La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la deuxième partie de notre sélection 290 des clips de la semaine.

Faouzia – J’ai perdu la tête à Paris
Faouzia, jeune artiste maroco-canadienne reconnue pour sa voix pop, et qui a notamment collaboré avec David Guetta a sorti le clip de son morceau J’ai perdu la tête à Paris. La chanteuse, sur des airs de soul et de r’n’b raconte une histoire d’amour qui l’a poussé à la folie. Le tout dans un décor parisien. Elle mentionne des rues comme Rivoli et des lieux comme le parc de Belleville. A la caméra, le réalisateur Bobby Hanaford suit Faouzia avec ce qu’il semble être une VHS, dans Paris. Un décor romantique qui met en valeur et en avant la tenue chic de la chanteuse. Bien que cette dernière porte à quelque centimètre de ses lèvres maquillées des traces de sang… J’ai perdu la tête à Paris est extrait du dernier album de Faouiza initutilé Film noir.
Sungaze – Always Looking Behind
Difficile de ne pas regarder un instant en arrière pour constater ce qui a été vécu jusqu’ici, mais ce détour, s’il dure trop longtemps, peut devenir un frein à ce qui nous attend lorsque nos yeux se posent sur l’avenir.
S’enfermer dans un cocon de ce que l’on a déjà vécu revient à reculer devant notre peur de l’inconnu, au profit d’une nostalgie qui parfois se veut toxique. Cette scène de doute et de peur est, pour beaucoup, compréhensible et a parfois du mal à se traduire, mais pas pour Always Looking Behind. Le dernier titre du groupe américain porte ces vers et cette mélodie intense qui font écho à ces scènes d’accroche au passé dont il est compliqué de se détourner.
Ce nouveau single est un constat riche sur l’espoir de pouvoir remettre à leur place cette vie et cette personnalité passées, qui furent un temps des compagnons de route. Le regard droit, loin devant, aussi compliqué que cela puisse être, renferme son lot de moments organiques qui méritent d’être vécus.
Sungaze prouve de nouveau que leur prochain album, I’m No Longer Afraid of Heights, sera une toile acoustique mettant en avant un héritage shoegaze maîtrisé et authentique.
Tems — What You Need
Tems nous avait dévoilé il y a quelques mois son titre What You Need.
Cette semaine, elle revient avec un clip en collaboration avec COLORS porté par une esthétique R&B qui s’impose dès les premières notes.
La production sobre est portée par un tempo lent qui nous replonge dans une vibe années 2000. Dans ce titre, Tems explore l’amour et la douleur qui l’accompagne, tout en célébrant sa libération de l’obscurité.
What You Need peut faire écho à une rupture, ou accompagner celles et ceux qui cherchent à s’échapper d’une relation toxique, ce qu’on vous souhaite sincèrement.
La voix de Tems porte le morceau grâce à son timbre immédiatement reconnaissable et à une interprétation tout en retenue, qui renforce l’intimité du titre. Son aisance vocale donne l’impression d’une simplicité presque naturelle, et révèle pourtant d’une grande maîtrise technique. La chanteuse nigériane confirme une nouvelle fois sa capacité à transmettre une émotion intense avec sobriété.
Obongjayar — Sweet Danger
Obongjayar revient avec un live de Sweet Danger. La version originale est déjà incroyable, et le clip l’est tout autant, mais cette version pourrait bien devenir ma préférée et je vais vous dire pourquoi.
La musique est à un niveau de beauté indescriptible et révèle toute la musicalité d’Obongjayar. Cette version prouve une fois de plus l’ampleur de son talent. Sa voix est unique : douce, avec un timbre si particulier que même lorsqu’il crie c’est toujours juste et musical.
On a qu’une envie : danser ! Obongjayar est un artiste complet et charismatique, le genre qu’on n’oublie pas. La puissance de la musique live se ressent pleinement : la basse, la trompette, la batterie et la guitare se mêlent parfaitement. Son ambitus est impressionnant, et son jeu sur scène ne laisse personne indifférent.
Avec Sweet Danger, Obongjayar montre qu’il reste imprévisible et captivant. On ne sait jamais où il va nous emmener, mais on le suit parce qu’on sait que ce sera incroyable.
Avalon Emerson & the Charm – Jupiter & Mars
Retour en 2023. Avalon Emerson, DJ visionnaire jonglant entre house, techno et post-punk et se produisant dans les plus grands clubs du monde, prend l’industrie musicale à contre-pied. À la surprise générale, elle dévoile & the Charm, un projet dreampop indie à mille lieues de ses racines électroniques. Et quelle claque : une exécution parfaitement maîtrisée, un album enveloppant aux vocalises flottantes, assumant pleinement son heritage synthpop à la Cocteau Twins.
Et bien, nouvelle surprise en ce début d’année : Avalon Emerson annonce la sortie en mars d’une suite à & the Charm, intitulée Written Into Changes. Pour en donner un premier aperçu, elle dévoile Jupiter & Mars, un titre pop-rock rêveur, à la fois catchy et texturé, co-écrit et co-produit avec Rostam Batmanglij (ex-Vampire Weekend). Réalisé par Ben Turok, le clip nous entraîne en orbite autour d’une Avalon Emerson solaire, enveloppée dans un voile de coton. Une mise en bouche plus que prometteuse : on est déjà conquis.
Beverly Glenn-Copeland featuring Elizabeth Copeland – Harbour (Live at Hackney Empire)
Paru une première fois en 2023 sous le titre « Harbour (Song to Elizabeth) », la chanson renaît aujourd’hui dans une version revisitée et profondément intimiste. Extraite de The Ones Ahead (2023), « Harbour » (At Hotel2Tango) prend ici une nouvelle dimension, à la fois humaine et universelle. Atteint d’une forme de démence (LATE), Beverly Glenn-Copeland réapprend chaque note dans l’instant, guidé par la présence et la voix d’Elizabeth Glenn-Copeland. Chaque silence, chaque respiration devient un point d’ancrage, un lien fragile et puissant entre amour, mémoire et musique.
Cette version de Harbour se déploie comme un duo plein de sincérité : deux êtres qui s’aiment, deux présences qui se soutiennent et se répondent. Une chanson d’amour qui chamboule, chantée à l’unisson, dans un cocon où chaque mot semble peser son poids d’émotion.
Harbour raconte avant tout une histoire d’amour. Une histoire faite de transmission, de patience et de présence. Écrit à l’origine pour l’anniversaire d’Elizabeth, le morceau a été réappris par improvisation après la perte de mémoire de Beverly, sa main dans celle de sa partenaire. Une image forte, qui résume à elle seule la portée du projet : continuer à créer, malgré tout, et surtout à deux. « Harbour est une chanson sur le fait de rester présent, même quand la mémoire vacille. Chanter ensemble, c’est notre façon de nous retrouver », confie Beverly Glenn-Copeland.
Harbour laisse une empreinte durable, presque fossilisée dans la roche d’une histoire d’amour vécue et partagée. Elle résonne aussi de manière universelle, comme un hommage à tous les couples qui s’accompagnent, qui prennent soin l’un de l’autre, et deviennent le phare dans la tempête. « Aujourd’hui, je dois réapprendre chaque chanson au moment où je la chante. Mais tant que je peux tenir la main d’Elizabeth, la musique trouve toujours son chemin », ajoute-t-il.
Cet esprit traverse l’album Laughter In Summer, produit par Elizabeth Glenn-Copeland et Alex Samaras, enregistré entre sessions live et prises uniques au mythique Hotel2Tango à Montréal. Pensé comme une lettre d’amour réciproque, le disque s’annonce comme une œuvre profondément humaine, où chaque chanson agit comme un témoignage de vie, de résilience et de joie partagée.
Réalisé sans artifices, le clip — produit par Toby L et Hayley Absalom — va à l’essentiel : deux voix, un piano, une scène, et l’émotion brute. Capturée en conditions live lors d’un concert au Hackney Empire de Londres, la performance saisit la fragilité de l’instant autant que sa tendresse infinie. La voix de Beverly, parfois vacillante mais habitée, trouve un appui constant dans celle d’Elizabeth. Ce duo nous bouleverse autant qu’il nous embarque. Leur complicité transforme la chanson en refuge, en port d’attache — fidèle à son titre.
Avec « Harbour (At Hotel2Tango) », Beverly et Elizabeth Glenn-Copeland ouvrent un chapitre essentiel de Laughter In Summer. Un chapitre tendre, lumineux et bouleversant, qui rappelle que la musique peut être un geste de soin, un espace de lien, et parfois, une manière de continuer à avancer main dans la main.
Une histoire qui nous paraissait nécessaire à raconter.
Terriblement belle, profondément triste, et impossible à garder pour soi.
Tom Misch – Sisters With Me
Martin
Si vous avez la chance d’avoir des soeurs, appelez-les et dites leur que vous les aimez. C’est en substance le propos de Tom Misch dans ce nouveau single Sisters With Me, qui figurera sur son nouvel album Full Circle à paraître au mois de mars. Le morceau est magnifique, contemplatif à merveille et doté d’un groove plus satisfaisant qu’un manteau neigeux immaculé. Venez vous rouler dans cette grasse matinée sonore, dont la production est aussi simple qu’époustouflante. Côté images, on trouve des scènes de partage et de communion qui illustrent superbement et humblement la sororité. Comme l’expression d’une gratitude polie et feutrée qui ne voudrait pas s’imposer ou prendre la place des autres. C’est extrêmement touchant, et une vraie belle parenthèse de douceur qui touche au cœur. Cette production fait partie d’une catégorie rare et qu’on ne voit pas tous les jours, donnons lui l’attention qu’elle mérite.
Léna
Le clip du nouveau single de Tom Misch Sisters With Me marque le retour très attendu du musicien londonien, après une pause de près de 5 ans.
Dans la vidéo, réalisée par Juliet Klottrup, l’artiste met en scène des moments simples et intimes, reflétant les liens familiaux qui ont inspiré le morceau, écrit alors qu’il vivait avec ses sœurs pour la première fois à l’âge adulte.
Musicalement, Sisters With Me s’éloigne des productions électroniques pour privilégier une écriture plus organique, ancrée dans la guitare et le groove chaleureux qui caractérisent la signature de Misch.
Le clip accompagne l’annonce de Full Circle, le prochain album de l’ariste attendu le 27 mars 2026, et présenté comme une œuvre introspective où Misch explore sa musique sous un angle plus authentique et personnel.
Thibaut – Jamais
Repenser son propre rapport à lui-même, à la musique et à la scène, tel a été le défi de Thibaut qu’il y a encore quelques mois, on connaissait encore sous son nom d’artiste Oete. Son premier album Armes et paillettes était marqué par une sensibilité, une volonté de lever le voile sur ses peurs et ses blessures qui brillaient comme les petits carrés d’une boule à facettes à la lumière.
On retrouve sa voix rocailleuse et son écriture à fleur de peau sous une identité réappropriée. Au revoir Oete, bonjour Thibaut ! Ce qui nous avait touché sur l’album se retrouve dans Jamais. Moins dansant que les précédents, la mélancolie au cœur. Thibaut marche dans les rues de Paris 18ème, des corps sont parfois suspendus, oubliés.
Jamais comme une promesse à soi-même pour ne plus se laisser aller à la souffrance, comme une barrière émotionnelle, comme une fatigue d’un amour qui a laissé des traces, comme un mensonge nécessaire. Thibaut se réapproprie son existence et on le redécouvre sous un visage sans fard ni paillette pour une sincérité brute.
Avee Mana – Tune In
On retrouve le quatuor marseillais Ave Manaa pour une nouvelle aventure extraite de son premier album Layers à découvrir le 20 février prochain chez Howlin’ Banana. Si on avait laissé les garçons sur un stage de remise à niveau comportementale sur fond de guitares bien seventies, garage, l’aventure du jour nous amène dans un tout autre décor !
Le quatuor joue maintenant sur les sonorités pysché et indie où l’invitation est plus que claire : tune in ! Et quoi de mieux qu’un fond vert pour jouer la carte de l’immersion ? Allez comprendre ce clip où on est dans ce qui pourrait être un studio photo et une friperie ! Ne cherchez pas plus longtemps et laissez vous séduire par les effets presque hallucinogènes des guitares. L’album s’appelle Layers et rien qu’avec ces deux morceaux, on voit venir le reste !
BLAANK – Virtue Signalling
Si vous ne la connaissez pas déjà, la normande Manon Pédrono signe un projet solo qu’elle porte sous le nom de BLAANK dont l’univers sonore oscille entre noise et post-punk. On se souvient de son ouverture pour les british boys Silver Lines, un geste artistique assez radical où le ton bien nerveux était donné.
Dans ce clip où la chanteuse s’imprègne d’une espèce de boue semblable à de l’argile, on pense à la performance Transfiguration d’un certain Olivier de Sagazan. Virtue Signalling est présentée comme une déclaration d’amour à la vertu contemporaine, une provocation sans doute qui questionne notre rapport au paraître dans notre société saturée de postures.
Le chant n’est pas mélodique ni harmonieux, il prend des airs d’énonciation clinique, le propos s’entend plus clairement. Le son est comme industriel et circulaire : beaucoup de bruit, peu de substance, on vous invite à penser métaphoriquement !