ADN : Acide du noyau des cellules vivantes, constituant l’essentiel des chromosomes et porteur de caractères génétiques. Avec ADN, La Face B part à la rencontre des artistes pour leur demander les chansons qui les définissent. Aujourd’hui, Alexis de Pretty Inside se raconte en six albums à l’occasion de la sortie de leur nouvel album, Ever Gonna Heal.

Elliott Smith – From a Basement on the Hill
C’est évident pour moi de commencer par cet artiste. J’ai tellement emprunté à sa façon de chanter, d’écrire ou de composer. Puis c’est avant tout un chanteur folk, et c’est lui qui m’a donné envie de faire des concerts tout seul avec ma guitare.
A chaque fois que j’écoute un album d’Elliott Smith, je suis retourné par tout ce qui se passe d’intelligent et de sensible dedans. C’est difficile de choisir un album, car sans aucune exagération, il n’y a pas un en-dessous des autres dans sa discographie.
From a Basement on the Hill n’est peut-être pas mon préféré, mais il y a tout Elliott Smith dedans : des ballades nues avec des parties guitares ultra complexes qui sonnent comme du miel, mais aussi des chansons très orchestrées. Il expérimente parfois avec des guitares noisy comme avec son premier groupe Heatmiser.
En plus, Elliott Smith est mort avant d’avoir pu le terminer, donc il y a vraiment une atmosphère unique qui plane dedans. A chaque fois que je l’écoute, j’essaie de m’imaginer comment auraient pu sonner les morceaux s’il avait pu avoir le dernier mot.
My Bloody Valentine – EP’s 1988-1991
J’adore My Bloody Valentine, et cette compile, c’est le paradis, c’est-à-dire une grande partie de ce que le groupe a fait avant Loveless. J’ai souvenir de l’écouter dans tout un tas de conditions différentes : seul dans le train, dans la voiture avec le groupe, lors de nuits blanches, en lendemain de soirée, la veille de quitter un appart, sous drogue, envahi par l’euphorie, amoureux, le cœur brisé… Et à chaque fois, ça colle, c’est dingue.
Probablement parce que les chansons sont toutes exceptionnelles. Je crois qu’à force, je préfère ce My Bloody Valentine « imparfait », parfois jangly, presque lo-fi, avec ses voix super sèches, par rapport au monumental Loveless. Il y a quelque chose de très maladroit dans leurs premières explorations noisy et ça me charme énormément.
Birds in Row – Gris Klein
Quand cet album est arrivé, je sortais avec une fille qui écoutait énormément de musiques extrêmes : post-hardcore, sludge, mathcore, etc… En ce moment j’écoute des albums de Converge par paquet de dix et du screamo toute la journée, mais ce n’était pas la même histoire en 2022, et j’étais vachement réticent à tous ces trucs-là.
La discographie de Birds in Row, c’était encore bien trop violent pour moi, mais il y avait un truc différent sur ce Gris Klein. Tout est clair sur ce disque : des chansons qui respirent avec des vrais gimmicks inoubliables, des mélodies, pas mal d’expérimentations camouflées à la frontière de la musique électroniques et une ligne artistique forte sur la dépression et la nécessité de faire de l’art.
Donc comme tout le monde, j’ai fermé ma gueule et pris ma claque, et j’ai fini par me rendre compte que dedans, il y a tout ce que j’aime sur un disque : de l’intensité, des partis pris forts, un propos humaniste, et un vrai effort pour rendre ça accessible.
Violent Sadie Mode – Incelcore
6 bangers de punk hardcore vintage, à la sauce Riot Grrrl. Celui-là, c’est un peu le disque « famille ». Il y a tellement de belles histoires autour. Il n’y a pas si longtemps que ça, je donnais des cours de guitare à Sadie, elle était un peu timide. Aujourd’hui elle RETOURNE toutes les salles de concerts où elle passe. On a sorti cet EP avec mon label Flippin’ Freaks (parmi d’autres, la liste est longue).
J’ai toujours pensé que c’était ultra important de s’impliquer à fond dans la scène locale, sinon on ne survivra jamais. Chez Violent Sadie Mode, tous les membres ont cette mentalité : ils.elles sont tous.tes impliqué.es dans des labels, des lieux ou des scènes musicales en marge, en jouant les « petites mains ».
Le groupe commence à attirer l’attention et je suis super content pour elle.eux, car il y a grave de démarches altruistes à côté du groupe. L’EP a été intégralement produit par Andrei Ivanov, un super ingénieur son, exilé politique qui a fui la Russie au début de la guerre.
Il est tombé sur notre label via bandcamp, nous a écrit un message, et est venu s’installer à Bordeaux avec pas grand-chose dans les poches. Il a réalisé un travail incroyable sur ce disque et il travaille avec pas mal de groupes à Bordeaux maintenant. Il organise aussi énormément de concerts depuis qu’il est là.
Et surtout, c’est le nouveau guitariste de Pretty Inside. Le clip a aussi été fait par un autre pote super talentueux, Eddie Fzone, avec qui on a travaillé sur le dernier Pretty Inside. On ne va pas se mentir, il y a souvent quelque chose d’un peu individualiste quand on veut porter une démarche artistique. Alors ça m’émeut toujours vachement quand il y a des histoires de solidarité autour.
Nico – The Marble Index
On connaît tous Nico pour son album avec le Velvet Underground, mais le reste de sa discographie est aussi obsédant si on n’a pas peur du noir. Je me suis retrouvé cet hiver à l’écouter quelques fois dans la nuit glacée, c’étaient des moments incroyables. L’album est avant-gardiste et dissonant.
La voix de Nico est sombre et autoritaire, pourtant c’est la seule chose à laquelle on peut s’accrocher pour éviter de faire une crise d’angoisse, tellement ça fourmille. Dans le clip de Evening of Light, elle est vêtue d’une grande robe blanche au milieu d’un champ en plein hiver.
Il y a aussi Iggy Pop, tout jeune (je crois que le premier Stooges n’est pas encore sorti à ce moment-là) maquillé en corpse paint. Ils érrigent puis brûlent une croix dans la nuit. On est plus de vingt ans avant le rock gothique ou le black metal.
Nico était tellement en avance sur son temps.
Mitski – Be The Cowboy
J’aurais pu choisir un disque super menaçant de Swans ou de Nine Inch Nails ou d’un énième songwriter suicidé pour terminer, mais il faut arrêter de se cacher à un moment : j’aime la pop. J’aime les mélodies délicieuses servies avec des arrangements sucrés et une pointe de sentimentalisme pour verser une larme pudique. Sur cet album, il y a ce qu’il faut de guitare et de culture indé pour parler à un fan de Sonic Youth.
Les textes sont extrêmement quotidiens : la vie random d’une trentenaire anonyme d’une grande ville. Je ne sais pas vraiment pourquoi ça me parle autant, elle exprime tout ça d’une façon à la fois casuelle et hyper profonde. Peut-être parce qu’on dirait que les mélodies ne vont jamais s’arrêter mais qu’elles ne sont jamais trop longues, et que les textes ne parlent absolument pas de moi mais que bien évidement qu’ils parlent de moi.