À l’instar des vishaps, ces créatures protectrices du paganisme arménien, la chanteuse jazz née en Arménie se fait sentinelle. Avec ce premier album, sorti le 6 février, elle reprend des chants anciens de ses origines pour mieux les transmettre.

Est-ce des pierres ou des compagnons fantastiques ? Les créatures surnaturelles que les Arméniens appellent vishaps prennent la forme de dragons. Ils sont tantôt protecteurs de l’eau et symboles de fertilité, tantôt dangereux et destructeurs. Par extension, les monolithes proches des étangs portent le nom de vishap. C’est entre ces derniers que l’artiste Victoria Alexanyan pose.
La native d’Arménie a choisi de rendre hommage à ces dragons en donnant leur nom à son premier album. Comme ces derniers, Victoria Alexanyan se fait gardienne du patrimoine musical arménien. Avec Vishap, elle redonne vie aux roches statiques en dépoussiérant les traditions qu’elle réveille. Et qu’elle met en mouvement dans un jazz entraînant.
Relire le mythe pour relier les époques
Victoria Alexanyan reprend la mythologie antique arménienne pour parfois la réinterpréter. Derrière ces vishaps se cachent des femmes, des histoires de génétique, de transmission. Ou encore de capacité à surmonter les souffrances des mémoires traumatiques. Celle arrivée en France en 2018 se fait l’écho d’un peuple heurté aux méandres de l’histoire, entre guerres et génocides.
La chanteuse développe ces nombreux sujets dans ses textes. Ainsi, avec Liens d’Or, elle évoque l’épigénétique, l’étude de la modification des gènes de génération en génération. Ou encore, dans L’eau coule de la montagne, Victoria Alexanyan explique que chanson « reflète la philosophie du peuple arménien : simplicité, humilité et résilience, des valeurs enracinées dans sa culture et sa spiritualité ».
Un jazz organique et traversé
Ces thématiques sont brodées d’une musique riche : un jazz contemporain et organique qui s’inspire d’ornements musicaux arméniens, voire orientaux. Elle joue aussi avec les symboliques et les éléments, mêlant des élans rythmiques rappelant la fougue du dragon. Que Victoria Alexanyan couple à des sonorités venteuses et aériennes, semblables au souffle des vishaps qui courent entre les montagnes.
Pour Vishap, la chanteuse s’accompagne d’Amin Al Aiedy (oud, nay, co-composition), Vincent Forestier (piano, co-composition), Yann Phayphet (contrebasse) et Matheo Ciesla (batterie, chœurs). Des musiciens aux horizons variés, issus du jazz et des musiques de chambre, d’improvisation ou encore des traditions musicales arabe : les maqams.
Formée par un prestigieux mentor
Victoria Alexanyan, diplômée du Conservatoire d’État d’Erevan, a été initiée au jazz par le pianiste Vahagn Hayrapetyan. Ce dernier est le mentor du célèbre pianiste arménien Tigran Hamasyan. Lorsqu’elle s’installe en France pour poursuivre ses études de musique à Lyon, elle se forme à la chanson française. En 2020, elle crée son propre projet, une fusion de ses inspirations, avec des compositions personnelles et des arrangements pour son quartet.
La chanteuse défendra son album en concert le 23 avril 2026 au Hot Club de Lyon et le 18 septembre 2026 au Jazz Mazz à Paris.
▶ Vishap, le premier album de Victoria Alexanyan (Musiques en balade)