La semaine prochaine, Samuel Gendron, aka Allô Fantôme, sera de passage en France pour des concerts au BIS de Nantes et au Point Ephémère. L’occasion idéale de partager notre entretien réalisé l’été dernier lorsqu’il nous a accueilli dans son studio où il finalisait ses morceaux Journée Ordinaire et Comment se perdre.

LFB : Salut Samuel, comment ça va ?
Allô fantôme : Ça va bien, et toi ?
LFB : Ça va bien, je suis content d’être là ! Du coup comme on est dans le studio que tu loues, je me demandais ce que tu préparais actuellement ?
Allô fantôme : Je fais deux chansons que j’espère sortir en automne, deux singles qui ne vont pas paraitre sur l’album. C’est juste vraiment deux chansons.
LFB : Est-ce qu’il y a une volonté de maintenir un élan créatif ?
Allô fantôme : Oui, exact, mais j’suis comme, j’ai le besoin de sortir quelque chose, parce que ça fait quand même longtemps. Pis j’ai beaucoup de chanson donc j’ai envie de sortir de quoi pour garder l’élan. Il y a aussi la révélation Radio-Canada. Ils m’ont fait une révélation, c’est comme un bon moment pour sortir quelque chose.
LFB : Je suis venu pour te parler de ton album, qui est sorti à l’automne dernier, mais, avant de parler de l’album j’aimerai bien parler du titre et de la pochette. Déjà, le titre, je trouve ça intéressant d’appeler un album Chut!, alors qu’il parle autant de musique et qu’il y a autant de musiques dedans. Je me demandais quelle était l’idée justement.
Allô fantôme : Ça fait tellement longtemps que j’ai pas parlé de l’album, on dirait que je suis plus. Chut!… C’est comme j’avais écrit la tune Chut! qui parle vraiment, j’sais pas trop, c’est comme le côté enfanté de moi que je veux comme chuter mettons. je pense que je trouvais que ça fait un bon nom d’album et ça me fait penser au nom Help! des Beatles avec un point d’interrogation. je trouvais que c’était cool.
LFB : J’ai l’impression que sur l’album, c’est comme s’il y avait plein de voix dans ta tête que tu essayais d’éteindre pour avancer.
Allô fantôme : Oui, c’est vraiment un album où je me parle souvent à moi-même. comme si je parlais à un miroir. C’est souvent des confessions que je me dis à moi-même. C’est quasiment une séance de thérapie.
LFB : C’est marrant parce que ça va bien aussi avec la pochette. Tu as justement des miroirs, de déformations et de plusieurs idées de ta personne.
Allô fantôme : Exact, c’est pas mal ça. C’est solide déjà, c’est comme les réflexions que j’ai dans ma tête et aussi les multiples réflexions que je peux avoir par moi-même. D’où l’idée des miroirs, c’est comme la façon de se voir.
LFB : Et le noir et blanc ? Parce que la pochette du premier EP était très colorée.
Allô fantôme : Oui exact, c’était un départ du côté très coloré de l’EP, pis plus glam. Pis juste aller plus sobre et plus mystérieux I guess. J’écoutais beaucoup de Billy Joel. T’sais sa pochette était en noir et blanc. C’est comme une référence à ça aussi. C’était aussi surtout genre un peu évader les couleurs.
LFB : Parce que le premier clip de l’album était aussi en noir et blanc, si je ne me trompe pas.
Allô fantôme : Oui, c’est ça, mes références étaient quasiment film noir. Je trouve que c’est vraiment beau, mais là plus tard je vais refaire un retour aux couleurs.
LFB : Ce qui est intéressant, c’est que j’ai l’impression que ça colle bien aussi aux thématiques de l’album. Tu me diras si je me trompe, mais j’ai l’impression que c’est à la fois un album de réparation de sa propre personne et de deuil amoureux aussi.
Allô fantôme : Absolument, c’est vraiment ça. Les thèmes sont un peu…peut-être pas dark, mais c’est pas très jojo, comme on dit.
LFB : On parlait de psychanalyse presque, mais j’ai vraiment l’impression que tu as écrit cet album aussi pour dire des choses que tu ne dis pas forcément dans la vraie vie.
Allô fantôme : Non c’est vrai, pis c’est cliché mais c’est vraiment l’album avec mes chansons les plus personnelles. T’sais aussi c’est basé sur ma vie, mais c’est aussi très romantisé et dramatisé. Je dis des choses là-dedans que je n’ai pas nécessairement vécues à 100% comme je le dis dans les chansons.
LFB : Tu parlais de dialogue avec toi-même, mais il y a vraiment beaucoup de chansons où tu parles à quelqu’un. En fait, quand la chanson se déroule, au fur et à mesure du temps, j’avais l’impression qu’en fait c’est à toi que tu parles.
Allô fantôme : Exact c’est ça. Je parle souvent au « tu », pis là-dedans dans le fond c’est le « je ». Je pense que ça interpelle le monde quand tu parles « tu ». Au final, je parle souvent à moi-même. Je pense que des fois, on a besoin de ça, de parler à soi-même.
LFB : Est-ce que tu as l’impression que c’est aussi un bon moyen, justement, pour que les gens s’approprient les chansons?
Allô fantôme : Bah oui exact. Je pense que c’est un moyen que le monde puisse « relate ». Parce que si tu parles au jeu, ben oui, je ne sais pas, (6:33) je trouve que c’est vraiment comme un message, que je parle aux gens littéralement.
LFB : Oui, c’est ça. Tu te parles à toi-même et forcément, les gens quand ils l’écoutent, ils peuvent le prendre pour eux aussi. Et attraper la chanson de manière différente.
Allô fantôme : Oui, pis j’espère que le monde le voit de cette façon là et écoute les paroles.
LFB : Oui, parce qu’il y a quand même un vrai travail, justement sur l’écriture.
Allô fantôme : C’est pas tout le monde qui écoute les paroles. Même moi dans la vie de tous les jours je n’écoute pas vraiment les paroles. Je prends vraiment du temps à écrire mes paroles, pis je ne pense pas que le monde le remarque.

LFB : Tu vois par exemple, un morceau comme Ami Imaginaire, on est vraiment sur cette idée-là. On parlait justement de fantasme, de l’idée de créer un personnage à qui te confier, pour pouvoir avancer sur des choses.
Allô fantôme : C’est exactement ça, créer un ami imaginaire pour se confier et créer la personne que t’aimerais être je pense aussi.
LFB : C’est marrant, parce que Chut!… le premier morceau, tu dis que c’est un morceau qui fait terre l’enfance, mais finalement du reviens en état enfantin pour te soigner sur d’autres choses.
Allô fantôme : Ouais il y a beaucoup de thèmes sur l’enfant. Pas l’enfant, mais mon côté enfantin. Je trouve que ça me revient aussi dans la musique, ça sonne un peu comme des mélodies un peu enfantines. Un peu ludiques, comme féériques.
LFB : Ce qui est intéressant c’est qu’il y a cette idée-là qui revient beaucoup, mais il y a aussi l’idée des saisons qui apparaît énormément dans ta musique et du temps qui passe dans l’écriture. J’ai l’impression que la personne qui est au début de l’album n’est pas la même personne qu’à la fin de l’album. Il y a un chemin qui se trace à travers les chansons.
Allô fantôme : Oui, je pense que c’est ça. Tu connais plus mes paroles que moi, je pense.
LFB : Non, mais tu vois, je pense que dans la façon dont tu as agencé l’album, il y a aussi cette idée-là de faire évoluer un peu. le personnage.
Allô fantôme : Oui, tu as absolument raison.
LFB : On parlait des paroles qui sont un peu sombres et à l’inverse, musicalement c’est un album qui est très ambitieux, orchestral, cinématographique. Est-ce que c’est quelque chose qui te plaît de créer ce contraste-là ?
Allô fantôme : Ben oui, full. C’est toujours quelque chose que j’ai vraiment trippé, quand la musique est heureuse, que les paroles sont un peu plus sombres. Je trouve ça cool. Puis, ouais écouter orchestral, c’est vraiment quelque chose qui me parle, puis j’ai toujours voulu le faire. Quand j’ai fait l’album, je voulais des cordes, puis je l’ai fait. J’ai tout arrangé, les cordes. C’est la première fois que je fais ça de ma vie. Puis, oui, c’est comme… Le grandiose, c’est vraiment quelque chose qui me parle, puis en même temps, de parler de quelque chose vraiment personnel.
LFB : Je sais qu’on t’a beaucoup parlé d’Elton John sur certaines références de ta musique, mais c’est marrant, moi j’ai beaucoup pensé à Electric Light Orchestra.
Allô fantôme : Ben oui, une autre influence.
LFB : Et vraiment dans le côté, orchestral, justement, grandiloquent, un peu comme ça.
Allô fantôme : J’adore Jeff Lynne, c’est vraiment l’un des meilleurs producers. Puis, le songwriting est fou aussi.
LFB : Puis, il y a des petites touches électroniques aussi dans ta musique qui apparaissent de temps en temps.
Allô fantôme : Ben lui, il y a vraiment ça. C’est très pop, mais en même temps un peu prog, puis moi aussi je fais vraiment ça je pense.
LFB : J’ai l’impression qu’il y a tellement d’ambition que sur certains morceaux, t’es obligé d’un peu cadrer la folie qui pourrait sortir de ta musique.
Allô fantôme : Ouais il faut des fois
LFB : Il y a une vraie volonté d’extravagance. Ce qui est marrant, c’est qu’à l’inverse, la façon dont tu chantes est très calme. Ça crée encore ce contraste un peu étrange par moments.
Allô fantôme : Oui, exact. Mais ça au final c’est ma voix. J’ai du travail avec ça, je fais le jeu de dire, « OK, c’est ça ma voix, alors qu’est-ce que je peux faire qui serait cool avec ça ». Moi je trouve ça cool, j’ai la voix un petit peu nasale. Je n’ai pas une grande voix. Je trouve ça cool que c’est les instruments qui explosent, qui envoient l’énergie.
LFB : Il y a encore cette idée de dialogue entre la voix et les instruments, cette recherche que l’un parle à l’autre. Du coup, j’ai une question un peu étrange, mais comme c’est un album qui est hyper ambitieux pour un premier projet, est-ce que tu n’as pas eu peur à un moment de te faire dévorer par l’ambition du projet, mais aussi par le financement d’un projet comme ça qui doit quand même coûter…
Allô fantôme : Oui, 100%. J’ai stressé, j’ai travaillé fort. Justement, le côté financier c’était rough. Je payais souvent de ma propre poche et je n’avais pas le cash. J’avais travaillé par moi-même à des jobs vraiment pas cool juste pour le faire, mais je ne regrette pas. Je ne regrette rien, je suis vraiment content de ce que j’ai fait. Je pense que c’est bien ambitieux des fois et juste faire ce que tu veux faire au final. J’avais vraiment le goût de faire ça parce que c’est comme si je voulais ça en compromis. J’y étais à fond.
LFB : Et justement, est-ce que tu as appris de ça pour la suite ?
Allô fantôme : Oui, j’ai appris de ne pas dépasser les bornes. Ça a coûté cher l’album.
LFB : Oui et puis tu as quand même travaillé avec des gens aussi qui poussent l’ambition des projets.
Allô fantôme : C’est ça, je n’ai rien regretté et j’en ressors vraiment plus expérimenté et plus fier !
LFB : Mais du coup, c’est une voix que tu vas garder ?
Allô fantôme : Oui, mais on verra. Clairement oui, mais aussi je pense qu’il y a une partie de moi qui va aller un peu ailleurs aussi.
LFB : Et justement, tu vois, moi je suis français et quand je vois des albums comme ça où c’est sept, huit personnes, comment tu le fais vivre sur scène ? Et c’est surtout si il y a une volonté de l’amener en dehors du Québec, où il y a quand même une spécificité par rapport au concert tout ça, comment tu retransformes ta musique ? Par exemple, si tu dois venir en France ou en Belgique ?
Allô fantôme : Au Québec, ça se fait bien. Je vois sept et je trouve que c’est vraiment cool et la monde aime ça. C’est cool d’avoir une grosse bande sur scène et c’est un peu notre signature. Mais aussi, on est capable de faire une formule à 3 ou à 5. La dernière fois, on était en Belgique à sept et c’était un miracle que ça a marché. La prochaine fois, je pense que ce serait plus une formule à 5. Il n’y a pas d’élément tant qu’on va perdre, peut-être une guitare et un flûte. On est capable de réarranger mes chansons et ce serait peut-être un peu plus rock. Mais oui ça se fait très bien je pense. Et puisse côté grandiose il est encore là.
LFB : Justement, en parlant d’éléments de ta musique, on a beaucoup parlé de relations, d’échanges et tout. Je trouve qu’il y a une relation hyper importante dans ta musique depuis le début,. C’est la relation que tu entretiens avec ton piano. J’aimerais bien que tu me parles de ça.
Allô fantôme : Le piano c’est mon instrument. Je joue aussi d’autres instruments comme la guitare et autres, mais je me sens vraiment plus à l’aise au piano. Dans le sens que tous les tunes que j’ai composés, c’est vraiment au piano. Je pense que je joue le piano d’une façon vraiment bizarre, parce que je n’ai jamais pris de cours. Je ne pense pas que les vrais pianistes ils joueraient du piano comme moi.
Aussi, c’est rare de nos jours juste des frontmen qui jouent du piano. En fait, c’est vraiment rare. Je trouve ça cool de faire ça, mais en même temps, ça peut être quelque chose de lourd parce que j’ai rarement la chance de quitter mon piano. Je suis tout le temps pogné à mon piano et des fois, je l’avoue, ça me fait un peu chier, mais je trouve ça cool en même temps. Mais surtout quand j’ai la chance de quitter mon piano deux secondes dans une chanson que je fais.
LFB : Oui, parce que ça peut créer une barrière avec le public assez rapidement.
Allô fantôme : C’est ça le challenge, c’est d’être le plus présent avec le public en faisant tout, en chantant et en jouant du piano.
LFB : Oui, il faut trouver un moyen d’être grandiloquent derrière un piano. Je sais que ça fait longtemps que t’as pas parlé de l’album, mais moi il y a deux morceaux qui m’ont un peu marqué et que j’aimerais bien que tu me parles de ces morceaux-là. C’est Abat-jour qui est le morceau le plus long de l’album et Soleil caché qui est la plage instrumentale qui vient juste après.
Allô fantôme : C’est plus le côté orchestral de l’album, ces chansons. Ils représentent plus ça maintenant, surtout Soleil caché. C’est comme, il y a un petit verse de paroles au début, mais après ça, ça part dans les arrangements de cordes puis le clavecin puis la flûte. Ça, c’est vraiment mon côté plus compositeur de film quasiment. J’en ai plein des chansons mêmes que je sais pas. Puis dans l’album, j’avais le goût de marier ça avec le côté plus pop ou rock. Puis Abat-jour, c »est comme les cordes, ils font beaucoup la job. Elles sont tout longs et c’est vraiment planant. Ça c’est vraiment la tune la plus prog, C’est comme une montagne russe d’émotions et musicalité.
LFB : C’est un morceau qui représente bien toute l’émotion qu’il y a dans l’album.
Allô fantôme : Je pense que c’est ma préférée de l’album aussi parce qu’elle est cool.
LFB : C’est un morceau… il fait quasiment 6 minutes et qui laisse le temps de…
Allô fantôme : Je pense qu’on l’a coupé, mais oui, c’est un morceau qui prend son temps puis ça t’amène quelque part. Je fais souvent ça dans mes chansons. J’ai de la misère de faire des tunes A-B-A-B mettons juste couplets, refrains, couplets, refrains. J’en ai fait mais j’aime ça explorer. Je pense que le monde aime ça et ça va prendre par surprise des fois.
LFB : Ouais t’as l’impression qu’actuellement il y a moins de projets comme ça ?
Allô fantôme : Maintenant, c’est des tunes de 10 minutes, 3 minutes. Le challenge c’est de ne pas les faire décrocher. Moi je fais vraiment ce que je veux faire et puis en espérant que le monde il écoute. J’aime ça les albums qui s’écoutent de A à Z
LFB : Du coup, c’est un peu ce que tu vas continuer à faire pour la suite ? Parce que là tu me dis que tu sors un single, mais je suppose qu’il y a un autre album (qui va arriver jusqu’après.
Allô fantôme : Ouais, là je fais des singles mais un jour un autre album. C’est long de faire les albums, alors les singles ça va me permettre de nourrir le monde.
LFB : Et justement, qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour l’avenir ?
Allô fantôme : Ben là cet été plusieurs shows au Québec, plusieurs festivals je pense une quinzaine de dates dans les trois prochains mois et ensuite j’ai la révélation Radio-Canada en novembre qui vont pousser. Deux chansons que je ne sais pas quand ils vont sortir mais sûrement cet automne.
LFB : Est-ce que tu as l’ambition de sortir du Québec un peu ?
Allô fantôme : Oui 100%, j’ai été une fois en Europe, pis j’aimerais vraiment y retourner, parce que je pense que ça marche très bien avec le public là-bas. Aller en France, j’aimerais vraiment vraiment ça.
LBF: Est-ce que quand tu es allé à Bruxelles tu as eu l’impression que ta musique a été vue autrement qu’ici ?
Allô fantôme : Bonne question. Je pense pas parce qu’il y a beaucoup de monde qui m’écoute en Belgique finalement. Je pense que le monde il catch vraiment ce que c’est et je trouve ça cool.
LFB : J’ai une dernière question. si tu devais ranger Chut! dans une bibliothèque à côté d’un livre, d’un film et d’un album, tu choisirais quoi ?
Allô fantôme : Un livre : Le Hobbit. Un film : Star Wars. Pis un album c’est tough. Breakfast in America de Supertramp.