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Cerrone : "Ce qu'il manque à la musique d'aujourd'hui, c'est l'audace !"

A la suite de la sortie du single Hell, en collaboration avec ASA Taccone (Electric Guest), nous avons échanger avec Marc Cerrone à la Maison de la Radio. Encore une fois, l'échange fut riche et sincère avec un artiste passionné et toujours en quête de live. En parallèles, Cerrone et Because Music lance un concours de remix de son titre phare Love In C Mirror, n'hésitez pas à vous lancer!

Au programme de cette interview : Ableton, Dalida, et journal intime !


La Face B : Bonjour, je suis très heureux de vous rencontrer.

Cerrone : Merci.

La Face B : Comment allez-vous ?

Cerrone : Je vais très bien.

La Face B : Le 2 octobre, vous sortez Hell, votre single avec Asa Taccone. Comment s’est faite cette rencontre ? Comment vous êtes-vous dit : « Tiens, on va faire un morceau à deux » ?

Cerrone : Comme toutes les collaborations. En tout cas, moi, ça ne se passe pas par une commande. On s’est rencontrés parce qu’on est dans la même maison de disques, Because. C’était, je crois, en décembre ou en novembre de l’an dernier. On s’est présentés, on a parlé de musique. Je lui ai dit : « Je t’envoie des trucs, tu m’envoies les tiens. » Puis j’ai envoyé un titre et il m’a dit : « J’aimerais bien mettre une topline dessus. » Je lui ai répondu : « Vas-y, on essaie », et je lui ai envoyé les stems.

C’est comme ça que ça se passe. Que ce soit ma collaboration avec Christine and the Queens l’année dernière ou toutes les collaborations que je peux faire, c’est un échange. Mon album qui sort en janvier, j’en ai sept ou huit. Après, il faut qu’on ait envie de faire un truc ensemble.

La Face B : Asa Taccone avait aussi envie de vous rendre hommage.

Cerrone : Oui, il avait très, très envie. C’est comme quand on est sur scène : quand j’ai un public qui a très envie de s’amuser, qui est content de vous voir, on a envie de lui donner le meilleur. Donc il m’a attrapé très vite. Je suis très content, on s’est éclatés. On a dû faire une vingtaine d’allers-retours à s’envoyer les stems.

La Face B : Vous avez fait tout ça à distance ?

Cerrone : Oui, il était à Los Angeles.

La Face B : Et puisqu’il a voulu vous rendre hommage, avez-vous essayé de lui rendre la pareille à travers ce titre ?

Cerrone : Du coup, il y a un deuxième titre qui va être dans l’album, que j’adore. Ça, c’est dans l’autre sens. C’est un album original qui va sortir en janvier, en principe.

La Face B : Et cet album, comment va-t-il s’appeler ?

Cerrone : Je ne sais pas encore. Il est fini. J’en suis au fignolage, comme on dit. Je me le réécoute : « Tiens, ça, je n’ai pas envie de l’entendre pendant trois jours. » Mais en ce qui concerne la prod, les mix et tout, l’album est pratiquement prêt. C’est moi qui demande d’avoir un mois et demi de plus pour fignoler les choses, d’enlever un titre.

La Face B : Du coup, il y a des titres qu’on n’entendra peut-être jamais ?

Cerrone : J’ai plein de collabs. Je ne peux pas vous en dire trop, mais sur l’album, il y a un titre que j’aime bien et on fait le compte. Peut être qu'il s’en ira sur une collab. Donc, il ne sera pas dans l’album. Voilà.

La Face B : Donc, vous gérez votre frustration , j’espère (rires). Je me rappelle que vous nommiez vos albums Cerrone I, Cerrone II, Cerrone III, Cerrone IV. C’est fini, vous ne comptez plus comme ça ?

Cerrone : Ça dépend. Je n’ai pas de format. Moi, j’ai tout fait comme ça pendant 50 ans. J’ai vu les modes passer, les évolutions technologiques. J’ai toujours eu un chemin qui était la scène. J’ai souvent fait des titres, même des hits, des titres qui sont devenus des hits. Mais ce n’était pas pour faire un hit, c’était parce que c’est la scène. C’était pour faire des contenus de scène. C’est comme ça que ça fonctionne. Je ne sais pas, aujourd’hui, si je vais changer.

La Face B : Justement, je me posais une question sur la scène. Vous avez finalement plusieurs types de configurations.

Cerrone : Je peux être avec un orchestre symphonique. Je peux être dans une formule un peu plus réduite, comme j’ai fait au Festival de Montreux, où on était 23. Je peux être DJ tout seul. Je peux être aussi DJ avec un guitariste, un bassiste et une percussion. En tout cas, le public, c’est toujours le même. Il reçoit toujours la même chose. C’est sympa.

La Face B : La question était : est-ce que vous vivez différemment ces deux métiers ? Quand vous faites quelque chose de plus orchestral, ou quand vous faites de la batterie, est-ce vraiment la même chose ?

Cerrone : C’est pareil. Je joue de toute façon toutes mes chansons. Même quand je suis DJ, je ne joue pas les hits des autres. Je ne joue que du Cerrone. Et ce qui est très étonnant, souvent, le public reste à sa place en live DJ comme si c'était en concert. Ils viennent donc me voir comme à un concert. Alors quand le public va voir un DJ, généralement, il est très mobile !

La Face B : Vous construisez la setlist de la même façon pour un live et pour un DJ set ?

Cerrone : Non. Quand j’ai un bassiste, un guitariste, un clavier derrière, ce n’est pas la même chose. Quoi qu’il en soit, que ce soit avec une symphonie ou avec un groupe live, ce sont eux qui m’accompagnent, ce n’est pas l’inverse. En tant que DJ, j’envoie les bases. Eux jouent en live par-dessus. Donc ça s’appelle un peu plus des sets live que des DJ sets.

La Face B : Et qu’est-ce qui vous a amené à passer de batteur à producteur, puis à DJ en live ? Pourquoi vous vous êtes lassé de la batterie ?

Cerrone : Je ne suis pas lassé de la batterie. Même si j’ai la pêche, tout va bien, la batterie, c'est physique. Donc quand je suis avec une symphonie, comme j’ai fait à Vienne ou à Montreux l’été dernier, ils me demandent de jouer de la batterie donc je joue Supernature à la batterie. Mais de jouer un concert entier à la batterie, je le fais de moins en moins. Déjà, ça m’excite moins. C’est une vieille maîtresse, la batterie. J’ai tout fait, j’ai tout vu, j’ai tout fait dans tous les sens. Quand je suis en DJ, ce sont les drums réalisés en studio que j'envois. Mais ce n’est pas la même chose. Je joue avec Ableton. Il y a des samples. Par exemple, sur ma colonne de gauche, je vais avoir cinq potards avec cinq sons différents. Mais ce sont toujours mes drums et moi qui joue : le public n’est pas dupe ! Même quand je suis en intersymphonique, il n’y a pas un batteur qui prend ma place.

La Face B : De quoi êtes-vous le plus fier : que votre musique se pérennise dans le temps ou que chacun se l’approprie ?

Cerrone : Plutôt qu’elle ne vieillisse pas. Les jeunes générations se la soient appropriée. J'ai tellement été associé à de gros artistes comme les Daft Punk ou un tas de grands groupes. Les DJs m’ont tellement samplé, remixé. Je leur dois beaucoup parce que les DJs m’ont moins vieilli que les autres (sourires). Mes titres ont été constamment reproduits, remixés. J’ai presque suivi le mouvement. Je n’ai pas été le déclencheur, ça était les DJs.

La Face B : C’est flatteur. C’est même presque un défaut parce que, quand on cherche des remixes de Supernature, on trouve des dizaines et des dizaines de versions. On ne sait plus laquelle choisir ! Alors, petit jeu : vous allez me dire quel remix vous conseillez d’écouter pour chacun de vos tubes. Commençons par Supernature.

Cerrone : Il y a une version où je me suis laissé aller, prétentieusement. J’adore celle de Hans Zimmer sur Supernature. Je me suis dit : « Tiens, je vais m’amuser. » Et j’ai bien fait, d’ailleurs. Parce que le hasard a fait que Victor Le Masne, directeur musical des JO, voulait me rencontrer pour me dire que l'organisation prenait Give Me Love pour les JO. Donc je l’invite à mon studio. Il me dit : « Qu’est-ce que tu fais maintenant ? C’est quoi tes nouveaux projets ? »

Je lui raconte que je suis en train de faire un truc symphonique avec un batteur qui avait appris par-dessus mes titres, notamment Supernature. Et tout de suite, Victor s'étonne et me dit : « Supernature, c’est électro. Tes mecs vont avoir les bras croisés pendant cinq minutes. » Je lui dis : « Non, justement, je me suis permis de faire quelques nouveautés » Et il me rétorque : « Tu peux me faire écouter ? ». Je lui fais écouter et c’est devenu la musique officielle des JO. C’est comme ça qu’est arrivée la présence de la version de Supernature symphonique. Du coup, vous me posez la question : quel remix ? Ce n’est pas un remix, c’est une reprod. Mais c’est pareil, c’est une nouvelle version.

Quand il a écouté, il a fait : « Oh la vache ! J’ai une idée, je ne peux pas vous en parler, j’ai une idée. » Il s’est passé des mois et des mois, puis un jour il m’a rappelé. Il m’a dit que tout le monde a choisi à l'unanimité Supernature. On a fait 2 milliards de spectateurs. C’est une belle fierté. Je ne sais pas si vous l’avez vu ?

La Face B : Ah si, j’ai vécu ce moment avec mes amis

Cerrone : Victor me l’a présenté ainsi : « Écoute, on m’a dit que t’as fait danser le monde entier, maintenant tu vas faire danser la tour Eiffel ! » Et il me raconte le déroulement du projet : on a besoin de 8 minutes 40. C’était un beau cadeau, un chouette souvenir !

La Face B : Un des remixes de Give Me Love que vous conseilleriez ?

Cerrone : Il y en a beaucoup trop. Louie Vega. J’aime bien aimer le Louie Vega. Il y a aussi celui de DERON.

La Face B : Et Love in C minor ?

Cerrone : Je crois que c’est le seul titre qui a été très peu remixé. Trop difficile. Très orchestré. Comme un jour, Universal, m’avait appelé pour me dire si je ne voulais pas faire un remix des Bee Gees. Au départ, j'ai dit : « Oui, c’est sympa. » Mais c’est trop difficile car c’est trop beau. On va garder la pureté du morceau.

La Face B : Mais il y a une question que je me pose aussi, parce que vous avez eu un succès au moment des JO, mais c’est aussi le succès du disco qui revient un peu à la mode.

Cerrone : Qui n’est jamais parti !

La Face B : Un peu tout de même dans les années 80..

Cerrone : Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que le disco a été considéré comme une mode. Et aujourd’hui, ça y est. Dans le monde entier, c’est pareil. C’est considéré comme un style musical car il a amené la house, qui a amené tout ce qui s’est dérivé derrière. On a changé les appellations.

Une musique de discothèque, où le disco vous tire comme les discos à la française, ce que les Américains ont appelé le disco-sock, c’est-à-dire de la pop avec des violons, ce n’est pas du disco. Les DJs ne se sont pas trompés. La pure disco n’est pas beaucoup représentée finalement

La Face B : Mais quelle image peut-on avoir du disco aujourd’hui ? Est-ce que c’est un genre de musique plutôt associé à la légèreté, qui fait appel à la liberté ?

Cerrone : C’est plutôt festif et joyeux. On s’amuse, on bouge tout de suite. C’est entraînant et fait pour faire la fête.

La Face B : Quels sont les artistes de la nouvelle génération qui vous impressionnent ? Vous avez quand même pas mal de collaborations.

Cerrone : Il y a plein de talent ! J’ai fait un back-to-back la semaine dernière au Pacha à Ibiza, avec Purple Disco Machine. C’était un truc de fou. On passait chacun nos hits.

La Face B : Ces nouvelles générations vous font encore apprendre des choses sur la musique ?

Cerrone : Oui. Ils s'amusent davantage avec l’I.A. Ils mettent les mains dans la grosse corbeille. On n'est pas dans un carrefour de recherche. Il n’y a pas beaucoup d’innovation mais il y a quand même de très bonnes mélodies. Je trouve que les DJs ont poussé la qualité de la prod. Quand il y a eu la période EDM dans les années 2000, ça m’a fait chier. C’est des robots. Aujourd’hui, la mélodie, on dirait que ça revient un peu plus. C’est un peu moins froid et plus diversifié, peut-être.

Vous ne me posez pas la question, mais si vous me la posiez, ce qui manquerait pour moi aujourd’hui dans la musique, c’est de l’audace. Je fais partie d’une période des seventies où, à l’époque, pour un artiste, il fallait tout faire pour éviter de se ressembler à l’autre. Ce qui est un peu différent aujourd’hui. Quand on ne veut pas ressembler à l’autre, il faut qu’on se torche le cul, il faut qu’on fouille. Ça s’appelle de l’audace.

La Face B : Quelle est la patte Cerrone qui permet de vous identifiez immédiatement à vous ?

Cerrone : Je pense que c’est le groove. On a beau avoir une boucle de drums qui fait la même chose que moi, mais ce n’est pas moi. J’ai une manière de jouer. S’il y a quelque chose que je revendique sur ce que j’ai apporté, c’est celle qu’on voit. Ce n’est pas simplement le coup pied tout le temps. Comment on le fait tourner ? Entre la charlée, la snare ? Comment ça groove ?

La preuve, certains DJs ne savent pas que quand on monte un sample ça leur coûte cher parce qu’ils perdent 50 % des drops. De la même manière pour Neil Rogers, il a une rythmique. Il peut y avoir dix guitaristes qui la jouent, ça ne sera pas la même. chose

La Face B : Maintenant qu’on connaît votre patte, je vais vous donner un style musical et vous allez dire avec quel morceau vous avez envie d’apporter votre patte dessus et de remixer. Si je cite une chanson de variété française, quel morceau avez-vous envie de remixer ?

Cerrone : En variété française, j’ai du mal.

La Face B : Ah, c’est vrai ? Vous n’avez pas fait un remix de Dalida ?

Cerrone : Oh putain, salaud ! Il y a longtemps, il y a 30 ans au moins. C’est pour ça que je me suis posé la question. Oui, tout à fait. C’était à l’époque, ils étaient chez Barclay ou chez Universal. Il y avait le frère qui était là. Et en fin de compte, c’est pas un mix, c’était un mash-up. J’ai pris un instru, il m’a envoyé la structure du titre et là je constate que ce n'était pas de la disco mais une simple chanson.

J’ai fait : « Oh putain, comment je peux le faire ? » J'ai pris un instru et j’ai mis la voix dessus. C’était la même tonalité. J'avais juste à caler. Et j’ai fait un mash-up mais ce n'était pas un remix.

La Face B : Un morceau rock ?

Cerrone : Ça peut aller des Stones, ou un Supertramp, ça peut aller à Led Zeppelin. J’ai eu la chance d’avoir le guitariste Jimmy Page. Bref, c’est vaste, c’est maladif car  je viens du rock.

La Face B : Un morceau hip-hop ?

Cerrone : J’ai un peu de mal. Oh, j’ai… En tout cas, pour le français. Quoique, j’ai fait un truc avec Laylow. On s’est rencontrés, il est venu me voir au studio pour un café à 14h. Il est reparti à 19 h avec un truc de fait. Il me fait écouter les trucs, je lui fais écouter un track. Il me dit : « Oh putain, ça me parle, je suis en train de faire un voyage, tu as un micro, là ? »

Je lui dis : « Oui, j’ai ma cabine de voix derrière. » Il s’est mis derrière, on a bossé,  J’étais ravi de faire ça. D’ailleurs, je l’ai même invité à chanter sur scène à la Philharmonie.

La Face B : Un morceau de jazz ?

Cerrone : Je dirais surtout Billy Cobham qui est un batteur de jazz très avance sur son temps. Souvent, la batterie, elle accompagne. Mais que ce soit Billy Cobham ou moi, sans prétention, ou Phil Collins, le reste accompagne la batterie, .

La Face B : C’est plutôt la batterie qui est centrale, oui.

Cerrone : Oui, mais en fonction du jeu et en fonction de la prod, et des arrangements qu’il y a autour, on fait attention à laisser de la place. Comme par exemple, quand j’utilise des voix, pratiquement tout le temps, je ne place pas la voix comme un chanteur. C’est un instrument de plus qui s’intègre. Il ne faut pas qu’il prenne le côté leader. C’est un voyage qu'on est tous en train de faire. Il n’y en a pas un qui mène et les autres qui le suivent. C’est ça, la différence entre de la vraie disco et de la pop disco.

La Face B : Qu’est-ce que vous avez envie que les gens retiennent de n’importe quel live que vous voulez faire, même un live 100 % instrumental ?

Cerrone : Ce que j’ai la chance d’avoir, c’est qu’à chaque fois, ils ont passé un moment de folie. Ils se sont bien éclatés. On a fait un voyage ensemble !

La Face B : Et quel héritage musical voulez-vous laisser ? Quelle transmission ?

Cerrone : Difficile à répondre. Je dirais que c’est mon univers musical. Après, ils en font ce qu’ils veulent. Pour l’instant, en étant toujours vivant, quand on voit le nombre de mecs qu’il y a maintenant qui se sont accaparés mon univers, je crois que pour un artiste, c’est un beau cadeau.

Les jeunes générations, que ce soit les producteurs ou le public, ou les petits amateurs qui tripotent un peu de musique, ils rentrent dedans. Ils se l’accaparent. Ça, pour moi, c’est plus fort. Ce qui ne veut pas dire que je suis plus fort. C’est plus intense.

La Face B : Il y a beaucoup de rendez-vous qui vous attendent dans les prochains mois, dont un album. Qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus aujourd’hui ?

Cerrone : J’ai passé un été de dingue.  J’ai joué à Vienne, dans les arènes devant 9 500 personnes. L’acoustique de malade ! Je ne faisais pas du classique pourtant mais j’avais 53 musiciens sur scène tout de même. J’étais à la batterie et j'envoyais du lourd dans les arènes qui datent de 20 ans après Jésus-Christ. J’ai fait aussi la clôture du festival de Montreux avec un public pointu. Allez le voir sur Youtube!

J’ai fait aussi un truc complètement dingue, un truc pur électro qui s’appelle le Delta Festival. Quand on m’a dit : « Ça te dit de faire un festival électro, en plus tu ferais la clôture ? » Les mecs, ils amènent papy alors que c’est un festival de jeune. Je l’ai fait devant 25 000 personnes. Un carton ! Donc j’ai passé un bon été. Je veux donc que ça continue, j’ai besoin de rien d’autre. J’ai un album qui va sortir. Je me suis éclaté à le faire.

La Face B : On va vous retrouver sur scène prochainement ?

Cerrone : Il y a une belle tournée d’été qui est en train de se mettre en place.

La Face B : Une collaboration vous manque-t-elle ?

Cerrone : J’en fais toujours sept ou huit par an donc je ne sais pas !

La Face B : Vous avez déjà collaboré avec les Daft Punk ?

Cerrone : Non, mais ils se sont bien, bien, bien inspirés. Ça a été d’ailleurs les premiers. J’ai eu un beau sample avec eux dès le début. Ils ont amené la French Touch. À mon époque, les Américains appelaient ça la French Sound.

La Face B : C’est quoi la différence ?

Cerrone : Il n'y en a aucune. Les Américains, ils disent « French Sound ». Le son français, en parlant de moi. Les Daft Punk ont fait le toucher français. C’est la même chose  Ça a bien ouvert les voies.

La Face B : Je prends ma cape de DJ, car il m’arrive de mixer pour des soirées French Touch au Supersonic. Pour vous, si vous mixez pour une soirée French Touch, quels sont les cinq morceaux que vous préférez ?

Cerrone : Un Daft Punk, ouais. Justice ! Parcels, j’adore. WhoMadeWho, avec qui je suis en train de travailler sur une track. Pour la blague, un Cerrone ? (rires)

La Face B : Le morceau Hysteria s'inscrit parfaitement dans cette vague. L’album qui date de 2002, a bien représenté l'ensemble de ce que vous savez faire

Cerrone : Ça aussi, j’ai de la chance ! Ca me fait penser à un truc. Il y a quinze jours Armada, un gros label anglais où tous les gros DJ sont dessus, m'ont passé un remix d’un track qui s’appelle Hooked On You. Oh la vache ! Ah, il va taper. Ah, il va taper. Ah, j’ai hâte d’écouter ça.

Et ce n’est pas sorti, ça va sortir en novembre. Et moi, je l’ai joué à Ibiza, d’ailleurs, en b2b avec Purple Disco Machine. Il m’a dit : « C’est quoi, ça ? » Je ne connaissais pas. Je lui ai dit : « Moi non plus, c’est la première fois. ». Il adorait ! Et puis, c’est un truc qui va sortir sur Armada. Ils m’ont demandé les stems, j’ai envoyé les stems. Et le mec, je ne sais même plus comment il s’appelle, ce mec.

Je sais que le track s’appelle Hooked On You, de mon album VII. Et ça va taper ! Le mec, il est allé le chercher. Le track est à l'origine à 112 BPM. Il est passé à 124. Donc les voix, c’est un peu rapide. Enfin bref, vous devriez l’entendre. Hooked On You !

La Face B : J’ai hâte de l’entendre. On est très riches en French Touch. Les JO ont mis en valeur ce qui a marché plutôt à l’international. Je pense notamment à Phoenix…

Cerrone : À part le côté chanson française, à part ça, tout le reste, c’est complètement international. Et ça, moi, je le ressens, quand je joue à Sydney, en Australie, à Mexico, à Tokyo, à Alger ou à Londres. C’est la même chose. Ils bougent pareil.

Cette musique française internationale fonctionne : les gens bougent dessus. C’est qu’en France où il y a encore quelques connards qui protègent leur idée égoiste de la musique

La Face B : Et on sait qu’en France, on ne laisse pas assez d’écoute à la musique indépendante. On n’a pas assez cette ouverture musicale dans la majorité des médias. C’est ça qui me désole.

Cerrone : Je suis complètement d’accord. C’est une petite niche de gens qui ont du savoir. Les autres sont des imbéciles. Eux, ils savent.

Je me souviens, quand j’ai vu passer toutes les évolutions : cassette, CD, streams. Quand les streams sont arrivés, moi, j’étais pour. Je me suis fait insulter par des artistes collègues. Insulter ! « T’es un malade d’essayer ça ! »

Mais non, je n’étais pas un malade. Par contre, c’est vrai que je ne vais pas citer de nom, mais eux, ils ne sont pas streamés. La vieille chanson française, elle n’est pas streamée. Ils avaient peur.

La Face B : J’ai une dernière question : quel morceau aimeriez-vous remettre au goût du jour auprès de votre public, que ce soit en live, en single ou en sortie ?

Cerrone : X-Xex, peut-être. J’étais en train de coproduire une comédie musicale à Broadway, qui marchait bien, et en quittant le théâtre à minuit, pour aller à mon hôtel, je prends un taxi. Dans le taxi, sur le siège, il y a un petit bouquin, avec une ficelle autour. C’était un journal intime. Je garde le bouquin que le chauffeur ne voulait pas garder. J’arrive à l’hôtel, je le lis. La personne raconte ses premières émois et envies sexuels, … Waouh ! Et puis ça me reste. Puis j’en parle le lendemain à des potes, et ces histoires me restent en tête. Et petit à petit, du coup, j’en ai fait un album. Donc c’est un peu un album…

La Face B : ... Vous vouliez dire hors champ ?

Cerrone : Oui. Quand j’ai lu ça, j’ai imaginé que la personne raconte ses premières rencontres sexuelles avec un mec, puis après avec une nana. Elle raconte tout. Et ce n’est pas vulgaire, mais c’est… Waouh !  Et tout le texte de chaque chanson de X-Xex, c’est des extraits de son bouquin.

La Face B : Merci beaucoup, Marc, pour cette interview et à très vite sur scène !

Cerrone : Merci beaucoup pour ces très bonnes questions !



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