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Les clips de la semaine #321 - Partie 1

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Tout de suite, la première partie de notre 321ème sélection des clips de la semaine.

@ - I Know You Are (But What Am I Thinking)
Pour la dernière ligne droite avant la sortie de leur deuxième album, paru vendredi dernier, le groupe originaire du Maryland a opté pour la mise en lumière d’un ultime extrait, loin d’être anodin à nos yeux.
Le désir, nous pourrions même parler d’urgence, de se sentir aimé est au cœur des accords qui composent I Know You Are (But What Am I Thinking). Cette ombre qui épouse chaque recoin de notre corps traduit un sentiment tenace, mais non moins insidieux : celui d’une pensée qui nous pousse à croire que recevoir de l’amour n’est pas à notre portée, comme si notre personnalité ne méritait pas de s’en approcher. @ déploie ici une approche créative des plus intimes et brutes, qui raconte quelque chose de plus grand, en parfaite adéquation avec leur musique. Avec Autosmile, leur nouvel opus, le groupe donne ainsi corps à cet espoir, presque viscéral, d’être compris, afin que ses sonorités résonnent plus clairement.
Désormais, ce nouveau disque à notre portée, il nous est possible de mieux comprendre leur musique, et même de l’aimer.
Marine - Tricheur
Marine revient cette semaine avec le clip de Tricheur, son dernier single sorti début septembre. Alors que le titre et les paroles évoquent un manipulateur, qu'elle interpelle carrément sur le refrain, aucune place n'est laissée aux hommes dans ce clip cathartique. Et pour cause, ce que la chanteuse met en lumière, c'est l'émancipation des femmes.
Alors qu'elle chante devant des cartons de feux d'artifice, on voit en parallèle d'autres femmes, et un chien, qui hésitent à passer à l'action et à céder à leurs désirs. Bien que les envies de chacune diffèrent, une constante demeure :
l'envie d'écouter son instinct, de s'écouter.
Finalement, toutes les femmes, et le chien, finissent par suivre leurs envies dans un élan de liberté et de joie explosive.
Le chien mange le gâteau, la fille se coupe les cheveux, l'autre explose la piñata et le couple s'embrasse. La chanteuse fait exploser les feux d'artifice pour nous offrir un final grandiose et libérateur. La raison tombe pour laisser s'exprimer, enfin, le cœur. Durant le clip, on voit aussi Marine seule, dans une pièce remplie de châteaux de cartes qui finissent, alors que la musique se termine, par s'effondrer un à un.
Ruby Gill - Fishing is not about fishing
Un troisième album sorti ce vendredi, accompagné d’une ribambelle de clips venant illustrer chacun des morceaux qui le composent. Difficile, dès lors, de n’en retenir qu’un seul pour en écrire quelques lignes. Car oui, il fallait bien que nous vous parlions du travail de Ruby Gill. Et c’est assez naturellement que notre choix s’est porté sur le morceau éponyme de l’album.
Pourquoi ? Parce qu’il évoque une vérité universelle, parfois oubliée : nous n’aimons pas tous de la même manière, et il nous est parfois difficile de reconnaître l’amour lorsqu’il ne prend pas la forme que nous attendions. Malgré toute l’affection que nous portons à celles et ceux qui comptent pour nous, certaines marques de tendresse nous échappent. De là naissent les doutes, les frustrations et cette impression persistante qu’il nous manque quelque chose.
Fishing is not about fishing aborde cette difficulté à travers le récit intime d’une relation entre un père et ses enfants. Ruby Gill y dépeint un amour imparfait, présent sans toujours parvenir à s’exprimer. Porté par des sonorités folks délicates, le morceau interroge notre rapport à l’affection et cette part d’égoïsme, profondément humaine, qui nous pousse à attendre des autres qu’ils nous aiment comme nous aimerions l’être. Accepter que l’amour puisse prendre une forme différente de celle que nous espérons demande parfois de dépasser nos propres attentes, sans pour autant nier ce qui nous a manqué.
Lunar Lock – I need to find some time
S’il y a quelque chose que les angevins de Lunar Lock cultivent bien c’est l’art de prendre leur temps. C’est d’ailleurs en plein cœur de l’automne qu’ils ont choisi de se rappeler à notre bon souvenir pour nous partager leur nouveau clip pour leur single I need to find some time tiré de leur dernier bel EP Stay Low for a Reason.
Pour illustrer ce morceau qui pense le temps long, c’est une animation minutieuse aux couleurs bien automnales qu’ont réalisé Leï Hérisson, Zoé Bodénan et Luc Ho Woui Fa dans le cadre de l’atelier Drawning for Drawing. Au fin fond de la forêt, un jeune homme semble vivre isolé du monde qui l’entoure, solitude choisie ou infligée nul ne vous le dira. Et soudainement, le voilà qu’une étrange matière s’échappe d’une carafe…
Comme une illustration matérialisée de l’invisible - l’épuisement psychique, les pensées envahissantes, la perte individuelle -, la matière menaçante, progresse et va jusqu’à engloutir son foyer. C’est là qu’I need to find some time prend tout son sens : prendre le temps pour soi, pour se reconstruire. Si en apparence Lunar Lock semblait avoir opté pour quelque chose de plus lumineux dans son approche sonore, le duo a finalement remis une pièce dans l’ambiance sinistre. Mais la noirceur et la coldwave ont toujours fait bon ménage !
Olivia Rodrigo - expectations (ft. Chappell Roan)
Tout comme Olivia Rodrigone semble plus disposée à se satisfaire de relations amoureuses sans saveur, la musicienne poursuit sa quête d’histoires à la hauteur de ses aspirations. Et autant dire que cette semaine encore, elle ne nous déçoit pas. Nous découvrons ainsi la mise en images de son titre expectations, accompagnée, histoire de ne pas faire les choses à moitié, d’une collaboration que nous espérions voir éclore depuis bien longtemps.
La musicienne poursuit son chemin dans le sillage de son génial dernier opus,you seem pretty sad for a girl so in love, paru en juin dernier. Pour donner vie à ce nouveau morceau, Olivia Rodrigo et Chappell Roan nous entraînent dans une parodie de jeu télévisé tout droit échappée des années 80, où les relations amoureuses se transforment en une vaste compétition. Entre les exigences que nous nous imposons, les désillusions sentimentales et cette volonté farouche de ne plus nous contenter du minimum, les deux artistes s’amusent à tourner en dérision nos attentes amoureuses et les contradictions qui les accompagnent. Le tout est orchestré par un invité de marque, et non des moindres :David Byrne (Talking Heads).
Il est sans doute encore trop tôt pour en mesurer toute la portée, mais nous sommes peut-être en train d’assister, morceau après morceau, à la naissance d’un fort héritage musical qu’Olivia Rodrigo laissera derrière elle. Une perspective vertigineuse, certes, et qu’il serait prématuré de prendre pour acquise. Pour l’heure, ne brûlons pas les étapes, contentons-nous de savourer ses créations avec une certaine candeur, de nous laisser porter par cette folie réjouissante et de profiter pleinement de ce qu’elle a encore à nous offrir.
Ino Casablanca – Buena onda
On retrouve Ino Casablanca avec un morceau exclusif : BUENA ONDA. Sur ce titre, impossible de rester indifférent et surtout de rester assis ! C’est LE titre à écouter en boucle dans sa voiture fenêtre ouverte.
Le morceau est absolument entêtant, rythmé avec cette production musicale entre cuivres et percussions. La darbouka ne nous quitte plus et on a qu’une envie c’est de remettre ses écouteurs pour entendre à fond cette ode à la joie (et on parle pas de celle de Beethoven).
Le clip est renversant avec un Ino à la Michael Jackson version Maghreb. Mais aussi par cette histoire d’amour moderne entre un homme maghrébin et une femme noire. En fait, ce clip représente la France qu’on est.
Et on ne se pose qu’une question en quittant le clip : Ino Casa qui l’arrête ?
Lescop feat. Marie-Flore – Polaroïds
« Une photographie, c'est un fragment de temps qui ne reviendra pas. » disait la photographe belge Martine Franck. Que celui qui s’oppose à cette définition se lève !
Au travers de leur chanson Polaroïds, Lescop et Marie-Flore nous font profiter de l’étrange nostalgie d’un bonheur éphémère dont on imagine les couleurs estompées, les chambres d’hôtel au matin aux draps froissés, le regard qui s’attarde et le silence pesant qui en dit long.
Sur une trame de pop élégante qu’on aurait pu avoir dans les intarissables années 1980, synthés et guitare donnent la part belle à l’expression de la fragilité des instants volés à la nuit. Polaroïds imprime la fragilité et l’imperfection. A l’heure de la photo numérique qui se retouche à l’infini et que l’on peut démultiplier, le polaroïd c’est porter la nostalgie de ce dont il est témoin. Polaroïds pour montrer qu’une nuit peut contenir l’intensité d’un amour sans la promesse du lendemain.
L’association de Lescop et Marie-Flore c’est la complémentarité, la rencontre de la rêverie masculine et la profondeur affective féminine, se rencontrer sans se confondre. Le clip s’inscrit dans le prolongement de cette histoire censée être sans lendemain. Il montre ce qui a lieu à l’instant présent mais pas l’avenir. Si la photographie ne rend pas le temps, elle renvoie au temps de l’action.