Ben Lupus nous dévoile sa playlist commentée

Parce que les artistes sont avant tout des amoureux de musique, La Face B laisse carte blanche aux artistes qu’elle aime pour nous offrir une playlist à leur image. Alors qu’il vient de dévoiler son nouvel album, Y Roille, Ben Lupus nous offre une playlist inspirée par son nom, où il est question de pluie, d’inondations et de bonne musique (forcément).

Crédit : Alex Van Pelt

 » Puisque « Y Roille », ça veut dire « il pleut », j’ai choisi des chansons sur une thématique plutôt actuelle : la pluie et les inondations. » Ben Lupus

Hana Stretton – Changing Weather

On commence tout en douceur, la pluie s’annonce mais pour l’instant pas d’inquiétude. 

La découverte de Soon au moment de sa sortie a été un des points de départ pour la conception de Y Roille. J’avais même contacté Hana Stretton pour lui poser quelques questions techniques au sujet de son process, des micros utilisés, ce genre de trucs un peu nerdy… elle avait été très gentille, très motivante.

Bill Callahan – Summer Painter

Je reviens tout le temps à Bill Callahan : c’est techniquement un immense chanteur, et c’est surtout un de mes songwriters favoris. Il y a une très grande qualité littéraire dans ses chansons, une profondeur assez unique en son genre. Chacune fonctionne comme un petit monde en miniature, comme le ferait une nouvelle.

David Berman chantait que « Songs build little rooms in time », et je trouve que c’est particulièrement vrai en ce qui concerne les chansons de Bill Callahan. Celle-ci en est un bon exemple. II y est question d’un job d’été qui consiste à repeindre des bateaux, à la veille d’un terrible ouragan. 

Ann Savoy – Triste samedi / A hurricane song (A sad Saturday)

Là, l’ouragan est encore plus terrible, la crue dévastatrice, et la chanson est vraiment triste.  Mais moi je crois au pouvoir magique, transformateur, des chansons tristes. Je me souviens que j’ai écouté pas mal de musique cajun pendant l’écriture de Y Roille : je trouve que le décalage que ça crée par rapport à la langue française est très inspirant. Il y a plein de petits trésors chez Ann Savoy

Charley Patton – High Water Everywhere Part 2

Puisque j’évoquais le pouvoir des chansons tristes : le blues est une tradition musicale qui repose presque exclusivement là-dessus. Et avec Charley Patton, on est au plus proche des racines de tout ça. Il y a une mystique propre à ces vieux enregistrements, une force quasi-inégalable, et les conditions matérielles de ces sessions me fascinent : c’est un autre truc que j’avais sans cesse en tête quand j’ai commencé à travailler sur ce disque.

Et pour continuer notre weather report : on est ici en 1927, le Mississippi est en crue. Un événement qui a touché très durement les populations noires, laissant dans la région un traumatisme qui dont on trouve trace dans plein de chansons. 

Myriam Gendron – La Belle Françoise (pour Sylvie)

Myriam Gendron est ma chanteuse préférée : sa voix me traverse comme nulle autre. C’est un truc que je peux même pas trop décrire, tellement c’est puissant pour moi. Je dirais pas que suis « fan », au sens où je ne connais rien ou presque d’elle, mais ses chansons forment comme un petit territoire dans ma tête, où je passe pas mal de temps. C’est dur à expliquer.

Cette chanson est particulièrement bouleversante, je pense qu’à travers le réécriture d’une chanson traditionnelle, elle raconte les derniers instants de sa mère, ça touche à quelque chose de très intime et très universel à la fois, c’est pudique, c’est doux : c’est triste et ça console. 

Ici aussi il y a de l’eau, la rivière coule vers la mer : un imaginaire de bassin versant, qui me parle – d’ailleurs je crois que c’est exactement ça en fait qui se passe avec Myriam Gendron, ça me fait penser au vers de Baudelaire où il est question de parler à l’âme sa langue natale : on comprend tout de suite, on se reconnaît. 

Turner Cody & The Soldiers of Love- The walls are closing in

J’ai rencontré Turner au début des années 2000, c’était la première fois que j’allais à New York, je crois qu’il travaillait au museum d’histoire naturelle à ce moment-là. En tous cas, je me souviens qu’il nous avait fait la visite guidée. Je l’ai revu en concert il y a quelques jours, j’ai trouvé sa performance hyper touchante. Depuis j’écoute avec plaisir son nouvel album, et notamment cette chanson, qui est une merveille d’écriture, avec un petit côté Kris Kristofferson, et une métaphore filée de l’orage, de l’inondation : « the waters of defeit are on the rise ».

Kimya Dawson – It’s been raining

Si je fais un playlist pluvieuse, je suis obligé de mettre cette chanson de Kimya ! C’est aussi une chanson de deuil, mais le feeling global est plutôt uplifting.

Julos Beaucarne – L’eau passe

J’ai découvert Julos Beaucarne il y a quelques mois, je ne peux donc pas exactement  dire qu’il a influencé mon nouveau disque, qui était fini à ce moment-là. Pourtant, découvrir son œuvre est un peu une révélation, je me sens très proche de plein de choses chez lui – thématiquement dans l’écriture, musicalement aussi. Si je devais choisir une filiation pour me situer dans la chanson française, c’est celle-ci que je choisirais.

Bob Dylan – High Water (for Charley Patton)

La boucle est bouclée : on revient à Charley Patton. Je suis très fan de Dylan, depuis très longtemps, et j’aime bien le Bob de ces années-là, notamment dans l’écriture, moins baroque que ce à quoi on l’associe généralement, moins maniérée aussi, plus directe, mais toujours aussi géniale.

Scout Niblett – wet road

Une chanson d’après la pluie, une chanson de bitume mouillé. Cette voix qui vous serre le coeur est celle de Scout Nibblett : éternelle source d’inspiration et modèle d’intégrité artistique. 

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