ADN : Acide du noyau des cellules vivantes, constituant l’essentiel des chromosomes et porteur de caractères génétiques. Avec ADN, La Face B part à la rencontre des artistes pour leur demander les chansons qui les définissent. Aujourd’hui, on part à la découverte des influences du quatuor Avee Mana à l’occasion de la sortie de leur album Layers.

I’m housin – Rage against the machine
Franck (Basse) : Durant ces dernières années, je me suis replongé dans la discographie de Rage Against The Machine et les lignes/sons de basse de Tim Commerford ont ainsi largement fait partie de mes influences.
Ses lignes sont redoutablement efficaces avec des notes toujours bien placées sans trop en faire. Dans ce titre, on retrouve justement une ligne de basse mélodique pendant les couplets et un son distorsion
énorme pour les refrains.. tout ce que j’aime !
Tempo – Boogarins
Julien (Guitare) : Ça fait déjà 10 ans que l’album Manual de Boogarins est sorti et pourtant il fait toujours partie de mon quotidien, que ce soit dans mes écouteurs ou quand j’attrape la guitare pour composer. C’est un album qui ne ressemble à aucun autre et pourtant il est très influencé.
C’est difficile de le ranger dans une case, d’autant plus qu’il est rare d’entendre un groupe brésilien et chantant en brésilien s’approprier avec classe quelque chose d’habituellement british pour en
révolutionner le genre. Je choisis le morceau Tempo, car c’est celui qui représente le plus cette originalité, ces progressions harmoniques surprenantes et libérées avec ce 3 temps assez lent.
La dynamique du morceau est saisissante, avec ces moments de silence total coupé du tempo (sans mauvais jeu de mots) puis des riffs tranchants.
Émotionnellement c’est quelque chose qui me correspond très justement dès les premières paroles qu’on pourrait traduire par « pour me libérer du tempo des humains », c’est comme une recherche de calme et de solitude lors du vacarme en société, ce qui m’arrive très souvent.
Au delà de tout ça, c’est une chanson qui a également énormément inspiré Avee Mana lors des débuts et qui a tracé une voie qui n’est jamais très loin de notre propre route.
The Rainbow – Talk Talk
Rémi (Guitare/Chant): The Rainbow c’est le titre d’ouverture de ce disque de 1988. Tout l’album est sublime et ça aurait pu être prétentieux et trop intellectuel. Mais ça reste super « raw » et en même temps très élégant.
C’est un album à la fois culte et niche puisque c’est quand même une balle dans le pied au niveau commercial pour le groupe à l’époque mais un exploit artistique.
The Rainbow reste une chanson, parce qu’il y a des motifs chantés qui reviennent un peu comme un refrain, mais tout est déconstruit, les timbres des instruments se superposent, se mélangent et d’un coup il y a cet harmonica avec un son saturé qui déchire tout, c’est magnifique ! Il y a une sensibilité et une émotion incroyable sur tout ce disque et particulièrement sur The Rainbow.
La trajectoire de ce groupe et de Mark Hollis est passionnante. D’ailleurs, le documentaire In a Silent Way de Gwenaël Breës est un bel hommage à Talk Talk et à leur processus créatif.
Change Into One Another – Discovery Zone
Sylvain (Batterie) : JJ Weihl, musicienne et artiste pluridisciplinaire basée à New York et Berlin, compose et écrit sous le pseudonyme de Discovery Zone. JJ est l’une des artistes qui m’a le plus marqué de ces dernières années.
Après une petite décennie à apprendre à faire de la musique et, surtout, apprendre à faire de BONNES chansons simples, efficaces et impactantes au travers de chefs d’oeuvre d’auteurs.ices / compositeurs.ices tels.lles que Trish Keenan, Lætitia Sadier, Samuel T.Herring, Andy Shauf ou encore Mac Demarco, j’ai décortiqué ces êtres, puis leurs chansons et ai découvert la satisfaction de pouvoir me surprendre à écrire et composer des chansons, avec ce pouvoir de simplicité, qui créent la frustration et poussent à rappuyer le bouton replay le plus possible.
Après cette petite décennie là, et à force de travail répétitif, parfois même un peu sanglant, j’ai aussi découvert l’ennui du processus, les habitudes de composition qui marchent toujours ou presque, mais qui tournent finalement en rond. Me rendant même, au bout d’un certain moment : désabusé, blasé, saturé et ennuyé.
Insupportable sentiment qui nous fait nous demander si nous ne devenons tout simplement pas aigri ? Hautain ? Suffisant ? Dédaigneux ? Peut-être les 4 en même temps.
Il a suffit que je tombe par hasard sur Change Into One Another de Discovery Zone, co-produit par le talentueux John Moods.
Presque instantanément, 4 petites notes à la noire d’un vieux préset de chœurs d’un synthé 80’s, sur un lit de 4 accords de guitare légèrement glucoses et très lumineux, détournent fortement mon attention de la tâche random que j’étais en train d’exécuter.
A la 11ème seconde, la snare fait son appel, et là, JJ passe son bras autour de ma nuque et m’embarque avec sa tendre voix dans sa narration magnifique : Une individu qui adresse ses mots de désamour à un autre être, en lui racontant toute l’importance qu’il a pour cette aventure éphémère.
Des notes, des accords, une rythmique et des mots si simples que c’en est déconcertant … mais qui constituent une musique si belle et pleine de sens.
J’ai pris la douce gifle dont j’avais grand besoin, me donnant pour rappel : il suffit de peu, sans nul besoin d’être un génie, mais, d’être habité, d’incarner. Et une magnifique waveforme peut en découler et demeurer, aussi bien dans l’histoire de l’humanité…dans un disque dur, au fond d’un carton.
Le plus important fût le « Moment ».
Merci JJ.