Les clips de la semaine #289 – Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la deuxième partie de notre sélection 289 des clips de la semaine.

Ulrika Spacek – Picto

Encore quelques jours et Ulrika Spacek révèlera son album EXPO. En attendant sagement, ils nous régalent avec leur nouveau single clippé ; Picto.

Penchons nous sur l’aspect purement visuel de la chose dans un premier temps. Des couleurs froides, de la distorsion visuelle et cette curieuse scénographie scindée en deux mêlant le groupe en train de jouer et un rendez-vous dentaire. En apparence rien à voir avec le propos – qui pour sa part, est beaucoup plus complexe -. L’imaginaire d’Ulrika Spacek continue à se nourrir de l’expérimentation et joue sur la prise de risque(s) aussi bien visuelle que purement musicale.

Musicalement parlons-en ! Picto est marquée par une entrée en matière bien froide qui aurait pu venir de Joy Division. Le morceau, bien que nerveux dans son introduction, s’adoucit à mesure qu’il progresse. Fidèle à sa volonté d’expérimenter les sonorités, Ulrika Spacek joue à fond la carte art rock bruitiste. Picto est plein de contrastes saisissants qui ne font que renforcer l’instabilité pour l’auditeur. On aime être chahutés, merci Ulrika Spacek !

Amay Laoni – D’ici

D’ici est une chanson tirée de l’album Le cœur des oiseaux de cendre qui parle de cette urgence intérieure de se retrouver, de remettre de la vérité dans les liens, surtout en amitié, et de continuer d’avancer, même lorsque nos choix dérangent ou ne sont pas compris. Amay Laoni y chante un cœur qui refuse de se rapetisser, un cœur ambitieux qui choisit sa route, accepte les désaccords, fait la paix avec les chemins qui se séparent et poursuit son mouvement.

D’ici affirme la nécessité de rester fidèle à soi, de prendre sa place et de faire des choix alignés, quitte à créer certaines frictions affectives.

Tournée en 2025 au Musée Carnavalet à Paris, la live session s’inscrit dans un lieu chargé de mémoire, où passé et présent se rencontrent. Réalisée avec l’équipe Live Me If You Can, la captation met en avant une interprétation brute et habitée. D’ici s’y déploie comme une déclaration douce mais déterminée, une invitation à rester en mouvement et à suivre l’appel du cœur.

Snail Mail – Dead End

Encore un nom qui figurait sur nos listes de potentiels retours en 2026, et une nouvelle fois le bonheur de voir cette attente se concrétiser.

Deux albums devenus de véritables instants musicaux, qui ne laissent pas indifférent tant leur sincérité est presque déconcertante, parfois même magnifiquement naïve. C’est cette semaine que la musicienne américaine Snail Mail nous livre une nouvelle page de ses émotions les plus ancrées, les partageant avec nous et marquant ainsi le premier chapitre de son troisième et nouvel opus, Ricochet, à paraître le 27 mars.

Pas de demi-mesure, encore une fois, pour ce nouveau jet créatif : la dureté de l’indépendance émotionnelle se dessine sur fond d’une sonorité à l’image de l’artiste, une mélodie douce et pure mêlée à une chaleur rock. Dead End s’impose comme un pont parfait pour ouvrir cette nouvelle étape de sa carrière, dont il nous tarde désormais de découvrir la suite.

Vincent Khouni – 2 Secondes

Vincent Khouni, ancien participant des Francouvertes en 2024, et également connu comme leader du groupe montréalais Double Date with Death, nous revient cette année avec un nouvel EP prévu en mars 2026 dont le titre 2 secondes est extrait. 2 secondes, c’est le temps pour un eye contact, le temps de s’imaginer une histoire, de penser à envoyer un message, de profiter de la fragilité d’un moment, ou presque. Sous des accents rock-psyché et boîte à rythme Casio, le nouveau titre de Vincent Khouni nous laisse entrevoir un virage à 360° par rapport à son premier EP 8:12pm, une production plus ambitieuse et plus moderne avec ALIAS à la réalisation. On a très, très hâte d’entendre la suite de leurs expérimentations !

Gus Englehorn – Better Watch Your Step

On peut vraiment considérer que Gus Englehorn est un ovni-troubadour de la scène musicale actuelle. Ancien snowboarder reconverti en prophète de la psych-pop, Gus pourrait presque être un personnage d’une des fables fantasques et fantastiques qui composent son répertoire. Un an après son dernier album The Hornbook, Gus Englehorn revient avec un nouveau titre Better Watch Your Step, qui annonce un quatrième album à venir pour fin février 2026. Alors qu’on avait attendu trois ans entre les deux derniers, Gus s’est pris d’une folie créatrice, mais pour notre plus grand bonheur !

Better Watch Your Step est une chanson en deux parties avec un refrain composé sept ans plus tôt que le couplet. On peut aussi dire que cette chanson est composée en deux salles, deux ambiances, avec une partie très rythmée, portée par une grosse caisse entêtante qui nous met en garde de faire attention où on met les pieds, et une autre, plus psyché, portée cette fois-ci par un Q-chord et se laissant la possibilité de se perdre dans les rues et dans les sons.

Le clip, réalisé en partie par Gus Englehorn, transcrit encore une fois très bien son univers psyché propre au personnage.

Laura Schembri – Elle danse

Participante de l’édition 2025 de Quel talent!, Laura Schembri revient avec Elle danse, son nouveau titre sur des airs de bossa disco qui prône l’indépendance et la liberté de vivre. Le clip, réalisé par Jérémie Gravel, nous offre différents tableaux où le mot d’ordre est de reprendre possession de sa vie dans des scènes du quotidien, de danser quand ça nous chante. Mention spéciale pour le papa de Laura qui se prend une bonne poignée de spaghettis en pleine face.

Après son banger Disco Serge, Elle danse nous met encore plus l’eau à la bouche pour la suite des projets de Laura Schembri.

Ladaniva – La Montagne

Entre les montagnes qui entourent l’Arménie à celles qui surplombent l’île de la Réunion, il y a quelques kilomètres et une chanson. Le duo franco-arménien Ladaniva nous fait la surprise d’un clip en animation sur La Montagne, morceau clôture de leur album. La réalisatrice Marie Susanyan rend hommage à La Réunion, île chère à Ladaniva au cœur de cette chanson, en représentant la chanteuse Jaklin qui nous sert de guide. On retrouve les mangues, les pailles-en-queue, les poissons, les feuilles pour illustrer un titre aux allures féeriques et épiques. Ce clip nous fait patienter avant la sortie d’un prochain album.

ML – La fête

« Qu’est-ce que je fais là ? » Au beau milieu de La fête, alors que les lumières de la nuit se meuvent, l’artiste bruxelloise Maria-Laetitia Mattern devenue ML, nous pose la question. Un murmure, un fantôme, une brise qui nous caresse la peau. Qui ? Quoi ? On retourne danser au plus vite. Avec ce nouveau single, ML pose des mots sur un sentiment que nous avons tous certainement déjà ressenti. Au cœur du bruit, d’un éventail de couleurs et d’une agitation joyeuse, il existe parfois cet espace intime et silencieux ; cette distance.

Sur une mélodie pop, les mots de l’artiste habitent le devant de la scène. On est porté par cette histoire. La réalisation du clip est signée Simon Vanrie. Avec la lueur d’un début de soirée, ML déambule dans les allées d’une fête foraine, jusqu’à la grande roue. Suivant un mouvement lent et suspendu. Personnellement (et en quête de sensations fortes) j’ai toujours aimé et trouvé ces lieux un peu magiques, hors du temps. Cette fête est un labyrinthe. ML nous regarde, ailleurs, cherchant une porte de sortie. Pourtant loin d’être angoissant, son univers est empli de douceur.

La fête c’est aussi les premières notes d’un nouvel album, Tout bas, qui verra le jour à l’heure du printemps. Pour la poésie et ces images, on a déjà hâte ! On se donne rendez-vous dans quelques semaines.

Macrowave – Shattered

Ca y est le duo strasbourgeois Macrowave a enfin sorti son EP Imminent – dont nous vous parlerons très prochainement par ici -. Vous avez suivi avec nous leurs différentes sorties, nous vous partageons aujourd’hui la petite dernière : Shattered.

Vous avez compris que leur univers est extrêmement cinématographique, Shattered ne fait pas figure d’exception. Dans un climat de tension toujours aussi soutenue, Macrowave explore le chaos intérieur, la radicalité. Le clip de Shattered joue avec les couleurs et les ambiances. De l’apparente tranquillité en noir et blanc d’une forêt, une tempête maritime haute en couleurs vient tout perturber. Et au niveau sonore, c’est la même chose !

Des nappes qui montent en puissance au long cours, des séquences brutes. On sent une inspiration à la Carpenter Brut, les lives qui nous sont donnés en aperçu dans les clips laissent imaginer des sessions où les émotions sont intensifiées. Si vous pensez à faire quelques pas de danse pendant leurs concers, non, vous ne danserez pas sur Macrowave mais dans votre boîte crânienne ça va s’activer de tous les côtés.

No Sex Last Night – Paralysée

On a découvert No Sex Last Night dans le courant de l’an 2025 avec leur impeccable Cours dans la forêt. Un duo parisien formé par Rosalie et Erwan qui s’aventure sur les terres de l’EBM avec des textes en français. Ils pourront vous rappeler Boy Harsher et si vous aimiez déjà le duo américain, il y a fort à parier que vous aimerez ces petits frenchies.

Avec Paralysée, le duo prolonge son voyage intérieur en évoquant ici l’incapacité à exprimer pleinement ses émotions. On y retrouve leur électro sombre et dense, si Paralysée évoque l’immobilisme, son énergie musicale invite à aller de l’avant quitte à faire des mouvements sous les stroboscopes pour mieux les hacher.

Si on ne sait pas comment on a pu les louper à chaque fois qu’ils étaient dans les parages, à vous d’aller à leur rencontre cette hiver ! Ils seront le 7 février à Roubaix dans le cadre du festival We Loft Music, le 12 février à l’Astrolabe d’Orléans en première partie d’une autre belle référence EBM : Sierra, le 21 février à la Chapelle des Carmélites dans le cadre de l’Atom Festival à Toulouse et enfin le 28 février au Lieu unique à Nantes dans le cadre des 30 ans de la radio Le son unique. Promis, ça ne sera que bien !

ALA.NI – Seaweed 

La chanteuse ALA.NI, connue pour sa voix envoûtante et son univers musical entre soul, folk et pop, vient de dévoiler le clip de son titre Seaweed. Ce morceau, extrait de son dernier album Sunshine Music (voir notre chronique), plonge l’auditeur dans une atmosphère à la fois douce et mélancolique, inspirée par la nature et les paysages marins.  

Le clip transporte le spectateur dans un monde où la lumière dorée rencontre les profondeurs de l’océan. Les images, à la fois épurées et évocatrices, reflètent parfaitement l’émotion brute et la sensualité de la chanson. ALA.NI y apparaît comme une sirène moderne, entourée d’éléments naturels qui soulignent la thématique du morceau : l’attachement, la nostalgie et la beauté fragile de notre environnement. 

Seaweed est une chanson qui célèbre la mer, les souvenirs et la résilience. Avec des paroles écrites en collaboration avec Liset Alea et une composition signée ALA.NI et Clément Petit, le titre s’inscrit dans la continuité de son travail artistique, où la nature et l’émotion humaine se mêlent harmonieusement. 

Dermot Kennedy – Funeral

Avec « Funeral », Dermot Kennedy dévoile le premier extrait de son troisième album, The Weight of the Woods, attendu le 27 mars prochain via Island / Interscope Records. Révélé comme Hottest Record sur BBC Radio 1 cette semaine, Funeral s’accompagne d’un clip réalisé par Charlie Sarsfield, avec Charlie Rowe dans le rôle principal.

Ancré entre l’Irlande et Nashville, l’album est le fruit d’une collaboration étroite avec le producteur Gabe Simon (Noah Kahan, Lana Del Rey). Majoritairement écrit et enregistré près de la maison de Kennedy, The Weight of the Woods s’inscrit profondément dans ses racines. L’artiste le décrit comme son projet le plus personnel à ce jour : « Pour moi, cet album est une chose belle et authentique, faite maison, avec des instruments irlandais et une histoire irlandaise. Il y a une forêt derrière ma maison, un refuge pour mon imaginaire. »

Cette idée d’enracinement traverse tout l’album, que Kennedy présente comme son travail le plus assuré, porté par une écriture poétique et une musicalité sincère, recentrée sur l’essentiel. La production met volontairement sa voix au premier plan : « Si je monte sur scène dans un pub avec juste une guitare ou un piano, je sais que je peux chanter devant une salle pleine. C’est là que je suis le plus à l’aise. »

Malgré son titre, « Funeral » ne parle ni de mort ni d’élégie. Le morceau utilise la métaphore pour évoquer une histoire d’amour et la nécessité de laisser le passé derrière soi. Fidèle à son écriture viscérale, Dermot Kennedy livre un titre traversé par l’espoir, qu’il décrit comme : « Une chanson qui parle d’enterrer le passé et d’avancer vers une nouvelle lumière. D’être mis à l’épreuve, mais jamais brisé. »

Musicalement, « Funeral » condense l’ADN de Dermot Kennedy : un clair-obscur émotionnel, une tension progressive, une montée maîtrisée. Batterie martelée, piano discret et voix habitée installent un climat à la fois fragile et puissant. Les paroles oscillent entre rupture imminente — « We were staring down disaster / That night, we almost called it quits » — et libération — « We held a funeral for heartache / We set a fire to our sorrow ». L’ambiguïté reste volontaire : rupture ou reconstruction à deux, chacun est libre d’y projeter sa lecture.

Le clip, réalisé par Charlie Sarsfield, adopte une approche narrative et épurée, sans jamais placer Dermot Kennedy au centre du récit. Charlie Rowe y incarne un homme hanté par l’absence, errant entre paysages irlandais austères et pubs, comme suspendu entre ce qui a été perdu et ce qui reste à reconstruire. Filmé caméra à l’épaule, le clip privilégie une esthétique brute et immersive, plaçant le spectateur au plus près de l’émotion.

En somme, « Funeral » s’impose comme une entrée en matière sobre et efficace pour The Weight of the Woods, confirmant Dermot Kennedy dans une écriture toujours aussi frontale, ancrée et émotionnellement juste. Dermot Kennedy passera par la Salle Pleyel le 18 mai 2026.

Chloé Antoniotti – Mana

On commence à bien connaître Chloé Antoniotti, la pianiste qui conjugue son instrument de prédilection avec ses synthétiseurs. Amoureux que nous sommes de ses productions, comment manquer celle sortie cette semaine : Mana. Un morceau paru en accompagnement de l’annonce de la sortie de son nouvel EP en Février. Surprise cette fois-ci : elle n’est pas seule mais accompagnée à la batterie, pour un duo magnifique qui évoque Sébastien Tellier par instants. Côté images, on les retrouve façon live session dans un décor somptueux, comme des protagonistes sortis d’une peinture de la renaissance. Magnifique, tout simplement.

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