Les clips de la semaine #289 – Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la première partie de notre sélection 289 des clips de la semaine.

NERLOV – MON PLUS GRAND REGRET

On ne l’avait même pas vu partir que le voilà déjà de retour. Entre un premier album qui tourne encore de manière régulière dans nos oreilles et un EP au piano qui nous a retourné, NERLOV était toujours présent dans un coin de nos cœurs.

Mais lui de son côté avait déjà le regard porté vers le futur et un second album dont il dévoile le premier extrait cette semaine : MON PLUS GRAND REGRET.

Le futur, il en est aussi question dans ce titre, un futur réel ou hypothétique, seul, à deux ou à plusieurs. Ce nouveau morceau, on peut le voir comme un écho à A L’envers, issu de Pas Si Grave, on peut aussi voir la pensée d’un homme face à ses propres contradictions, entre envies intimes, évolutions et réflexions sur le monde qui l’entoure.

MON PLUS GRAND REGRET parle de son envie de paternité mais aussi de ce qui le freine, des attentes de l’entourage autant que de l’incompréhension qui résulte de choix qu’on finit parfois par regretter.

Si musicalement NERLOV continue de nous éblouir avec sa pop enlevée, portée essentiellement par la basse et la batterie, il trace dans son texte un chemin toujours plus personnel mais moins cynique, laissant apparaitre des failles, des doutes et une certaine forme de maturité.

La vidéo de Josic Jégu va d’ailleurs dans ce sens. Minimaliste, presque immobile, elle nous entraine dans des intimités de familles différentes, entre solitude, couple et enfants.

Des tableaux comme des portraits animés, figeant la diversité et les choix de chacun, donnant un écho particulier à la chanson de NERLOV et continuant de développer le travail visuel des précédents clips qu’ils ont fait ensemble, dans une sorte de normalité et de naturel qui colle parfaitement à la musique de l’angevin.

Un premier extrait qui nous prépare doucement à l’arrivée d’un second album de NERLOV que l’on place déjà au coeur de nos attentes pour 2026.

James Blake – Death of Love

Si vous suivez les aventures de James Blake depuis quelques temps, vous l’avez sans doute vu partager ses réflexions et ses projets dans le but d’une meilleure défense des intérêts de sa musique, loin des majors et de la pression humaine et financière que cela impose.

Le changement, c’est donc pour maintenant, et le musicien anglais est de retour cette semaine et annonce l’arrivée de son septième album via Good Boy Records et en dévoile le premier extrait : Death of Love.

Pas de grande révolution au programme, mais pour tous les amoureux de la musique de James Blake (dont nous faisons partie), le plaisir est toujours immense de retrouver cette voix unique et cette façon sensible et humaine de faire de la musique. Portée par des chœurs fabuleux, Death of Love joue d’une sortie de minimalisme bienvenue pour nous entrainer au centre de la tempête émotionnelle qui se joue en toute quiétude ici. C’est simplement beau, fatalement bouleversement et au final hautement addictif.

Pour accompagner son morceau, James Blake investit un open space (on ne sait pas trop d’où vient ce fantasme des musiciens en ce moment, mais on leur conseille de ne jamais essayer la vie de bureau) avec le London Welsh Male Voice Choir pour nous offrir une session live en costumes cravates dans un lieu étrange et morose qui ne correspond absolument pas à la beauté de la musique qui se joue devant nous.

Trying Times est attendu pour le moins de mars et on espère aussi retrouver prochainement le musicien sur scène.

Courtney Barnett – Site Unseen

C’est une belle semaine pour nous autres fans de Rock indé, quand on a droit à non pas une, mais deux annonces de Courtney Barnett : un quatrième album, Creature of Habit prévu pour le 27 mars, et en prime, le single Site Unseen en featuring avecWaxahatchee, assorti d’un clip. 

Le disque à venir a été écrit alors que l’artiste quittait son Australie natale pour Los Angeles. Ce grand saut a été l’occasion d’explorer en musique les bouleversements qu’implique un tel changement de vie. Elle s’élance dans l’inconnu et s’autorise à vivre pleinement, loin de la route qui semblait toute tracée.

Dans Site Unseen, elle accepte de lâcher prise et de se laisser porter par ses envies : « if we like it there, we’ll stay another year », « let’s figure out the rest another day » (Tr : « si on s’y plaît, on restera une année de plus », « décidons du reste un autre jour »).

C’est une sensation de liberté qui émane du morceau et du clip. Ce dernier est réalisé par les sœurs Juliana et Nicola Giraffe, qui occupent aussi les premiers rôles. Le temps d’une journée, elles quittent leurs collines verdoyantes et troquent leurs talons pour des baskets. On les suit dans leur escapade rocambolesque et colorée dans les rues de Los Angeles. Les décors et costumes délicieusement vintage ajoutent à l’ambiance légère du morceau, et dédramatise ce saut dans l’inconnu, qui porte avec lui la promesse de joyeuses aventures. 

Premier métro – Châteaux de sable

Quelques semaines après Nique le réel, les quatre garçons de Premier métro sont de retour avec un nouveau single intitulé Châteaux de sable. Un titre à l’énergie rock mêlée de sonorités électro pour nous parler d’une humanité en sursis.

Préoccupés par l’angoisse climatique, l’addiction aux écrans qui relaient un flot ininterrompu de (mauvaises) nouvelles, les Premier métro nous amènent à nous interroger sur cette planète qui s’effrite et se lézarde.

Un sujet lourd et anxiogène que Sophie Labruyère et Florent Zarka ont choisi de mettre en images avec humour. On retrouve les Premier métro les doigts de pied en éventail, lunettes de soleil, alignés dans leur transat, vissés à l’écran de leur smartphone. En arrière-plan, des joueurs de beach volley. Tout est là pour évoquer l’insouciance et la légèreté (mention spéciale à la chorégraphie brillamment exécutée par les garçons). Mais, car il y a toujours un mais, le sable omniprésent est aussi une manière d’illustrer le risque d’effondrement de cette terre qui pourrait ne plus être « qu’une grande plage ». A méditer.

Le premier album du groupe est attendu pour 2026. 

Labrinth – God Spoke

Labrinth revient avec God Spoke, un morceau épuré et spirituel qui annonce son ambitieux album Cosmic Opera Act 1. À travers ce titre, l’artiste britannique se confronte aux thèmes de la foi, du doute et de la quête de sens, des préoccupations qui résonnent d’autant plus profondément chez celui qui a transformé la série Euphoria avec sa bande sonore.

Le morceau lui-même est presque une prière. En à peine plus d’une minute, il joue sur une production dépouillée où sa voix harmonisée devient l’instrument principal, chantant « Rescue me from myself / And save me from my loneliness », accompagnée de répétitions de « Hallelujah ». C’est biblique, c’est cru, c’est un appel direct au divin, et ça porte tout le poids de l’urgence émotionnelle qu’on attend de Labrinth.

Visuellement, le clip est un plan-séquence en dézoom progressif durant lequel un homme semble absent, plongé dans un univers lointain. Les lumières pulsent tout au long, comme une respiration, avant qu’il ne s’efface complètement dans l’obscurité. Une image qui résume parfaitement ce cri de détresse adressé au divin.

Moha MMZ – Blue Monday

Après La Plage, Moha MMZ troque l’odeur du sable et les pieds abîmés par les coquillages pour l’introspection glaciale de janvier. Le rappeur s’empare du Blue Monday, ce troisième lundi du mois devenu synonyme de déprime universelle, pour livrer un titre à la fois personnel et profondément ancré dans la réalité de son quartier des Tarterêts. Sa dernière sortie, Pti Moha, évoquait elle aussi le bon vieux temps de la MMZ, époque de son duo avec Lazer.

Moha MMZ l’avait promis : en 2026, c’est 2016. De retour dans son berceau, il croise ses névroses avec la sérénité acquise au fil des années, celle d’un temps où il était déjà perçu comme un prodige. On y retrouve une maturité nouvelle et, pour celles et ceux qui l’ont suivi dès ses débuts, sa carrière apparaît d’autant plus complète. À 28 ans, la froideur de ses titres avec Lazer, dix ans plus tôt, semble étonnamment proche, encore plus qu’un nombre à deux chiffres.

Holly Humberstone – To Love Somebody

Avec To Love Somebody, Holly Humberstone  dévoile un premier extrait aussi prometteur que captivant de Cruel World, son deuxième album attendu le 10 avril 2026 chez Interscope Records. Pensé comme un équilibre fragile « entre la douleur et le plaisir, où le chaos et l’acceptation coexistent », Cruel World s’annonce comme un tournant narratif fort et introspectif, porté par une écriture toujours aussi précise et une écriture d’une précision émotionnelle redoutable. Certains disent « chirurgicale ». Holly Humberstone promet donc un album « envoûtant, brutalement honnête et intensément cinématographique ».

Au cœur de Cruel World se trouve la dichotomie de l’amour (Bonheur/Malheur). « L’album explore l’amour comme quelque chose de beau et intrinsèquement douloureux », résume Holly Humberstone. To Love Somebody a étéécrit après avoir vu un proche traverser une rupture violente. « J’ai écrit cette chanson après avoir vu quelqu’un de très proche vivre un chagrin d’amour brutal. Aimer fort est quelque chose de douloureux, mais ressentir tout cela fait partie de l’expérience humaine », confie-t-elle.  

Musicalement, le morceau pétille par sa pop acidulée et son refrain entêtant, qui agit comme une déclaration viscérale. Holly Humberstone évoque bien cette contradiction centrale : «  To lovе somebody, To hurt somebody, To lose somеbody….Well, at least you got to love somebody «  . Elle déclare: « Pour ressentir un bonheur extrême, il faut connaître une tristesse extrême. C’est la tension de l’album. » Une clé de lecture essentielle, qui fait de Love Somebody une jolie porte d’entrée dans l’univers de Cruel World.

Le clip, réalisé par Silken Weinberg, prolonge cette ambivalence émotionnelle à travers un clip cinématique tel un conte gothique inspiré du théâtre victorien, des frères Grimm et de Nosferatu. Holly Humberstone y évolue dans un monde sombre et féérique, peuplé de souvenirs, d’objets d’enfance et de figures symboliques, donnant corps aux fantômes du passé avec poésie. Holly Humberstone se transforme en lady romantique dans une maison hantée. On suit Holly Humberstone qui passe d’une pièce à l’autre. Elle nous chante Love Somebody dans les yeux lorsqu’elle n’est pas à table avec un personnage à la croisée entre le monstre de Frankenstein et Oncle Fétide de la famille Addams. 

En somme, To Love Somebody s’impose comme un morceau où la vulnérabilité devient force. Holly Humberstone y affirme une maturité nouvelle, rappelant que vivre pleinement ses émotions, même lorsqu’elles font mal, reste essentiel. Une intensité que le public parisien pourra bientôt ressentir de près, puisque Holly Humberstone sera en concert aux Étoiles à Paris le 17 février 2026.

2L — Enchantée

2L ne ralentit pas et nous dévoile Enchantée, un morceau qui explore une nouvelle dimension de son univers. La production s’inspire clairement des codes US tout en conservant l’identité du rap français, que 2L défend avec un flow incisif et des paroles engagées.

La production gagne en force grâce aux danseurs, qui viennent ajouter du relief au clip et mettent en lumière une nouvelle facette de 2L.

Le clip se distingue par un aspect cinématographique : immeubles aux briques rouges, plans variés et montages dynamiques créent une vraie dynamique visuelle. Le jeu de perspectives renforce l’impact des images et ajoute une nouvelle profondeur au son. On y retrouve également un côté street, notamment dans les scènes avec son crew au grec, qui se fond parfaitement dans l’esthétique cinématographique du clip.

Avec Enchantée2L nous partage son univers sous une nouvelle forme et on aime beaucoup. Une chose est sûre : on n’est pas au bout de nos surprises, et on a hâte de découvrir la suite !

Special Friend – Breakfast

Le retour du duo Special Friend se confirme : le 10 mars 2026 paraîtra leur nouvel album Clipping. Mixé par Syd Kemp, déjà aux manettes pour The Horrors et Crack Cloud, ce nouveau service s’annonce copieux et consistant. Le single Breakfast en donne déjà un bel avant-goût. Erika Ashleson et Guillaume Siracusa y déploient un son pop-garage vif et accrocheur, rappelant le savoir-faire de Comet Gain, Deerhoof ou encore The Fiery Furnaces. Le rythme, rapide et effréné, est porté par une montée en puissance continue : la guitare s’échauffe, puis rugit sur le refrain comme un réveil trop bien réglé.

Le clip, quant à lui, se concentre sur Erika, qui tourne en rond, capuche sur la tête, dans une cour délabrée. Une mise en scène minimaliste et qui ne mange pas de pain. Breakfast est un titre efficace, agréable et malicieusement énergisant, parfait pour bien vous réveiller de votre mare de café. No

Chaton Laveur – La Source

Décidément, ils l’aiment leur coin de mur avec des projections chez Chaton Laveur. La Source fait suite à Contre-la-Montre qui annonce la sortie de leur deuxième album Labyrinthe le 13 mars 2026. Cette fois-ci, c’est Julie qui est devant la caméra dans un lancé continu de bouquet à elle-même, un peu comme les paroles de cette chanson, six phrases répétées en boucle sur un rock alternatif planant, qui nous rappellent que notre tête est un décor de sources et de branches et notre cœur une tempête de cris et de danses. La Source, c’est ce que nous sommes, c’est notre beauté intérieure, c’est l’exploration des profondeurs de l’être humain à travers un prisme onirique, le tout sur des textures shoegaze et des mélodies synthpop.

Gorillaz – The Hardest Thing/Orange County

Gorillaz n’a plus besoin d’être présenté mais continue de surprendre. Plus de vingt ans après ses débuts, le groupe reste un terrain de jeu sans limites, où les collaborations dessinent une cartographie musicale mondiale. Avec The Hardest Thing / Orange County, Gorillaz convoque Tony Allen, Bizarrap, Kara Jackson et Anoushka Shankar, comme une conversation entre générations, continents et sensibilités. Un morceau hors du temps, à l’image de Gorillaz.

Musicalement, le titre se pose comme une caresse. Un groove doux, ca se sifflote, donne envie de fermer les yeux et de se laisser porter. Cette sensation feel good contraste pourtant avec la gravité du texte, centré sur la perte, l’héritage et la difficulté de dire adieu. Les voix se répondent comme des pensées intérieures, oscillant entre apaisement et vertige existentiel. Gorillaz joue ici sur ce décalage subtil entre la lumière de la musique et l’ombre des mots.

Le clip accompagne parfaitement cette dualité. On y découvre la nouvelle direction artistique du groupe, toujours aussi marquée, avec ses personnages iconiques projetés dans l’espace, flottant entre les astres. Les gestes sont simples, presque suspendus, comme si le temps s’était arrêté. Visuellement, certaines images évoquent un prisme lumineux rappelant Pink Floyd, clin d’œil discret mais évocateur. Un voyage cosmique, mélancolique et poétique, qui confirme que chez Gorillaz, le fond et la forme avancent toujours main dans la main.

blesse – (Tragédie)

Après Mauvais souvenir, le groupe montréalais blesse revient avec un nouveau titre (Tragédie), extrait de leur prochain album prévu pour avril 2026. On abandonne ici le rock expérimental qui caractérisait le groupe pour revenir aux fondamentaux : de l’indie-rock des années 2010, qui n’est pas sans rappeler les débuts de Zen Bamboo, dont faisaient partie CAO (batterie) et Léo LeBlanc (guitare / voix). Le clip, toujours réalisé par CAO, nous montre encore une fois l’étendue de ses talents en réalisation. C’est également lui qui signe la réalisation des clips de Les Louanges, rien que ça !

Sur un décor mi-gymnase, mi-entrepôt, blesse chante la mélancolie amoureuse au ralenti, et nous donnerait presque envie d’écouter cette chanson sur un walkman en écrivant dans notre journal intime. Ah, et si vous vous demandiez pourquoi le titre est écrit de même, c’est parce que c’est dans les paroles du refrain : Tragédie entre parenthèses.

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