Ce n’est pas parce que le mois de décembre est plus centré sur la fin d’un cycle qu’il n’y a pas de nouvelles sorties ! À l’occasion de son premier EP You Can Dance sorti le 5 décembre 2025, on a rencontré Charlie Flood pour discuter de ses influences, de famille et de voyage entre Noël et la nouvelle année.

Crédits des photos : Vincent Benezet
La Face B : Salut Charlie, comment vas-tu ?
Charlie Flood : Ça va très bien, merci. C’est le temps des fêtes et des vacances, on ne peut pas se plaindre.
LFB : Pour les personnes qui vont te lire et qui ne te connaissent pas, est-ce que tu pourrais te présenter en trois mots ?
Charlie Flood : Je dirais introspectif, un petit peu mélancolique, mais surtout passionné.
LFB : C’est tout un mot ça !
Charlie Flood : Passionné parce que, bon, mélancolique, c’est sûr que ça a plusieurs sens. Je ne suis pas une personne qui regarde vers le passé avec tristesse, mais plutôt qui retient beaucoup de son parcours. Je suis de retour à Montréal depuis quelques années maintenant.
On ne parle plus vraiment d’un retour, mais pendant la majorité de ma vingtaine, j’ai habité en Europe, puis en Australie, j’étais à plusieurs places. J’étais en dehors du Canada pendant quasiment dix ans, donc, c’est sûr que les rencontres, les expériences et tout, ça change un petit peu le caractère. Mon caractère personnel oui, mais surtout musical, parce que j’ai traversé plusieurs phases avec plusieurs musiciens, dans plusieurs styles, en jouant avec d’autres groupes et en jouant sur mes projets à moi, tout ça. Donc, je repense beaucoup à tout ça quand j’écris.
LFB : tu as sorti un premier EP le 5 décembre dernier, You Can Dance. Est-ce que tu peux nous raconter un peu pourquoi ce titre et ce que signifie la musique à laquelle elle fait référence pour toi ainsi que le clip aussi que tu as sorti en novembre de cette musique-là ?
Charlie Flood : En fait, You Can Dance, c’est sorte de lettre ouverte à ma fille que j’ai écrite quand elle était encore dans le ventre de sa mère, avec une espèce de sous-entendu que, peu importe mon parcours, elle devait se sentir libre de faire son propre parcours, avec ses propres inspirations. Ça a été mon premier single parce qu’au niveau sentimental, c’est important pour moi. Mais, je dirais que c’est différent de ce que je faisais avant, c’était plus dans le folk traditionnel et plus acoustique. Ici, je voulais vraiment marquer une nouvelle phase dans ma créativité musicale. C’est sûr que si on regarde le reste de l’EP, il y a des trucs qui retombent un petit peu plus dans le folk traditionnel. Mais, avec Emmanuel Alias, qui a fait de la co-réalisation sur l’EP, ça a amené pas mal de nouveautés, pas mal de nouveaux sons, quelque chose qui me déstabilisait moi, en termes de son. Et puis, que j’ai vraiment appris à aimer.

LFB : Qu’est-ce que tu veux dire par « déstabiliser » ?
Charlie Flood : Je ne suis pas un musicien de studio. Je suis un musicien plus scénique, dans le sens où j’ai toujours préconisé des instruments très acoustiques, un harmonium acoustique, la contrebasse, la guitare acoustique, des trucs qui sonnent bien sans ampli ou sans speaker. Et puis là, avec la puissance d’Emmanuel en studio, on avait accès à pas mal de trucs, des orgues, des mellotrons… Le mellotron a toujours été un instrument fort pour moi, mais qui n’a jamais été vraiment utilisé sur des chansons que j’ai faites. Et puis, des rythmes un petit peu plus groovy aussi. Donc, ça m’a déstabilisé dans le sens où je n’étais pas habitué à ce que mes chansons sonnent comme ça. Et puis, j’ai sauté à pieds joints dans le vide parce que je savais que Manu, lui, me connaissait bien personnellement, il connaissait bien mes inspirations. Je ne pouvais pas avoir mieux que lui, donc, j’ai vraiment suivi dans ce qu’il me suggérait, on a vraiment été capable de créer quelque chose qui est vraiment nouveau comparativement à ce que je faisais avant.
LFB : Tu es un peu sorti de ta zone de confort, en fait.
Charlie Flood : Exactement, et dans un bon sens aussi parce que je n’ai jamais eu la capacité d’aller aussi loin avec mes propres projets par manque de budget et par manque de connaissances techniques musicales moi-même, en fait. Quand on tombe dans les sons de mellotron et tout, moi, je m’y perds beaucoup parce qu’il y a trop de possibilités. Donc, d’être amené à expliquer un son verbalement, en mots, et puis d’avoir quelqu’un qui est capable de mettre son doigt dessus et de dire « Ah, en fait, c’est ça que tu cherches. » C’est incroyable.
LFB : Tu as l’air d’avoir été super bien accompagné par Manu ! Est-ce que d’autres personnes ont participé à ton EP ?
Charlie Flood : Oui, surtout des musiciens de l’entourage de Manu, justement, que je connaissais déjà bien. Jean-Baptiste Beltra, qui joue du piano et du Wurlitzer, Patrick Gosselin, que je connaissais aussi un peu avant, mais que j’ai appris à connaître plus, qui joue du pedal steel. Et puis, quelqu’un que j’ai rencontré il y a quelques années, par le simple fait que ma fille s’appelle Alma, et que sa fille s’appelle aussi Alma. C’était une connaissance d’une amie de ma femme avec qui je me suis super bien entendu, et qui est un très bon violoniste. C’est lui qui a créé l’ensemble de cordes pour You Can Dance.
LFB : Pour revenir aussi sur les deux clips que tu as sortis, il y a quelque chose de très film de vacances dans tout ça. Est-ce que tu dirais que chaque chanson de ton EP, c’est un peu comme une capsule temporelle qui raconte, ou qui fait référence à un souvenir ou une aventure que tu as vécus ?
Charlie Flood : Je dirais que c’est des capsules temporelles uniques, mais qui ne racontent pas nécessairement des histoires uniques et qui prennent peut-être de plus qu’une situation pour raconter quelque chose. C’est comme une émotion qui revient année après année, à un certain moment de l’année, comme Moonshine/Valborg, qui est une chanson que j’ai écrit au printemps, qui fait ressortir l’espèce de joie de vivre qu’on ressent en avril, mai, quand le soleil sort, et qu’on était sous la neige pendant quelques mois, le tout mixé avec des situations réelles. On avait un voyage de prévu avec des amis qui arrivaient d’Angleterre, des amis qu’on n’avait pas vus depuis longtemps, puis on embarquait dans un van pour aller à la Nouvelle-Orléans. D’où la Moonshine, avec les vagues et tout. Et puis la deuxième section de cette chanson-là reflète aussi sur le type de printemps que je vivais quand j’étais en Suède. Valborg, c’est la fête du printemps en Suède, le 30 avril, qui amène une espèce de sentiment de liberté, avec le soleil qui commence à se coucher très tard, les feux, parce que lors de Valborg il y a des gros feux autour desquels on danse.

LFB : En effet, j’avais lu que tu avais passé beaucoup de temps là-bas. Est-ce que l’intro de ton EP Fågelsång, c’est une référence à ta vie en Suède ?
Charlie Flood : En fait, Fågelsång, c’est Songbird en anglais, qui est le nom de la rue sur laquelle mon meilleur ami en Suède habite. Je trouvais que c’était une bonne inspiration pour l’introduction du EP. Avec le lancement de mon premier EP, il y a beaucoup de sentiments qui s’entremêlent de ma vie présente et ma vie d’avant, autant en Suède qu’en Angleterre. Cornwall, c’est quelque chose que j’ai écrit quand j’étais en Angleterre. White Castle, c’est quelque chose que j’ai écrit quand j’habitais encore en Suède et que je m’apprêtais à déménager en Angleterre. Pour Moonshine/Valborg et You can dance, ce sont des choses plus récentes.
LFB : Ma question va peut-être être un petit peu répétitive pour toi, mais qu’est-ce qui t’a le plus inspiré à l’écriture de ton EP ?
Charlie Flood : Mes expériences et mes impressions de ces expériences-là qui en ressortent. On parle de personnes physiques que j’ai laissées derrière, mes meilleurs amis. Là, mon meilleur ami qui habite encore en Suède, c’est cette personne-là. Je l’ai rencontrée dès que j’ai déménagé en Suède, en 2011, et puis, notre parcours s’est entrecoupé jusqu’en 2018, on a habité en Angleterre aussi. On a été très proches pendant quasiment une décennie avant que lui ne retourne en Suède et moi au Canada.
LFB : Je suis très curieuse de savoir pourquoi tu étais en Suède. Qu’est-ce qui t’a amené là-bas ?
Charlie Flood : J’ai déménagé à l’époque avec une copine avec qui ça a fini là-bas. Et puis, j’ai rencontré ma femme actuelle quelques mois après. D’ailleurs, c’est un passage dans White Castle qui dit que j’aimerais bien suivre mon ami en Angleterre, mais que je viens de rencontrer quelqu’un et puis que je suis un petit peu perdu dans ma situation.
LFB : Tu as bien fait de déménager en Suède !
Charlie Flood : Oui, c’est ça ! Ça m’a amené à rencontrer ma femme.
LFB : J’ai une dernière question pour toi, en cette période de fêtes, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour 2026 ?
Charlie Flood : Je me souhaiterais moi-même la possibilité d’enregistrer un album au complet. Mais, en tant que papa, c’est la santé. La santé et la joie de vivre, parce que quand on a une petite fille qui naît, tu te rends compte que ta vie à toi prend moins d’importance. Et puis, la santé, c’est important parce que justement, tu es la personne principale dans le monde d’une petite personne de trois ans. Et puis, il faut faire attention à soi.
LFB : Ce sont vraiment de beaux souhaits ! Merci beaucoup Charlie de nous avoir accordé cette entrevue !
Charlie Flood : Merci à toi et passe un bon temps des fêtes !