DJ Pone : « Je ne pense pas vraiment au club quand je compose »

A l’occasion de la sortie de sa mixtape Bass Culture vol. 1, nous avons rencontré DJ Pone pour échanger sur son processus créatif, l’évolution du DJing et de sa carrière.

Crédit photo : Gianni Giardinelli

LFB : Tu as sorti Bass Culture vol. 1 la semaine dernière. C’est un projet qui est court mais très dense, presque comme un set compressé. Est-ce que tu l’as pensé dès le départ comme une expérience d’écoute continue plutôt que comme une suite de morceaux ?

DJ Pone : Je crois que j’avais du mal avec l’idée de faire un album. J’ai beaucoup de morceaux, donc je pourrais en sortir un, mais je me disais qu’un album demande énormément de travail et de temps. Et malheureusement, je ne suis pas certain que ce soit un format qui me corresponde vraiment aujourd’hui. Artistiquement oui, mais je ne suis pas non plus un artiste pour qui l’on attend absolument un nouvel album. Il faut rester un peu réaliste : ce n’est pas vraiment le cas pour moi.

Du coup, je me disais que sortir un album me dérangeait un peu, parce que c’est long, ça demande beaucoup d’investissement, surtout quand on n’a pas de maison de disques. Et puis, une fois qu’il sort, il peut très vite passer à la trappe, alors que toi tu as passé deux ans dessus. J’avais déjà sorti quelques singles, mais je trouvais que ça n’avait pas vraiment d’impact. C’était difficile de susciter de l’intérêt, même du côté des médias.

Je me suis donc dit : pourquoi ne pas faire une sorte de mixtape, un format qui ressemblerait un peu à ce que j’aimais quand j’étais plus jeune ? Les albums de rap avec des interludes, par exemple. Le deuxième album de Kendrick avait un peu cet esprit-là. Moi, c’est quelque chose qui me parle, c’est assez générationnel.

J’avais aussi des morceaux assez courts, où j’avais l’impression d’avoir tout dit. Je me demandais comment les faire exister sans les sortir en single. Et finalement, ce format de mixtape s’est imposé comme une bonne planque : je peux y mettre des morceaux courts, me faire plaisir, et en plus ça ressemble à ce que j’aurais aimé écouter. Ça demande du travail, mais ce n’est pas le même engagement que de faire un album.

Quand je l’écoute aujourd’hui, je me dis que si je fais un volume 2, ce que je pense faire assez vite, et que je mets tout bout à bout, on pourrait se retrouver avec quelque chose d’une heure. Là, ça commencerait à ressembler à un album. Mais un album, c’est souvent encore beaucoup plus de travail. En tout cas, ce format m’a vraiment plu. Ce n’est pas un hasard si je l’ai fait comme ça : je me suis dit qu’il fallait tenter quelque chose.

Et puis ça suscite aussi un peu de curiosité : les gens se demandent ce que j’ai voulu faire. Effectivement, c’est assez dense. Mais aujourd’hui, tu as des albums avec une dizaine de morceaux qui durent à peine trente minutes. Moi, je ne présente pas ça comme un album, mais comme un EP. Je me dis qu’un EP de 18 minutes, c’est honnête. Et si tu en fais deux, tu as 40 minutes et ça devient une sorte de voyage.

Ça m’a aussi rappelé un vieux projet de Qbert avec DJ Shadow, qui s’appelait DJ Shadow – Qbert Mix. Qbert reprenait des boucles des morceaux de Shadow et il bombardait en scratch dessus. À l’époque, Qbert était le dieu ultime du scratch. Il y a quelque chose de cet esprit-là dans mon projet : pas dans les scratchs, mais dans l’idée de construire un objet musical un peu libre.

LFB : Quand tu construis une mixtape comme celle-ci, comment ça se passe : est-ce que tu as produit chaque morceau séparément et tu les as mixés, ou est-ce que tu as tout pensé comme un flux continu que tu as ensuite découpé en séquence ?

DJ Pone : J’ai fait les main tracks en premier. C’est-à-dire Piano 90, Rosa, Dirty Soap et Bass Culture. Et après, je me suis dit qu’il fallait que je trouve une façon de les lier avec une intro et des interludes. Donc j’ai fait les quatre tracks et ensuite j’ai cousu autour. Et je suis super content du résultat. Si tu cours ou si tu fais du sport, c’est bien.

LFB : Tu as donc 10 séquences qui sont plus ou moins courtes. Est-ce que cette fragmentation vient plutôt de la culture DJ ou de notre manière moderne d’écouter la musique ?

DJ Pone : Je pense qu’il y a déjà une obligation technique liée aux plateformes : il faut découper le projet en morceaux. Aujourd’hui, les gens aiment aussi pouvoir accéder directement aux titres ou aux parties qu’ils veulent, quand ils en ont envie.

On a sorti Dirty Soap en premier pour proposer quelque chose, mais dans mon idée, j’avais du mal à imaginer extraire des morceaux de cet ensemble. Pour moi, c’était vraiment un projet à écouter dans sa globalité, parce que tout est assez logique dans la manière dont c’est construit. Le découpage que j’ai fait reste cohérent, et ce qui est bien, c’est que tout s’enchaîne.

Honnêtement, si ça ne tenait qu’à moi, je ne l’aurais peut-être pas découpé. Mais aujourd’hui, les formats ont beaucoup changé. Je regardais par exemple le dernier album de Grems qui est mortel, mais il dure seulement 25 minutes, et ça passe très bien. Que ce soit une bonne ou une mauvaise chose, je ne sais pas, mais les formats sont devenus très courts et les gens écoutent la musique comme ça. Peut-être que mon public, qui est plutôt de mon âge, est aussi habitué à des formats plus longs.

Il y avait donc un aspect technique qui m’obligeait à découper le projet. Mais avec des morceaux aussi courts, comme ceux que j’ai faits, je trouve que c’est difficile de les sortir de leur contexte. Pris individuellement, ils perdent un peu de leur sens. Le concept du projet n’était pas vraiment d’en extraire des titres.

Après, j’aimerais bien faire une version mashup avec quelques rappeurs. Mais à la base, je le vois surtout comme un ensemble. Je l’ai découpé parce que c’était nécessaire techniquement, mais j’ai l’impression que les morceaux prennent vraiment leur saveur quand tu les écoutes à la suite, avec les transitions et l’enchaînement des voix. C’est là que ça devient intéressant.

LFB : Quand on écoute le projet, j’ai l’impression que ton studio est devenu pour ce projet une cabine DJ. Est-ce que c’est une manière pour toi de revenir au geste de DJ après tous tes projets pour d’autres artistes ou même au niveau du cinéma ?

DJ Pone : Dans moins d’un mois, j’aurai 48 ans, donc j’ai déjà fait pas mal de choses. Je n’ai pas complètement terminé, mais je me suis bien amusé et j’ai essayé plein de trucs.

Dernièrement, par exemple, j’ai une émission depuis que j’habite à Marseille, sur Radio Grenouille, la Nova marseillaise. Dans cette émission, je fais vraiment ce que je veux. Je me fais plaisir :  je mets des trucs de rap, de l’électro, je mélange les styles, je passe des choses parfois un peu pointues. Et ça me va bien.

Du coup, je reviens un peu à ces bases-là. Je me demande moins ce que je peux faire pour plaire absolument et davantage ce qui peut être intéressant, ou ce qui permet de reconnaître un peu ma patte. Bien sûr, j’ai fait des albums où c’est plus de la prod’, mais là on est dans quelque chose de différent.

Je me doute que certains peuvent ne pas être réceptifs et se demander ce que je fais. Parfois ça peut être un peu compliqué pour moi, parce que je ne suis pas seulement un DJ qui fait des scratchs : je fais aussi d’autres choses. Mais ce projet me permet justement de montrer plusieurs aspects de mon travail : ma patte de producteur, ma patte de DJ, mes petits scratchs, et aussi un format qui se rapproche un peu de mes mixes ou de ce que je fais à la radio.

En ce moment, j’ai l’impression que c’est vraiment dans ce type de projets, d’émissions de radio ou de DJ sets, que je m’exprime le plus librement. Quand je mixe, je fais des choses un peu barrées, comme à la radio. Et aujourd’hui, j’ai vraiment envie d’embarquer les gens là-dedans. C’est ce que j’ai envie de faire en ce moment.

LFB : Si on se concentre sur les sonorités : dès le premier morceau, les basses prennent énormément d’espace et ça crée presque une sensation physique. Quand tu travailles ces sonorités, est-ce que tu penses d’abord au club ou au casque ?

DJ Pone : Au casque. Moi, je suis un peu le gars du train. On pourrait imaginer un gros studio, mais chez moi ce n’est pas ça : j’ai deux enceintes et un piano, c’est tout. Je ne travaille qu’avec des plugs. Si jamais j’ai besoin de monter en gamme, je vais dans des studios et j’utilise d’autres choses, mais en règle générale je travaille surtout au casque.

Je travaille beaucoup en mouvement. Honnêtement, la plupart des morceaux de Bass Culture, je les ai faits quand j’étais en tournée avec Gringe, entre mi-juillet et mi-août à peu près. Je les fais en mouvement, donc souvent avec le casque.

Le casque, pour moi, c’est important : ça me coupe des gens autour et ça me plonge complètement dans ce que je fais. Après, quand j’ai joué les derniers morceaux en soirée, ils ont plutôt bien fonctionné. Mais je ne réfléchis presque jamais en pensant au club.

Je joue très rarement mes propres morceaux, voire jamais. Même à l’époque de Birdy Nam Nam, c’était déjà très rare. À part quand je fais un live particulier, comme pour mes trente ans de carrière, où je mélange un peu tout ce que j’ai fait, sinon je ne joue quasiment jamais les tracks que j’ai produits. Donc je ne pense pas vraiment au club quand je compose. D’ailleurs, ça me fait toujours un peu bizarre de jouer mes propres morceaux. Ce projet, je l’ai vraiment pensé comme quelque chose d’immersif.

LFB : Au niveau des productions, il y a toujours un jeu très fort entre des sonorités graves assez denses et des éléments lumineux comme le piano, les nappes ou les cordes que tu peux utiliser. Comment tu trouves cet équilibre entre la puissance et les respirations ?

DJ Pone : Je pense que ça vient de ma culture musicale, parce que la seule réponse que je peux trouver, c’est que j’adore les trucs violents et les trucs hyper doux. Je vais écouter MadBall sans problème. C’est du hardcore américain arrache la tête. Et je vais pouvoir écouter un Portyshead. Mais là, je trouve ce projet presque un peu trip hop. J’aime bien les trucs tranchants et la dualité entre un truc agressif, lourd et gras et puis parfois une espèce de caresse qui arrive.

LFB : Pour rester là-dessus, on a un moment plus aérien avec La Pau qui est le morceau juste avant Dirty Soap, qui remet bien la pression. Est-ce que tu penses que ces respirations sont nécessaires pour garder l’attention de l’auditeur ? Avec des choses beaucoup plus tranchantes, comme tu le disais.

DJ Pone : Oui, c’est une mixtape mais je pense qu’il y a mon côté DJ qui ressort. C’est comme quand je monte un show avec un groupe ou un artiste : j’ai toujours une vision d’ensemble, avec une intro, un moment où ça monte, puis ça tape, etc. C’est toujours construit un peu comme ça.

Quand je fais un DJ set, je ne vais jamais faire un truc où ça va tabasser tout le long. Il y a toujours des moments où tu redescends un peu, puis tu remets de la pression. Je pense que c’est pour ça que ce format me convient et me plaît : il me permet de naviguer entre ces moments-là.

Alors que sur un album, morceau par morceau, il peut y avoir des coupures que je maîtrise moins, et l’ordre est parfois plus difficile à gérer. Là, justement, ça crée des respirations. Et même dans ces respirations, il se passe quand même beaucoup de choses.

En fait, j’ai vraiment visualisé ce projet comme un mix de DJ. Comme si on m’avait donné des prods en me disant : “Tiens, fais-moi une mixtape avec ça.” Sauf que là, les prods, c’est moi qui les ai faites.

LFB : Cette mixtape m’a vraiment donné l’impression d’un manifeste pour le mix. Est-ce que tu avais envie de rappeler que le DJ est aussi un compositeur et un narrateur sonore de façon plus large ?

DJ Pone : Ça fait super prétentieux de dire ça, mais l’idée, c’est vraiment celle d’un voyage. Le projet commence, tu t’embarques dedans et je t’emmène jusqu’à la fin. En plus, c’est court, donc ça ne demande pas non plus une attention énorme : ça ne dure pas deux heures.

Pour moi, c’est important. C’est un peu l’art du DJing, justement : embarquer les gens dans quelque chose, que ce soit à la radio ou ailleurs. À la radio, c’est encore différent parce que tu n’as pas de public devant toi, mais il y a quand même des gens qui écoutent. Cet exercice t’impose presque le format : voilà mon truc, soit tu l’écoutes, soit tu ne l’écoutes pas.

Il y a vraiment une idée de composition et de narration. C’est un peu comme un set de DJ : je ne sais pas, par exemple un set de Laurent Garnier, où le mec t’attrape et t’emmène jusqu’au bout. Alors que si tu fais un set rempli de gros bangers, comme je peux parfois le faire, c’est un peu plus simple. Faire un DJ set où tu es sûr que personne ne connaît les morceaux que tu passes, c’est un autre exercice.

Je pense que cette formule me ressemble bien. Elle me permet aussi de rappeler que je suis DJ et que je sais créer des ambiances. Et puis il y a un côté un peu générationnel : je trouve que ce projet est à la fois moderne et un peu old school.

LFB : Justement aujourd’hui, il y a beaucoup de DJ qui sont devenus producteurs et inversement. 
Comment tu vois l’évolution du rôle de DJ depuis tes débuts ?

DJ Pone : Aujourd’hui, l’accès à la musique est devenu hyper simple, mais en même temps plus compliqué, parce qu’il sort tellement de choses que c’est difficile de s’y retrouver. Grâce à la technologie, tu n’es plus obligé d’être un très grand technicien pour mixer ou synchroniser des morceaux. Moi, je me sers aussi de cette évolution. Je suis totalement pour : avec les programmes actuels et les étapes de mixage qu’ils proposent, je peux presque faire une mixtape comme si j’étais en live, comme si je faisais ça au multipiste. Et ça, c’est chanmé.

Ce qui est bien aussi, c’est qu’aujourd’hui il y a plein de gens avec des cultures musicales incroyables, très précises, une vraie sélection et une vraie oreille. Ils peuvent te proposer des trucs complètement dingues. Parfois ce sont des mecs ou des meufs très jeunes qui arrivent avec des sélections imparables et qui t’emmènent dans des univers complètement fous.

Évidemment, cet accès ouvert permet aussi à tout le monde de se lancer, donc parfois c’est moins qualitatif. Mais il y a aussi de plus en plus de DJs vraiment étonnants. La qualité technique est parfois complètement dingue. C’est hallucinant parfois. Quand tu vois des mecs comme Fred Again… Le mec ramène Skepta, Thomas Bangalter… C’est complètement ouf. Techniquement, le mec est complètement dingue. Ça met plus la pression qu’autre chose.

Moi, je vois ça plutôt de manière positive. Je ne serai jamais le vieux con qui dit que c’était mieux avant ou qu’il faut absolument être sur vinyle. Je trouve ça fou de voir des gens que tu ne connais pas arriver avec une clé USB, prendre une salle et la retourner complètement.

Ce que je trouve surtout intéressant, c’est la diversité musicale. Certains font des sets incroyables. Et même le djing a changé : il y a toujours des diggers de vinyles, mais il y a aussi des diggers d’Internet, des gens qui passent leur temps sur SoundCloud ou sur d’autres plateformes pour dénicher des morceaux improbables.

Par exemple, j’ai un pote que j’adore, Teki Latex qui est un ancien rappeur de TTC. Beaucoup de gens ne savent même pas qu’il a été rappeur. Maintenant, c’est surtout un mec avec une sélection complètement folle. Techniquement, c’est très solide, et sa sélection est hyper pointue.

Je trouve aussi qu’il y a plein de DJs qui deviennent de très bons producteurs, et aussi beaucoup de producteurs qui deviennent de super DJs. Au final, c’est surtout une question de goût. La technologie permet de ne pas être un DJ de ouf tout en pouvant faire des sets vraiment impressionnants. C’est sûr que si on remettait tout le monde sur vinyle, ce serait plus compliqué pour certains, mais ce n’est pas le but.

Moi, je vois cette évolution d’un très bon œil. Tant que la qualité est là, que ce soit un producteur qui devient DJ ou un DJ qui produit, ça me va. Aujourd’hui, tu as même des DJs qui headlinent des festivals comme des groupes de rock, et c’est assez fort quand tu y penses. Mais déjà à l’époque de Birdy Nam Nam vers 2008, certains groupes arrivaient avec des CD et fracassaient tout.

En tout cas, ça me permet de découvrir plein de gens. Par exemple, à Marseille récemment, j’ai fait une petite release party : une DJ que je connais, Mathilde, qui joue du downtempo, est venue mixer. Je l’ai un peu découverte ce soir-là, et c’était génial. Une autre que j’ai invitée qui faisait de la UK. Techniquement c’était carré, la sélection était mortelle, et je peux dire qu’il n’y avait pas un seul morceau que je connaissais. Et ça, c’était très fort.

LFB : Pour revenir sur le projet : sur certains passages, les voix sonnent presque comme des textures ou comme des fantômes dans le mix. Qu’est-ce qui t’intéresse dans le traitement de la voix ?

DJ Pone : Pour moi, c’est surtout une question de matière. J’ai toujours aimé ça. Mon exemple numéro un, ce sont les mixtapes de JR Ewing, qui faisait des mixtapes à thème. Par exemple, il pouvait en faire une sur le graffiti : tous les morceaux parlaient de graffiti, et il ajoutait aussi des voix de films sur ce sujet.

Fin des années 90 et début 2000, ça correspond à l’époque où je me mettais dans le rap. À ce moment-là, c’était très courant d’utiliser des extraits de films. Par exemple, le Wu-Tang utilisait souvent des voix tirées de films de kung-fu un peu obscurs, japonais ou chinois. J’ai toujours aimé ça. Même quand je ne comprenais pas tout, j’aimais bien cette texture. Évidemment, il ne faut pas non plus que la phrase raconte n’importe quoi, mais pour moi ces voix servent surtout de liant.

Les phrases que j’utilise viennent parfois de films ou d’autres sources. J’essaie quand même de faire attention à ce que ça raconte : il peut y avoir des messages un peu subtils ou des dédicaces pour certaines personnes. Même dans mon album Radiant, il y avait des phrases de films que j’avais complètement dissimulées, parfois à l’envers, parce que je n’aurais jamais eu les droits. Pour moi, c’est vraiment de la matière, de la texture.

J’aime bien les trucs texturés. Par exemple, sur toute la mixtape, il y a des sons de craquement de vinyles. Je joue parfois sur leur volume. Ce sont un peu des trucs de geek : des détails que les gens ne remarqueront peut-être pas, mais qui sont là. J’aime bien travailler cette matière et ce liant. C’est un peu comme quand tu cuisines et que tu ajoutes un ingrédient qui fait ressortir une saveur.

Je pense d’ailleurs que j’ai largement assez de morceaux pour faire un Bass Culture numéro deux. Et la finalité serait peut-être, à un moment donné, de sortir une sorte de best of ou de compilation, avec deux ou trois volumes assemblés pour faire quelque chose d’environ une heure. Ça me plairait beaucoup. Et pourquoi pas, ensuite, faire une tournée uniquement autour de Bass Culture.

LFB : Je me demandais justement si c’était le début d’une série ou si tu allais utiliser Bass Culture comme un laboratoire pour des projets peut-être différents au niveau des sonorités ?

DJ Pone : C’est un format qui fonctionne comme une suite : je l’ai déjà en tête et je sais comment ça va monter. En plus, j’ai beaucoup de morceaux dancefloor, électro, que je ne veux pas laisser de côté, mais que je ne veux pas non plus sortir en single. L’idée, c’est de les inclure dans un projet global. Le but, c’est de créer un Bass Culture d’une heure qui démarre et qui te fait découvrir un peu tout ce que je sais faire, même des morceaux orientés dancefloor.

Évidemment, je vais perdre certaines personnes, parce que certains morceaux ne seront pas forcément leur truc. Mais ce n’est pas mon problème. Mon idée, comme tu le disais, c’est de proposer un album qui ressemble plus à un DJ set qu’à un simple enchaînement de tracks. Même faire des dates de Bass Culture Live, avec tous les scratchs, c’est un travail énorme, mais je sais le faire. Un set d’une heure trente, du début à la fin, avec tout cet univers, ça peut être vraiment cool. Franchement, Bass Culture 2, si je m’arrache la tête, je peux l’avoir fini dans deux semaines. J’ai déjà largement de quoi faire. J’en ai même deux de côté si à chaque fois ce sont des trucs de vingt minutes chacun.

Après, mon idée est aussi de faire un mashup de Bass Culture, de ressortir certains morceaux avec des rappeurs. Je vais proposer à des rappeurs français, qui sont mes potes, d’intervenir sur certains morceaux de Bass Culture. Par exemple, sur un morceau où le piano commence, le rappeur vient poser 16 mesures, et le morceau continue ensuite, enchaîné avec un autre. Je pense que ça pourrait vraiment être cool.

Et ça n’est pas compliqué à réaliser, parce que les morceaux sont construits pour ça : tu ne demandes pas à un rappeur de faire un refrain complet ou un morceau entier. Si le morceau dure une minute et qu’il pose 32 mesures, ça fonctionne très bien. J’ai déjà quelqu’un sur un morceau, un autre sur un autre, donc je vais continuer à voir pour finaliser l’enchaînement de tout ça.

LFB : Tu disais tout à l’heure que tu n’étais pas forcément à l’aise avec l’idée de jouer tes morceaux en live. Est-ce que ça ne serait pas plus simple si tu étais accompagné sur certains morceaux grâce à cette idée de mashup ?

DJ Pone :  Quand je dis ça, c’est qu’au milieu de mes DJ sets, jouer des morceaux à moi, ce n’est pas un truc que j’ai beaucoup fait. Sur mes albums, mes morceaux sont rarement très dance. Mais là, par exemple, Dirty Soap et le dernier morceau de la mixtape, je les ai déjà passés à toutes les soirées que j’ai faites, et ça a super bien fonctionné, donc je suis content.

Si je faisais un mashup et que j’invitais des rappeurs, ce serait cool. Mais pour ce qui va se passer à la Maroquinerie, mon idée c’est de tourner avec un live hybride de mes 30 ans de carrière : je joue des morceaux de 78, du Ed Banger, du Birdy Nam Nam, etc.. C’est ce que je fais tout seul, mais dans ma carrière, il y a aussi des rappeurs importants avec qui j’ai travaillé et que tout le monde connaît. Ils seront là à la Maroquinerie, et il y a de bonnes chances qu’ils participent aussi à une mini-tournée que je prépare. Il y en aura normalement sept.

Ça fait toujours plaisir de retrouver ces gens, de tourner avec eux, surtout ceux qui ont été majeurs dans ma carrière. Ce sont plutôt des « vieux » dans le métier, mais c’est vraiment un plaisir.

LFB : C’est quoi la suite pour DJ Pone ? On a cette Maroquinerie, et ensuite ?

DJ Pone : La suite, jusqu’en 2027, c’est vraiment de défendre ce live hybride que je vais faire à la Maroquinerie qui regroupe un peu mes trente ans de carrière, clairement, et c’est un super truc. J’ai commencé à le tester un peu, et quand les gens me voient refaire des morceaux de Birdy Nam Nam ou de 78, ils sont à bloc.

Pour la suite, j’aimerais bien sortir un Bass Culture 2 assez rapidement, peut-être à la rentrée, en septembre ou octobre, et voir un peu l’impact que ça a. Et sur 2027, j’aimerais bien, pourquoi pas, faire une tournée Bass Culture, continuer mes émissions de radio, et même en DJ set commencer à attaquer des endroits un peu plus pointus, plus audiophiles, pour présenter des sets plus techniques, comme je le fais à la radio. Après, bien sûr, j’ai besoin de tourner pour vivre et toucher le public, donc il y a toujours un équilibre à trouver.

La suite, je la vois vraiment dans la continuité de Bass Culture. Je ne connais pas encore l’impact du projet, mais quand tu écoutes, tu ne te dis pas que c’est mauvais ou que ça ne sert à rien. Si tu me connais, ça ne te surprend pas complètement, et peut-être que ça fait plaisir de me voir revenir sur ce format. Pour moi, ce format est intéressant : le deuxième volume ne sera pas juste une répétition du premier, il apporte quelque chose de neuf. Je pense continuer dans cette voie et préparer le deuxième assez rapidement.

À ce stade de ma carrière, je ne suis plus un rookie. J’ai déjà une partie de mon parcours derrière moi, donc il faut que je construise d’autres choses. Le live hybride que je prépare n’est pas seulement Bass Culture en live : c’est un show à la Birdy Nam Nam, où tout est construit avec des grosses montées, des morceaux rock, des passages qui tabassent, et une musicalité très efficace. C’est ultra technique, et généralement les gens restent scotchés.

Je veux défendre ce live, qui reprend en partie ce que j’avais fait avec Odyssée lors de la tournée de 78, que très peu de gens ont vu. Il est mélangé avec d’autres morceaux pour créer un ensemble condensé mais puissant. C’est vraiment un clin d’œil au DJing pour le coup, et je veux que quand les gens voient ça, ils se disent : “Ah, ça fait plaisir !”

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