ADN

ADN #1184 : Gabriel Kröger

ADN : Acide du noyau des cellules vivantes, constituant l’essentiel des chromosomes et porteur de caractères génétiques. Avec ADN, La Face B part à la rencontre des artistes pour leur demander les chansons qui les définissent et les influencent. Au tour de Gabriel Kröger de nous dévoiler ses trésors.



The Districts - Funeral Beds, live session Hotbox Studio

The Districts est l'un de mes groupes préférés all time ! C'est à la fois le groupe qui m'a donné envie de faire du live quand j'étais ado, et aussi l'un de ceux qui possède une discographie légendaire. Le live de ce morceau m’a inspiré sur la façon de faire sonner des morceaux de rock, et comment aller de l'infiniment petit à l'infiniment grand.


Je devais être en seconde quand j’ai découvert cette live session. J'étais au lycée, je l’avais montrée à une copine avant de parvenir à convaincre mon père de nous emmener à leur concert à Paris, au Pop Up. C'est l'une des plus grosses claques que je me suis prises en live, cette fois-ci et les fois d'après.


On m’a, d’ailleurs, déjà dit que je bougeais un peu comme le chanteur-guitariste chez eux !


The Dodo's - Joe’s Waltz

Le guitariste du duo est mon guitariste préféré. C'est la personne qui m'a le plus inspiré et qui m'a fait passer de la guitare électrique à la guitare acoustique. Ça faisait environ un an que je faisais de la guitare. J'avais surtout des références de guitare électrique, puis j’ai commencé à tomber sur leurs albums.


Je me suis passionné pour tout ce qu'ils faisaient. Pour sa technique, il prend à la fois du fingerpicking très folk, assez traditionnel. Il mélange ça à des structures de morceaux inédites et des variations d'intensité.


Ce morceau est composé de plusieurs parties, de changements radicaux d’ambiance et de prises d’intensité jusqu’à des parties plus noisy. C'est un peu ma bible sur les guitares acoustiques. Malheureusement, il ne peut plus jouer comme avant, parce qu'il a de l’arthrite dans les mains. Je ne le verrai sûrement pas jouer en live, c’est mon plus grand regret.


Adrianne Lenker - Forward Beckon Rebound

La discographie de Big Thief et d'Adrianne Lenker en solo. Dans cet ordre-là. C’est un des plus gros tunnels que je me suis mis sur ces dernières années. J'ai l'impression qu'à chaque fois que je continue à gratter, je trouve un nouveau morceau magnifique et harmonieux sous tous les aspects. Je l'écoute en boucle pendant des semaines, et ainsi de suite. 


Et pendant un moment, ça a été ce morceau-là. J'aurais pu en choisir d'autres. C'est l'une des artistes les plus marquantes de notre époque dans la musique folk-rock. S'il y avait un truc qui avait dû survivre de l'époque hippie, qui avait dû voyager dans le temps et arriver aujourd'hui, je pense que ça serait Adrianne Lenker.


 Crywank - Gb Eating Gb While Listening To Gb

Crywank est un duo anglais de Folk Punk qui est une grande inspiration sur le plan de la création. Il apprenait encore à jouer de la guitare sur ses premiers disques. Au fur et à mesure de la discographie, tu vois l’évolution de son jeu, en assez peu de temps en plus ! C'est un truc qui m'a beaucoup inspiré, notamment sur mon premier EP, Le journal d'un jeune dégueulasse. C'est très acoustique avec une écriture ultra drôle, ultra noire, très cynique.


Ce que je trouve super inspirant chez eux, c’est qu’ils n’ont jamais eu d'autre structure qu’eux-mêmes, même après 15 ans de carrière, pas même un label indé, absolument rien du tout ! Pourtant, ils ont réussi à tourner sur tous les continents en DIY complet et grâce à leur public aussi, en disant simplement : « On aimerait faire une tournée en Asie, dans telle région, dans telle zone, envoyez-nous un mail si vous avez un endroit où jouer. »


Je trouve que c'est ultra inspirant et j'ai eu la chance de pouvoir les inviter en France pour leur première date à Paris en 2024. J’ai pu, lors de cette date, partager la scène avec eux. C’était un gros truc à cocher pour moi !


Car Seat Headrest - I Want You To Know I’m Awake / I Hope That You’re Asleep

Car Seat Headrest, Will Toledo de son nom civil, est aussi une grande inspiration de par son processus créatif. C'est l'un des rois de la musique lo-fi des années 2010 qui s'est fait connaître en sortant des albums sur Bandcamp. Plus tard, il a écrit sur son profil : « Si j'avais su qu'autant de personnes écouteraient mes disques, je ne les aurais jamais sortis. ». Pour lui sa musique était un exutoire, il n'avait pas vraiment de matériel pour Pour lui, sa musique était un exutoire. Il n'avait pas vraiment de matériel pour enregistrer, le nom du groupe vient du fait qu'il ait enregistré sa voix à l'arrière de la voiture de ses parents pour qu'on ne l'entende pas.


C'est un des albums les plus importants de ma vie, il m'a soutenu lors de périodes assez compliquées. Pourtant, l’album est plutôt inhospitalier à la première écoute, car il démarre par cinq minutes de synthés avant qu'il n'y ait quelconque voix ou guitare qui sont un peu plus agréables à écouter.


Dans la discographie de Toledo, il y a beaucoup de morceaux longs avec des textes magnifiques, j’aspire à écrire des choses aussi intimes mais aussi directes. C'est un des seuls artistes où j'ai eu cette sensation que quelqu'un racontait tout ce que je voulais dire.


Klô Pelgag - le goût des mangues

J’ai choisi le goût des mangues car c’est celui-ci qui me vient en tête, mais j’aurais pu en proposer tellement. C’est une de mes artistes francophones préférées ! 


Tous ses albums sont formidables. Ce qui m’impressionne le plus c’est son talent d’autrice, je elle a cette capacité à faire glisser la langue française d’une manière extrêmement fluide sans desservir l’aspect plus technique de la musique. Elle est capable de proposer des morceaux complexes, tout en étant précise dans ses sonorités.


Le goût des mangues, c’est un très beau morceau, c’est celui qui m’a le plus ému de son dernier album. Dans ce morceau, elle parle de l’hiver, des jours où il fait froid et que ça va mal… Elle dit : souviens-toi du goût des mangues, souviens-toi des moments plus sucrés, plus doux et réconfortants. Ça résonne avec la série d’EP que je suis en train de sortir dont fait partie  Un an sans soleil. 



Phoebe Bridgers - you missed my heart

You Missed My Heart est, peut être, le seul morceau qui m'a fait pleurer. Je ne pleure pas trop sur la musique, contrairement au cinéma, par exemple. 


Phoebe Bridgers a cette maîtrise de l’équilibre entre son emballage d’artiste indie, rock, folk qui sur la production penche sur de la pop, et ses talents d’autrice. Il y a un détail que l’on sous-estime beaucoup chez elle, c’est son humour, un humour noir presque cynique. C’est un style d’écriture que j’affectionne beaucoup. 


Ce morceau, pour le coup, est une reprise, mais la version de Phoebe est trois étages au-dessus ! Dès la première écoute, je me suis dit : « Qu’est-ce que je viens d’écouter ? ». Je l’ai écouté une seconde fois et j’étais conquis. C'est un morceau que j'aimerais bien avoir fait dans ma vie.


Surfjan Stevens - I want to be well

Je l'ai mis parce qu’à mes yeux, c'est un des plus grands compositeurs et artistes de notre temps, de notre siècle. Je pèse mes mots, comme à chaque fois ! Je suis persuadé qu'il restera comme tel dans le futur. Il a une discographie gigantesque qui explore un tas de styles, de sons plus électroniques à d’autres très folk, puis il explore des sons très arrangées, très orchestrales. Il a même près de 5 heures de musiques de Noël ! 


Je pense que c'est son album le plus maximaliste, je trouve que c'est un chef-d'œuvre qui mélange sa voix, son écriture, un peu du jeu assez folk pour lequel on le connaissait jusqu’ici. Il catapulte tout ça dans des arrangements super complexes et entrelacés de boîte à rythmes, de synthé, de cuivre, etc.


Ce morceau-là fait une belle synthèse de l’album. Des moments de fragilité, des moments denses, assez dissonants, de pics d'énergie, de paroles. Il a des paroles culte et ce « I want to be well » qu’il répète plusieurs fois est mémorable.



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