Chroniques

Chelsea Wolfe : The Dark, la lumière secrète venue du noir

Artiste
Chelsea Wolfe
Album
The Dark
Label
Loma Vista
Sortie
21 août 2026
Chelsea Wolfe
© Magdalena Wosinska

Avec The Dark, Chelsea Wolfe redéfinit une fois de plus les contours de son univers ténébreux et cinématographique. Entre accalmies acoustiques intimistes, crescendos massifs et incursions rock ou stoner, la musicienne californienne nous entraîne dans une véritable traversée introspective. Porté par des collaborations remarquées - Kælan Mikla et Troy Van Leeuwen - et une maîtrise absolue des contrastes, cet album s'annonce comme une œuvre d'une grande intensité dramatique, à la fois fragile et puissante.

Chelsea Wolfe couverture The Dark
Chelsea Wolfe - The Dark


Chelsea Wolfe ouvre son nouvel opus avec une ballade particulièrement envoûtante intitulée Cold. Oubliez toute tentative d’incrustation indus ou doom, la californienne mise sur une guitare acoustique chaleureuse. Cold s’inscrit dans une dynamique crescendo où la production s’étoffe sur la durée. Le morceau s’inscrivait dans une folk solitaire et se pare d’atouts massifs pour se métamorphoser et se magnifier en un grand ensemble grandiose. Les murmures s’élèvent pour mieux clore le morceau sur un délicieux fondu au noir sonore.

Avis aux amoureux des basses puissantes, l’intro est pour vous ! Seethe est à l’image de sa signification ; bouillonner, être en effervescence. Une fois l’entrée en matière passée, Chelsea Wolfe joue avec la progression de son explosion. La percussion millimétrée monte en puissance à mesure que le morceau avance, la voix de Chelsea Wolfe parfois ressentie comme lointaine vient hanter l’auditeur dans un refrain où se superposent les couches sonores.

Humours signe le retour aux fondamentaux de l’œuvre Wolfe. Le morceau mêle les sonorités caractéristiques de son univers si cinématographique et ténébreux auquel s’associent les islandaises de Kælan Mikla. On est sous le charme des textures électroniques galopantes et de ce grand moment doomesque enrichi à mi-parcours. La rythmique se fait de plus en plus rigoureuse pour mieux achever le morceau.

Poignante, Swallower semble s’être nourrie de l’intensité progressive pour la laisser se déverser et se fait plus rock. Une tonalité notamment due à la présence d’un solo de guitare d’un invité de choix ; Troy Van Leeuwen. Déjà présent en 2017 sur 16 Psyche, le guitariste a été rappelée par sa compatriote pour livrer un solo saisissant sur un pont spécialement pensé pour l’accueillir. Le résultat n’en est que plus imposant !

Sur Halo, Chelsea Wolfe renoue avec la guitare acoustique sans nécessairement revenir au format ballade initiée avec Cold. Le morceau est marqué par sa voix qui oscille entre les murmures et une forme de vulnérabilité assumée. Moins impressionnant, c’est au bout de plusieurs écoutes que l’on s’attache à ce morceau plus délicat et minimaliste.

On parlait de murmures et de vulnérabilité quelques lignes plus haut pour que tout vole en éclats sur The Dark. Exit l’aspect spectral, c’est une voix pleine de confiance que l’on rencontre sur ce morceau qui donne son nom à l’album. Plus folk, The Dark gagne en épaisseur dans sa deuxième moitié avec des percussions précises. A l’image du processus créatif autour de l’album, Chelsea Wolfe pénètre lentement dans ses ténèbres personnels pour espérer en sortir métamorphosé.

La texture doomesque ne pouvait pas rester qu’un clin d’œil furtif ! On la retrouve sur Turn the key et elle est de toute beauté. On quitte les paysages brumeux pour une scène de théâtrale abandonnée, éclairée à la bougie à la cire encore coulante. Turn the key revêt les atouts d’une belle intensité dramatique sans aller dans l’explosion sensationnelle, la juste retenue mesurée.

Toute en low tempo, I’m not there est une traversée apaisée. Parenthèse toujours plus introspective, l’auditeur reprend son souffle et s’enveloppe d’une atmosphère contemplative, où l’émotion est plus discrète mais bien présente. C’est naturellement que Death is not the end prend la suite. Les murmures reviennent pour laisser place à une grande tempête puissante très stoner.

Pour conclure son album de la meilleure des manières, Chelsea Wolfe se rapproche du piano pour une dernière incantation : Dancer in the sky. Un chœur l’accompagne comme pour mieux la soutenir. Le morceau se fait épilogue, la lumière y est douce, il est presque spirituel. On y décèlerait une influence d’un autre prêcheur de l’obscurité respecté : Nick Cave. Dancer in the sky est une conclusion délicate mais puissante.

Chelsea Wolfe a toujours dompté les ténèbres, dans The Dark, elle les traverse. De l’acoustique intimiste aux tempêtes doomesques en passant par des éclats rock, elle prouve qu’elle les sculpte, les façonne. A l’image de la citation du maître absolu de l’outre noir Pierre Soulages « Mon instrument n'était plus le noir, mais cette lumière secrète venue du noir. » , la puissance de l’obscurité des morceaux de Wolfe révèle toujours une clarté et sur The Dark ça ne fait pas l’ombre d’un doute.

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