Cēzange, Enchanté : « Je me suis toujours senti spécial »

À seulement 25 ans, Cēzange porte une nouvelle génération d’artistes sincères et lumineux. Auteur-compositeur-interprète, il tisse chanson française, pop moderne et sensibilité urbaine avec une justesse rare. Aujourd’hui, il nous dévoile son premier EP Enchanté, un voyage brut et tendre au cœur de l’amour, des doutes et de la reconstruction.

La main tendue

Avec Enchanté, Cēzange choisit d’ouvrir son premier EP comme on tend la main à quelqu’un qu’on veut vraiment rencontrer. Moins d’une minute suffit à poser les bases : introspection, détermination, et renaissance. En quelques phrases, il définit ce qu’il est venu chercher : “toucher toutes les tessitures et tous les gens qui pensent”. L’ambition est claire, mais elle se dit sans arrogance. Et quand le bruit du magnéto s’interrompt pour laisser place à son dernier mot, un simple “enchanté”, tout est dit : il se présente enfin tel qu’il est, sans masque ni détour.

Racines et fragilités

« Je me suis toujours senti spécial. » Dès les premières secondes de Cinéma, Cēzange pose le décor : celui d’une enfance marquée par la différence et le besoin d’être vu. Le morceau agit comme une pellicule qu’il déroule sous nos yeux. Il évoque notamment ses peurs d’enfant et son envie de se faire remarquer. Derrière cette fragilité, une conviction déjà ancrée : il savait ce qu’il voulait devenir. Quand il confie que « sa vie d’avant, c’était comme un entraînement », on comprend que la musique a toujours été une évidence.

Avec Nostalgique, Cēzange poursuit sa plongée dans le passé, cette fois avec un regard plus lucide et mélancolique. « Je suis nostalgique de mes six ans » confie-t-il, comme une déclaration douce-amère à l’enfant qu’il était. Il revisite ses premières amitiés, ses premiers amours, ces instants d’insouciance qui, aujourd’hui, piquent un peu quand on y repense. Ce morceau agit comme un miroir du temps : il y contemple les absences, les visages qui se sont effacés, et le rythme effréné de la vie qui défile. Malgré tout, Cēzange ne cède pas à la pression sociale ni au regret. Il revendique sa propre temporalité, “être dans les temps” à sa manière. Derrière la douceur du mot, la nostalgie devient presque douloureuse, une force aussi belle que dangereuse, qui fascine autant qu’elle consume.

Gosse à problème s’écoute comme une confidence sans filtre. Cēzange y raconte sa jeunesse faite de débordements et de rêves trop grands. Avec une sincérité désarmante, il demande : “Est-ce que les enfants pleurent comme moi, ou bien je suis le seul à fleur de peau ?”, comme si mettre ses émotions à nu pouvait encore le surprendre. Derrière les sourires et les rêves de grandeur, il glisse la fatigue, les crampes à l’estomac, la peur d’être mal compris. L’OM devient ici métaphore de sa propre personnalité : passionnée, irrationnelle, à la fois source de joie et de douleur. En miroir à Cinéma, ce titre prolonge le regard vers l’enfance, vers ce besoin viscéral d’exister, quitte à déranger. Cēzange s’adresse à ses parents, mais aussi à l’enfant qu’il était. Celui qui doutait, rêvait trop fort, et qu’il apprend enfin à comprendre.

Doutes et cicatrices

©lolaguilb

Avec MAKE UP, Cēzange troque la nostalgie contre le doute. Il rêve d’évasion mais se dit “bloqué dans l’appart”, enfermé à la fois dans un espace et dans sa tête. Les questions fusent : et si tout ça ne marchait pas ? et s’il restait seul dans cette aventure musicale ? Pourtant, malgré la peur, il choisit d’avancer : “autant me lancer, j’ai déjà la tête sous l’eau”. Le morceau oscille entre espoir et désenchantement, entre désir de réussite et besoin de lâcher prise. Dans ses refrains, le make up devient métaphore : il parle autant des larmes qu’on retient que des façades qu’on répare après la tempête. Derrière les mots, Cēzange évoque aussi ceux qui subissent ses choix, partagés entre admiration et inquiétude.

Début juillet marque le point le plus sombre et le plus intime de l’EP. Il retrace le récit brut de l’accident de voiture qui a marqué Cēzange et sa famille. Au réveil à l’hôpital, les souvenirs reviennent par brides : l’hélicoptère jaune, l’absence de sa mère, le petit lui rongé par la colère… “Aujourd’hui je me sens comme un voleur”, confie-t-il, hanté par ce retour de mariage banal devenu traumatisme. Le corps brisé, l’âme tendre “déguisée en chanson”, il questionne le sens de l’épreuve : “le choc ne sert pas s’il disparaît”. Pourtant, au cœur de la douleur, émerge un paradoxe salvateur. Ces épreuves forgent, structurent, donnent la rage de rebondir. Cēzange ne se complaît pas dans le malheur. Il transforme la cage en moteur, le passé en carburant. Ce morceau, universel dans sa tristesse, résonne chez ceux qui ont connu l’irréparable : il dit que la vie continue, malgré tout.

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