc, tu vois, j’y vais, c’est la voix qui guide. Et du coup, j’étais parfois plus au service d’une mélodie que je trouvais belle, quitte à ce que la voix ne soit pas parfaite, parfaite, parfaite.

Tu vois, par exemple, sur Émilie, c’était aussi une question de timing. C’était vraiment en fin de journée avec Sage. Je lui ai dit « écoute, j’ai cette chanson, j’aimerais vraiment, vraiment la faire, si tu pouvais la jouer ? ». Et du coup, comme on devait faire rapidement, parce qu’il devait partir après, on l’a faite ensemble.

Normalement, je ne fais pas ça, je soigne la voix, je découpe, je prends ce mot, je prends ce bout, je fais vraiment du découpage. Et là, du coup, on a fait l’inverse de ça, c’était en une prise. Et puis, du coup, voilà, c’est imparfait. Mais peut-être que c’est ça qui te donne une impression, peut-être de… Je ne sais pas si c’est du lyrisme ou… Je ne sais pas t’expliquer. Mais du coup, il y a clairement plus de lâcher-prise et d’accepter que ce ne sera pas parfait, parfait, parfait. Mais au moins, ça sert, je pense, une mélodie.

La Face B : Ce n’est pas du tout dans le sens imparfait que je disais ça. Au contraire, je trouve que c’est très beau. C’était un autre type de voix que celle que tu as pu poser sur les autres morceaux.

Alice On The Roof : Peut-être qu’aussi le lyrisme dans Émilie, tu l’as entendu grâce aux choristes qui font partie de la chanson. Je ne sais pas si tu sais, mais c’est la famille d’Émilie Dequenne qui chante la chanson.

La Face B : Je ne savais pas.

Alice On The Roof : Oui, c’est sa maman, Brigitte, qu’on entend, sa sœur Audrey et sa fille Mila qui chantent. Mila chante extrêmement bien, c’est une très grande chanteuse. Et voilà, peut-être qu’elle a rajouté aussi au lyrisme de la chanson.

La Face B : Je trouvais qu’il y avait un morceau qui ressortait un petit peu, plus par rapport à la production, c’était Si peur pour nous, dont tu parlais tout à l’heure. Parce que dans la seconde partie du morceau, il y a un côté électro, presque techno finalement, qui décoiffe un peu ! Est-ce que c’est un style que tu vas essayer d’explorer davantage ?

Alice On The Roof : J’ai adoré le faire. Là, c’est vraiment l’œuvre de Paco Del Rosso, qui est un producteur avec lequel j’ai beaucoup travaillé sur cet album ci. Et alors, ce qui est chouette, c’est que tous les deux, Paco et Albin, souvent se sont croisés sur les chansons et ont accepté le fait de travailler ensemble. Le fait qu’Albin était plutôt là pour assurer les arrangements acoustiques. Et savoir que Paco était là aussi pour prendre le relais, si vous voulez, pour décoiffer un peu les chansons de manière électronique, c’était vraiment chouette.

Et alors celle-là, écoute, en fait, on était donc à deux dans son studio et en fait, lui, il est très libre… Je lui avais dit « J’aimerais bien qu’on ait l’impression qu’il y a une grosse fête dans la pièce à côté ». Je crois qu’il a bien réussi à retranscrire ça. Ça ne se prêtait pas à toutes les chansons parce qu’elles ont été composées en piano voix. Tu ne peux pas rendre tout techno. Ça ne marche pas toujours. C’est une musique que j’aime bien aussi, qui est plus dans l’expression corporelle. Ça permet de se lâcher quand on l’écoute, quand on la chante. J’ai adoré la faire et j’ai hâte de la faire sur scène.

La Face B : Oui, ça va donner quelque chose de sympa !

Alice On The Roof : Mais tu vois, quand je la fais toute seule pour l’instant dans ma tournée acoustique, je lance un kick quand même, c’est le minimum. Mais pour la chorégraphie, il va falloir que je lâche le piano !

La Face B : Tu conclus l’album par le titre Kenobi. C’est un drôle de titre pour un très bel hommage à l’amitié. J’imagine que l’amitié, c’est forcément une valeur importante pour toi. Je me demandais ce que ça pouvait représenter, quelle sorte d’amie tu es dans la vie ?

Alice On The Roof : Excellente !

La Face B : Mais je n’en doute pas !

Crédit : Sara Bastai

Alice On The Roof : Pour moi, c’est très important ! J’adore rencontrer de nouvelles personnes et créer des liens avec les gens ! J’adore me plonger dans l’univers d’autres personnes. Je trouve qu’on devrait instaurer des journées, c’est pas moi qui invente l’idée, j’avais lu ça, mais je trouvais ça génial, où tu passes la journée entière avec ton ami à son travail, pour voir comment il mène sa journée.

Donc, c’est super important pour moi. J’ai gardé énormément d’amis quand j’étais en secondaire. J’habite toujours là où j’habitais avant, dans la région de Mons, en Belgique, il y a beaucoup de trains et de voitures. Mais sinon, c’est mon terreau. J’aime bien ça. Et donc, je trouve qu’avec ces amis, on peut vraiment… Moi, je ne suis pas autant moi-même dans la vie avec la personne avec laquelle je suis en couple, par exemple, qu’avec mes amis. Parce qu’il y a moins d’enjeux. Tu ne partages pas le quotidien. Tu n’es là que pour les moments soit festifs ou bien sûr de réconfort aussi. Mais il n’y a pas une lutte de pouvoir de qui a raison avec tes amis. Il n’y a pas le lave-vaisselle.

La Face B : C’est vrai, le lave-vaisselle. C’est redoutable, le lave-vaisselle !

Alice On The Roof : Quand on en a un, oui ! Je trouve que c’est merveilleux. Et puis, je trouve qu’on apprend beaucoup des autres. Ça fait du bien aussi de se décentrer de son petit noyau, d’être là pour d’autres personnes, de partager des choses avec les gens. Moi, ce que j’aime beaucoup avec les amis, c’est faire des activités avec eux, partir quelque part une journée. Mon fantasme absolu, c’est faire du kayak avec les gens. J’adore !

La Face B : Ah oui ? C’est drôle, ça !

Alice On The Roof : On est dans le dur, dans l’aventure, on apprend vraiment à connaître les gens ! J’aime bien ça. Moi, ça fait vraiment partie de ma vie. Par contre, j’ai un énorme défaut, c’est que je réponds aux messages avec une semaine de retard, c’est terrible. Mais du coup, quand on me le fait, je ne le prends pas mal. Je ne le prends jamais mal, il ne faut pas le prendre pour ça. Et j’ai de la chance d’avoir des amis patients et vraiment qui me raccrochent vraiment beaucoup à la vraie vie, au quotidien.

La Face B : Ok. J’avais une question sur l’esthétique que tu as construite autour de ce projet. Je trouve que c’est hyper léché. Et je me demandais d’où était venue l’idée du musée.

Alice On The Roof : Eh bien écoute, si l’esthétique est léchée, je le dois aussi à une artiste avec laquelle j’ai travaillé, qui s’appelle Juliette Casella, qui m’a aidée à faire la direction artistique du projet. Les photos, les clips, on a tout fait ensemble. Et l’idée du musée, c’est venu parce que, en fait, j’avais cette chanson Comme je t’ai aimé qui existait. Je sentais qu’elle avait quelque chose, qu’elle allait peut-être être une locomotive pour la suite des chansons.

Donc je m’étais dit, si demain on fait un clip, qu’est-ce qu’on fait ? Et j’avais pensé au début à partir sur l’esthétique du mariage. Mais la mariée déchue, ça peut avoir un petit côté tragique que je ne souhaitais pas. Puis j’ai déliré sur l’idée que tu te promènes dans la rue, et d’un coup, tu vas dans un musée et ta vie est exposée dedans à ton insu. Qu’est-ce que ça fait de voir ça ? Tous ces courriers, c’est personnel, sa relation.

J’en ai parlé à ma maison qui a trouvé ça rigolo aussi. Avec toute l’équipe, ça nous a inspirés. Et puis aussi, on trouvait ça chouette parce qu’on a pu le décliner. En fait, j’ai réalisé que s’exposer dans ces chansons – ce que j’ai appris à faire – ça se traduit très bien avec l’idée de s’exposer dans un musée. Et donc voilà, c’était simplement ça. Et ça a été très chouette parce qu’on l’a créé à Bruxelles pour la release party et on l’a fait le lendemain à Paris. C’était surréaliste pour moi de voir les gens se balader. C’était concret d’être dans le musée.

La Face B : Je me demandais si tu avais eu des coups de cœur récents pour des artistes, des films, des livres. Voilà, s’il y avait quelque chose qui t’avait particulièrement marquée, inspirée ces derniers temps ?

Alice On The Roof : Écoute, bien sûr. Alors je vais voir Iliona, que j’aime beaucoup. Je vais découvrir son concert. Je suis curieuse de voir, mais ses chansons m’ont beaucoup accompagnée récemment. Et alors il y a un artiste que j’aime beaucoup, c’est le chanteur de Stranger Things, Joe Keery. Il a un projet musical et je suis droguée à ça pour l’instant, j’aime beaucoup. Pas que pour son physique ! C’est un bon musicien. Niveau livres, alors il y en a un. Excuse-moi, je suis super patriote, je prône les Belges !

La Face B : Tu as le droit !

Alice On The Roof : C’est gentil. C’est mon livre doudou. Je l’adore plus que tout. Ça s’appelle La vraie vie. C’est Adeline Dieudonné qui a écrit ça. Et c’est bouleversant comme livre. Là, j’ai une autrice française que j’aime beaucoup. Je suis en train de commencer. C’est Titiou Lecoq qui a sorti La vie ressemble à ça. C’est un ensemble de pensées qu’elle a remis. Et comme elle pense bien, c’est inspirant. Voilà.

Et puis sinon, films… Je meurs d’envie d’aller voir le film qui s’appelle Arco. C’est un film d’animation très poétique. Et sinon écoute, il y a une série que j’ai adorée, ça s’appelle Histoire d’amour et d’autisme. C’est particulier, c’est une série documentaire sur le spectre de l’autisme. C’est super bien encadré, c’est très bienveillant.

La Face B : Dernière question, je me demandais si tu avais d’autres projets dans les tuyaux. En ce moment, si tu avais des collabs de prévues ou autre chose. Déjà, la sortie de l’album, c’est un gros morceau. Il va falloir aller le défendre après sur scène.

Alice On The Roof : Oui, il y a un gros projet en Belgique. J’avais dit oui il y a longtemps, et ça tombe maintenant. C’est une comédie musicale qui est l’adaptation d’un livre pour enfants qu’a écrit Alex Vizorek.

La Face B : Ah oui, je vois très bien !

Alice On The Roof : Il s’aventure pas mal dans votre pays ! Et il a fait un album sur l’histoire du suppositoire qui voulait échapper à sa destinée. Et ça a été un gros carton. Il en a fait trois volumes. Je les ai tous achetés parce que j’adore, j’aime beaucoup les univers écrits pour les enfants. Il a fait cet album et on l’adapte en Belgique pour une quinzaine de dates en comédie musicale, et j’ai un petit rôle dedans.

La Face B : Super ! Un grand merci à toi d’avoir accepté cette interview.

Alice On The Roof : Merci Caroline, bonne continuation.

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