Avec Ottis Cœur et sa comparse Camille, Margaux Jaudinaud avait déjà frappé fort en réussissant à s’imposer dans un paysage encore, il faut bien le dire, un peu trop masculin à notre goût. Nouvel essai transformé avec brio par l’artiste, sous les traits de Vera Daisies. Elle vient de dévoiler Clever Girl, un premier EP solo à la musique puissante et tranchante.

Une œuvre intime empreinte de sensibilité et de force
Mêlant des sonorités grunge, pop et shoegaze, Vera Daisies interroge son rapport aux autres, à l’amour, aux amitiés et à l’industrie musicale. L’artiste revient sur dix années de transformation marquées par de profondes désillusions. Des blessures qui l’ont fait grandir et lui ont permis de trouver la force de traverser ces épreuves.
D’ailleurs, le titre de l’EP, Clever Girl, mi-dino mi-dragon, pourrait bien se référer à la réplique culte prononcée par Robert Muldoon dans Jurassic Park. Juste avant de se faire dévorer par un vilain dino, il lâche « Clever girl », en parlant de sa coéquipière qui a su faire preuve de courage et prendre les bonnes décisions pour s’en sortir, là où beaucoup d’autres ont échoué. On y voit forcément un lien éclairant sur l’œuvre intime empreinte de sensibilité et de force dévoilée par Vera Daisies.
Dès les premières secondes de Chess Game, le morceau qui ouvre l’EP, Vera Daisies nous emporte à toute allure dans son univers. La guitare tranchante, la batterie à l’énergie contagieuse et les touches électroniques rendent le titre explosif et mordant. Elle raconte l’histoire d’une romance compliquée aux sentiments nuancés et ambigus : désir, impatience, mélancolie, incompréhension. Le non-dit est omniprésent et la tension palpable.
Vera Daisies, une artiste multidisciplinaire
Ce titre, le premier que Vera Daisies a mis au jour, est accompagné d’un clip entièrement réalisé par l’artiste pluridisciplinaire, également illustratrice. Margaux Jaudinaud réalise des clips en animation, des pochettes, des affiches, etc. Le lien entre le son et l’image est constant et complémentaire dans son travail, nourri de pop culture.
666 sonne comme une confrontation brutale. Vera Daisies laisse éclater sa rage à l’égard d’une personne perçue comme toxique, manipulatrice et incapable de se remettre en question. Un morceau libérateur, porté par des mots vengeurs et l’énergie brute de l’artiste.
On baisse le tempo dans Take It Slow. Vera Daisies y parle d’un moment charnière d’une relation, où se protéger devient plus important que préserver le lien. Ce moment où l’on reprend le contrôle après avoir longtemps douté, attendu ou espéré. Un chemin vers le retour à une certaine paix intérieure, ou tout du moins vers la recherche d’apaisement et de sécurité.
Dans Missing Something, en featuring avec Sloe Noon, on ressent la lassitude désabusée de Vera Daisies, lorsqu’on comprend que faire de son mieux ne suffit parfois pas, sans vraiment réussir à comprendre pourquoi.
Cant’t blame you, une ballade déchirante
Can’t Blame You termine l’EP en beauté. Cette ballade aux influences 90’s évoque avec force et nostalgie la fin d’une histoire. L’heure du bilan, en somme, où Vera Daisies prend toute sa part de responsabilité et conclut sur son incapacité à aimer. Un aveu déchirant, tout comme son solo final de guitare, qui nous retourne littéralement à chaque écoute.
Avec Clever Girl, Vera Daisies entre (à nouveau) par la grande porte sur la scène rock indé française en livrant une œuvre introspective et émancipatrice, première pierre à l’édifice d’une artiste déjà incontournable.
Le public est déjà au rendez-vous, avec une Boule Noire sold out le 29 janvier. Vera Daisies sillonnera les routes de France jusqu’en avril. Prenez vos places !