ADN : Acide du noyau des cellules vivantes, constituant l’essentiel des chromosomes et porteur de caractères génétiques. Avec ADN, La Face B part à la rencontre des artistes pour leur demander les chansons qui les définissent. A l’occasion de la sortie de son quatrième album The Broken Balladeer, le Montréalais Gus Englehorn vient nous dévoiler ses influences.

Parfois, je m’émerveille de la profondeur de la plus grande archive de tous les temps, celle que nous appelons Internet. En quelques frappes, on peut ouvrir un portail, voyager dans le temps, plonger dans les recoins les plus enfouis de ce véritable trésor. Cela a été pour moi une source d’inspiration inépuisable tout au long de mon parcours pour devenir auteur-compositeur. Il semble que chaque fois que je manque de but ou de motivation, il y ait quelque part une pépite cachée qui m’attend pour réaffirmer ma raison d’être sur cette terre. Voici quelques-unes de celles qui m’ont réconforté, enthousiasmé et porté au fil des années.
PJ Harvey – Working For The Man
J’aime tellement cette performance de PJ que je la regarde rarement d’un seul trait, parce que je mets presque toujours pause à mi-chemin pour prendre ma guitare et me mettre à jouer. Pour une raison qui m’échappe, peu importe l’état dans lequel je me trouve, elle me galvanise à tous les coups. Tout semble exister dans une réalité parallèle : PJ est une femme fatale électrique, son guitariste a l’air d’un tueur à gages et son batteur est un sosie stoïque de Billy Corgan. La chanson est une véritable leçon de minimalisme, et la performance de PJ est évidemment exceptionnelle.
Black Francis – Velouria (acoustic live)
Une transmission en provenance de la planète Black Francis. L’humour, la tristesse et la beauté s’y superposent, comme toujours. Un auteur-compositeur d’une inventivité débordante, au point qu’on se demande comment une seule personne peut posséder une imagination aussi prodigieuse. J’adore sa description au début, c’est une petite fenêtre sur son psyché.
Young Marble Giants – Brand New Life
Une explosion d’inspiration, à chaque fois que je regarde une performance de Young Marble Giants. J’ai l’impression que chaque instrument du groupe joue en parfaite harmonie avec la chanteuse, Alison Statton. Il y a à la fois une aspérité mordante et un effet apaisant, avec une approche minimaliste très stricte. J’aime quand les choses sont anguleuses, presque en blocs, et qu’on peut entendre l’espace entre les notes, les parties ou les mots.
Elliott Smith – Lucky Three
Tout simplement un magnifique court métrage réalisé par le grand Jem Cohen, mettant en vedette Elliott Smith, filmé à Portland en 1996. Portland occupe une place très spéciale dans mon cœur, et j’ai toujours vu Elliott Smith comme la mascotte officieuse de la ville, l’incarnation de cette petite ville pluvieuse, merveilleusement mélancolique. Les chansons Between The Bars, Thirteen et Angeles, livrées presque à voix chuchotée, vous frappent de plein fouet de cette façon très particulière que seul Elliott sait faire.
Leonard Cohen – Chelsea Hotel #2
Ce qu’Elliott Smith est à Portland, Leonard l’est pour Montréal. Une autre ville qui m’est très chère. Mon chez-moi loin de chez moi. J’ai déménagé il y a quelques années, et depuis, j’y ai passé plus de temps que dans n’importe quel autre endroit où j’ai vécu. La ville ne cesse de me ramener à elle, et Leonard chante sa bande sonore. J’ai choisi cette performance de Chelsea Hotel #2, mais j’aurais tout aussi bien pu en choisir n’importe quelle autre sur YouTube. J’ai toujours eu l’impression qu’il se donnait entièrement, à chaque prestation. Il y a même un moment merveilleux dans le documentaire A Bird on a Wire où il annonce au public que, si le spectacle ne s’améliore pas, il mettra fin au concert et remboursera tout le monde, parce qu’il estime ne pas être à la hauteur ce soir-là. J’ai trouvé ce moment d’une grande honnêteté. Un véritable témoignage de son engagement à faire de chaque concert une communion réelle avec son public.