D’une “Pluie d’Été” à “FOMO” : Agathe nous raconte sa métamorphose

De Pluie d’Été à FOMO, Agathe a déjà parcouru un très beau chemin artistique. Avant d’ouvrir la soirée de Léman à La Cigale, elle revient pour La Face B sur les grandes étapes qui ont forgé son univers : influences, amitié, reconstruction et sa volonté de dire de vraies choses à travers ses chansons.

Photo de Théo Brocard

La Face B : Et puis le covid se termine. Tu fais tes premiers concerts : le magnifique Café de la Danse à Paris, de beaux festivals. Raconte-nous ces premiers moments sur scène ?

Agathe : En réalité, comme je fais de la musique depuis mes 13 ans, des concerts j’en avais déjà fait un paquet, mais en plus petites salles ou avec d’autres groupes d’esthétiques variées. Mais c’était la première fois que je faisais quelque chose qui sort de mon cerveau et de mes tripes sur scène. C’est vraiment ça que je retiens, car c’était inédit entre guillemets. Ça m’a donné envie de continuer.

La Face B : Avant de parler de l’EP, on peut voir que tu sors ensuite plusieurs singles : La Flemme, Malin, Karma, Nous, Sauvage, 19:19. Si tu devais en garder un, présenter celui qui a le plus de valeur pour toi, ce serait lequel ?

Agathe : Sauvage. Sans hésiter.

La Face B : Ah oui, réponse rapide ! (rires) De quoi il parle, ce titre ? Qu’est-ce qu’il raconte et exprime pour toi ?

Agathe : Oui, car c’est une chanson que j’ai écrite pour ma meilleure amie. Et je suis contente, car j’ai fait une chanson d’amour qui, pour une fois, ne parle pas d’amour romantique. Elle parle de la force de l’amitié, car je me suis dit qu’on ne parlait pas assez de l’amitié alors que c’est elle qui vient tout réparer. Je suis trop contente qu’elle ait accepté de tourner dans le clip, et en plus il y a nos deux mamans dans le clip, car il y a toute une histoire avec le temps qui passe.

La Face B : On arrive en 2025. Un EP sort enfin : quatre titres, mélangeant différentes ambiances. Il y a un peu de rap, de R’n’B, des moments plus doux et singuliers, presque piano-voix. Déjà, parlons du titre : Issue de secours. C’est quoi, cette issue ?

Agathe : Ah ! Pour moi, l’issue ça a été le dialogue, un appel à l’aide, et la main tendue de ma meilleure amie qui m’a sortie d’une relation… enfin, de violences conjugales, disons les termes. Au début de la promo, je n’osais pas en parler, je n’osais pas dire les mots. Je parlais de relations toxiques, et ce n’était pas hyper explicite. Donc disons-le : on parle ici de violences conjugales. C’est un EP salvateur pour moi…

La Face B : Et du coup, en 2024–2025, il y avait quoi dans tes playlists au moment de composer et d’écrire cet EP ?

Agathe : Il y avait Damso, Lous & The Yakuza, beaucoup d’Orelsan… J’ai eu ma période Rilès aussi. Et Chilla, à fond !

La Face B : FOMO est sorti le 30 octobre. Tu as souvent le syndrome du FOMO ? Tu as peur de rater quelle expérience ?

Agathe : Ouais, grave, insupportable. J’ai peur de louper la minute d’opportunité de zinzin qui pourrait changer ma vie. Quand j’étais plus jeune je ne m’arrêtais pas : j’allais aux jams, j’enchaînais les soirées, puis je me retrouvais dans des endroits… Je rentrais à 5h du matin. Donc voilà : cette sensation de courir toujours après quelque chose par peur de louper cette minute qui peut changer ma vie.

Aujourd’hui, je me dis qu’il vaut mieux sélectionner ce qui peut paraître une opportunité, et j’apprends à me laisser un peu tranquille.

La Face B : C’est quoi l’évolution de FOMO par rapport à ton précédent EP Issue de secours ?

Agathe : C’est beaucoup lié au travail. J’en parle beaucoup dans des chansons, comme le titre Sous la terre où je ne cesse de répéter “cours, cours, cours, cours”. Musicalement aussi, c’est un peu plus dubstep. L’instru court avec toi.

Le morceau La vérité, il parle de la vraie vie d’artiste, en tout cas de la mienne. En cachette parle un peu d’histoire d’amour : tu vis un peu le truc par peur de louper ça. Il y a une chanson aussi qui s’appelle FOMO, où il y a cette idée de “si je sors, je vais regretter, mais si je reste chez moi, je vais regretter”. Du coup je ne sais pas trop quoi faire, et je m’invente des excuses ou des histoires.

La Face B : Tu as finalement trouvé une solution pour ne pas avoir toujours le FOMO ?

Agathe : (rires) Oui : lâcher du lest, lâcher du lest… et faire confiance en la vie. Je me dis que si je loupe un truc maintenant, c’est que je devais le louper.

La Face B : Ce soir, première Cigale, première partie de Léman. Comment tu te retrouves ici sur cette magnifique date ?

Agathe : L’histoire de cette date, c’est avant tout une histoire d’amitié, même si je tiens à préciser que j’ai travaillé dur dur (rires). En gros, Léman, je le connais depuis dix ans et c’est une amitié très forte. On a toujours été là l’un pour l’autre, donc on s’est toujours soutenus aussi professionnellement. On avait envie de vivre ce moment ensemble. On en avait parlé il y a des mois, mais je n’étais pas au meilleur moment de ma carrière, et ça m’a énormément touchée qu’il ait envie de me faire confiance. Donc j’ai bien l’intention de retourner La Cigale ce soir !

La Face B : Et comment décrirais-tu ton live, ton concert, aux spectateurs qui te découvriront ce soir pour la première fois ?

Agathe : Mon live, il est… salvateur, fédérateur… chaloupant (rires). 

La Face B : Chaloupant ? (rires)

Agathe : Non, ça va être cool : on va danser et chanter !

La Face B : Pour l’instant, c’est quoi ton meilleur souvenir de concert en tant qu’artiste ?

Agathe : Au tout début, quand j’ai commencé à faire mes chansons, je faisais des petites scènes. Une fois on m’a mise en première partie de Bigflo et Oli, et c’était la première fois où il y a eu un engouement autour de mes chansons. Ça m’a vraiment marquée. Je me suis dit : “OK, il y a un truc à faire.” Ça m’a énormément motivée.

La Face B : Et en tant que spectatrice ?

Agathe : Oulala, il y en a plein. J’ai adoré Tyla sur scène, j’ai vu il y a très longtemps Stromae et c’était incroyable, quelle claque ! J’aime bien les concerts intimistes de 400/500 places, j’aime cette ambiance.

La Face B : C’est quoi la suite de l’aventure pour Agathe après cette Cigale en première partie de Léman ?

Agathe : Il y a encore de belles dates après cette Cigale : la première partie de Jok’Air, quelques concerts en province, un retour à Paris aux Disquaires le 2 décembre. Je réfléchis à faire de nouvelles petites pépites. Mon disque dur est bien rempli. J’aimerais aller vers quelque chose de peut-être plus électro. Je me sens plus apaisée, moins en colère (rires). J’ai envie de dire de vrais trucs !

La Face B : Et du coup… est-ce que tu as un mot de la fin ?

Agathe : Continuez à soutenir les artistes indé et en développement ! On a beaucoup à offrir et ça compte tellement pour nous, car c’est vraiment dur ! Les gros, c’est trop cool, mais regardez aussi ce qui se fait dans les petites salles !

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