Chroniques
Auren dévoile « Réciproque », un EP nostalgique entre résilience et intimité
- Artiste
- Auren
- Album
- Réciproque
- Sortie
- 28 août 2026

Le 28 août dernier, Auren sortait « Réciproque ». Un album dansant, aux sonorités légères, qui soulève néanmoins des thématiques très profondes. Elle y aborde sans détour sa non-maternité non choisie, la maladie, et tant d’autres choses auxquelles les femmes peuvent être confrontées. Sans tomber dans le pathos, elle nous embarque dans un univers bien à elle, fait de résilience et de sonorités nostalgiques.

Une pop nostalgique qui cache des sujets bien plus sérieux
Sur l’ensemble de l’album, Auren nous offre une ambiance très nostalgique, avec des productions qui rappellent les années 1980. Il y a un côté très dansant et feel good, avec des envolées vocales et instrumentales qui marquent les refrains.
Avec finesse, elle crée un paradoxe entre ces sonorités entraînantes et les paroles, dans lesquelles elle se livre sur des épreuves de vie douloureuses. Dans Réciproque, par exemple, elle rompt un solo instrumental aux airs joyeux par cette phrase : « Je flotte dans la baignoire à moitié morte ».
Les différents rythmes servent aussi la narration. C’est le cas avec Record, où les envolées se mêlent à des moments presque chuchotés, comme dits en aparté. Alors qu’elle fait le récit d’une course cathartique, la musique nous donne l’impression de la suivre dans ce périple.
Parfois, le rythme s’assombrit tout de même. Il prend des tons plus graves, plus angoissants. Sur L’enfant et Malgré moi, le refrain prend des airs de tourbillons de pensées, qui nous envahissent dans un désordre contrôlé.
Auren met en musique la maladie et la maternité
Avec Coup droit et Record, Auren met en avant la maladie. Elle met en exergue le fait que bien souvent, les symptômes des femmes sont invisibilisés, faute de « preuve ». Elle y évoque alors les symptômes bien réels de ce qu’elle a traversé. Tant mentalement « je perds la tête », que physiquement « je vomis tout mon amour ».
Loin de se décourager pour autant, elle aborde avec Record son rapport à la course à pied. Ce sport qui lui a permis de se réapproprier son corps et de se dépasser. Une véritable ode à la résilience.
Le point d’orgue de cet album, c’est L’Enfant. Un morceau très personnel, dans lequel elle aborde l’enfant qu’elle « n’a jamais eu ». Elle lui donne une voix, lui prête des intentions : « il aurait bien voulu répondre de travers », avant de lui parler directement « je t’ai tant voulu, je te veux encore ». Une manière de dire que même s’il n’est pas là, cet enfant a existé. À travers ce titre intime et puissant, elle met des mots sur une situation qui touche beaucoup de femmes, mais reste encore tabou dans la société.
Derrière les épreuves, une histoire de résilience
Auren se livre également sur sa manière de traverser ces épreuves. Dans Malgré moi, elle met l’accent sur les regrets que l’on peut avoir. Sur les erreurs commises alors qu’on est submergée par ce qui nous entoure : « j’ai tout gâché, emportée par le décor ».
Accompagnée d’un piano qui semble s’amuser, elle termine cet album sur une note d’espoir : « regarde tout recommences, regarde comme tout va bien ». Le jeu est un morceau sur la persévérance, qui met en scène les hauts et les bas qu’il faut traverser. Dédramatisant un peu les épreuves : « c’est le jeu, t’es tombée, t’es remontée ». Sans jamais oublier l’importance de continuer à se battre : « tu te relèves ou tu crèves ».
Réciproque est un album fort et intime, dans lequel Auren se met à nu. Alors que les productions sont joyeuses et dansantes, elle met des mots sur des épreuves qui touchent beaucoup de femmes, mais restent encore trop souvent tues. Ici, on aborde avec transparence la maladie, la maternité, l’amour mais aussi la reconstruction. On commence en misant tout sur l’autre, en cherchant une issue de secours. Pour finir par un message d’espoir centré sur le « je », en essayant coûte que coûte de se sauver soi-même.
Crédit photo : June Tamó-Collin