Magnetofille : la bedroom pop façon Pi Ja Ma

Pi Ja Ma, artiste aux multiples talents, sort ce 31 janvier son troisième album, Magnetofille. Un disque organique,  personnel, fidèle à son amour du fait-maison. D’un titre à l’autre, elle oscille entre légèreté et nostalgie, humour et mélancolie. Au fil des morceaux, elle dévoile une pop plus imparfaite et authentique que jamais. Parfait pour (re)trouver de la poésie dans le quotidien !

Un lâcher-prise rafraîchissant

Pi Ja Ma n’en est pas à son coup d’essai : son premier EP, Radio Girl, sortait il y a presque dix ans, en 2017. En une décennie, elle est même devenue une voix singulière et reconnue dans le paysage de la pop française. Alors, pourquoi a-t-on la sensation de redécouvrir l’artiste sur cet album ? Certainement parce que Magnetofille est né d’une question qu’elle n’avait pas vraiment pris le temps de se poser avant. « En dix ans, jamais je ne m’étais demandé comment sonnait ma musique à moi », explique-t-elle. En 2020, confinée, elle profite du temps qui s’étire pour écrire quelques chansons, qui verront le jour près de six ans plus tard.

Au fil du temps, se dessine ce qui devrait devenir sa marque de fabrique. Un son travaillé mais imparfait, qui s’assume comme tel et ose un pied de nez aux standards de l’industrie. Il en résulte un album surprenant – au meilleur sens du terme – parfaitement personnel et qui respire l’authenticité.
Pour rester fidèle à sa démarche libératrice et conserver cette fraîcheur dans la composition, elle enregistre les douze titres dans un studio improvisé pour l’occasion, dans la maison de son grand-père. Accompagnée de l’artiste et producteur Hugo Pillard (Trente), elle laisse libre cours à ses envies. C’est ainsi que coexistent des voix naturelles et robotiques, des synthés vintage, des guitares folk ou rock et des passages plus électro, parfois dans un même morceau.

La poésie du quotidien

À peine le magnéto enclenché, nous voilà transportés dans le monde de Pi Ja Ma. Chaque morceau donne l’impression d’ouvrir au hasard une page de son journal intime. Sans artifice et sans distinction, elle y partage ses pensées sur des situations qui peuvent sembler anodines. C’est qu’elle a bien compris qu’en le regardant de plus près, on peut trouver de la poésie dans le trivial.

C’est le cas d’Hyperactive Girl, qui raconte son goût pour les activités manuelles en tout genre, pourvu que ses journées soient remplies. La compositrice-illustratrice-céramiste se confie en s’amusant de son besoin de remplir sa vie « jusqu’au bord ». 18h37 capture la douceur d’une soirée d’été et la douce amertume du retour en train. L’annonce décortique des états d’âme sur une déclaration d’amour à venir. 

Carnet secret, symboliquement placé au centre de l’album, nous plonge un peu plus dans l’intimité de l’artiste. Adressé à son carnet d’écriture, c’est certainement le titre le plus personnel de l’album. Sa voix, fluette sur les couplets, s’affirme à l’arrivée du refrain et de sa mélodie accrocheuse.

Nostalgie et second degré

Si Magnetofille ne cesse de nous étonner, c’est aussi que l’artiste y mêle nostalgie et second degré. Ce savant mélange crée un décalage permanent entre sérieux et dérision. Au détour d’une rime peut se cacher un sourire amusé ou une profonde nostalgie. Et c’est aussi ce qui fait le charme de Pi Ja Ma

Crédit : Hugo Pillard

Entre Chiale et Le temps, par exemple, il y a un monde. Le premier, ode au lâcher-prise au clip surréaliste (dont on vous parlait ici), exhorte sa génération à pleurer un bon coup. Le deuxième, qui clôt l’album, est une ballade mélancolique à souhait qui parle du temps qui passe et de l’apaisement qui ne vient pas. 
Dans sa façon de nous faire passer du rire aux larmes en quelques vers, Magnetofille rappelle Minuscule folle sauvage, le roman graphique sorti par l’artiste en 2024. Elle y évoquait sa dépression et partageait ses questionnements avec vulnérabilité et poésie.

Pop de chambre et DIY

Touchant, sincère, coloré, Magnetofille est un bijou de bedroom pop à la française. Pi Ja Ma revendique une esthétique lo-fi, qui fait partie intégrante de son identité. Pour obtenir ce son unique, elle s’est attachée à écouter sa créativité, plutôt qu’à imiter la pop usinée qui fleurit sur les radios. Et on peut dire qu’elle a eu raison de suivre son instinct.

Attachée à l’esprit Do It Yourself, elle n’hésite pas à capturer les sons qui l’entourent. Munie de son magnétophone, elle capte les rires, le chant des oiseaux ou le bruit de jouets, et les intègrent à ses chansons. Elle capte le beau dans la vie de tous les jours, et nous le transmet à travers sa musique et ses mots.

Pi Ja Ma signe un disque sans compromis, qui lui ressemble. Elle dévoile une pop authentique et originale, tantôt vintage, tantôt moderne, et souvent les deux à la fois. A contre-courant d’un certain nombre de codes de l’industrie, Magnetofille fait l’effet d’un bol d’air frais. Solaire, il apporte un peu de lumière en ce début d’année. Alors on rembobine, et c’est reparti.

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