Chroniques

A Gospel Of Some Sort : les ombres et les lumières de Syd Matters

Artiste
Syd Matters
Album
A Ghost Of Some Sort
Label
Third Side Records
Sortie
4 septembre 2026

"And after many years in the making, here I sing" nous susurre Jonathan Morali à l'oreille dans la bien nommée Many Years In The Making. Il faut dire qu'il aura fallu du temps à Syd Matters pour revenir vers le chemin des chansons. Et à l'image de certains camarades comme Ghinzu ou Girls In Hawaii l'attente est parfaitement récompensée avec A Gospel Of Some Sort, un album d'ombres et de lumières, de solitude et d'élan collectif ou le diable se glisse avec malice au c(h)œur d'un chant religieux.

Il faut parfois savoir se soumettre à la beauté. L'embrasser lorsqu'elle se présente à nous et la laisser nous aspirer le temps d'un instant avant de l'observer plus concrètement. Comme un tableau que l'on découvre avant d'y voir les détails, comme un édifice qui se présente face à nous dans toute sa grandeur et sa splendeur avant qu'on observe les parties qui le font tenir et former un tout.

Notre première écoute de A Gospel Of Some Sort de Syd Matters fait partie de ces expériences, de ces choses parfois trop grandes pour être envisagées de manière concrète. Alors on se laisse guider, pris par la main dans cette traversée nocturne de 50 minutes où l'on croise des fantômes, des émotions et la malicieuse beauté d'un groupe qui retrouve de sa superbe comme si il n'avait jamais vraiment disparu, comme si tout était simple et évident alors qu'il n'en est évidemment rien.

A Gospel Of Some Sort est une magie qu'on espérait ne pas croiser, un rituel qui soigne et qui nous plonge dans le chaos d'un esprit et d'une époque où malgré la nuit, malgré la solitude, malgré la peur, il est nécessaire de retrouver à la fois le chemin vers soi et vers les autres.

Et cette idée, on s'en rend compte dans l'ambivalence, un terme qui semble convenir à la perfection à l'album de Syd Matters.


L'album nous pousse à prendre de la hauteur alors qu'on ne trouve ses merveilles qu'en se plongeant dans tous ses petits détails (les choeurs fabuleux de In The Darkness, la tension qui grimpe mais n'apparaît jamais dans Armageddon Time, Nuclear ou The Holy Ghost)

On peut aussi voir cette confrontation entre une musique à la douceur presque rassurante  alors que la poésie qui habite l'album est, elle, remplie de doutes, de tensions et de peurs.

Plonger dans les textes de l'album, c'est plonger dans l'ébullition d'une création (Many Years In The Making), mais aussi dans une manière de raconter des échappées, des doutes , des peurs (In The Darkness)  et peut-être même la dépression (Memorize) et la réconciliation face au deuil (la sublime The Holy Ghost).

À l'écoute, dans les échos des chœurs qui envahissent certains morceaux, dans le silence de la voix qui apparaît parfois, on peut aussi y voir une sorte de multiplicité, des petits films qui s'arrêtent parfois brutalement et qui changent de héros, ou qui jouent en écho les uns face aux autres.

Il y a dans ces histoires beaucoup d'angoisses et de craintes, mais surtout, la volonté de trouver une lumière, une petite flamme qui éclaire le chemin que l'on arpente dans la vie. Pour cela Syd Matters, et ses nombreux invités, tissent au cours de ces 11 morceaux des toiles sonores rassurantes et accueillantes.


Portée par la voix toujours aussi envoûtante de Morali et des chœurs exceptionnels et hyper présents (après tout, ne serions-nous pas face à un gospel d'une certaine manière ?), les mélodies délicates et enveloppantes bouleversent autant qu'elles rassurent. Il y a bien sûr la tentation de la noirceur dans des morceaux comme Ténèbres, Tongues ou In The Darkness ou dans la double histoire qui compose The Holy Ghost, il y a aussi cette tension presque inquiétante qui nous envahit à l'écoute de The Devil, mais des morceaux comme Many Years In The Making, Armageddon Time ou Easy viennent eux nous réchauffer le cœur.

Enfin, il y a sans doute un élément un peu plus mystérieux mais pourtant bien présent dans cet album de Syd Matters : l'humour. Il n'est pas dans les chansons, mais dans certains choix qui composent l'album. Tout d'abord cette idée de commencer l'aventure par Armageddon Time et de le terminer par Nuclear.

Ensuite d'appeler l'album A Gospel Of Some Sort, incluant l'image presque totalement assumée d'un chant religieux, et de créer un album où le diable semble être le personnage le plus présent, voire celui qui chante (c'est notre point de vue, notamment sur Armageddon Time).

Enfin, il y a une idée assez saugrenue mais finalement totalement parfaite : faire du seul titre français de l'album (Ténèbres) un morceau imposant, épique et sublime mais totalement instrumental.


Comme on l'expliquait auparavant, c'est en se laissant envahir par la beauté et en y cherchant les couleurs et les détails que l'on remarque tout ça. Ce que l'on remarque surtout, c'est que A Gospel Of Some Sort n'est pas un album cynique, ou une veine tentative de retour qui jouerait sur la nostalgie.

L'album de Syd Matters est porté par une volonté simple et évidente : exprimer des pensées, des idées et faire naître des émotions. Et pour ça, quoi de mieux qu'une chanson ?

La mission est plus qu'accomplie, A Gospel Of Some Sort est sans aucun doute l'un des plus beaux albums de l'année et une œuvre qui nous accompagnera et nous hantera pendant très longtemps. On espère juste ne pas devoir attendre 16 ans jusqu'à la prochaine épopée.




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