Auparavant connus sous le nom easy life, Murray Matravers, Oliver Cassidy, Lewis Berry et Jordan Birtles reviennent sous leur nouvelle bannière, hard life, pour un troisième long format percutant : onion.

En 2023, le groupe EasyGroup (propriétaire de la compagnie d’aviation easyjet) menace de poursuivre le groupe en justice, considérant que la similitude entre leurs appellations mériterait des royalties… Les musiciens décident alors de changer de nom, car se battre face à un géant ne valait sûrement pas l’énergie dépensée. Malgré ce coup dur, le groupe a su rebondir et passer à autre chose. D’une difficulté, ils en feront une force. La vie joue parfois des tours, ils se nommeront alors hard life.
Dans onion, les quatres amis de Leicester se livrent, et abordent des sujets difficiles. Suivant leur évolution, les textes se veulent plus personnels. Les musicalités du groupe ont évolué également. Que les fans se rassurent, ils restent dans leurs tonalités indie hip hop, mais, à l’image d’un oignon, plusieurs couches d’une grande variété viennent enrichir leurs titres et compositions. Allons ensemble éplucher cet album.
Première enveloppe : l’introspection
L’album démarre par un titre à la signification sans équivoque, tears, où le groupe revient sur ces mois difficiles et ce changement de nom imposé. “it was easy in my twenties, now i got to lawyer up, give me air-miles or a fair trial ****”. Délicieux morceau hip-hop catchy et rap traînant, Murray Matravers se livre sincèrement dans ses paroles, dans une ambiance douce amère. La vie l’a mis à l’épreuve “Alright, It’s a hard life, I can’t lie, it’s been a rush” mais son entourage l’a aidé à remonter la pente “In the hard times, lucky I got friends that I trust”. Petite anecdote : le groupe a repris pour ce titre, un sample de la chanteuse américaine Natalie Bergman provenant de son titre Keep Those Teardrops from Falling.
On le verra sur d’autres titres de cet opus, mais les déceptions amoureuses sont aussi au centre de cet album. Parfois, les peines de cœur nous poussent à l’introspection et à mieux nous connaître, à accepter ses larmes et ses émotions, les laisser exploser. C’est ce dont il s’agit sur le morceau Jane, sûrement le plus abstrait et psychédélique d’onion. Balançant entre prose affirmée et voix électroniques psyché, ce titre est une déferlante d’émotions en désordre. Le rythme de Jane évoluera tout du long, et terminera par une envolée électronique, pour se clôturer brutalement, sans prévenir.
Les relations amoureuses – mais pas que – peuvent être sujettes à des déceptions, de la souffrance, de la jalousie. Sur othello, un son hip hop entraînant et au rythme léger et captivant, hard life nous questionne sur ces sentiments difficiles, et ces relations capables de switcher du tout au rien en un clin d’œil (faisant un rappel au jeu de société du même nom). La chanson capture ce moment d’incertitude dans une relation, où la personne s’apprête à quitter notre vie et notre quotidien. Les musiciens nous alertent sur nos sentiments refoulés comme la jalousie, les non-dits et la confiance placée en l’autre. “It’s never black and white. It’s playin’ on my mind like othello. And as we intertwine you make my upper lip shake like jello”.

Seconde enveloppe : un cœur brisé
Durant la création de onion, Matravers est passé par une séparation amoureuse difficile, qui l’a poussé à évoluer, grandir, et à créer. Le second titre de l’album, OGRE, place le chanteur dans une position de “coupable”, il prend le rôle de celui qui détruit, et prend la responsabilité de la séparation. “And if it’s what you need. I’ll be your ogre”. Il semble assumer cette culpabilité par dépit, par abandon et ne plus se battre. Peut être est-ce que cela aide l’autre à aller de l’avant, car trouver un coupable est plus simple que se remettre en question. En fond de morceau, une guitare acoustique accompagne le texte semi rappé, semi chanté. hard life nous offre de nombreuses textures, plusieurs couches de voix et de sons organiques, qui appuient l’ambiance voluptueuse de OGRE.
Suite à une séparation, certains auront envie de parler, beaucoup, de s’expliquer, se justifier, et analyser la situation. Alors que d’autres auront juste besoin de couper les ponts, bloquer l’autre personne, faire comme si elle n’avait jamais existé. Pour Murray Matravers, il semble qu’il se situe dans la première catégorie. Sur le titre crickets!!!, il décrit cette impuissance, ce vide face à quelqu’un qui ghoste et l’ignore alors que quelques mois plus tôt les échanges étaient quotidiens. La production de l’album a été en grande majorité réalisée par Taka Perry, qui a également beaucoup composé sur onion. Cela a permis à Matravers de se concentrer en grande partie sur les textes et l’histoire qu’il souhaitait raconter dans son œuvre.
On poursuit avec la guitare acoustique mélodieuse couplée à des percussions relaxantes sur un titre parfait pour l’été, y3llow bike. Une autre forme de déception amoureuse y est évoquée, celle des sentiments non partagés, des relations amicales ambiguës. Matravers souhaiterait monter sur le vélo jaune d’une fille qu’il apprécie, mais malheureusement pour lui n’y parviendra pas. “Can I ride with you on your yellow bike? She said there’s no room, take a hike”. Des paroles plus légères sur un album assez dense en émotions et messages cachés. Ici, on appréciera balancer la tête et chantonner les paroles, y3llow bike relâche la pression!
Troisième enveloppe : prendre du recul
Finalement, ces dernières années ont amené hard life à évoluer, surmonter des épreuves, se serrer les coudes. Comme nous tous, nous grandissons au fur et à mesure des challenges de la vie. Pour apprendre, il faut savoir faire un pas en arrière, respirer un grand coup, et comme hard life le dit : “see the full picture”. Dans p a n o r a m a (un des titres les plus marquants de l’album), le protagoniste est amené à voir le monde et la vie dans un angle plus large : “I change my POV / See it in a new light / Like, like, like a panorama”. Onion a été majoritairement écrit lors d’un voyage au Japon, encourageant d’autant plus le groupe à changer de perspective. p a n o r a m a a été le premier titre composé là-bas, et donnera le ton à tous les autres morceaux écrits pour cet album. Comme pour faire la paix avec leur passé tumultueux, hard life se réconcilie avec l’univers sur le titre tele9raph hills (oui, vous l’aurez deviné, certains titres portent leur numéro dans leur nom). “And, I need to catch my breath / Turn the page just to see what’s next / I guess I’ve made my bed? / Maybe now i’ll finally get some rest”.
Arrêtons-nous un instant sur end credits, venant conclure ce magnifique onion. Offrant un point final à cette agitation, à ces ressentis bouillants et ces déceptions, end credits arrive pour clôturer cette période. Matravers se livre sur son travail, sur lequel il a dédié toute son énergie pour échapper à ses tempêtes : “Should have put myself first but I put it all in my work / See, this is my identity, I’m always wearing the merch”. La dernière étape d’un deuil, c’est l’acceptation, le lâcher prise. hard life accepte les hauts et les bas vécus, et sait aujourd’hui les regarder avec sagesse, ils ont appris de leurs erreurs et de celles des autres. “If this is my end credits, I think it’s alright”
hard life a délivré sur cet essai leur vécu, leur expérience et se livre au public. Onion a une saveur très personnelle, comme entrer dans le journal intime du groupe. Véritable thérapie en 32 minutes, cet album, en plus de la beauté des textes, a l’atout d’une production impeccable, riche et qui sert les paroles, les met en relief et en valeur. Le groupe a pour le moment annoncé une tournée anglaise à l’automne, et on attend avec impatience le reste des dates européennes, avec on l’espère un passage à Paris !