Le 20 février dernier, Chloé Antoniotti dévoilait Mana, son troisième EP en trois ans. On a eu le plaisir d’échanger avec elle de sa musique, des personnes qui l’ont accompagnée dans sa construction, de son besoin d’expérimenter et de certaines influences qui l’accompagnent depuis toujours.

LFB : Salut Chloé, comment ça va en ce jour de sortie d’EP ?
Chloé Antoniotti : Ça va trop bien. Je suis trop contente. Il y a comme une impression d’anniversaire. Tout le monde envoie des messages. Quand c’est sur un projet sur lequel tu es depuis longtemps, ça fait plaisir d’avoir des retours positifs d’un coup en masse. C’est incroyable.
LFB : C’est ton troisième EP en trois ans. Est-ce que tu as l’impression que c’est une nécessité pour toi de maintenir un élan créatif et de sortir des choses régulièrement ?
Chloé Antoniotti: Oui, grave. Comme c’est le début, j’ai envie de tester plein de choses, donc je suis toujours impatiente de tester les choses. Et même là, je sors l’EP, mais je pense déjà à la suite et j’ai hâte. Donc pour l’instant, j’aime bien y aller à fond.
LFB : Et tu as l’impression que ce format qui est un peu plus court qu’un album est un terrain qui te permet d’expérimenter des choses ?
Chloé Antoniotti: Complètement. La batterie, par exemple, c’est un peu ce truc de tester, d’ouvrir la porte, de voir comment c’est reçu. Et du coup, là, je vois et ça donne plein d’idées.
LFB : Un format plus court, ça permet souvent d’expérimenter, de ne pas avoir de contraintes.
Chloé Antoniotti: Oui, c’est ça. Il n’y a pas trop de règles. C’est même bien quand ce n’est pas comme ce qu’il y a eu avant. On peut se permettre, je pense, à ce moment-là de s’amuser, de chercher.
LFB : Mais malgré tout, tu as quand même des règles et des structures. J’ai l’impression que dans tes trois EPs, il y avait une idée derrière qui drivait un peu la façon dont tu créais. Là, tu t’es un peu évadée des fleurs. Est-ce que tu avais l’impression d’être piégée là-dedans ?
Chloé Antoniotti: Non, mais j’avais l’impression d’en avoir fait le tour. J’aurais pu continuer, mais je me disais justement qu’il était temps de prendre d’autres directions, d’ouvrir d’autres portes. Parce que le piano synthé, je suis allée à fond dans l’idée. J’aurais été frustrée de ne faire qu’un EP comme ça, mais au bout de deux, j’étais en mode : c’est bien, je peux avancer maintenant.
LFB : Il y a une nouvelle « vision », qu’est-ce qui t’y a poussée ?
Chloé Antoniotti: J’aime bien l’idée d’avoir une structure, un thème. Je ne pense pas que le cherchais spécialement. Je n’étais pas contre l’idée de ne pas en trouver et que ce ne soit pas spécialement un truc comme ça. Mais c’est vraiment quand j’ai eu le mot komorebi, parce que j’ai un peu découvert ce mot au printemps et c’était un petit coup de cœur. Et d’un coup, je ne sais pas, il y a eu un truc de « Ok, j’ai envie de faire un projet complètement là-dessus. ». Je trouvais ça magnifique les mots comme ça, intraduisibles, poétiques, sur un truc tout simple.
LFB : C’est marrant parce qu’il y a trois artistes qui ont sorti autour de ce mot-là des morceaux ou des projets, comme si c’était un peu ancré dans une époque aussi.
Chloé Antoniotti : Komorebi, je pense que c’est une image qui fait vraiment du bien. Parce que même en ville, on le voit partout quand même. Et une fois que tu as appris ce mot, moi en tout cas, je le cherche partout maintenant. Je le vois partout. Et du coup, ça rajoute des petites gouttes de poésie dans les journées comme ça, qui font vraiment du bien. Donc peut-être que ça doit être ça, je ne sais pas.
LFB : En écoutant cet EP-là, j’ai eu l’impression que Mana, c’était un peu la création de « Territoires imagés ». Je me demandais si tu avais pensé justement à une espèce de cartographie de cet EP et comment tu l’avais envisagée ? De traverser les morceaux comme on traverserait les paysages.
Chloé Antoniotti: Je l’ai plus imaginée comme on traverse des émotions plutôt que des paysages. Je ne suis pas du tout allée chercher les influences musicales des langues, par exemple, des morceaux. Même si Komorebi, il y a quand même des petits clins d’oeil, naturellement, à des gammes des musiques un petit peu japonaises. Très légères, mais quand même. Par exemple, Sahar, c’est un mot arabe. Je ne me suis pas du tout inspirée de la musique de là-bas. Pareil pour Mana, la musique polynésienne. Non, c’était plus vraiment l’émotion que le mot procure et l’image du mot.
LFB : Tu as pris le mot en dehors forcément peut-être de sa signification et tu as créé quelque chose autour de lui qui te correspondait à toi.
Chloé Antoniotti: C’est ça, je me les suis appropriée complètement. Et l’idée c’était aussi que d’offrir ces mots-là aux gens en leur laissant la place de se l’approprier eux aussi différemment et comme ils veulent, je pense.
LFB : Et cette idée t’es venue d’un coup ?
Chloé Antoniotti: En réalité, ça s’est presque fait inconsciemment. Même là, en le disant, je suis même étonnée de constater ça. Ce n’était pas très conscient. Je pense vraiment que c’est la beauté de la simplicité et ce truc que tout le monde connaît. Tous les mots définissent des choses qu’on sait. Mangata, c’est le reflet de la lune sur l’eau, en suédois. On sait tous ce que c’est. Le fait de nommer le truc, je trouve que ça lui donne une présence qui est hyper inspirante. Du coup, j’avais trop envie de partir là-dedans mais je n’ai pas conscientisé le fait de m’approprier le truc, même si au final je me suis retrouvée à le faire.
LFB : Tu es partie de quoi? Du mot ou de la musique? Est-ce la musique représente le mot ou est-ce que c’est la musique qui t’a inspiré ?
Chloé Antoniotti: Les deux. Je suis partie du mot pour faire de la musique. J’avais une liste de 50 mots quand je me suis mise à faire l’EP. Et donc, tous les mots m’inspiraient un peu, mais en même temps, je commençais un morceau sans penser à un mot. Et c’était très évident. à chaque fois, vraiment. C’était « cette musique-là, c’est pour ce mot-là ». Et ensuite, du coup, je partais dans la composition à fond avec le mot en tête. D’abord les mots, ensuite la musique, puis ensuite une sorte de connexion entre les deux.
LFB : C’est marrant parce que j’ai l’impression que tu es parti quelque chose de très solitaire dans ta composition et tu es allé chercher des personnes pour t’aider à la développer. J’ai l’impression que c’était la première fois aussi que tu faisais ça.
Chloé Antoniotti : Complètement, oui. Ça, c’était très intéressant. Déjà, il y a eu Lucien Chatin, qui est un batteur, qui a arrangé les parties de batterie. Et ça, c’était un travail très, très naturel. C’était comme satisfaisant. J’ai toujours rêvé d’avoir la batterie sur mes morceaux. C’était parfait. Il y avait les idées que j’avais qu’il a fait exactement comme j’imaginais et d’autres qu’il a rajoutées que je n’avais pas imaginées et qui étaient encore mieux. Et après, il y a eu Alexis Delong, producteur. Ça, c’était la première fois que je travaillais avec quelqu’un sur ça. C’était un exercice. Il fallait que j’apprenne à laisser de la place. Et c’était trop intéressant. Et pareil, c’était très riche. J’ai appris plein de choses, même sur moi-même, en faisant ça. Et je suis très, très contente du résultat.
LFB : Mais c’est vrai parce que si tu les prends eux deux, tu prends Bénédicte (Schmitt ndlr) aussi, ce sont des gens qui sont très bienveillants dans la création musicale. Et j’ai l’impression que ce sont des gens qui ont des idées mais qui poussent ton idée à toi pour l’amener aussi naturellement, sans te forcer la main.
Chloé Antoniotti: Ouais, carrément. C’est un travail d’équipe. Bénédicte, justement, c’est exactement ça. Elle avait déjà fait le dernier EP aussi. Et en plus, comme il n’y avait pas de producteur, elle a vraiment un rôle très artistique. Il y a ce truc où j’ai trop envie qu’elle soit libre. En fait, l’important, c’est que les gens qui travaillent sur le projet s’amusent aussi, se retrouvent dedans. Et ça passe par des moments humains, finalement, très privilégiés. J’ai passé des super bons moments avec eux. Du coup, je pense que ça s’entend aussi dans leurs couleurs et leurs touches qu’ils ont amenées, ça leur ressemble aussi.
LFB : J’ai l’impression qu’Alexis a un truc très spontané et dans l’élan qui correspond bien aussi à la façon dont tu envisages toi la musique.
Chloé Antoniotti: Oui et non. Dans le sens où lui est très boule électrique qui va dans tous les sens et qu’il aime les accidents heureux. Alors que moi je suis plutôt une maniaque. Je suis à la note près, au son près. Quand j’entends quelque chose, j’ai envie que ça soit comme je l’entends. C’était plus un truc où on se complétait justement. On s’est enrichis tous les deux dans ça et au final ça a trop bien matché pour ça. Plus par une complémentarité plutôt qu’un truc où on s’est nourri dans ce qu’on savait faire.
LFB : Son expertise sur le modulaire qui est assez unique en France, qu’est-ce que ça t’a apporté et qu’est-ce que ça t’a donné envie justement de créer aussi ?
Chloé Antoniotti: Justement le goût de l’accident heureux. Franchement, ce truc aléatoire, c’est vraiment de l’émotion plus que de la notion, on va dir. J’ai adoré ça, j’ai trouvé ça formidable.
LFB : Tu as envie de prolonger l’expérience ?
Chloé Antoniotti : Ah ouais, carrément, c’est sûr.

LFB : Et pour l’ajout des percussions, c’était une idée que t’avais dès le départ, ou c’est venu après ? De rajouter des éléments dans ta musique, et de moins te contraindre.
Chloé Antoniotti : Franchement, c’est un truc, même depuis le premier EP, je me dis qu’un jour, je le ferai. Je ne le faisais pas à l’époque, plus par souci de compétences et dans ma tête, ce n’était pas réalisable encore. Il y avait un truc compliqué à mettre en œuvre. Mais j’ai toujours voulu mettre de la batterie. Là, j’ai testé, j’ai ouvert la porte, voir comment ça marche aussi avec mon univers. Et maintenant je vais partir à fond là-dedans.
LFB : Tu as l’impression que ce sontt des éléments que tu veux ajouter au fur et à mesure ?
Chloé Antoniotti: Oui, il y en a plein. J’ai plein d’idées.
LFB : Tu peux finir en mode concert orchestral.
Chloé Antoniotti : Ça, c’est mon rêve. Un orchestre entier qui jouerait. Même les synthés, à la base c’était juste pour remplacer des violons que je ne savais pas faire. Parce que je n’étais pas une grande productrice, que je n’avais pas de plug-in, que ça sonnait très mal quand je le faisais moi. Et de base, le Juno, c’était plus ça, c’était un rôle de violon qui tournait autour du piano. Et ouais, mon rêve, ce serait incroyable. Mais ça, pareil, je vais le faire un jour et ce n’est pas urgent. Ce sera une carte à jouer un jour qui sera trop géniale.
LFB : Justement, c’est ça qui est intéressant, c’est que tu fais des étapes. Mais c’est marrant parce que quand tu vois le titre de l’EP, ça me fait penser à Final Fantasy.
Chloé Antoniotti: Ah oui, on me l’a dit beaucoup.
LFB : Et j’ai l’impression que ta façon de parler de la musique, c’est un peu ça. C’est que tu évolues, tu gagnes en expérience, tu as des nouvelles compétences.
Chloé Antoniotti : Grave (rires).
LFB : Ce qui est intéressant dans ta musique, c’est qu’elle soit orchestrale et qu’il n’y ait pas de voix. Ca pousse l’imaginaire des gens aussi. Parfois, les gens se rattachent aux morceaux parce que les paroles se rattachent à l’intime. Là, j’ai l’impression que les gens qui s’y attachent parce que l’émotion les capte et ta musique peut se rattacher à plein de moments différents.
Chloé Antoniotti: C’est là que je vois vraiment la différence avec tous mes copains et copines qui font des chansons et chantent. C’est que vraiment, quand il y a une voix qui raconte une histoire, les gens écoutent, rentrent dans l’émotion de l’artiste et écoutent son histoire. Ma musique, c’est plus un truc que les gens écoutent pour se raconter eux des histoires qui leur appartiennent. Et c’est pour ça aussi que les noms des morceaux, c’est hyper important, parce que c’est une sorte de direction qu’on donne, qui, pour moi, est très importante. Et du coup, c’est ça que j’adore, c’est que les gens se racontent des histoires à eux.
LFB : Mais du coup, j’ai l’impression qu’il y a une énergie qui est amplifiée par rapport à ce que tu faisais avant aussi dans la musique.
Chloé Antoniotti : C’est-à-dire ?
LFB : Je trouve que c’est plus ample.J’ai l’impression qu’il y a cette idée aussi un peu d’exacerber les choses et de pousser le curseur sur l’émotion.
Chloé Antoniotti : Ça pareil, je pense que dans les prochains projets, ça va être encore pire. Avant j’essayais vraiment de nager, naviguer dans la nostalgie, cet entre joie et entre tristesse. Parce que justement je n’arrivais à composer que des morceaux tristes. Et quand j’arrivais à en faire un qui n’était pas heureux mais qui était nostalgique, pour moi d’un coup c’était mille fois mieux.
Du coup, j’ai essayé de faire des projets que comme ça et là typiquement dans cet EP, Mangata est triste, dramatique un peu. C’est comme si je n’osais pas l’assumer, d’aller au bout de ces idées-là. Et là, j’ai compris que ça ne sert à rien d’essayer de tirer vers la joie un truc qui est triste. Parfois, ça peut être bien aussi de foncer dedans. Et oui, il y a des nouvelles émotions, clairement, qui vont plus profondément. Mais pareil, j’ai doucement ouvert la porte pour voir et je me dis OK. C’est satisfaisant. C’est vrai que ce terme d’ampleur, ça représente bien ce que j’ai ressenti moi, en tout cas, en le faisant.
LFB : Je trouve qu’il y a un élan. Et même dans la tristesse, je trouve qu’il y a beaucoup de douceur aussi dans la musique que tu fais. J’ai l’impression que c’est hyper important aussi pour toi qu’il y ait justement cette douceur. On ne va pas parler de tendresse, mais presque. Que ça reste quelque chose d’accueillant malgré tout.
Chloé Antoniotti: Ça, je pense qu’il y en aura toujours dans ma musique, tout comme il y aura justement un peu plus de violence parfois aussi. Mais c’est ça qui est bien, c’est avoir les deux dans de la musique. Et c’est un truc qui fait partie de la vie, je trouve. Il y a plein de douceur et plein de violence.
LFB : Qui se retrouvent parfois.
Chloé Antoniotti: Oui, c’est ça. Complètement.
LFB : Et justement, le fait d’être « autodidacte », de ne pas avoir pris de cours, est-ce que tu as l’impression que c’est quelque chose qui devient au fur et à mesure du temps un plus pour toi ? Que ce soit la curiosité qui guide plutôt que des structures qu’on retrouve un peu partout.
Chloé Antoniotti: C’est sûr. Je pense que j’ai appris le piano en composant. Je n’aurais jamais composé sinon. Et je sais que je me suis pris de passion pour l’harmonie quand je suis arrivée à Paris. Et je voulais vraiment apprendre la théorie musicale, le solfège. Bon, le solfège n’est pas arrivé, je suis vraiment une quiche. Mais l’harmonie, pour le coup, maintenant, c’est un truc, c’est un domaine que je maîtrise, je dirais, et que j’adore. Et du coup, au début, ça m’avait coupé toute inspiration pendant deux ans à peu près. Je pense que savoir ce qu’on fait, c’est dur de s’en détacher après. Et je pense que oui, c’est précieux d’avoir des lacunes. C’est giga inspirant. Ça donne des choses qui sont vraiment centrées autour de l’émotion, plus que de la théorie.
LFB : Ça permet de garder de la fraîcheur aussi, peut-être, de la naïveté.
Chloé Antoniotti: Carrément.
LFB : C’est un peu comme Gonzales par exemple. Il y a toujours cette idée de vouloir s’amuser avec la musique.
Chloé Antoniotti: D’être libre.
LFB : Est-ce que la musique à l’image, c’est quelque chose qui t’intéresse ? Et est-ce que le composer pour quelqu’un d’autre, ça serait quelque chose qui t’intéresserait ?
Chloé Antoniotti : Composer pour les chanteurs et les chanteuses, je le fais depuis longtemps. C’est une des choses que je préfère sur Terre faire, parce que ça donne des moments incroyables. Il y a des gens que tu ne connais pas.
Moi, pour le coup, on m’appelle souvent pour faire des morceaux tristes. Et du coup, les gens, ils viennent et je ne les connais pas. On se met à parler des mères alcooliques, des plein de choses.Tu te retrouves à avoir une discussion hyper deep avec quelqu’un que tu ne connais pas, à vivre un moment intense, à faire un morceau souvent intense.
Et c’est trop bien. C’est mon moment préféré de la vie. Et la musique à l’image, mon rêve, ce serait vraiment des musiques de jeux vidéo. Ça, c’est un truc que je rêverais de faire. Et des musiques de films d’animation. Et après, oui, aussi de films en général, de documentaires, il y a plein de choses. Mais je pense que mes deux grands rêves, c’est animation et jeux vidéo. Ce sont des choses qui m’ont beaucoup parlé, que j’aime trop.

LFB : Très japon.
Chloé Antoniotti: Ouais, finalement, c’est ça ! Même si l’animation française est trop bien. J’aime trop la musique de film parce que ce sont des grands thèmes. Ce ne sont pas des musiques ambiantes qui accompagnent un truc. A la fin on va aimer la musique mais ce que j’aime ce sont les mélodies qu’à la fin tu peux rechanter. La mélodie du Château ambulant, celle de Zelda. Je trouve ça trop génial de faire un thème qui représente un univers.
LFB : Joe Hisaishi c’est une grosse influence pour toi ?
Chloé Antoniotti: C’est mon idole sur terre. J’ai appris le piano en apprenant ce morceau. Je suis trop fan.
LFB : Et justement, pour parler d’étape, faire un album « de producteu »r, c’est-à-dire comme un album de musique électronique où les gens viendraient chanter sur tes compositions, mais pour un album à toi, c’est un truc qui t’intéresserait ?
Chloé Antoniotti: Oui, grave. Ça, j’aimerais trop. Mais c’est pareil, c’est une sorte de corde à utiliser un jour, à jouer, comme peut-être un projet entièrement orchestral. Mais j’aimerais trop un jour faire un projet entièrement avec des feats. Même les feats par-ci par-là, ça peut être intéressant de commencer à penser à ça.
LFB : Je voudrais parlais de live. Je t’ai vu en première partie de Johnny Jane. Comment tu envisages le live maintenant ? Tu as fait une Maroquinerie qui était complète. Là, il y a une Gaité lyrique. Est-ce que tu as envie aussi d’aller ailleurs, de sortir de Paris, d’explorer un peu ?
Chloé Antoniotti: Bien sûr.
LFB : Est-ce que tu as l’impression que ton projet est adapté à des SMAC ou à des choses comme ça ?
Chloé Antoniotti : Non, je pense que je ne serais pas très confortable à faire des concerts, des SMAC typiquement que j’ai fait beaucoup avec des chanteurs. Pour l’avoir fait avec des artistes, je vois bien qu’il faut aller chercher les gens. Alors que moi, c’est une musique qui est très contemplative, qui est très immersive. Donc, c’est vrai que pour le coup, je pense que ça ne correspond pas spécialement bien à l’ambiance des SMAC.
Les gens, en plus, sont contents de danser souvent. Je pense qu’il faut quand même être dans certaines conditions pour écouter. Pas forcément connaître, je ne dis pas ça, mais par contre, être soit assis. Par exemple, au Trianon, il y avait ce truc-là. Puis comme c’était le unplug de Johnny Jane, les gens avaient pris place pour un truc un petit peu plus musical. Et moins dansant. Il faut trouver les endroits où ça correspond bien et où ça peut réussir à toucher les gens. Mais en effet, tout ne correspondrait pas, je pense.
LFB : Tu vas faire la Gaité lyrique. Ce qui est intéressant, c’est que tu peux ajouter du visuel. Est-ce que c’est quelque chose justement sur lequel tu vas partir ?
Chloé Antoniotti: Pas à 100% mais ouais on va essayer. On n’a pas encore tout fait en termes de scénos mais on veut vraiment créer un truc visuel. Avec Théo qui avait fait la scénographie à la Maroquinerie, il avait mis des miroirs au plafond et on a vraiment envie de créer encore des tableaux comme ça qui aideront à emporter les gens. Et pour le coup, la Gaité lyrique, j’aurais aussi un batteur et une bassiste. Je suis impatiente de faire ça.
LFB : Encore une fois, l’ouverture.
Chloé Antoniotti: Ah ouais, ça va être incroyable. Et puis ce soint deux bons copains, donc ça va être un vrai kiff. Je pense, même sur scène, ça va être génial.
LFB : Je me demandais si, comme les vidéos que tu fais justement sur Instagram, est-ce que tu as l’impression que la musique, c’est un truc qui permet justement de prendre de la hauteur sur le monde ?
Chloé Antoniotti: Bonne question. Grave. Je ne dirais pas de la hauteur, mais de la distance. Enfin, ouais, tu as raison, de la hauteur.
LFB : Un peu comme un fantôme qui regarde.
Chloé Antoniotti: Oui, en plus, j’ai vraiment appris le piano chez mes parents, avec un piano qui a une vue sur la montagne. On voit les voitures qui passent, les gens au loin. Pour moi, c’est vraiment ça, c’est contemplatif. Mais aussi, il y a une impression, je pense, de respirer quand même. C’est un peu violent comme image, mais de sortir la tête de l’eau, même si je n’ai pas l’impression d’être sous l’eau quand je vis, mais il y a un truc quand même où on respire vraiment.
LFB : Oui, de quitter son corps un peu.
Chloé Antoniotti : Oui, un peu, de dissociation. Ou même, justement, peut-être se recentrer dedans, vraiment. En tout cas, il y a un vrai monde différent, je trouve, en termes de sensations. Je n’ai pas l’impression de le conscientiser, parce que je ne réfléchis pas spécialement. Enfin, si, en fait, je parle de mes pensées, c’est très méditatif.
LFB : Est-ce que tu as des coups de cœur récents ?
Chloé Antoniotti : J’ai un coup de cœur pour une musique dans un jeu vidéo. Le morceau s’appelle Vignette ; Panacea. En ce moment, je suis très sur les musiques de jeux vidéo.
Crédit Photos : Cédric Oberlin