Interviews

chest. : "On est aussi des mecs qui pleurent"

Ils sortent leur premier album Happy Broken ce 16 octobre 2026. Chest. est certainement la formation française la plus excitante de cette décennie. Ils réaliseront la release party le 27 novembre à la Maroquinerie qui a de fortes chances d’être complète. Nous avons pu les rencontrer durant leur marathon d’interview avant leur concert à la Route du Rock, qui succédé à celui de Fontaines D.C. Une interview taquine et réalisée dans un lap de temps très court. Au programme : chenille, masculinité, Stars Wars et galette-saucisse

chest. à la Route du Rock

La Face B : Bonjour chest.. C'est une interview un peu sans langue de bois, mais à gueule de bois après quatre jours de la Route du Rock. Je pense que vous êtes plus frais que moi, donc soyez francs : comment allez-vous ?

Nicolas : Très, très, très, très bien.

Thibaut : On se chie dessus, mais ça va.

Nicolas : Arrêtez avec cette phrase. (rires)

La Face B : Il y a vraiment de la pression ?

Pierre-Louis : Oui.

Thibaut : Oui, de la bonne pression.

La Face B : Après Rock en Seine, vous avez encore Fontaines D.C. qui joue en première partie de votre concert. Vous ne pouvez pas rêver meilleur opening ?

Eliott : Ouais. Ils vont aller loin. (rires)

La Face B : Ce n'est pas frustrant de les manquer encore ?

Nicolas : Non, je pense qu'on pourra voir quelques morceaux.

Thibaut : Non, je ne suis pas sûr.

Nicolas : Ouais... bon. Un peu frustrant, mais c'est pour la bonne cause.

La Face B : Vous jouez en clôture officielle, juste après la traditionnelle chenille. Comment chest. peut être encore plus festif après ça ?

Pierre-Louis : En rentrant sur scène en chenille, déjà. Avec des visières en chenille. Et déguisés en chenilles.

La Face B : La dernière fois, vous m'aviez dit que chest., c'était « une fête, mais triste ».

Eliott : Ouais. Du coup, Nico va être habillé en chenille triste.

La Face B : Nico m'avait aussi dit qu'il y avait une envie d'hybrider le post-punk, la techno et le noise dans les prochains morceaux.

Nicolas : Oui. C'est vraiment ce qu'on essaie de faire. On essaie de s'écarter du son du premier EP, qui était un peu une synthèse de toutes nos influences. On a parfaitement conscience qu'il n'y a aucun intérêt, artistiquement, à faire un pot-pourri de tout ce qu'on aime. Là, on essaie vraiment de trouver notre voix. Les sonorités sur lesquelles on se retrouve tous, c'est vraiment le côté indus, électro et rock. On essaie que ça devienne le son de chest.

La Face B : Après, on entend encore quand même pas mal d'influences de DITZ.

Nicolas : Je ne connais pas ce groupe. (rires)

La Face B : Cette idée s'est aussi concrétisée dans le premier album qui sort bientôt.

chest. (en chœur) : Le 16 octobre 2026 !

Nicolas : Oui, complètement. On pense avoir réussi à s'inscrire dans cette nouvelle direction. Il y a déjà quelques singles qui sont sortis, et on a eu des retours qui allaient dans ce sens : un son un peu plus dansant, un peu plus électronique. Donc, jusqu'ici, ça fonctionne bien. On verra pour la suite, qui sera bientôt dévoilée.

La Face B : Je trouve qu'il y a deux parties dans l'album. La première regorge des premiers singles déjà sortis, plus post-punk et énervés. Puis il y a une deuxième partie, plus électronique, presque plus douce. C'était une volonté de votre part de faire une musique moins bruitiste ?

Nicolas : C'est Thibaut, notre batteur, qui passe principalement du temps sur la production pour affiner cet ensemble. Mais après, tout le monde apporte sa petit touche et contribue à cette volonté.

Thibaut : C'est moi qui ai les yeux qui piquent parce que je suis sur l'ordinateur tous les soirs. (rires)

La Face B : Et on entend aussi, par moments, Eliott qui chante...

Eliott : Oui, ça arrive de temps en temps.

La Face B : Tu as pris des cours de chant ?

Eliott : Non. J'ai juste utilisé beaucoup, beaucoup d'Auto-Tune... euh, de Melodyne. (rires)

La Face B : Ça fait aussi du bien d'entendre moins Eliott gueuler !

Eliott : Oui. Après, ils m'entendent quand même beaucoup gueuler... mais quand on joue.

Nicolas : Il en plaisante, mais il a plusieurs cordes à son arc.


La Face B : Pour vous, quel sera le titre qui va le plus surprendre les gens par rapport au schéma classique de chest. ?

Eliott : I'm Proud, je pense.

Nicolas : C'est la dernière chanson de l'album, celle qui le clôture. On en est très fiers. On avait envie de montrer une autre facette de nous. On fait de la musique énervée, mais on aime aussi beaucoup de choses beaucoup plus calmes. Sur l'EP, il y avait déjà Song 08, qui allait un peu dans cette direction, quelque chose de plus contemplatif. On trouvait que ça faisait sens de terminer l'album comme ça.

Eliott : Et puis il y a un intérêt à montrer une fragilité aussi. On n'est pas que des mecs qui tapent des poings contre un mur. On est aussi des mecs qui pleurent.

La Face B : C'est surprenant, justement, de te voir plus calme.

Eliott : Oui. Ça allait avec le morceau et avec l'ambiance qu'on avait créée instrumentalement.

La Face B : Et de quoi es-tu si fier ?

Eliott : Justement... il faut écouter le morceau pour le savoir.

La Face B : Justement, réponds pour l'interview, peut-être ? (rires)

Nicolas : Non mais ça m'intéresse aussi, je n'ai pas trop compris les paroles. (rires)

Eliott : Ça parle d'une rupture. À la base, le texte était ironique, parce que je n'étais pas fier de moi. Puis, au final, le fait de réussir à continuer à vivre, à continuer d'évoluer, fait que tu finis par en être fier. C'était ce chemin-là : partir d'un endroit où tu n'es pas fier de toi, pour arriver à un endroit où tu le deviens.

La Face B : Donc ça ne parle pas, cette fois, de chiens morts...

Eliott : Non. Les chiens morts, c'est vraiment que pour le titre Otto. (rires)

La Face B : Généralement, quels sont les sujets de vos morceaux ?

Eliott : C'est un peu de tout. Ça reste des sujets à la fois personnels et plus généralistes. Je parle beaucoup de mon rapport à la santé mentale, de mon rapport à la masculinité. Mais j'essaie de faire en sorte que ça ne soit pas trop centré sur moi. J'essaie d'aborder ces sujets de manière plus globale.

La Face B : C'est qui, Roger Roger ?

Eliott : Roger Roger, ce n'est pas quelqu'un.

Nicolas : C'est une référence à un son qu'il y a dans le morceau, un bruit de droïde. En fait, c'est les droïdes de Star Wars.

Eliott : Ils font : « Roger Roger. » (Il imite le bruit.) En fait, Nico a un énorme passif de fan de Star Wars. Il avait une chaîne YouTube, Dark Messa. Si vous arrivez à la retrouver... (rires) Du coup, on a quand même réussi à intégrer cette passion incroyable qu'il a dans l'album.

Alexis : En vrai, on n'avait pas de titre pendant très longtemps. À la base, ça s'appelait Sausage Roll. (rires)

Eliott : Ce qui veut dire « friand à la saucisse ».


La Face B : Finalement, vous ne parlez jamais directement de politique dans vos morceaux ?

Nicolas : Pas directement.

Pierre-Louis : À part à travers le bruit de la guitare et de la basse.

Nicolas : Je pense que c'est quelque chose qu'on développera... ou pas. Dans les paroles d'Eliott, qu'il écrit à 100 %, je ne sais pas si le terme est pompeux, mais c'est une politique beaucoup plus intimiste. Sa position d'homme dans la trentaine, les sujets dont il parle... c'est éminemment politique. Remettre en question ses privilèges en tant qu'homme blanc de cet âge-là, ça l'est. À l'inverse, Blood On Your Doorstep est sans doute notre morceau le plus directement politique. Le reste infuse ces questions de manière beaucoup plus subtile.

Eliott : Oui, c'est subtil. Mais je pense aussi que ce sont des sujets qui sont politiques par leur simple existence. Pour moi, parler de masculinité aujourd'hui, en tant que quelqu'un qui a énormément de privilèges, c'est quand même giga politique. Et de toute façon, créer de l'art à notre manière aujourd'hui, c'est aussi un acte politique. On n'est pas obligé de sortir des slogans pour aborder des sujets politiques.


La Face B : Vous jouez bientôt votre plus grosse date, à La Maroquinerie, le 27 novembre. Vous êtes stressés ?

Pierre-Louis : Oui.

Eliott : Oui... et non. Nous, on stresse une demi-heure avant de monter sur scène. Là, on n'est pas encore stressés par cette date. On le sera le jour J, forcément.

La Face B : La setlist est déjà prête ?

Nicolas : Non. Mais c'est la première fois qu'on va jouer plus d'une heure. Enfin, qu'on va... on n'y est pas obligés, mais je pense qu'on jouera plus d'une heure. Ça, par contre, c'est un vrai défi de préparation.

La Face B : Un peu de sport, ça vous fera du bien.

Eliott : On va commencer à courir, ça va être bien.

La Face B : Vous n'avez pas peur de ne pas faire sold out ?

Eliott : Forcément, tu y penses, mais en même temps...

Nicolas : Je pense qu'on n'a pas un ego assez gros pour se dire que si ce n'est pas sold out, ça va être nul.

Pierre-Louis : Le plus important, ça reste de tout donner pour les gens qui sont venus nous soutenir.

Eliott : C'est cliché, mais c'est vrai qu'à partir du moment où on peut faire une tête d'affiche à La Maroquinerie, une salle qu'on adore, c'est déjà une victoire en soi, qu'elle soit remplie ou pas.

La Face B : Vous avez enfin trouvé des groupes prêts à jouer pour vous en première partie ?

Eliott : Écoute, on n'a pas encore décidé. On en a discuté un peu, on a quelques idées, mais rien n'est arrêté. Le problème, c'est que comme on a accueilli la plupart de ces groupes au Supersonic, ça se trouve, ils nous détestent. (rires)

La Face B : Quel groupe attendiez-vous le plus à La Route du Rock cette année ?

Nicolas : DITZ. C'était le groupe qu'on attendait le plus parce qu'on est vraiment très fans. Et moi, j'étais aussi très curieux de voir Mogwai, que je n'avais jamais vus.

Eliott : Moi, je voulais voir Baxter Dury, parce que c'est l'homme le plus sexy du monde.

La Face B : Après toi. (rires) Et celui que vous attendiez le moins ?

Nicolas : Fontaines D.C.... parce qu'on ne peut pas les voir. (rires) Ah si ! The Divine Comedy.

Eliott : Non, moi j'aime bien The Divine Comedy.

Nicolas : T'es le seul.

Pierre-Louis : Allez, on vote tous pour !

Eliott : Attends... Il y en avait un que je n'attendais vraiment pas. Ah oui, Peaches. Mais sûrement à tort. En plus, j'ai dû emmener une amie aux urgences (NDLR : elle va mieux), donc je n'ai même pas pu changer d'avis.

chest. à la Route du Rock

La Face B : Je vous lance une petite série de questions façon Konbini. Prêts ?

chest. : Ouais !

La Face B : La Route du Rock ou Rock en Seine ?

chest. : La Route du Rock !

La Face B : Angoulême ou Paris ?

chest. : Paris !

Eliott : Euh... non, Angoulême, pour moi !

La Face B : Noise rock ou post-punk ?

chest. : Noise rock.

Eliott : Post-punk.

La Face B : Crêpe ou galette-saucisse ?

chest. : Galette-saucisse !

La Face B : Pour finir, quelle est la première chose que vous allez faire après votre concert à La Route du Rock ?

Pierre-Louis : Un long pipi.

Eliott : Boire une énorme bière, parce que je ne bois pas aujourd'hui.

Nicolas : Moi, je vais tenter de faire un câlin à Eliott.

Eliott : Bon courage !

Thibaut : Je vais embrasser le crâne d'Alexis.

La Face B : Après Rock en Seine et La Route du Rock, quel festival peut-on vous souhaiter ? Si vous devez passer encore un cap...

Pierre-Louis : Glastonbury.

Eliott : Allez, Coachella. (rires)

Nicolas : La Block Party du Supersonic.

La Face B : Ou plutôt Restons Sérieux ! En tout cas, merci de m'avoir accordé du temps dans votre marathon d'interviews. Bon concert !

chest. : Merci à toi, et à très vite !

 

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