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Les clips de la semaine #322 - Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, la seconde partie de notre 322ème sélection des clips de la semaine.

Bonne Nuit - Les Dents
En ces temps de réveil, de révolte et d'union, on a plus que jamais besoin d'hymnes, de morceaux rassembleurs à reprendre, à hurler et à faire vivre.
Bonne Nuit ajoute cette pierre à l'édifice de la juste colère cette semaine avec le titre Les dents. Clin d’œil à une actualité qui dure désormais depuis plus de dix ans, le morceau du duo frappera à la tête de tous les "sans" : sans avenir, sans médecin, sans cuillère en argent, sans parents connus, sans salaire correct, sans profs, sans dents ...
Le morceau de Bonne Nuit, sous ses apparences pop dansante et accessible est un titre nourrit par la violence que la classe populaire subit depuis désormais trop longtemps, sans rien dire, en subissant encore et encore jusqu'au point de rupture.
Cette époque, grâce à l'implication de la jeunesse, semble toucher à sa fin et c'est ce que nous raconte Bonne Nuit. Ce moment où l'on accepte ce que l'on est, qu'on l'embrasse et qu'on se rassemble pour scander ensemble, pour danser ensemble et pour tuer le vieux monde avant qu'il ne soit trop tard.
Emma Kraemer prend à corps Les Dents et lui apporte un pendant cinématographique assez impressionnant. Dans un noir et blanc sublime, la réalisatrice nous entraine aux quatre coins de la France : des grands espaces aux petits appartements, des rues qui résonnent aux cours d'école qui rêvent encore, on suit un petit monde, certes laissé à l'abandon mais qui ne renonce jamais à l'espoir.
Toutes les générations sont présentes, chacune danse, laisse exprimer ce qu'ils et elles portent en eux et finissent par sourire de toutes leurs dents.
Un titre et un clip qui oscille entre différentes émotions mais qui surtout réchauffent les cœurs.
Asaf Avidan - Summer Rain
Avec Summer Rain, premier extrait de Lost Ballads Part. I, attendu le 13 novembre 2026, Asaf Avidan renoue avec l’ADN de ses premières compositions. Après le projet ambitieux et foisonnant UNFURL, l’artiste revient à l’essentiel : une guitare, sa voix singulière et des mots qui viennent toucher là où ça fait mal. Enregistré au Studio Miraval avec un quatuor à cordes, le morceau s’inscrit dans la continuité de son dernier album tout en dévoilant une facette plus intime de son univers. Inclassable, à la croisée du folk, du jazz, du rock, de la pop et du blues, Asaf Avidan n’en reste pas moins consistent dans sa DA, avec ce talent rare pour attraper à la volée les émotions humaines.
Summer Rain raconte la fragilité de deux êtres irrésistiblement attirés l’un par l’autre, mais dont la relation semble vouée à la déchirure. Entre tort et raison, force et faiblesse, la douleur finit par dépasser toute tentative d’explication : “Oh, I know that pain / I used to call it Summer Rain”. Peu d’artistes savent faire rimer pain, rain et again avec une telle évidence, transformant ces mots en une véritable signature poétique.
Musicalement, le morceau s’ouvre sur une guitare acoustique en arpèges, bientôt rejointe par cette voix rauque et perçante qui porte chaque mot, chaque émotion à fleur de peau. Les cordes s’installent avec délicatesse, sans jamais prendre le dessus, avant qu’un pont aux accents jazz-tango ne fasse entrer le piano dans l’équation. On retrouve ces arrangements cinématographiques à la John Barry, cette manière de créer une tension et de nous entraîner dans une rêverie. La collaboration entre Asaf Avidan et Tom Cohen, déjà au cœur du travail orchestral d’UNFURL, révèle ici une autre facette de leur complicité : plus épurée, mais d’une grande précision.
Cette sobriété se prolonge dans le clip, qui délaisse les univers oniriques et foisonnants d’UNFURL pour se concentrer sur l’essentiel. Chemise ouverte, cravate défaite, Asaf Avidan apparaît froissé, vulnérable, presque résigné, comme au lendemain d’une cérémonie ou d’une bagarre. Assis sur un tabouret, il chante Summer Rain droit dans les yeux, tandis que son visage incarne chaque nuance de cette histoire d’amour douloureuse. Dans ce huis clos, la caméra ne le quitte pas. Au moment du pont, il se lève et se met à chalouper, emporté par les accents presque tango-jazz du morceau, comme enfermé dans une bulle de douleur. Entre abandon et tension, son corps prolonge les émotions jusqu’à la dernière note. Réalisé par Asaf Avidan, Shir Didi et Maayan Loven, le clip mise sur une simplicité qui laisse toute la place à l’interprétation.
Ce retour à l’essentiel prend tout son sens avec Lost Ballads Part. I, une collection de chansons écrites au cours de la dernière décennie et restées inédites. Comme l’explique Asaf Avidan : « Lorsque je me suis lancé dans l'aventure folle de l'écriture d'UNFURL, j'étais conscient à quel point ce projet s'éloignait de ma zone de confort en tant qu'artiste. [...] Alors, comme pour m'accorder la liberté d'explorer ce labyrinthe, j'ai entrepris un second projet en parallèle. Lost Ballads était mon fil d'Ariane... une fenêtre ouverte sur quelque chose de familier. »
Enregistrés au Studio Miraval en trois jours, juste après les sessions d’UNFURL, ces morceaux renouent avec une écriture dépouillée où les textes, les mélodies et la voix occupent le premier plan. « Mais en vérité, ces projets sont tous les deux moi. Le chercheur, le labyrinthe et le fil d'Ariane », précise l’artiste. Prévu sous la forme de deux EP de quatre titres, Lost Ballads explore ainsi un autre versant de son univers sans rompre le fil qui relie ses différentes expérimentations.
Avec Summer Rain, Asaf Avidan retrouve cet espace où chaque mot, chaque silence et chaque note comptent. Un titre intime et délicat, porté par une interprétation habitée et cette voix qui, une fois encore, transforme la douleur en musique. Pour prolonger l’expérience sur scène, rendez-vous les 18 et 19 novembre 2026 à la Seine Musicale, où l’artiste se produira accompagné par l’Orchestre Lamoureux, sous la direction de Tom Cohen. Une occasion de retrouver toute la richesse de son univers dans une dimension orchestrale.
Retrouvez notre interview d'Asaf Avidan sur Unfurl ici
Gen - Requiem pour fourmis écrasées
Qui dit nouveau clip de Gen, dit nouvelle création aux teintes grisâtres et au grain raffiné. HALO, son dernier EP en date, a beau arborer des couleurs vives sur sa cover, l’apparence est trompeuse. Tout au long de ces cinq titres, le propos penche plutôt vers une fin de monde contrôlée par Big Brother. L’éclat de la pochette fait presque figure de leurre, un vernis posé sur un univers bien plus sombre, où il est difficile de ne pas voir le reflet de notre planète, ou plutôt de ce que nous en faisons.
Dans le clip de Requiem pour fourmis écrasées, réalisé par Celestin Ricada, on retrouve une fascination pour la boucle, la routine, le fait d’être dirigé dans un monde qui nous fait tourner en rond. Littéralement, par la rotation de la planète, mais aussi à travers un système qui met les libertés sous verrou. Cette idée de cycle sans issue ne reste pas cantonnée au texte, elle donne aussi du mouvement à la production de San Juliet et Medbanger, qui épouse le thème. Le sample de Heads Will Roll, saccadé et parfaitement placé, appuie le propos d’un monde lassant, où des têtes vont tomber, et ce seront sûrement les nôtres.
Allons-nous survivre au XXIᵉ siècle ? Gen lance la question à la mer. En attendant, il nous offre un cadre particulièrement dystopique, et pourtant fascinant dans sa mise en œuvre, où l’on se sent à la fois piégé et incapable de détourner le regard.
The Last Internationale - I Can Hardly Wait
Le duo The Last Internationale semble officiellement de retour ! Après deux singles sortis au printemps et à l’été 2026, Delila Paz et Edgey Pires ont notamment joué au monumental « Power To The People », organisé par Tom Morello, et partageaient l’affiche avec des légendes de la musique comme Bruce Springsteen et Foo Fighters. Avec ce nouveau single, « I Can Hardly Wait », The Last Internationale nous surprend avec une couleur musicale moins saturée de guitares, mais avec beaucoup de sensibilité et de douceur.
La voix de Delila nous emporte lorsque le refrain « I Can Hardly Wait » revient. On se permet la comparaison avec une artiste comme Florence + The Machine, avec cette même sensibilité et ces envolées vocales. À travers les paroles, le duo nous raconte le malaise de l’attente, le manque et la perte, et le fait avec beaucoup de justesse. Le clip, quant à lui, est réalisé dans la simplicité. On retrouve Delila et Edgey dans des lieux abandonnés, avec une colorimétrie en noir et blanc, comme pour accentuer la facette mélancolique de ce très beau morceau.
The Last Internationale tournera dans toute la France avec un passage au Trianon en février prochain. Et quand on connaît les performances scéniques du duo, on ne peut que recommander !
Monitors – Some People
En ces temps de Révolution contre le capitalisme, le duo de rock Monitors fait son retour avec le fiévreux titre Some People. Dans ce clip réalisé par Sarah Zaher, nous faisons la rencontre d’un homme, derrière des buildings, dont le costume et la mallette laissent penser qu’il s’use dans un quartier d’affaires.
Ce dernier rencontre un autre homme, plus libre. C’est de ce point de bascule, cette frontière sensible entre deux individus en miroir, que Monitors développe avec Some People.
Le duo appelle à rejeter un modèle de vie trop stable, une époque abîmée par ses propres normes : « I am restless, bury me under poverty, dismiss civilisation ». Un morceau bien aguicheur par les temps qui courent…
Feu! Chatterton - L'étranger
Les beaux textes sont éternels, encore plus quand ils sont sublimés par Feu! Chatterton. On sait Arthur Teboul attaché à la poésie, son interprétation habitée de L'étranger d'Aragon en est une nouvelle preuve.
Niché au cœur du Labyrinthe, ce morceau est sublimé par ses camarades de jeu qui s'engouffre dans une esthétique électronique comme pour contrebalancer l'humanité folle du texte et de son interprétation. La friction des nappes électronique et de la voix unique du chanteur donne lieu à l'un des moments de grâce de leur dernier album.
On se laisse embarquer dans cette épopée hypnotique, qui gagne lentement en tension avant d'exploser et nous avec. Un grand moment de libération, d'intensité et de liberté. Dans cette version on entend le tonnerre, les humains qui vivent à côté du morceau et la cohésion d'un groupe à son sommet.
La vidéo animée réalisée par Ernest Bouvier, Rémy Monti et Jordan Le Galèze sublime encore plus le titre. Fruit d'un travail de plus d'un an, le clip est l'exemple même de la créativité et du travail effectué par des êtres humains.
Un travail assez fou et minutieux, une animation en noir et blanc qui transforme sans cesse les lignes et les hommes pour faire évoluer les images, nous entraîner dans un rêve étrange, une chute, des danseurs possédés et l’apparition du groupe dans un moment de live.
La vidéo, colle parfaitement à la sensation presque surréaliste qui nous empare à l'écoute du morceau, comme si nous ne contrôlions plus rien et que nous devions nous laisser aspirer par la beauté et l'étrangeté de la musique et des images qui se déroulent sous nos yeux.
Feu! Chatterton reprendra la route à partir du mois de novembre, et on ne peut que vous inciter à aller les voir, le groupe proposant un show à leur image, mêlant émotions et explosivité.
Lisa LeBlanc- Too Many Cooks
Le prochain album de Lisa LeBlanc, attendu pour le mois de février 2027, s'appellera Patchwork, et à l'écoute de Too Many Cooks, on comprend un peu pourquoi.
Le dernier morceau de l'artiste acadienne est un mélange à la recette explosive. Entre la country, la funk et la soul, Lisa LeBlanc mélange les ingrédients à la perfection pour nous offrir un mélange absolument réjouissant qui groove comme jamais et s'imprègne de sonorités 60's et 70's pour nous faire danser et réfléchir. Car on pourrait croire que le morceau parle de cuisine, mais de notre côté on y voit aussi une vision assez ironique sur l'état du monde où tout le monde semble complètement perdu, que ce soit les dirigeants ou ceux qu'ils sont sensés guider.
De recette, il en sera aussi question dans la vidéo de Alexandre Pelletier qui accompagne le morceau. Imaginez une version délirante (et un peu sanglante) d'un diner presque parfait où Lisa LeBlanc entre en compétition avec des marionnettes bien décidé à tout faire pour que son repas se passe le plus mal possible.
Un clip remplit de clins d’œil à la culture télévisuelle moderne pour un rendu drôle et un poil cynique où tous les coups sont permis, surtout si ils sont bas et nous font marrer.
Avec Too Many Cooks, Lisa LeBlanc nous offre une facette particulièrement excitante de son nouveau projet qu'on aura le plaisir de découvrir en live au mois de mars prochain au Trabendo.
Melissa Weikart - Contact
La musique de Melissa Weikart a cette manière absolument géniale de nous surprendre en permanence. De retour avec un nouvel album, Contact, la musicienne franco-américaine a décidé de mettre le morceau éponyme en avant.
Et comme toujours, c'est dans des territoires en mouvement que la musicienne nous entraine. Entre le français et l'anglais,
Contact évolue dans des territoires brumeux qui se dévoilent, et s'apprivoisent, au fil des écoutes.
Entre le piano et sa voix, la première partie du morceau joue une sorte d'introduction émotionnelle avant que le morceau ne perde de son sens, se laisse envahir par des sonorités dissonantes, des chœurs ébouriffants et une sensation d'un univers impalpable où ce qui se déroule devant nous peut se transformer à tout moment.
L'apparition de la batterie amène à nouveau le morceau ailleurs, alors que la voix de Melissa Weikart continue de nous charmer et de se démultiplier.
La vidéo joue aussi sur cette sensation surréaliste et nous entraine dans un rêve éveillé, où Melissa part au contact d'une entité surprenante, comme un double mystérieux qui se présente devant elle.
En jouant avec les miroirs et sur des jeux de couleurs qui apparaissent, disparaissent et se répondent, la vidéo installe une ambiance et diffuse des sensations confuses et presque inquiétantes par moments. Une main qui se tend, une autre qui la touche et le réel semble reprendre ses droits. Mais tout ceci était-il vraiment un simple rêve ? On vous laisse vous faire votre idée.