Les clips de la semaine #288 – Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la première partie de notre sélection 288 des clips de la semaine.

Archive – City Walls

Avec City WallsArchive ouvre un nouveau chapitre de sa discographie, annonçant leur treizième album studio, Glass Minds, attendu le 27 février 2026 via leur label Dangervisit. Ce nouveau single marque un retour saisissant du collectif londonien, mêlant atmosphères cinématographiques, tension contenue et émotion à fleur de peau — la signature d’un groupe qui n’a jamais cessé de repousser les frontières entre trip-hop, rock progressif et électronique.

City Walls étonne par son côté épuré : une introduction au piano telle une berceuse, une voix douce qui s’installe au début, avant que certaines fins de phrase n’annoncent une puissance imminente. Musicalement, le titre séduit par ses harmonies, son urgence et cet équilibre entre chaos et simplicité. Les couplets réconfortent comme un câlin, tandis que les refrains et ponts annoncent un drame ou, tout au moins, une peur latente malgré des paroles fédératrices.

City Walls explore l’enfermement et la résistance, cette sensation d’être piégé par des structures qui nous dépassent — les « murs de la ville » ou City Walls. Le refrain se fait rassurant et fédérateur par ses harmonies et paroles : « But I’m here with you in the city walls… And they can’t hurt us within the city walls… Cause if they do, if they do… They lose ». La voix habitée de Pollard Berrier nous ancre au sol tandis que les textures sonores d’Archive créent un espace à la fois oppressant et apaisant. Comme le souligne Darius Keeler : « City Walls est une chanson d’une beauté envoûtante, qui vous cloue sur place. Le clip qui l’accompagne, réalisé une nouvelle fois par Maxim Kelly, est en soi une œuvre d’art absolument saisissante. »

Le clip, véritable court-métrage sur une semaine, illustre parfaitement cette tension entre douceur et chaos. Chaque jour est indiqué sur fond noir, et l’histoire commence avec un homme portant un masque de corbeau qui traverse une ville glauque tel un faucheur. On y voit des habitants se boucher les oreilles ou les yeux lorsqu’il secoue sa cloche et tire son chariot. Le clip juxtapose éléments mystiques et réalistes : vagues déchaînées comme des tsunamis, paysages urbains en désolation, chaos et beauté coexistent dans cette ville grise. Il se conclut sur une photo de famille dysfonctionnelle, ajoutant une touche humaine à cette fable visuelle. Entre plans serrés et larges, il traduit l’isolement et la communion, transformant la ville en cage et sanctuaire à la fois.

City Walls s’inscrit dans la continuité de Glass Minds, qui s’annonce comme l’un des albums les plus ambitieux d’Archive à ce jour. Produit avec leur collaborateur de longue date Jérôme Devoise, l’album mêle mélodies poignantes, textures électroniques audacieuses et production raffinée, tout en conservant la signature émotionnelle propre au collectif.

Enfin, Archive défendra ce nouvel album sur scène au printemps 2026, avec plusieurs dates déjà sold out à Paris et Reims. Avec City Walls, Archive confirme une fois encore sa capacité à transformer tension, introspection et beauté en une expérience sonore immersive et universelle, fidèle à plus de trois décennies de carrière.

Buck Meek – Gasoline

Avec Gasoline, Buck Meek livre un moment suspendu et délicat, extrait de son nouvel album The Mirror, très attendu le 27 février 2026. Dans une forme des plus intimes, que ce soit en guitare-voix ou avec un ensemble de musiciens en arrière-plan, la chanson capte l’intensité fragile et profonde d’une relation naissante, où désir et émotion précèdent les mots. La voix singulière de Buck Meek, à la fois fragile et puissante, flotte au-dessus d’une mélodie guitare folk douce, évocatrice et aussi nerveuse, chaque note traduisant le frisson du toucher et l’émoi de la séduction.

Sur le fond, Gasoline explore l’urgence et la délicatesse de l’amour, ce moment flottant où l’on ne sait qui dira « je t’aime » en premier. Buck Meek confie : « Quand j’ai écrit cette chanson, c’était comme si les mots venaient en même temps que les émotions, sans que je sache vraiment comment les saisir. C’est ce mélange de fragilité et de désir qui m’intéressait. » Les paroles, poétiques et précises, reflètent ce mélange d’intimité et de curiosité : « Making words up while we made love… one month and she’s in my blood » — un instant à la fois sensuel, tendre et presque cosmique. Le final développe un crescendo d’instruments et d’harmonies, qui s’animent comme le feu rapide et intense que provoque l’essence en combustion.

Le clip, dirigé, filmé et monté par Noel Paul, prolonge cette impression de proximité. Il dégage une atmosphère de concert à huis clos, où l’on retrouve Buck Meek, Adam Brisbin, Terry Brisbin, Jesse Quebbeman-Turley et Ken Woodward, tous habités par leur interprétation. Filmés tour à tour, ils donnent l’impression d’un live dans une salle pleine à craquer, chaque musicien évoluant dans sa bulle. Chaque note compte. Buck Meek décrit cette expérience : « Jouer avec eux, c’est ressentir l’énergie de chacun en temps réel. On ne se limite pas, on se répond, on invente ensemble. C’est un peu magique. »

Avec The Mirror, Buck Meek poursuit sa capacité singulière à traduire les émotions humaines, révélant la beauté dans le quotidien et l’intimité dans presque rien — signature narrative du folk de l’artiste. Il présentera l’album à Paris le 23 mars au Point Éphémère, avant de revenir avec Big Thief le 17 avril à l’Olympia. En somme, Gasoline est un morceau où douceur et puissance se rejoignent — un instant fragile, poétique et profondément vivant.

Chalk – I.D.C.

La tendance se confirme. Après trois premiers EP nerveux mêlant indus et post-punk, la texture sonore de Chalk se rapproche peu à peu d’une dance plus convenue. Et ce n’est pas l’allure de ce vagabond au masque punk sado-masochiste, mis en lumière dans le clip, qui nous fera changer d’avis. La guitare s’efface progressivement au profit d’une mélodie lancinante et pop, rappelant la période 90s de Depeche Mode.

Toutefois, I.D.C . reste un bon morceau, capable de dynamiser le dancefloor grâce à sa tension planante. Moins brute et plus accessible, la musique de Chalk s’affine et peaufine un style qui sera entièrement dévoilé lors de la sortie de leur premier album, Crystalpunk, le 13 mars prochain.

Claire days feat. Célia Kameni – Mauvais voyage (live)

Claire days continue à dévoiler ses petits trésors, qui nous mèneront droit à la réédition de son album I remember something, dans quelques semaines. Après l’inédit My hair, voici cette semaine une reprise épurée et intense de Mauvais voyage, en featuring avec Célia Kameni.

Un morceau qui raconte le bad trip qu’elle a vécu et parle d’angoisse et de détresse émotionnelle. Si la version initiale était teintée de rock, avec notamment un crescendo final poignant ponctué de cris screamés, l’intensité de cette live session naît justement de son dénuement.

Elliot Sebbag, à la réalisation de la live session, a capturé un moment précieux. On plonge dans l’univers feutré et calme d’un appartement, fenêtres ouvertes, dans lequel Claire days, Célia Kameni et Cyril Billot interprètent avec simplicité et justesse le morceau. La guitare et la contrebasse s’effacent presque pour mieux mettre en valeur les voix à la fois précises, puissantes et leurs harmonies parfaites. Un grand moment de musique.

José Gonzalez – Against the Dying of the Light

Peu de choses pouvaient me faire plus plaisir en ce début d’année que l’annonce d’un nouvel album de José González. Ce vœu, que j’osais à peine formuler, s’est pourtant exaucé il y a quelques jours : c’est officiel, Against the Dying of the Light sera dans nos oreilles le 27 mars. En prime, l’artiste suédois dévoile cette semaine le deuxième single du disque à venir : une ballade lumineuse qui porte le nom de l’album et en donne le ton.

Le morceau prend la forme d’une rébellion douce mais déterminée contre le fatalisme de l’obsolescence humaine face aux machines. De ses mots, José González nous appelle à accepter le présent pour ce qu’il est, sans jugement, et à regarder de l’avant. Nous, humains, avons le pouvoir de changer le cours des choses et de dessiner un avenir souhaitable. La course folle vers une technologie qui se suffira un jour à elle-même n’est pas inéluctable, rappelle-t-il : « Let’s rebel against the replicators / Against the dying of the light ». (Trad : « Rebellons-nous contre Ies réplicateurs / Contre la mort de la lumière »).

Réalisé par Fredrik Egerstrand, le clip montre avec simplicité le plaisir du vivre ensemble. L’artiste déambule dans les couloirs d’un théâtre baigné d’une lumière chaude et se fraye un chemin au milieu d’une foule joyeuse. Au calcul froid des algorithmes, il préfère la chaleur du spectacle vivant et des relations humaines.

Une belle entrée en matière pour un album qui s’annonce organique, réfléchi et profondément sensible – et une raison supplémentaire (s’il en fallait) d’attendre impatiemment le printemps. 

ODA LOUISE – Je me souviens de rien

C’est le matin, ODA Louise se réveille dans un lit qui n’est pas le sien, pas tout à fait seule. Les souvenirs de la veille sont flous et pourtant cette situation de lendemain de soirée lui est familière.

Dans le clip de Je me souviens de rien, la caméra la suit dans cette errance, un moment où l’esprit flotte encore entre hier et aujourd’hui. Elle traverse Place des Fêtes, s’arrête à l’épicerie du coin pour attraper une boisson, comme on s’accroche à des gestes simples, un peu automatiques quand tout le reste est en suspens.

Avec sa voix grave posée sur une pop française électronique, ODA Louise avance doucement depuis trois ans, dévoilant quelques singles qui donnent un aperçu de son univers encore secret. Son attention à l’esthétique se fait sentir et on attend avec curiosité de découvrir cette année la direction qu’elle donnera à sa musique.

PinkPantheress – Stateside + Zara Larsson

PinkPantheress est devenue la reine des clips et des collaborations. On se rappelle de ses débuts où elle ne montrait jamais son visage, clairement mal à l’aise avec l’exposition. Aujourd’hui cette retenue a disparu et ce changement fait vraiment plaisir à voir. Elle s’est imposée comme une artiste qui développe une esthétique hyper poussée et originale, avec quelque chose de très léger qui la rend particulièrement fun à suivre.

Alors qu’elle enchaîne les vidéos pour Fancy That, elle signe ici son meilleur visuel à ce jour. Avec Zara Larsson qui propose un couplet phénoménal sur ce remix en faisant le nouveaux hit du projet, elles mélangent leurs esthétiques en trouvant un équilibre entre leurs deux univers pourtant très différents. Tout est dans le détail, des fleurs tropicales aux motifs tartan propres à chacune.

Le clip joue avec l’idée de deux artistes étrangères qui découvrent le succès en Amérique et transforment leurs personas pop en vitrines ou en boutiques de souvenirs, comme si elles se présentaient à un nouveau public. Elles s’amusent à explorer différents styles, à changer de looks et d’ambiances comme dans un jeu de notre enfance type Maison du style, mélangeant et faisant dialoguer les codes de leurs albums respectifs.

Même si tout cela reste très léger, les paroles de Zara prennent une nouvelle teinte depuis qu’elle a partagé qu’elle passe des mois loin de son petit ami de longue date lorsqu’elle est aux États-Unis, car il ne peut pas entrer sur le territoire à cause d’un ancien casier judiciaire. Ses prises de parole ont toujours été engagées et c’est quelque chose qu’on ne peut que saluer pour une pop star qui sera toujours jugée pour le moindre mot.

Goodbye Karelle – Funny People

C’est donc ça un trip sous acide ? Avec Funny PeopleGoodbye Karelle nous fait planer le temps de 3 minutes (et une seconde) dans un clip à la croisée du psyché et de la performance artistique.

Animé par Romy Côté, le clip nous raconte l’histoire d’un petit bonhomme qui va retrouver sa chère et tendre poupée en plastique mais, Ô drame, il lui manque des noisettes. Heureusement que les sorciers sous LSD sont là pour l’aider. Pour les amateurices de design et d’animations, on retrouve une jolie influence du travail d’Alexandre Louvenaz dans ce clip.

Extrait de son deuxième album sorti le 16 janvier 2026, Funny People est une des petites pépites de ce disque où la prise de risque du switch électro au milieu est un pari gagné et apporte un vrai plus à la chanson.

Tacoblaster – Plan B

Quelques mois avant la sortie de leur single Toxic Surfer et de son clip délirant, Tacoblaster revient avec une nouvelle proposition tout aussi surprenante. Armés d’un look rétro et de couleurs et guitares saturées, le groupe assume ici un son volontairement lo-fi. Le maître mot pour Plan B : s’amuser ! Faire fi de la perfection et accepter les accroches, c’est ce que Tom Caussade, compositeur principal du projet, revendique tout haut.

Cet état d’esprit se retrouve jusque dans les paroles du titre, qui évoquent un personnage n’ayant pas de plan de rechange dans la vie et qui fonce tête baissée vers l’avenir. Il suit finalement son instinct, se fait confiance et vogue au gré des évènements. Le clip met en scène Tom errant, visiblement ennuyé, dans les rues, parcs et manèges de Ambarès-et-Lagrave (on révise aussi sa géographie !). Lorsqu’il tombe sur une affiche “Make you dreams come true, become an artist”, le déclic se fait et il retrouve une étincelle de détermination.

Le tout sur une bande-son garage punk, Tacoblaster réussit le défi d’assumer un morceau lo-fi qui sort l’auditeur du confort des morceaux ultra produits. Un vent de légèreté et de liberté souffle à l’écoute de Plan B, on lâche prise, on s’amuse et on se sent moins seul dans ce rollercoaster qu’est la vie d’adulte. 

Digital Fun-Zone! , le nouvel album de Tacoblaster à paraître le 30 janvier, sortez vos planches de surf et préparez-vous à la vague punk qui arrive !

SWIRLS – Neverland

Vous avez déjà rêvé d’arrêter le temps ? D’être de retour en enfance ? A cette douce période d’insouciance et d’innocence ? Bon, c’est pas toujours le cas, mais avouez que ce serait cool d’avoir le choix ! Voici ce que Swirls nous propose dans leur nouveau single, Neverland, tiré de leur album à venir, Surge.

Swirls, c’est tout d’abord une bande de joyeux copains qui se forme en 2022 à Nantes. Une volonté : faire du bruit ! Mais avec du style, un panache assumé et une touche d’originalité à l’anglaise. Les quatre musiciens oscillent entre punk australien et indie rock, puisant leurs inspirations d’artistes comme Drunk Mums, the Hives ou encore les StrokesSwirls produit un son brut, spontané et dénué de toute limite. Leur musique se vit en live, où ils décuplent d’énergie et partagent sans compter avec leur public.

Sur NeverlandSwirls évoque le refus de grandir : I don’t want to grow old, I don’t have to grow at all ! Les membres du groupe, déguisés tels des enfants et jouant dans un parc de quartier, entre balançoire et tyrolienne, semblent n’avoir jamais quitté le terrain de jeu. Neverland est dynamique, avec des sonorités pop-punk et une énergie spontanée qui donne du baume au cœur en ces temps troublés. Surge, le deuxième album de Swirls, est attendu le 6 mars prochain chez Flippin’ Freaks Records, Howlin’ Banana Records et Les Disques du Paradis !

Camille Yembe — Je ne l’ai jamais dit à personne

Avec Je ne l’ai jamais dit à personne, Camille Yembe nous partage son vécu et nous touche profondément. Une fois encore, elle se montre authentique, vulnérable et dotée d’une sensibilité rare. C’est une artiste qui a la capacité de livrer une intimité profondément personnelle tout en touchant un grand nombre de personnes. On peut s’identifier, se reconnaître et se sentir compris. C’est exactement pour cela que la musique existe.

La chanson est un cri face à une douleur ancrée dès l’adolescence. Camille Yembe criait en silence, sans que personne ne comprenne réellement qu’elle était en grande souffrance. Les paroles sont bouleversantes, d’une émotion brute, et sa voix vient amplifier chaque mot. La boucle accompagne à merveille les mouvements de son corps, qui se déchaîne et souligne la détresse et le trop-plein de douleur, le tout dans un sublime plan-séquence. Comme si le corps se libérait enfin de ce que les mots n’ont longtemps pas pu dire.

Elle nous montre avec justesse à quel point la famille peut fragiliser, voire détruire, la confiance en soi. Comment apprendre à s’aimer lorsque ceux qui devraient nous aimer en premier nous délaissent ? Comment aimer sa peau quand les personnes qui nous ressemblent nous jugent et ne nous donnent pas l’amour que l’on mérite ?

On est profondément touchés de savoir que Camille Yembe a traversé tout cela, mais on la remercie de nous partager une part de son histoire. À travers sa musique, elle nous apporte une immense palette d’émotions et une sincérité qui crée un lien extrêmement fort avec son public.

Si Camille Yembe a connu de grandes difficultés avec sa famille, elle a aujourd’hui créé une nouvelle famille : une communauté soudée, prête à la soutenir quoi qu’il arrive.

Elle a trouvé dans la musique son échappatoire et, grâce à elle, on peut l’écouter, s’identifier et trouver la nôtre.

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