La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, la seconde partie de notre sélection 288 des clips de la semaine.

Sam Sauvage – Un Cri Dans Le Métro
Avant même d’ouvrir le lien YouTube, on avait déjà les poils ! Si vous avez déjà assisté à un concert de Sam Sauvage, vous connaissez déjà la « chanson ». Oui, entre guillemets parce qu’on n’est pas sur un format ordinaire, on est sur un monologue qui n’est pas chanté, il est même joué.
Un cri dans le métro c’est une scène tristement quotidienne, c’est la détresse misérable sur laquelle on ferme les yeux autant qu’on se bouche les oreilles, une émotion brute. On découvre dans ce clip en noir et blanc fort en contrastes un Sam Sauvage dans la peau d’un acteur accompagné de sa servante. En résulte une performance digne d’un belge bien connu : Jacques Brel. On y retrouve aussi un clin d’œil à Stromae et sa mise en scène évènementielle pour Formidable.
Le garçon vous prend carrément aux tripes dans cette salle affreusement vide. Personne ne veut entendre ce spectacle qu’il magnifie sans artifice, ni faire face à son regard aussi déstabilisant que soutenu. Une fois de plus Sam Sauvage se pose du côté du fin observateur attentif de son époque faite de parcours singuliers, inscrit dans le réel. Sans pour autant afficher un engagement, il a inconsciemment choisi le camp de l’humanité.
Years of Shame – Violence
Si vous ne connaissiez pas, on vous fait découvrir aujourd’hui Years of Shame qui s’apprête à révéler son premier album Primary chez Icy Cold Records. Le duo compte dans ses rangs le chanteur Berne Evol et le guitariste Brice Delourmel et se situe à la croisée du post-punk et de la coldwave. Amateurs d’ambiance noire, Violence est fait pour vos oreilles – et vos yeux, en cette session de clips de la semaine -.
Le morceau puise son inspiration chez un regretté de cette scène froide : The Soft Moon. C’est aussi du côté de la scène indus qu’il faut aller chercher. Si les pistes de Years of Shame peuvent aussi être dansantes, Violence est plus tourné vers l’intérieur, joue sur les pulsations monotones et créée une tension appréciée dans cet univers musical.
Né d’un voyage ferroviaire entre Paris et Rennes, Violence s’est traduit dans un clip de Mickaël Aufret à l’univers très cinématographique où le mystère plane. Un personnage principal dont on ne verra jamais le visage avance dans différents décors résolument urbains, dans une trajectoire infinie. Aliénation ? Urgence ? Mouvement perpétuel ? Toutes les interprétations sont possibles pour un clip qui s’est écrit dans l’urgence sans réel scénario.
Arlo Parks – 2SIDED
Se sustenter de la beauté et de la frayeur de l’incertitude, de cette nuit dansante au cadre hypnotique, nous transportant au sein d’une sphère parallèle, loin de la lumière brûlante du jour. Nous vous promettons que ceci est une expérience qui se vit, dans laquelle nous pouvons nous fondre, portée par le retour d’Arlo Parks.
Deux albums sortis au cours de ces cinq dernières années, une empreinte sonore aussi envoûtante que marquante, la mélodiste britannique s’impose comme l’une des figures les plus humbles et sincères de la première moitié de cette décennie, et cela ne s’arrête pas là. 2SIDED incarne cette sensation étrange et agréable qui nous parcourt le corps, un titre envoûtant, sombre et dansant.
Rien qu’avec ce nouveau single, nous percevons déjà une évolution marquée chez la musicienne : un ton plus imperceptible, mais toujours aussi captivant, qui attise toute notre impatience autour de la sortie de son nouvel album Ambiguous Desire, prévue pour le 3 avril prochain. Nous avions en tête qu’Arlo Parks pourrait revenir cette année, et nous découvrons avec bonheur que 2026 sera bercée par sa voix.
Fcukers – L.U.C.K.Y
Cinq lettres bien distinctes, une mélodie des plus aériennes et sensuelles, une sculpture sonore efficace pour offrir à la nuit un cocon électrique.
Fcukers prépare la sortie de son premier album, Ö, et c’est avec ce troisième extrait, paru cette semaine, que le groupe poursuit le début d’une longue et agréable soirée. L.U.C.K.Y incarne la pure simplicité : offrir un contexte de danse et de papillons dans le ventre. Un titre qui capture pour nous une soirée où l’on peut se sentir ailleurs ou à l’écart, jusqu’à ce que celle-ci ne fasse qu’un avec notre chair.
Pour le coup, pas de consigne à donner ni de traduction des plus poussées. Ce single invite à se laisser porter et à attendre d’en découvrir davantage le 27 mars prochain.
Héron – Hirondelle
Héron, c’est la douceur dans l’oreille, c’est le petit bonbon qui coule doucement et que l’on peut écouter sans modération. Avec Hirondelle, tout premier extrait de son album à venir Verger, Héron aka Henry Kinkead nous dévoile une fois encore son univers mélangeant néo-trad québécois (oui c’est contradictoire mais bon, je ne vois pas de meilleure manière de le dire) et rock psyché.
Héron cherchait une chanson à répondre dans le répertoire folklorique québ, mais malheureusement, rien qui ne venait le chercher. Il a donc écrit celle-ci, reprenant les mêmes codes, mais parlant de crises climatiques et sociales, en espérant que la réponse vienne aussi de la part de nos dirigeant.e.s. Réalisé par Renaud Lemonde, le clip reflète parfaitement l’univers de Héron entre tradition et modernité, entre peau de bête et jeans dans un paysage enneigé du Québec.
N NAO – Château d’eau
Tiré de l’album Nouveau langage sorti l’année passée avec Mothland, Château d’eau est une douce pièce électro acoustique mêlant harpe, harmonies et machines. Réalisé par l’artiste elle-même, le clip met en avant l’atmosphère très hors du monde de N NAO aka Naomie de Lorimier, quelque chose de surréaliste et onirique amplifié avec un traitement style caméra thermique.
Presque comme une comptine, Château d’eau clos également le dernier chapitre de la recherche sur le feu entreprise par l’artiste. À travers le rituel du bain, elle capture l’eau chaude qui ressemble à de la lave qui coule sur la peau.
Styleto – problème problème
Styleto revient avec Problème Problème, un morceau sorti en novembre 2025 qui parle de ces relations qui tournent en boucle infinie sans jamais avancer. La chanson répète son titre comme une obsession, et on comprend vite qu’il ne s’agit pas d’une ballade mélancolique mais d’un cri d’épuisement brut. Elle énumère simplement ce qu’on perd dans ces situations toxiques.
Le clip renforce cette sensation d’enfermement émotionnel. En gros plans, le visage marqué de Styleto alterne entre l’intensité de la scène et des expressions brutes de fatigue, amplifiant ce cri de dénonciation qu’elle porte tout au long du morceau. Sans artifice, sans détour, elle montre simplement ce que ça coûte de rester trop longtemps dans quelque chose qui vous détruit.
Thérèse – True Punks
Vous vous souvenez du passage télévisé dans lequel Léa Salamé rétorquait qu’on devenait chiant en ne buvant plus d’alcool ? En pleine période de dry january, la chanteuse Thérèse balaie du revers de la main cette affirmation. Avec son morceau True Punks, elle se fait la porte étendant d’un mode de vie plus sain.
Avec humour et punch, Thérèse chante que les vrais punks sont ceux qui ne boivent pas une goutte. La réalisatrice Marie-Laure Blancho met en image ce propos. Le clip reprend les codes d’influenceurs pour mieux les détourner et montrer tout ce qu’il y a de subversif dans un mocktail. En bref, le propos du clip et du morceau rappelle que ne pas être dépendant à toute substance c’est se réapproprier sa liberté.
ARTICLE15 – MOBYLETTE
L’émotion surgit parfois de là où on ne l’attend pas. On était tombé sous le charme de l’énergie, l’humour et le petit brin de folie d’ARTICLE15, mais le duo semble maitriser l’art du contrepied et nous amène en ce début d’année 2026 sur un terrain différent : celui de l’émotion qui prend à la gorge et qui bouleverse.
En effet, ARTICLE15 a dévoilé cette semaine un nouveau morceau, MOBYLETTE, et on peut dire que la surprise est de taille et qu’elle est heureuse. Si l’on retrouve la science du BPM enlevé et du rythme maitrisé cher au projet, MOBYLETTE permet à Wilfried d’explorer d’autres terrains d’expression et d’autres histoires.
MOBYLETTE c’est une histoire d’absence, de l’amour qui s’est évaporé et qui est au loin et des paroles que l’on crie dans le vide et la solitude. Alors on tente comme on peut de se réparer, de remettre les éléments en place afin de faire avancer la vie.
La vidéo qui l’accompagne, réalisée par Théo Levaufre, prend elle aussi à bras le corps cette notion de réalité et nous entraine dans un monde brut, un ciel gris et une solitude qui s’exprime dans la poussière d’un atelier. Cette mobylette qui semble cimenter l’histoire, qui rappelle des souvenirs autant que des brisures et qui, dans une fin en forme d’happy-end presque onirique, rassemble les derniers éléments de cette histoire brisée.
Avec ce titre ARTICLE15 rajoute une cartouche à son univers puissant. Un univers que vous pourrez découvrir la semaine prochaine au BISE FESTIVAL et le 07 février prochain sur la scène de La Boule Noire.
Sleaford Mods Ft. Aldous Harding – Elitest G.O.A.T.
Cette semaine, le duo de Nottingham est de retour avec un nouvel album explosif, The Demise Of Planet X, avec toujours la même verve folle et les productions minimalistes et brutales qu’on adore chez Sleaford Mods.
Dans ce nouveau projet, on retrouve un bon nombre de featurings et notamment celui avec Aldous Harding pour Elite G.O.A.T. qui se voit accompagné d’un clip cette semaine.
On y retrouve une production plus pop, un côté presque joyeux et une énergie toujours aussi dingue. En confrontant la voix et le flow très anglais Jason Williamson à la douceur de la néo-zélandaise, le morceau trouve un équilibre étrange et bienvenue entre l’ironie, la charge politique et un côté presque rêveur qui tranche avec bonheur. Le morceau s’écoute avec plaisir, jouant sur ces contrastes parfaitement dosés tout en n’oubliant jamais l’importance du propos.
Celui-ci trouve d’ailleurs son écho dans la vidéo de John Minton qui nous entraine dans un cauchemar au coeur de l’élite. Un assemblage d’images plus ou moins étranges et violentes où l’on croise des animaux carnassiers, des vampires, des hommes en costumes cravates et nos trois protagonistes qui se fondent dans cette masse en essayant de trouver un sens à tout ça et en espérant ne pas être les seuls à voir la folie du monde qui prend forme actuellement.
PAR.SEK – Aimer plus fort
Ils faisaient beaucoup de teasing sur Instagram et ça y est, Aimer plus fort est arrivé et en plus avec un clip ! La joyeuse équipe de PAR.SEK la joue effectif réduit dans une pièce aux murs clairs emprunté à la Biscuiterie – temple de la création en tout genre basé à Clermont-Ferrand -, visiblement bien fermée. Manon et Simon viennent nous réveiller avec un titre électro comme on les aime, presque agressif dans son cri final – désolés, c’est du spoil ! -. L’énergie y est sauvage comme à l’accoutumée et nous donne quasiment instantanément l’envie de sauter à pieds joints.
Dans le couplet de Simon s’intègre un bout de critique politique bien ciblé – on vous laissera prendre soin de comprendre et d’adhérer au propos, ou non -. Dans ce clip minimaliste, PAR.SEK joue avec le conditionnement et nous répète inlassablement qu’ils veulent juste aimer plus fort. Et nous, on les aimait déjà très fort donc peut-être que plus fort, ça ne sera qu’aliénation plus ou moins mortelle.
Les clermontois seront sur les routes en 2026. Avec un peu de chance si vous passez au BISE festival à Nantes, retrouvez les dès ce mardi 20 janvier. Pour les parisiens, il faudra attendre le 27 février pour un show au File 7 (Magny-le-Hongre) ou le 18 avril pour un concert à Paris 75 à La Station mais peut-être que d’autres surprises arrivent.
Si vous voulez jouer un peu avec le groupe, ils ont tenté de lancer ce qu’on va appeler le PAR.SEK Challenge : serez-vous capables de faire la planche sur toute la chanson ? On ne parle pas de celle dans l’eau – ça serait presque trop facile – mais bien celle à même le sol, l’exercice de gainage. A vous de jouer !
Hayden Redwine – The Quiet
Élevé dans un ranch familial dans l’Ouest du Texas, le singer-songwriter Hayden Redwine convoque dans ses morceaux son identité de cowboy dans un genre mélangeant la country et le western. Ses compositions se concentrent sur la narration d’expériences très personnelles, à l’image du titre The Quiet, dont l’enregistrement vidéo a été réalisé par l’excellente équipe de la chaine Western AF.
Redwine a écrit ce morceau à la suite de l’expérience traumatique du décès du nouveau-né de sa sœur. Une chanson pour tenter de reprendre là où les mots échouent, retraçant l’impossibilité du deuil, qui s’accroche et change tout autour de lui. Dans un style épuré, l’artiste seulement accompagné de sa guitare et d’un violoniste, la vidéo laisse toute sa place à l’intensité de la narration de The Quiet, ou « le calme », qui in fine envoie un message d’amour et encourage à tendre vers la lumière, même lorsqu’elle semble incroyablement lointaine.
ELEPHANZ – Invisible
En ce dimanche de début de tournoi de tennis de l’Open d’Australie, quoi de plus logique que de retrouver un clip qui se déroule sur un court ? C’est que nous propose Elephanz, avec son nouveau single Invisible. Une pépite de tube pop, un peu rétro, qui joue son jeu sans s’inquiéter de la pression amenée par le teasing d’un nouvel album en préparation par la formation. Le morceau est plutôt simple, avec des arrangements justes et sans fioritures, juste ce qu’il faut pour se déstresser avant de disputer son match. En plus, il y a même une chorégraphie prête à devenir virale fournie avec. En tout cas, on aime beaucoup l’esthétique un peu lo-fi, tant dans le morceau que dans les images qui l’accompagnent. Ça donne un charme fou à la proposition, semblable à un revers gagnant court-croisé qui surprend un adversaire qui n’attendait pas la balle à cet endroit. Bravo à eux, et on espère en apprendre très vite plus sur ce nouvel album.